Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘What's the problem?’

Jeudi 13 décembre 2012 | Mise en ligne à 18h23 | Commenter Commentaires (9)

La paix linguistique municipale

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If it’s not broken, don’t fix it!

La langue anglaise regorge d’expressions colorées dont on saisit illico tout le sens. Enfin, c’est le cas pour la plupart des gens. Parce que la compréhension de cette grande vérité de la vie citée ci-haut échappe malheureusement à trop de ténors de la ligne dure en matière de protection de la langue française au Québec.

Après l’idée farfelue de rendre obligatoire le recours au français dans nos centres de la petite enfance, après cette autre idée de génie d’interdire aux francophones et aux allophones la fréquentation de cégeps anglophones, ils dirigent maintenant leurs canons de l’intolérance vers les municipalités bilingues québécoises.

Depuis 35 ans, ces municipalités, au nombre de 84 au Québec, communiquent en français et en anglais avec leurs résidants. Leurs ordres du jour, leurs procès-verbaux, leurs avis publics, leurs règlements sont rédigés dans les deux langues et leurs fonctionnaires peuvent répondre aux citoyens en français et en anglais.

Tout semble fonctionner. Aucun citoyen ne se plaint de la situation, aucune administration municipale n’a entamé de démarches pour restreindre ses communications dans les deux langues, aucune manifestation, de francos ou d’anglos, n’a été organisée pour dénoncer le tout. Une vraie paix linguistique existe dans ces municipalités. Une paix que menacent les purs et durs du Parti québécois.

Comme le rapportait ce matin ma collègue Véronique Chagnon, le gouvernement péquiste, avec son projet de loi 14 sur la révision de la Charte de la langue française, suggère de retirer le statut de bilingue aux municipalités où le nombre de citoyens anglophones est en bas de 50 %. Ces municipalités pourraient continuer d’offrir des services en anglais, mais elles devraient aussi s’en tenir au français dans ses documents écrits parce que « […] ça n’irait pas dans le sens de reconnaître que la langue officielle du Québec, c’est le français » a expliqué Martin Bilodeau, porte-parole de l’Office québécois de la langue française.

Dans notre région, deux municipalités sont touchées par le projet de loi : Lac-Brome et Sutton. La population anglophone de Lac-Brome a chuté à 47 %, selon le recensement de Statistique Canada de 2011, tandis que celle de Sutton se situe maintenant à 33 %.

À Sutton, on n’entrevoit pas vraiment de problème. Les documents municipaux sont rédigés en français et des copies en anglais sont offertes aux personnes qui en font la demande. On répond aussi en anglais aux questions quand l’occasion l’exige.

La situation s’annonce plus explosive à Lac-Brome. La municipalité de 5609 habitants vit très bien sa dualité linguistique. Une grande partie de sa population est bilingue, dans les assemblées, dans la rue, les discussions glissent souvent du français à l’anglais et vice-versa sans que personne ne s’en offusque. Se faire servir dans l’une ou l’autre des langues dans les commerces de Knowlton, le cœur de la municipalité, n’est pas problématique. Mais surtout, on sent une grande ouverture d’esprit chez les Bromois. Depuis plus de 200 ans les deux communautés ont appris à vivre et à prospérer ensemble. Les francophones ont pris leur place politiquement et économiquement, mais en respectant le riche legs des anglophones à la communauté.

Retirer le statut de municipalité bilingue à Lac-Brome est une bien mauvaise idée. Si le gouvernement du Québec s’avise de procéder de la sorte, toute la communauté bromoise, anglophone comme francophone, s’y opposera farouchement. Avec raison.

Le combat de la langue française ne passe pas par des guerres sur le terrain des petites municipalités. Sa promotion doit se faire dans nos écoles, sur nos lieux de travail et dans ces entreprises qui se contrefoutent de nos règlements sur l’affichage.

Un remaniement de la Charte de la langue française peut s’avérer un exercice utile. Mais, comme le disent si bien nos compatriotes anglophones, on ne répare pas ce qui fonctionne.


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Mercredi 5 décembre 2012 | Mise en ligne à 15h36 | Commenter Un commentaire

Les pipelines et les francos

Le Canada est un pays bilingue, dit-on. Faudrait en informer L’Association canadienne de pipelines d’énergie.

L’organisme, basé en Alberta, propose depuis peu une vidéo sur Youtube vantant les vertus des oléoducs qui ont servi, à l’instar des chemins de fer, des voies navigables et des autoroutes, à façonner notre beau et grand pays. Au-delà de l’aspect propagande, ce qui fait tiquer est que le lien internet proposé (www.aproposdespipelines.com) à ceux qui souhaitent en savoir plus mène à une page in english only.

La campagne de relations publiques menée par L’Association canadienne de pipelines d’énergie coïncide avec le projet de la compagnie Enbridge de transporter du pétrole des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’à Montréal-Est, là où se trouve une raffinerie. Il est probable que l’entreprise pousse ensuite son projet plus loin en utilisant un autre oléoduc pour acheminer le pétrole de Montréal jusqu’au Maine en passant par la Montérégie et les Cantons-de-l’Est.

