Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Y'a-t-il un pilote dans l'avion?’

Mardi 29 septembre 2009 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (8)

Quand les fonctionnaires laissent tomber les femmes

Rien n’est jamais simple dans le réseau de la santé. Un système d’une lourdeur paralysante y règne. C’est ce qu’on obtient quand il y a trop de patrons, trop de consultants, trop de formulaires, trop de procédures, trop de blabla.

Voici une histoire pas possible illustrant ce qui cloche avec l’administration de nos établissements de santé: la direction du centre hospitalier de Granby (CHG)  est assise depuis plus d’un an sur 900 000 $, montant amassé par la population et destiné à l’achat d’un mammographe. UN AN! Et la commande n’est toujours pas passée!

C’est plutôt ironique, non? Combien de fois entend-t-on des dirigeants d’établissement de santé se plaindre de sous-financement, d’être mal équipés? Là, un groupe de femmes met sur pied une organisation, organise une marche annuelle (Marchons pour nos nichons) et d’autres activités de financement, réussit à amasser 900 000 $ en cinq ans — un tour de force pour une ville de la taille de Granby (60 210 habitants) — et le CHG n’est pas foutu de faire preuve de célérité pour commander l’appareil pour (enfin) offrir ce service aux femmes de la région!

Ce qui s’annonçait une belle participation citoyenne à un effort pour faire entrer leur hôpital dans la modernité se transforme en une pathétique histoire à décourager les plus vaillants et déterminés bénévoles. Tout ça parce que le système administratif ne parvient pas à opérer efficacement.

Le plus désolant dans cette histoire est que l’incompétence l’attitude des dirigeants du CHG risque de décourager les citoyens à prendre part à de tels projets pour améliorer les services de santé dans leur communauté.

Ma collègue Chantal Vallée, qui a creusé cette affaire, a recueilli des réactions.

«C’est désolant pour la population», estime l’une des instigatrices de la marche, Diane Tétreault. «Les bénévoles ont travaillé tellement fort!», a-t-elle dit.

«C’est frustrant. Des milliers de personnes ont marché pour ça. C’est beaucoup d’énergie. Ensuite, on se butte aux lenteurs administratives…», retient une autre bénévole, Odile Ribard. «J’ai très hâte. Mon bonheur, ça va être quand l’appareil sera dans la salle.»

Bien entendu, les dirigeants du centre hospitalier ont des explications toutes faites. Ils blâment ça sur… le système!

«On peut comprendre que les gens qui ont amassé les dons se posent des questions. Mais on est dans le secteur public, il y a une complexité», explique le porte-parole du CHG, Michel Lapointe.

«Ce que je peux vous dire, c’est qu’il va y en avoir un mammographe. Si des femmes ne s’étaient pas engagées, il y a cinq ans, il n’y en aurait pas. Les délais sont très frustrants. C’est dommage. Mais ça va finir par arriver», assure Claude Vézina, le directeur général du CSSS de la Haute-Yamaska (CHG dans le jargon des fonctionnaires).

Ensuite nos mêmes dirigeants du réseau de la santé viendront pleurer que la communauté anglophone a une tradition de philanthropie lorsque vient le temps d’appuyer financièrement leurs institutions. Une culture que les francophones n’ont pas.

Ils ont bien raison de le déplorer. Mais en même temps, comment peut-on blâmer les gens d’être réticents à donner leur argent lorsque leur système administratif produit de telles bêtises?

Lire les commentaires (8)  |  Commenter cet article






Mercredi 16 septembre 2009 | Mise en ligne à 11h54 | Commenter Commentaires (16)

Le gouvernement Charest, source inépuisable de cynisme

Petite question en ce beau mercredi matin: comment faites-vous pour ne pas sombrer dans le cynisme quand vous apprenez que Québec songe à hausser de 1 % la taxe de vente provinciale (TVQ) parce que ses coffres sont presque vides?

L’automne dernier, on a eu un «gros» débat au Québec, à savoir si on ne devait pas hausser la TVQ après que le fédéral ait abaissé de 2 % la TPS. Autrement dit, Québec devait-il occuper cet espace de taxation pour se donner une plus grande marge de manœuvre?

Pas du tout, avait affirmé le premier ministre Jean Charest, ridiculisant ses adversaires d’envisager une telle mesure. L’économie québécoise allait bien, plaidait-il, nos finances publiques étaient sous contrôle — la sacoche de Mme Jérôme-Forget était pleine, rappelez-vous. Bref tout était beau sous le soleil. Malheureusement pour nous, M. Charest portait ses lunettes roses électorales.

Dix mois après que les Québécois lui ont donné un gouvernement majoritaire, le premier ministre est tenté de faire exactement ce qu’il refusait de faire à l’époque. Et ce pour les mêmes raisons exprimées par des spécialistes des finances. Après on s’étonne que les gens soient animés d’autant de cynisme…

Le pire est que le jardin du cynisme est florissant à Québec. Parlons de notre loi anti-déficit, si vous le voulez bien.

Cette loi, c’est en quelque sorte le barrage routier qui empêche notre gouvernement de dépenser sans compter puis de refiler la facture aux jeunes Québécois et à ceux qui vont naître. Elle a été adoptée après un grand happening réunissant tout ce que la province compte de groupes de pression (patronat, syndicats, socio-communautaire, etc.). Ils se sont tous mis d’accord: le Québec ne pouvait plus se permettre d’accumuler déficit après déficit. Il fallait mettre fin à cette folie. La loi anti-déficit est née de cette prise de conscience qu’on ne peut vivre au crochet de ceux qui vont suivre.

Et bien on apprend que le barrage n’en est pas un finalement. C’est plutôt une espèce de pont-levis qu’un gouvernement majoritaire peut lever à sa guise pour dépenser (beaucoup) plus que l’État n’engrange d’argent.

