If it’s not broken, don’t fix it!
La langue anglaise regorge d’expressions colorées dont on saisit illico tout le sens. Enfin, c’est le cas pour la plupart des gens. Parce que la compréhension de cette grande vérité de la vie citée ci-haut échappe malheureusement à trop de ténors de la ligne dure en matière de protection de la langue française au Québec.
Après l’idée farfelue de rendre obligatoire le recours au français dans nos centres de la petite enfance, après cette autre idée de génie d’interdire aux francophones et aux allophones la fréquentation de cégeps anglophones, ils dirigent maintenant leurs canons de l’intolérance vers les municipalités bilingues québécoises.
Depuis 35 ans, ces municipalités, au nombre de 84 au Québec, communiquent en français et en anglais avec leurs résidants. Leurs ordres du jour, leurs procès-verbaux, leurs avis publics, leurs règlements sont rédigés dans les deux langues et leurs fonctionnaires peuvent répondre aux citoyens en français et en anglais.
Tout semble fonctionner. Aucun citoyen ne se plaint de la situation, aucune administration municipale n’a entamé de démarches pour restreindre ses communications dans les deux langues, aucune manifestation, de francos ou d’anglos, n’a été organisée pour dénoncer le tout. Une vraie paix linguistique existe dans ces municipalités. Une paix que menacent les purs et durs du Parti québécois.
Comme le rapportait ce matin ma collègue Véronique Chagnon, le gouvernement péquiste, avec son projet de loi 14 sur la révision de la Charte de la langue française, suggère de retirer le statut de bilingue aux municipalités où le nombre de citoyens anglophones est en bas de 50 %. Ces municipalités pourraient continuer d’offrir des services en anglais, mais elles devraient aussi s’en tenir au français dans ses documents écrits parce que « […] ça n’irait pas dans le sens de reconnaître que la langue officielle du Québec, c’est le français » a expliqué Martin Bilodeau, porte-parole de l’Office québécois de la langue française.
Dans notre région, deux municipalités sont touchées par le projet de loi : Lac-Brome et Sutton. La population anglophone de Lac-Brome a chuté à 47 %, selon le recensement de Statistique Canada de 2011, tandis que celle de Sutton se situe maintenant à 33 %.
À Sutton, on n’entrevoit pas vraiment de problème. Les documents municipaux sont rédigés en français et des copies en anglais sont offertes aux personnes qui en font la demande. On répond aussi en anglais aux questions quand l’occasion l’exige.
La situation s’annonce plus explosive à Lac-Brome. La municipalité de 5609 habitants vit très bien sa dualité linguistique. Une grande partie de sa population est bilingue, dans les assemblées, dans la rue, les discussions glissent souvent du français à l’anglais et vice-versa sans que personne ne s’en offusque. Se faire servir dans l’une ou l’autre des langues dans les commerces de Knowlton, le cœur de la municipalité, n’est pas problématique. Mais surtout, on sent une grande ouverture d’esprit chez les Bromois. Depuis plus de 200 ans les deux communautés ont appris à vivre et à prospérer ensemble. Les francophones ont pris leur place politiquement et économiquement, mais en respectant le riche legs des anglophones à la communauté.
Retirer le statut de municipalité bilingue à Lac-Brome est une bien mauvaise idée. Si le gouvernement du Québec s’avise de procéder de la sorte, toute la communauté bromoise, anglophone comme francophone, s’y opposera farouchement. Avec raison.
Le combat de la langue française ne passe pas par des guerres sur le terrain des petites municipalités. Sa promotion doit se faire dans nos écoles, sur nos lieux de travail et dans ces entreprises qui se contrefoutent de nos règlements sur l’affichage.
Un remaniement de la Charte de la langue française peut s’avérer un exercice utile. Mais, comme le disent si bien nos compatriotes anglophones, on ne répare pas ce qui fonctionne.
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