Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Y'a-t-il un pilote dans l'avion?’

Jeudi 12 novembre 2015 | Mise en ligne à 19h13 | Commenter Commentaires (7)

Eaux usées, élus usés

photo La Presse

photo La Presse

Les milliards de litres d’eaux usées déversées dans le fleuve Saint-Laurent par la Ville de Montréal ne sont pas les seules choses qui sentent mauvais : l’attitude et les propos du maire Denis Coderre et du ministre responsable des municipalités Pierre Moreau puent tout autant.

Quand M. Coderre parle de mieux communiquer avec la population au lieu de reconnaître le manque de transparence (excusez l’ironie du terme dans le contexte en question) de son administration dans cette affaire, il nous rappelle le politicien sans contenu (excusez encore) qu’il a été au fédéral.

Quand M. Moreau affirme que son ministère ne peut inciter les municipalités à améliorer leur bilan de surverses, il ne cherche qu’à se déresponsabiliser pour le droit de polluer accordé par son ministère aux municipalités. La réalité est que son ministère à toute l’autorité voulue pour exiger des correctifs des municipalités, mais préfère jouer au spectateur. Ça coûte moins cher que d’être un acteur actif qui doit allonger les dollars en subventions pour aider les municipalités à corriger le tir.

On ne saura probablement jamais si une solution aurait permis à la Ville de Montréal d’éviter de rejeter dans le fleuve des milliards de litres d’eau provenant des toilettes de maisons, commerces et hôpitaux en plus d’activités industrielles sans traitement. Des firmes de génie auraient sûrement eu des choses à proposer. Mais on peut penser que les coûts associés à leurs solutions — construction d’une conduite parallèle au segment du collecteur à réparer, par exemple — auraient été considérés trop élevés par la Ville de Montréal.

Cela dit, pourquoi perdre son temps à travailler des solutions quand il suffit d’ouvrir les vannes et de tout envoyer dans le fleuve ? En toute légalité. Comme par le passé, le fort débit du fleuve aura tôt fait de faire disparaître tout ça.

C’est ce réflexe de je-m’en-foutisme qui anime de centaines de municipalités québécoises. Tous les ans, le bilan des surverses publié par le ministère de M. Moreau fait état de dizaines de milliers de déversements d’eaux usées dans des lacs et des rivières. Ça se passe surtout lors d’averses ou de la fonte de la neige. Plusieurs segments des réseaux d’égout des municipalités sont très vieux et ne peuvent transporter toutes les eaux usées aux usines d’épuration alors que de l’eau de pluie arrive dans les puisards. Dans les secteurs dépourvus d’égouts pluviaux, tout le contenu des égouts sanitaires est alors rejeté dans des cours d’eau.

Des décennies de développement résidentiel sans planification ou considération des impacts environnementaux font qu’on se retrouve aujourd’hui avec des réseaux d’égout incapables de tout capter. Leur modernisation se fait au compte-goutte, les municipalités attendant que les conduits soient à remplacer. Les conseils municipaux sont réfractaires à mettre de l’avant des initiatives pour mieux gérer les eaux de pluie ce qui réduirait considérablement les surverses. Ça veut dire que les municipalités continueront de déverser des eaux usées dans les cours d’eau pour encore 20, 30, 40 ans.

Cette pollution n’est pas prise au sérieux par les autorités. Bien que les surverses se produisent annuellement par milliers, ce n’est qu’en 2014 que le ministère de M. Moreau a exigé des municipalités qu’elles installent des lecteurs pour calculer les volumes rejetés. Elles ont jusqu’au 31 décembre 2019 pour se soumettre à la directive… Quand ces volumes importants de rejet seront connus, le grand déversement de Montréal pourrait apparaître alors comme de la petite bière.

