Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘What's the problem?’

Mardi 28 juillet 2015 | Mise en ligne à 17h11 | Commenter Commentaires (3)

La langue municipale

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Une ville devrait-elle pouvoir bannir l’usage de l’anglais dans l’enceinte d’un conseil municipal? C’est la question linguisto-dynamite de l’été lancée par la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire. Lasse d’entendre le chef de l’opposition Robert Myles traduire ses déclarations en assemblée, elle demande à Québec de renforcer la loi 101 pour mettre fin à cette situation.

La Ville de Longueuil ne compte que 3 % de gens qui ne comprennent que le français, selon les données de Statistique Canada repris en chœur par tous ceux qui appuient Mme St-Hilaire. À eux de l’apprendre, statut sans nuance Jean-Paul Perreault, président du Mouvement Impératif français.

Les statistiques, on le sait, sont polyvalentes en ce sens qu’elles peuvent appuyer des argumentaires contraires. On cite celles qui font notre affaire et on oublie les autres. Pourtant, certaines tendent à démontrer que M. Myles ne parle pas dans le vide : 6,2 % des Longueuillois ont l’anglais comme langue maternelle. Et 33,8 % de ceux qui habitent dans l’arrondissement de Greenfield Park, où l’élu est conseiller municipal, sont des anglos-québécois.

Il est clair que la langue commune doit être le français dans la conduite des affaires publiques au Québec. C’est vrai à l’Assemblée nationale, ça doit aussi être vrai dans les municipalités québécoises. Mais langue commune ne veut pas dire bannissement de l’anglais dans les salles de conseil.

Comment peut-on clamer, comme le font des nationalistes dans le présent débat, être ouvert à la communauté anglophone tout en interdisant à des élus de leur parler dans leur langue lors d’assemblées publiques? On est donc ouvert à leur différence linguistique en autant qu’on ne les entende pas. C’est bien ça? N’est-ce pas de l’intolérance?

Une tournée dans les municipalités des Cantons-de-l’Est serait bénéfique à bien des militants de la protection de la langue française. Ils verraient comment des communautés composées de francophones et d’anglophones ont réussi, au fil des décennies, à se modeler une cohabitation respectueuse.

Dans les villes de Lac-Brome (population de 47,2 % d’anglophones) et de Sutton (33,5 %), les séances du conseil se déroulent en français. Des maires et des conseillers de langue anglophone s’expriment parfois dans leur langue maternelle. Les citoyens peuvent poser des questions en anglais. Les maires, patiemment, les traduisent.

Certes, ici et là, des critiques sont entendues de la part de citoyens anglophones qui souhaitent que tout soit traduit. Ça suscite parfois de gros yeux et des murmures de la part de francophones. Les quelques frictions suscitées sont rapidement désamorcées par les élus et les fonctionnaires qui traduisent les bouts manquants.

Ce n’est pas tout. Les procès verbaux de ces villes sont dans les deux langues, ainsi que les ordres du jour, les avis publics et les communiqués. Idem pour leur site internet.

Et tout le monde se porte bien, thank you very much!

Si une telle ouverture d’esprit entre francophones et anglophones est possible dans les terres des loyalistes, comment ne peut-elle l’être ailleurs au Québec?

Des problèmes plus criants affligent les conseils municipaux. Par exemple, trop de points abordés lors des assemblées sont incompréhensibles du grand public — autant des francophones que des anglophones. Aussi, rarement entend-t-on les conseillers — qu’ils soient francos ou anglos — se prononcer sur des sujets importants. Et trop de séances extraordinaires des conseils sont appelés sans que les citoyens — peu importe leur langue maternelle — ne puissent y assister.

Sur ces problèmes, les élus municipaux semblent avoir perdu leur… langue.

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Jeudi 13 décembre 2012 | Mise en ligne à 18h23 | Commenter Commentaires (9)

La paix linguistique municipale

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If it’s not broken, don’t fix it!

La langue anglaise regorge d’expressions colorées dont on saisit illico tout le sens. Enfin, c’est le cas pour la plupart des gens. Parce que la compréhension de cette grande vérité de la vie citée ci-haut échappe malheureusement à trop de ténors de la ligne dure en matière de protection de la langue française au Québec.

Après l’idée farfelue de rendre obligatoire le recours au français dans nos centres de la petite enfance, après cette autre idée de génie d’interdire aux francophones et aux allophones la fréquentation de cégeps anglophones, ils dirigent maintenant leurs canons de l’intolérance vers les municipalités bilingues québécoises.

Depuis 35 ans, ces municipalités, au nombre de 84 au Québec, communiquent en français et en anglais avec leurs résidants. Leurs ordres du jour, leurs procès-verbaux, leurs avis publics, leurs règlements sont rédigés dans les deux langues et leurs fonctionnaires peuvent répondre aux citoyens en français et en anglais.

