Vue d'Alma

Archive de la catégorie ‘Général’

Lundi 12 janvier 2015 | Mise en ligne à 0h28 | Commenter Commentaires (4)

La croisade de Régis

Il y a un nouveau shérif en ville et celui-ci a un nom : Régis Laforge.
D’anonyme, le propriétaire de la station d’essence de L’Ascension-de-Notre-Seigneur est devenu, en moins d’une semaine, la personnalité la plus en vue du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Il a fait perdre la face à tous ses pairs, du plus petit détaillant à la plus importante station corporative. Il a exposé un système où l’avidité est insatiable et n’a d’égale que la frustration des consommateurs.
Et il n’entend pas arrêter.
Au contraire, après avoir forcé ses compétiteurs à réduire de 7 cents le prix du carburant, soit sous la barre d’un dollar, voilà qu’il récidive.
Pour Régis Laforge, il n’existe pas d’entre-deux : c’est 6 cents de profit, point à la ligne.
Ainsi, alors que tous vendaient le litre d’essence à 99 cents et des poussières, dimanche, son commerce affichait 94,9 cents. C’est donc dire qu’encore aujourd’hui, c’est une marge de profit de 11 cents par litre qu’ont encaissé les autres stations de la région.
Dans une économie de marché, la croisade de Régis Laforge va à l’encontre de toutes les règles établies. Il aurait pu suivre la tendance, faire comme les autres et empocher indument l’argent de ses clients. Surtout dans le contexte où il possède la seule station-service de son village.
Mais non.
En prenant le parti des automobilistes, Régis Laforge a levé le nez sur un véritable pactole, lui qui écoule environ 2,8 millions de litres de carburant par année. Pour donner une idée, chaque sou supplémentaire représente pour son entreprise un gain de 28 000 $ annuellement.
Régis Laforge est un homme de peu de mots.
Son action a cependant ébranlé les colonnes du temple et a sonné l’alarme auprès des consommateurs zombies que nous sommes.
Au cours de la fin de semaine, certains ont fait plus d’une centaine de kilomètres pour participer au phénomène et utiliser l’une de ses pompes.
L’écho de son mouvement doit maintenant se rendre jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir afin que ceux qui nous représentent établissent des règles qui protégeront à la fois les commerçants et les consommateurs. Il est impératif qu’en aucun cas, les détaillants rebelles soient vulnérables à une guerre de prix qui les réduiraient au silence.
Six cents de profit par litre, c’est ce que propose Régis Laforge.

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Vendredi 9 janvier 2015 | Mise en ligne à 23h28 | Commenter Commentaires (10)

Mahomet est Charlie

L’autre jour, dans un magasin de Chicoutimi.
Je regarde un chandail. Il est rouge vin avec des dialectes arabes dont j’ignore la signification.
Je le trouve juste cool.
Mon fils de 12 ans m’interrompt alors que j’observe le t-shirt en me demandant si c’est un bon «deal» à 20 piastres : «Papa, franchement. Tu vas quand même pas encourager les terroristes?»
C’était il y a environ un mois, juste avant les Fêtes.

***
Le 9 janvier 2015, devant mon clavier.
Les responsables de l’attentat au Charlie Hebdo sont morts.
Je ne regrette pas avoir dit à mon fils que le terrorisme n’a ni couleur, ni accent.
Je ne regrette pas non plus avoir souri quand il m’a fait sa remarque étonnamment xénophobe. Comment un enfant peut-il faire la distinction ? Pour lui, c’est juste les Bleu contre les Rouge.
Je ne regrette pas lui avoir dit que le diable n’existe pas, que Lucifer n’est qu’une chimère inventée pour justifier la démence et la barbarie. Du même coup, je ne regrette pas lui avoir dit, récemment, de voter avec toute sa tête lorsqu’il aura l’occasion de le faire.
Par contre, ce que je regrette, c’est de ne pas avoir acheté le chandail rouge vin, ne serait-ce que pour lui montrer l’exemple.