Si le fait de rejeter sans traitement dans l’environnement des eaux usées contenant des serviettes hygiéniques, des tampons, des condoms, des médicaments et quoi encore dépasse la limite de l’entendement, le vrai désastre est le message projeté. Comment rallier les gens à la protection de l’environnement quand nos municipalités ne voient aucun problème à déverser leurs eaux usées dans les lacs et rivières ?

Le ballon du cynisme-citoyen vient d’être gonflé à l’infini. Et MM. Coderre et Moreau continuent de souffler dedans.

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Mardi 29 septembre 2009 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (8)

Quand les fonctionnaires laissent tomber les femmes

Rien n’est jamais simple dans le réseau de la santé. Un système d’une lourdeur paralysante y règne. C’est ce qu’on obtient quand il y a trop de patrons, trop de consultants, trop de formulaires, trop de procédures, trop de blabla.

Voici une histoire pas possible illustrant ce qui cloche avec l’administration de nos établissements de santé: la direction du centre hospitalier de Granby (CHG)  est assise depuis plus d’un an sur 900 000 $, montant amassé par la population et destiné à l’achat d’un mammographe. UN AN! Et la commande n’est toujours pas passée!

C’est plutôt ironique, non? Combien de fois entend-t-on des dirigeants d’établissement de santé se plaindre de sous-financement, d’être mal équipés? Là, un groupe de femmes met sur pied une organisation, organise une marche annuelle (Marchons pour nos nichons) et d’autres activités de financement, réussit à amasser 900 000 $ en cinq ans — un tour de force pour une ville de la taille de Granby (60 210 habitants) — et le CHG n’est pas foutu de faire preuve de célérité pour commander l’appareil pour (enfin) offrir ce service aux femmes de la région!

Ce qui s’annonçait une belle participation citoyenne à un effort pour faire entrer leur hôpital dans la modernité se transforme en une pathétique histoire à décourager les plus vaillants et déterminés bénévoles. Tout ça parce que le système administratif ne parvient pas à opérer efficacement.

Le plus désolant dans cette histoire est que l’incompétence l’attitude des dirigeants du CHG risque de décourager les citoyens à prendre part à de tels projets pour améliorer les services de santé dans leur communauté.

Ma collègue Chantal Vallée, qui a creusé cette affaire, a recueilli des réactions.

«C’est désolant pour la population», estime l’une des instigatrices de la marche, Diane Tétreault. «Les bénévoles ont travaillé tellement fort!», a-t-elle dit.

«C’est frustrant. Des milliers de personnes ont marché pour ça. C’est beaucoup d’énergie. Ensuite, on se butte aux lenteurs administratives…», retient une autre bénévole, Odile Ribard. «J’ai très hâte. Mon bonheur, ça va être quand l’appareil sera dans la salle.»

Bien entendu, les dirigeants du centre hospitalier ont des explications toutes faites. Ils blâment ça sur… le système!

«On peut comprendre que les gens qui ont amassé les dons se posent des questions. Mais on est dans le secteur public, il y a une complexité», explique le porte-parole du CHG, Michel Lapointe.

«Ce que je peux vous dire, c’est qu’il va y en avoir un mammographe. Si des femmes ne s’étaient pas engagées, il y a cinq ans, il n’y en aurait pas. Les délais sont très frustrants. C’est dommage. Mais ça va finir par arriver», assure Claude Vézina, le directeur général du CSSS de la Haute-Yamaska (CHG dans le jargon des fonctionnaires).

Ensuite nos mêmes dirigeants du réseau de la santé viendront pleurer que la communauté anglophone a une tradition de philanthropie lorsque vient le temps d’appuyer financièrement leurs institutions. Une culture que les francophones n’ont pas.

Ils ont bien raison de le déplorer. Mais en même temps, comment peut-on blâmer les gens d’être réticents à donner leur argent lorsque leur système administratif produit de telles bêtises?

