Quelque part au beau milieu de la nuit du 30 au 31 décembre dernier, le téléphone sonne.
«Ils nous sacrent dehors comme des tout nu, comme des bandits, comme des moins que rien.»
Je me souviens parfaitement ces paroles assaisonnées de blasphèmes, prononcées avec hargne, dégoût et incrédulité.
Rio Tinto Alcan venait de mettre en branle son plan de contingence.
Des agents de sécurité et des employés cadres investissaient l’aluminerie d’Alma. La démonstration était sans équivoque mais surtout, elle a été déployée avec une précision chirurgicale.
Vingt-quatre heures plus tard, le lock-out était officiellement décrété.
Le 3 janvier, une injonction forçait les travailleurs à libérer l’accès à l’usine.
Une opération sans bavure, d’une splendide acuité.
Six mois plus tard, je m’interroge : dans quel état d’esprit mon interlocuteur de décembre 2011 aborde-t-il son retour à l’usine ?
A-t-il passé l’éponge sur ce soir où il s’est senti tel un tout nu, un bandit, un moins que rien ?
La fin d’un chapitre marque le début d’un autre.
Pendant six mois, les syndiqués se sont nourris de haine envers la compagnie et envers ceux qui occupaient l’usine.
Pendant six mois, ils ont reçu une indemnisation équivalente à un tiers de leur salaire habituel.
Pendant six mois, ils ont propagé leur colère sur les réseaux sociaux et à travers des activités militantes.
Unis autour d’une pensée unique, ils sont devenus une seule et même armée. Sous la gouverne de leur général, Marc Maltais, ils ont pourchassé Rio Tinto jusque dans ses terres, en Angleterre et en Australie.
C’est cette même armée qui s’apprête maintenant à réintégrer l’aluminerie d’Alma, où les relations de travail n’ont jamais été harmonieuses.
Les prochaines semaines seront déterminantes.
Elles nous permettront d’abord de constater l’influence de Marc Maltais sur ses troupes. Saura-t-il éteindre ce feu qu’il a jalousement attisé tout au long du lock-out ?
Quant à la direction, saura-t-elle appliquer à ce protocole de retour la même rigueur qu’elle a réservée à son plan de contingence ?
À suivre…
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delhornissimo
2 juillet 2012
18h30
Monsieur St-Hilaire,
Les travailleurs Rio Tinto d’Alma devront faire comme tout le monde: rentrer à l’ouvrage et effectuer ce pour quoi ils sont payés, grassement payés. Ils devront occulter leurs rancoeurs et continuer à vivre. Respecter leurs contremaîtres et obéir. Devront-ils congédier leur président, monsieur Maltais, qui les a menés dans une aventure où ils gagneront peu? Possiblement. Ils devront se souvenir que rien n’est éternel dans cette vie, rien n’est garanti. Qu’ils ont été chanceux de se trouver un travail si bien rémunéré.
msthilaire
2 juillet 2012
19h10
Comme vous le dites, les gens doivent faire ce pourquoi ils sont payés. Néanmoins, je crois qu’il est encore trop tôt pour évaluer les gains obtenus par l’exécutif syndical. Oubliez également un éventuel lynchage de Marc Maltais. L’assemblée est toujours souveraine, quoiqu’on en dise.
saramaude_ange
2 juillet 2012
19h47
Ben moi, ils ne me font pas pitié, payé au tiers de leur salaire c’est ce que je gagne environ au 2 semaines. Ma job je l’ai trouvée toute seule, pas eu besoin que ma parenté me la trouve. Combien de gens sans papier sont entrés à l’Alcan dans le temps ? Ben voyons donc, on devrait les prendre en pitié ? Désolé mais pas question.
Comment vont se sentir ces gens a leur retour au travail apres avoir tout dit ce qu ils ont dit ? Ouffffffffff ! Il y en a qui ne seront pas gros certain. Mais pour l’économie de la region, un retour au travail fera du bien.
tipoporapido
3 juillet 2012
09h42
Vue de l’extérieur leur combat parait perdu d’avance. J’ai l’impression que les gars d’Alma ont mené seuls une bataille de niveau internationale pour faire comprendre à Rio Tinto qu’ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent là ou il y a des syndicats forts. C’est un peu d’une autre époque de croire qu’un géant tel que Rio Tinto va se laisser intimider. J’appuis les gars mais vraiment par solidarité parce qu’avec la mondialisation on ne peut plus voir le monde du travail comme autrefois, tout à changé. On est plus la seule région au monde capable d’accueillir ses usines. Ou qu’ils aillent, les gouvernements leur offriront des ponts d’or pour qu’ils s’y installent. C’est ça notre belle économie sauvage!!!
@saramaude_ange: Sans quelques batailles syndicale, ta paie serait encore moins élevé, le salaire minimum n’a pas toujours été garantit tsé…il y a des conditions de travail qui se sont gagnées chèrement à coup de grèves plus difficiles que celle-ci. Je me souviens, c’est pas juste un slogan sur la plaque de ta voiture. D’autant que la mésentente n’est pas au sujet des salaires mais bien de la création d’emploi de qualité versus le cheap laber de la sous-traitance si j’ai bien comprit.
le_guerisseur
6 juillet 2012
12h39
“pensée unique”, “armée”, “général”, “influence”, “troupes”, “feu attisé”. Beaux concepts. Défaillants de désinformation, mais beaux, selon l’idée qu’on veut transmettre.
Un groupe de travailleurs est plus brillant que vous tentez de le faire croire. Il se réunissent et s’entendent sur la marche à suivre. Pas de “gourou”, pas de “général”. Peut-être êtes-vous le simple prolétaire de l’empire Gesca qui applique bêtement les dictats de votre “gourou” mais ne croyez en rien que la population s’abaisse stupidement à cette attitude de pleutre.
Les Travailleurs d’Alma en sont la démonstration criante : ils n’avaient rien à gagner personnellement dans tout ceci. Seule Rio Tinto pouvait en sortir gagnante, au pire “statu-quo”, en diminuant induement les conditions d’emplois de travailleurs au profit de Notre Hydro-Électricité.
Vous êtes près de l’action mais n’en comprenez toujours pas les enjeux, même à ce jour. Ou peut-être faite vous volontairement du “journalisme-poubelle” à simple fin “d’attiser un feu”…?