***
La veille du 9, dans un quelcoque commerce d’Alma.
Je rencontre ce type que j’aime bien. D’ordinaire avenant, courtois, intéressé et toujours volubile.
«Avec eux, je serais pire qu’Hitler.»
Quoi ???
C’est ce qu’il me balance en pleine face, les yeux culbutés dans leur orbite ; sept mots tranchants, dans cet ordre exact.
Eux… Les terroristes, tu veux dire ?
«Oui ! Tous les (…) de (…) d’Arabes.»
Okay.
Finalement, je regrette encore plus ce chandail rouge.

***
Quelque part en 2002, dans mon auto, la tête dans la radio.
C’est Renaud qui chante. Axelle Red partage la piste.
«Les dieux, les religions
Les guerres de civilisation
Les armes, les drapeaux, les patries, les nations
Feront toujours de nous de la chair à canon»
C’est l’après 11 septembre.
Je me colle à cet air, j’achète l’album, j’apprends la chanson à la guitare.
Ce soir, j’ai cette chanson en tête et je n’arrive pas à m’en débarrasser.

***
Là, à cet instant précis.
Mes valeurs sont bousculées entre les condoléances et la haine.
Je viens d’entendre un enregistrement posthume sur lequel l’un des deux frères fanatiques explique ses meurtres, avec une voix sereine, dans un français qui glace le sang.
Ce gars-là est une ordure.
Un salopard.
Mais, ce gars-là a été endoctriné par pires charognards que lui, qui l’ont manipulé à l’aide d’un livre et au nom d’une idole sans visage.
J’aime croire que sur ce chandail rouge, il est écrit : «Je suis Mahomet, je suis Charlie.»

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Mercredi 6 août 2014 | Mise en ligne à 0h02 | Commenter Commentaires (19)

Nous méritons d’avoir honte

Photo Rocket Lavoie

Photo Rocket Lavoie

Saguenay est ville blanche.
J’ai peine à l’écrire.
Les doigts me brûlent et j’hésite entre chaque mot pour bien traduire le fond de ma pensée. Mais la réalité est telle qu’elle est et elle est à vomir.
Personne ne s’admet ouvertement raciste.
Personne ne s’avoue homophobe.
Jamais.
Pourtant, les sexistes, racistes et homophobes abondent encore à Saguenay.
«Je n’ai rien contre les Noirs, mais c’était une fois un nègre…» ou «Ton chandail est rose, es-tu gay ?»
Les préjugés les plus rétrogrades existent encore dans le Royaume. Vous seriez étonnés de voir à quel point.
C’est pourquoi je refuse de jouer les vierges offensées.
Trop facile de se laver les mains à la Ponce Pilate, sur Facebook, en jetant son fiel sur un groupuscule d’anonymes.
Ce soir, c’est de honte que je souffre.
Une honte collective.
Ces pancartes où il est inscrit «Saguenay – Ville Blanche» sont le reflet de ma société.
Vous vous souvenez le 15 août 2012 ?
À une virgule près, ça sonnait comme ça : «Nous les mous, les Canadiens français, on va se faire dicter comment se comporter, comment respecter notre culture par une personne qui arrive d’Algérie. On n’est même pas capable de prononcer son nom. (…) Je n’aime pas que ces gens-là arrivent ici et établissent leurs règles.»
C’était le maire Jean Tremblay, en entrevue à Paul Arcand.
Étrangement me direz-vous, je ne crois pas que le scandale réside dans ces paroles. Chacun a droit à ses opinions, quelle que soit son ouverture – ou son étroitesse – d’esprit.
Le scandale s’est plutôt manifesté deux semaines plus tard, dans le journal Le Quotidien.
Un sondage démontrait alors que 77 % de la population de Saguenay endossait ces propos. Plus de trois personnes sur quatre.
Et aujourd’hui, on sort le goudron et les plumes ?
Franchement.
Saguenéens, nous méritons la honte qu’entraînent ces pancartes dégoutantes. Que cet événement largement médiatisé nous serve de leçon.
Mea Culpa.

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