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Vue d'Alma - Auteur
  • Marc St-Hilaire

    Le blogue de Marc St-Hilaire traitera de nouvelles technologies, mais aussi de tranches de vie, d'actualités et de passions au quotidien.
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    Dimanche 10 novembre 2013 | Mise en ligne à 1h11 | Commenter Commentaires (2)

    L’autre côté de la médaille

    Mes plus sincères sympathies, Ingrid.
    Je ne te connais que via les réseaux sociaux. Une photo à peine, mais surtout quelques centaines de mots rédigés sur Facebook qui me font trembler de compassion.
    Ce soir Ingrid, je suis tombé sur ton témoignage par pur hasard, et je me considère choyé de partager ta douleur l’espace de quelques lignes.
    Tu sais, j’ai passé trois ou quatre heures à une centaine de mètres de l’endroit où ton père a poussé son dernier soupir. Il n’était alors pour moi qu’un anonyme.
    Un salaud.
    Un homme désespéré, violent, qui a tenté de tuer sa conjointe avant de s’enlever la vie.
    Un bon sujet de nouvelle.
    C’est tellement triste dit comme ça, mais c’est la réalité.
    De son vivant, m’a-t-on mentionné, ton père se faisait appeler «Gros bras». En boucle, je relis tes mots et je comprends mieux ce que ce surnom signifiait réellement.
    Tu écris : «Mon père était un homme blessé dans son âme qui ne savait pas gérer ses émotions. Il faisait partie de la génération des hommes qui ne voulaient pas passer pour des faibles. Admettre qu’il était malheureux et qu’il avait besoin d’aide aurait été un déshonneur pour lui.»
    Il n’est plus un anonyme.
    Oui, il sera toujours cet homme désespéré, violent, qui a tenté de tuer sa conjointe avant de s’enlever la vie.
    Mais ce soir, tu m’as présenté Lionel Bouchard, le père.
    Tu m’as raconté, à travers le Web, toute la peur qui te hantait quant à sa stabilité psychologique.
    Tu évoques le 15 octobre, date de son enquête caution.
    «Nous avons constaté que beaucoup de colère l’habitait et qu’il ne comprenait (pas) la gravité de ses gestes et de ses paroles. Nous savions dès lors que le risque de le remettre en liberté était grand. Nous le connaissons, c’est NOTRE PÈRE ET NOUS AVONS UN PASSÉ AVEC LUI», signes-tu.
    Tu remercies la procureure aux poursuites criminelles et pénales de s’être opposée à sa remise en liberté.
    Quelle être extraordinaire tu es. Lucide, en deuil, et combien exceptionnelle.
    Tu racontes t’être personnellement opposée à la libération de ton père. Un geste aussi noble et admirable que déchirant. Profondément déchirant.
    Aurais-je eu la force d’en faire autant ? J’espère ne jamais le savoir.
    Ton père, Lionel Bouchard, s’est peut-être senti trahi. Mais Ingrid, il sait aujourd’hui. Je suis persuadé qu’il savait aussi, jeudi dernier, dans les minutes qui ont précédé l’irréparable.
    Je propose à nos lecteurs l’intégral de ton témoignage, en espérant que celui-ci se répande et évite une tragédie semblable à celle qui a bouleversé ta vie et celle des tiens.
    Bonne continuité.

    Texte intégral d’Ingrid Bouchard, publié le 9 novembre sur Facebook.