Au fait, pourquoi l’Assemblée nationale a-t-elle adoptée une telle loi si elle peut la ranger dans le placard à la moindre occasion? Cynisme, cynisme, cynisme!

Ça m’amène à vous parler d’un reportage du journaliste de La Presse, Stéphane Paquet. Il s’est intéressé à l’impact des nombreux projets d’infrastructures en chantier sur la dette du Québec. Un paragraphe fait écarquiller les yeux:

«Pendant que des économistes s’inquiètent, la dette nette de la province aura continué à augmenter: de 129 milliards au 31 mars dernier, à 137 milliards le printemps prochain, à 145,6 milliards le suivant, soit 46,2?% du PIB québécois. Cette année seulement, alors que les taux d’intérêt sont à un creux historique, c’est plus de 6 milliards qui seront consacrés aux intérêts de la dette, ce qui représente plus de deux fois le budget du ministère des Transports.»

Ces chiffres inquiète grandement l’économiste Marc Van Audenrode, de l’Université de Sherbrooke.

«Le problème, dit-il, ce n’est pas qu’on dépense quand l’économie va mal. Le problème, c’est de ne pas avoir mieux géré quand l’économie allait bien.»

Le journaliste continue:

«Il a été un des premiers à faire le lien entre la précarité des finances québécoises et le ‘choc démographique’ à venir: dans cinq ans, le nombre de travailleurs potentiel commencera à baisser au Québec. Moins de travailleurs signifie moins de croissance économique et, donc, moins de revenus pour l’État.»

Pardonnez mon cynisme, mais autant de compétence dans la gestion de nos finances publiques donne le goût de déménager ailleurs ou de ne pas faire des enfants!

Lire les commentaires (16)  |  Commenter cet article






Lundi 20 avril 2009 | Mise en ligne à 15h02 | Commenter Commentaires (17)

Zampino, Mulroney et combien d’autres

Bien rigolé ce week-end en écoutant Gérald Tremblay réclamer que Québec impose un Code d’éthique aux élus municipaux. Pas de doute, nous sommes en présence du maire le plus niais au Québec.

M. Tremblay aura beau tourner la situation dans tous les sens, en bout de ligne une seule conclusion s’impose: Frank Zampino s’est placé en situation de conflit d’intérêts. Le maire de Montréal doit arrêter son opération de spin et reconnaître que non seulement son ancien bras droit a mal agi en participant à une petite croisière avec le patron d’une boîte qui a de gros liens d’affaires avec la Ville, mais qu’il s’agit d’un conflit d’intérêts. C’est le minimum auquel on s’attend.

Si nous sommes prêts à pardonner au maire Tremblay son coté «gars dans les nuages», on ne peut passer l’éponge sur le fait qu’il est ultimement responsable des agissements de ses proches collaborateurs.

Quant au Code d’éthique qui encadrerait les agissements des élus municipaux, c’est une tentative pour détourner le débat. Qu’y a-t-il de compliqué pour des politiciens, peu importe le niveau, d’agir avec honnêteté? Ça veut dire ne pas utiliser sa position, ses connaissances et ses contacts pour empocher pendant et après leur mandat. Il ne viendrait jamais à l’esprit d’une personne foncièrement honnête d’aller à l’encontre de ces règles de base. C’est ça l’éthique.

Malheureusement, l’éthique a ceci de fascinant: son élasticité est variable d’un individu à un autre. Nous en avons eu la preuve ces derniers temps avec Frank Zampino, Brian Mulroney et Philippe Couillard.

Dans le cas de M. Mulroney, on se fout de connaître la nature des relations d’affaires le liant à Karlheinz Schreiber. Le vrai débat est de savoir pourquoi un membre de la Chambre des communes, un élu du peuple canadien, peut accepter en toute légalité de l’argent pour effectuer du lobby. C’est ce qu’a fait l’ancien premier ministre en empochant 275 000 $ (300 000 $ soutient de son côté M. Schreiber) en 1992 et 1993.

M. Mulroney se défend d’avoir mal agi, insistant qu’il n’a fait qu’utiliser ses entrées dans les chancelleries un peu partout dans le monde pour que M. Schreiber puisse présenter ses produits (véhicules militaires). Il n’a pas fait de travail de persuasion au Canada, jure-t-il. Piètre argument qui ne change en rien le fond du problème.

Il y a quelque chose de pernicieux qu’un homme politique puisse ainsi vendre ses services. Un gros problème d’éthique que n’a pas (sciemment) vu non plus Frank Zampino, l’ancien numéro 2 de la Ville de Montréal. Bon, tout le monde connaît son histoire: il pilote l’octroi d’un contrat de 350 millions de dollars, démissionne après son attribution et six mois plus tard devient un espèce de vice-président de la boîte gagnante de l’appel d’offres avec un salaire de 400 000 $. Come on!

Philippe Couillard en est un autre dont le principe d’éthique est pas mal élastique. Quelques mois après avoir démissionné de son poste de ministre de la Santé et des services sociaux et de député de la circonscription de Jean-Talon, il annonce son entrée dans une entreprise qui offre des services de santé au privé. Son nouvel employeur a profité de changements réglementaires décrétés par M. Couillard alors qu’il était toujours en poste. Coïncidence? Laissez-moi rire!

Oui tous ces braves gens ont le droit de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille une fois revenus dans le privé. Mais pourraient-ils, s’il-vous-plait, faire en sorte de ne pas nous donner l’impression qu’ils préparent le terrain alors qu’ils sont encore nos représentants démocratiques. C’est à se demander à quels intérêts ils veillent!

Lire les commentaires (17)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    octobre 2014
    L Ma Me J V S D
    « sept    
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    2728293031  
  • Archives

  • publicité