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Mercredi 16 septembre 2009 | Mise en ligne à 11h54 | Commenter Commentaires (16)

Le gouvernement Charest, source inépuisable de cynisme

Petite question en ce beau mercredi matin: comment faites-vous pour ne pas sombrer dans le cynisme quand vous apprenez que Québec songe à hausser de 1 % la taxe de vente provinciale (TVQ) parce que ses coffres sont presque vides?

L’automne dernier, on a eu un «gros» débat au Québec, à savoir si on ne devait pas hausser la TVQ après que le fédéral ait abaissé de 2 % la TPS. Autrement dit, Québec devait-il occuper cet espace de taxation pour se donner une plus grande marge de manœuvre?

Pas du tout, avait affirmé le premier ministre Jean Charest, ridiculisant ses adversaires d’envisager une telle mesure. L’économie québécoise allait bien, plaidait-il, nos finances publiques étaient sous contrôle — la sacoche de Mme Jérôme-Forget était pleine, rappelez-vous. Bref tout était beau sous le soleil. Malheureusement pour nous, M. Charest portait ses lunettes roses électorales.

Dix mois après que les Québécois lui ont donné un gouvernement majoritaire, le premier ministre est tenté de faire exactement ce qu’il refusait de faire à l’époque. Et ce pour les mêmes raisons exprimées par des spécialistes des finances. Après on s’étonne que les gens soient animés d’autant de cynisme…

Le pire est que le jardin du cynisme est florissant à Québec. Parlons de notre loi anti-déficit, si vous le voulez bien.

Cette loi, c’est en quelque sorte le barrage routier qui empêche notre gouvernement de dépenser sans compter puis de refiler la facture aux jeunes Québécois et à ceux qui vont naître. Elle a été adoptée après un grand happening réunissant tout ce que la province compte de groupes de pression (patronat, syndicats, socio-communautaire, etc.). Ils se sont tous mis d’accord: le Québec ne pouvait plus se permettre d’accumuler déficit après déficit. Il fallait mettre fin à cette folie. La loi anti-déficit est née de cette prise de conscience qu’on ne peut vivre au crochet de ceux qui vont suivre.

Et bien on apprend que le barrage n’en est pas un finalement. C’est plutôt une espèce de pont-levis qu’un gouvernement majoritaire peut lever à sa guise pour dépenser (beaucoup) plus que l’État n’engrange d’argent.

Au fait, pourquoi l’Assemblée nationale a-t-elle adoptée une telle loi si elle peut la ranger dans le placard à la moindre occasion? Cynisme, cynisme, cynisme!

Ça m’amène à vous parler d’un reportage du journaliste de La Presse, Stéphane Paquet. Il s’est intéressé à l’impact des nombreux projets d’infrastructures en chantier sur la dette du Québec. Un paragraphe fait écarquiller les yeux:

«Pendant que des économistes s’inquiètent, la dette nette de la province aura continué à augmenter: de 129 milliards au 31 mars dernier, à 137 milliards le printemps prochain, à 145,6 milliards le suivant, soit 46,2?% du PIB québécois. Cette année seulement, alors que les taux d’intérêt sont à un creux historique, c’est plus de 6 milliards qui seront consacrés aux intérêts de la dette, ce qui représente plus de deux fois le budget du ministère des Transports.»

Ces chiffres inquiète grandement l’économiste Marc Van Audenrode, de l’Université de Sherbrooke.

«Le problème, dit-il, ce n’est pas qu’on dépense quand l’économie va mal. Le problème, c’est de ne pas avoir mieux géré quand l’économie allait bien.»

Le journaliste continue:

«Il a été un des premiers à faire le lien entre la précarité des finances québécoises et le ‘choc démographique’ à venir: dans cinq ans, le nombre de travailleurs potentiel commencera à baisser au Québec. Moins de travailleurs signifie moins de croissance économique et, donc, moins de revenus pour l’État.»

Pardonnez mon cynisme, mais autant de compétence dans la gestion de nos finances publiques donne le goût de déménager ailleurs ou de ne pas faire des enfants!

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