    «Suite au reportage d’hier à TVA concernant le drame qui est arrivé le 7 novembre et qui impliquait mon père LIONEL BOUCHARD, mon coeur a besoin de parler. Certaines personnes m’ont avisé : “Fait attention Ingrid à ce que tu vas dire car ces gens de la supposée justice ont le pouvoir, le moyen et l’argent pour de traîner en cours si tu les atteints.” Nous composons présentement avec plusieurs émotions: la peine, la colère, la culpabilité, l’incompréhension et l’impuissance. Ce qui a été dit hier aux nouvelles sont des faits. Mon père était un homme blessé dans son âme qui ne savait pas gérer ses émotions. Il faisait parti de la génération des hommes qui ne voulaient pas passer pour des faibles. Admettre qu’il était malheureux et qu’il avait besoin d’aide aurait été un déshonneur pour lui. Mon but n’est pas de culpabiliser personne mais d’expliquer que oui certaines personnes ont fait fît de toutes les informations qu’elles avaient reçu de notre part et s’en lave trop facilement les mains en disant qu’il n’avait pas de raison de croire que mon père pouvait être dangereux. Nous n’avons jamais caché à notre entourage que mon père était un homme violent avec des problèmes d’alcoolisme. Tout le monde qui le connaissait le savait d’ailleurs. Après son arrestation, nous, moi et ma soeur sommes allé le voir le dimanche en prison avant sa première comparution du 15 octobre pour sa remise en liberté. Nous avons constaté que beaucoup de colère l’habitait et qu’il ne comprenait la gravité de ses gestes et de ses paroles. Nous savions dès lors que le risque de le remettre en liberté était grand. Nous le connaissons, c’est NOTRE PÈRE ET NOUS AVONS UN PASSÉ AVEC LUI. Mais nous l’aimions quand même pour tous les beaux moments que nous avons partagé avec lui et c’est pourquoi même si nous n’avions aucune espèce d’idée de ce que nous attendions clairement de nous pour lui venir en aide, nous nous sommes présenter en cours pour l’aider. Le résultat : il est retourné en détention. Pourquoi, parce que la Procureure de la Couronne, à qui d’ailleurs je veux dire merci d’avoir été humaine et compréhensive à notre égard, nous a posé les bonnes questions à s’avoir si nous craignions pour la vie de madame Hélène Gauthier ainsi que celle de notre père et comme nous sommes des gens honnêtes, nous n’avons pas été capable d’y répondre. D’ailleurs, il n’était pas question que nous allions témoigner en faveur de notre père. On le savait, on l’a dit à tout le monde, mon père avait besoin d’aide. On nous a par la suite indiqué qu’on nous avait mal préparées. Préparer à quoi!!!! À mentir????? Deux dernières discussions s’en sont ensuite suivi avec les avocats. L’un nous faisant sentir coupable que notre père soit retourné en prison et l’autre, qui semblait pourtant à l’écoute de ma demande à ce que mon père reçoive de l’aide avant de pouvoir sortir de prison. Après, plus capable de parler à personne, pas de nouvelles, pas de retour d’appels.
    Pendant ce temps, mon père a cru que nous étions contre lui et que nous étions en train de monter tout le monde contre lui. Pauvre papa, si tu savais à quel point nous voulions t’aider. Nous aurions tellement voulu que tout se passe bien et que tu retrouves la paix et du bonheur dans ton coeur. Pendant ce temps, la technique consistait à trouver quelqu’un d’autre pour le sortir de là. Le mardi soir le 22 octobre, on a frappé à ma porte. Il s’agissait de mon père, j’apprenais donc à ce moment qu’il venait d’être libéré. Je l’ai accueilli, parce que je l’aimais, je lui ai offert l’hospitalité parce que je voulais l’aider. Et au travers de nos emplois respectifs, moi et ma soeur, épions ses faits et gestes. Nous voulions connaître son emploi du temps, s’avoir où il allait, ce qu’il faisait. Nous avons fait les psychologues avec lui, lui avons dit à maintes fois qu’il n’était pas seul, que nous étions là pour lui mais ce ne fut pas suffisant. Nous avons pourtant sonné l’alarme et demandé de l’aide mais on ne nous a pris au sérieux. On dit: Ce qui est dû pour arriver, va arriver. D’accord! Mais parfois, on peut faire une différence……. Petite Hélène, on pense à toi xxx»


    • J’ai été soufflée par ce texte, c’est le plus bel exemple de résilience qui soit.
      D’autre part, je me sent interpellée par l’expérience judiciaire dons elle parle. Il faut avoir assisté à une journée en chambre criminelle pour comprendre que parfois ça frôle la comédie, la comédie humaine au sens théâtrale. Juge, avocats de la défense, représentants de la couronne, tous relaxes et blagueurs avant que le défilé ne commence. C’est aussi un peu la cour des miracle avec son lot de petits criminels, de pauvres types mais surtout de personnes en détresse qui auraient bien plus besoins de soins que de se retrouver la, sous l’œil curieux du public, assoiffé de potins et de bonnes histoires. Des avocats pressés d’en finir, connaissant peu leurs clients et devenus, pour la plupart, insensible aux drames qui vont se jouer avec leurs complicité. J’y ai passé deux jours ces derniers moi et vraiment j’en conclut que ce système à besoins d’un grand coup de balais, si non d’un grand coup de pied au fesse. C’est désolant d’insensibilité, ça manque gravement d’humanité. Bonne chance Ingrid!

    • Euh…WOW ! Je ne sais trop quoi dire Ingrid si ce n`est merci pour au moins avoir essayé de l`aider et de continuer à passer au dela de l`image pour rejoindre l`humain.

      Je suis de ceux qui sont allés chercher de l`aide. Non pas que je me dirigeais vers le dénouement tragique de ton pere,loin de là mis j`étais isolé et je tournais en rond dans mon âme. Et pourtant moi je suis open,moderne je communique ,je parle du moins c`est ce que je pensais. Il reste toujours le non-dit,les petits gestes qui en disent gros et le temps qui passe.
      Et puis vint la rupture et le noir…

      Mais tu sais, il faut faire attention de ne pas isoler ce trait comportemental à la génération de ton pere .J`ai bien plus l`impression que c`est dans les gênes des gars , c`est platte mais c`est ca. Ca existe encore les , brailles pas t`es pas une fifi, fais un homme de toé, et toutes ces expressions qu`on croit être des clichés. Ils sont encore tres en vogue et seront tres difficile a désencrasser parce que une femme est une femme avec ses caractéristiiques et un homme est un homme avec ses différences.

      Je souhaite juste que ton cri aide une seule personne parce que si c`est le cas au moins tout cela ne se sera pas produit en vain. Il doit y avoir un sens à tout cela. Encore une fois merci !

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