Des obstacles se dressent sur le chemin d’Enbridge. On pense à l’opposition de citoyens et au désir du gouvernement du Québec de mener une étude sur les impacts environnementaux du projet d’inverser le sens d’écoulement du pétrole et le fait que celui des sables bitumineux est plus corrosif que du brut régulier — on ignore cependant encore comment le gouvernement du PQ va s’y prendre pour étudier tout ça. On s’explique donc mal que le site internet ne s’adresse qu’aux anglophones.

En entrevue, l’un des vice-présidents de l’Association, Philippe Reicher, a expliqué que la version française du site internet était «en construction» et qu’il sera opérationnel d’ici «deux semaines».

M. Reicher, un Français qui vit au Canada depuis 30 ans, a assuré que l’Association travaille fort pour communiquer en français. Tous les documents de l’organisme sont traduits, dit-il, mais cela prend du temps. «Dans 95 % du temps, on communique en anglais. Je suis arrivé il y a deux ans. Avant, le français ne faisait pas partie de notre réalité», a-t-il soutenu.

Tout ça en 2012! On a vraiment encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’être égal dans le plus beau pays au monde, comme le qualifiait un ex-premier ministre.

Merci au collègue Étienne Gauthier-Fortin de m’avoir signalé la chose.

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Mercredi 4 avril 2012 | Mise en ligne à 16h43 | Commenter Commentaires (12)

Les mauvais anglophones

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Ma mère est une «bad anglophone». Elle m’a lancé ça le week-end dernier. On débattait du sondage de L’actualité sur l’avenir du français à Montréal, mais surtout de la responsabilité (l’attitude aussi) des anglophones dans le débat socio-politoco-écono-linguistique québécois.

Ma mère est une Savage de St-Lambert, de l’autre côté du pont Victoria. Cette petite bourgade, aujourd’hui habitée par des francophones de la classe moyenne et supérieure, était jusque dans les années 80 un petit Westmount en version plus modeste. Avant que mes parents ne déménagent au Saguenay à la fin des années 70, elle ne parlait pas un seul mot français. Pas un. C’était la réalité de l’époque.

Femme intelligente, éduquée, curieuse, cultivée, débrouillarde, elle s’est mise au français. Aujourd’hui, elle le parle avec une grande facilité, en comprend presque toutes les subtilités et peut plaider son point de vue avec aisance dans la langue de Lévesque. Et le tout avec un accent qui danse dans les oreilles. On se tourne dans les boutiques et les restaurants pour voir qui peut bien prononcer notre langue avec une telle douceur teintée d’autant de flegme anglophone.

Sa passion pour le français va beaucoup plus loin. Elle connaît Félix Leclerc, Yvon Deschamps, Michel Tremblay, Ginette Reno, Lise Dion. Elle lit La Presse et La Voix de l’Est, bien entendu, sur internet et prend ses nouvelles le soir avec Céline Galipeau.

Son ouverture au monde francophone lui permet d’adopter des positions réfléchies sur les défis auxquels les Québécois sont confrontés. Elle est en faveur de la Loi 101, pour la prédominance de l’affichage en français, contre les écoles passerelles. Elle ne voterait pas oui à la souveraineté du Québec, mais elle comprend qu’une frange importante des Québécois souhaite la création d’un État. Un projet légitime, selon elle.

Tout ça pour vous dire que ma mère est francophile. Une vraie.

Mais pour la première fois, elle éprouve un malaise de faire une si grande place dans sa vie à la culture francophone. Et si cela nuisait à sa communauté, s’interroge-t-elle.

Ce sont les conclusions du sondage de Crop-L’actualité-98,5 FM qui l’amènent à se poser cette inquiétante question. Elles font passer les anglophones pour des empêcheurs de tourner rond, de mauvais citoyens.

Le coup de sonde du magazine nous apprend que 74 % des Québécois anglophones âgés de 18 à 34 % ne voient pas de problème à ce que les grandes entreprises embauchent des cadres supérieurs unilingues anglophones. Et 77 % d’entre eux ne se sentent pas investis du devoir de contribuer à ce que Montréal demeure une ville francophone.

La responsabilité de promouvoir la langue française, soutient ma mère, n’incombe pas aux Anglo-Québécois. Dans le meilleur des mondes, ceux-ci devraient apprendre le français et l’utiliser, croit-elle. Les données du sondage tendent à démontrer qu’une forte majorité d’entre eux l’ont appris. Assez en tout cas pour que 79 % disent être capables de soutenir une discussion sérieuse en français.

Il appartient d’abord aux francophones, dit-elle, de se faire entendre. C’est à eux de revendiquer leur droit de vivre et de travailler en français.

Faire porter cette responsabilité aux anglophones, c’est l’équivalent de les stigmatiser, dénonce ma mère. On ne peut-on les blâmer d’être responsables du déclin du français à Montréal. Et si c’était les francophones qui avaient baissé les bras, suggère-t-elle. Bonne question.

Nombreux francophones, note-t-elle, parlent en anglais quand ils en ont l’occasion. Chaque fois qu’elle magasine, souligne-t-elle, les employés changent à l’anglais quand ils réalisent qu’elle est anglophone. Chaque fois elle leur dit de lui parler en français.

Une «bad anglophone», ma mère? Non. Une Anglo-Québécoise francophile qui commence à se demander ce qu’elle peut humainement faire pour insuffler plus de confiance et de positivisme à ses compatriotes francophones.

On se le demande aussi.

illustration yulcontenu.com

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