Tout semble fonctionner. Aucun citoyen ne se plaint de la situation, aucune administration municipale n’a entamé de démarches pour restreindre ses communications dans les deux langues, aucune manifestation, de francos ou d’anglos, n’a été organisée pour dénoncer le tout. Une vraie paix linguistique existe dans ces municipalités. Une paix que menacent les purs et durs du Parti québécois.

Comme le rapportait ce matin ma collègue Véronique Chagnon, le gouvernement péquiste, avec son projet de loi 14 sur la révision de la Charte de la langue française, suggère de retirer le statut de bilingue aux municipalités où le nombre de citoyens anglophones est en bas de 50 %. Ces municipalités pourraient continuer d’offrir des services en anglais, mais elles devraient aussi s’en tenir au français dans ses documents écrits parce que « […] ça n’irait pas dans le sens de reconnaître que la langue officielle du Québec, c’est le français » a expliqué Martin Bilodeau, porte-parole de l’Office québécois de la langue française.

Dans notre région, deux municipalités sont touchées par le projet de loi : Lac-Brome et Sutton. La population anglophone de Lac-Brome a chuté à 47 %, selon le recensement de Statistique Canada de 2011, tandis que celle de Sutton se situe maintenant à 33 %.

À Sutton, on n’entrevoit pas vraiment de problème. Les documents municipaux sont rédigés en français et des copies en anglais sont offertes aux personnes qui en font la demande. On répond aussi en anglais aux questions quand l’occasion l’exige.

La situation s’annonce plus explosive à Lac-Brome. La municipalité de 5609 habitants vit très bien sa dualité linguistique. Une grande partie de sa population est bilingue, dans les assemblées, dans la rue, les discussions glissent souvent du français à l’anglais et vice-versa sans que personne ne s’en offusque. Se faire servir dans l’une ou l’autre des langues dans les commerces de Knowlton, le cœur de la municipalité, n’est pas problématique. Mais surtout, on sent une grande ouverture d’esprit chez les Bromois. Depuis plus de 200 ans les deux communautés ont appris à vivre et à prospérer ensemble. Les francophones ont pris leur place politiquement et économiquement, mais en respectant le riche legs des anglophones à la communauté.

Retirer le statut de municipalité bilingue à Lac-Brome est une bien mauvaise idée. Si le gouvernement du Québec s’avise de procéder de la sorte, toute la communauté bromoise, anglophone comme francophone, s’y opposera farouchement. Avec raison.

Le combat de la langue française ne passe pas par des guerres sur le terrain des petites municipalités. Sa promotion doit se faire dans nos écoles, sur nos lieux de travail et dans ces entreprises qui se contrefoutent de nos règlements sur l’affichage.

Un remaniement de la Charte de la langue française peut s’avérer un exercice utile. Mais, comme le disent si bien nos compatriotes anglophones, on ne répare pas ce qui fonctionne.


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Mercredi 5 décembre 2012 | Mise en ligne à 15h36 | Commenter Un commentaire

Les pipelines et les francos

Le Canada est un pays bilingue, dit-on. Faudrait en informer L’Association canadienne de pipelines d’énergie.

L’organisme, basé en Alberta, propose depuis peu une vidéo sur Youtube vantant les vertus des oléoducs qui ont servi, à l’instar des chemins de fer, des voies navigables et des autoroutes, à façonner notre beau et grand pays. Au-delà de l’aspect propagande, ce qui fait tiquer est que le lien internet proposé (www.aproposdespipelines.com) à ceux qui souhaitent en savoir plus mène à une page in english only.

La campagne de relations publiques menée par L’Association canadienne de pipelines d’énergie coïncide avec le projet de la compagnie Enbridge de transporter du pétrole des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’à Montréal-Est, là où se trouve une raffinerie. Il est probable que l’entreprise pousse ensuite son projet plus loin en utilisant un autre oléoduc pour acheminer le pétrole de Montréal jusqu’au Maine en passant par la Montérégie et les Cantons-de-l’Est.

Des obstacles se dressent sur le chemin d’Enbridge. On pense à l’opposition de citoyens et au désir du gouvernement du Québec de mener une étude sur les impacts environnementaux du projet d’inverser le sens d’écoulement du pétrole et le fait que celui des sables bitumineux est plus corrosif que du brut régulier — on ignore cependant encore comment le gouvernement du PQ va s’y prendre pour étudier tout ça. On s’explique donc mal que le site internet ne s’adresse qu’aux anglophones.

En entrevue, l’un des vice-présidents de l’Association, Philippe Reicher, a expliqué que la version française du site internet était «en construction» et qu’il sera opérationnel d’ici «deux semaines».

M. Reicher, un Français qui vit au Canada depuis 30 ans, a assuré que l’Association travaille fort pour communiquer en français. Tous les documents de l’organisme sont traduits, dit-il, mais cela prend du temps. «Dans 95 % du temps, on communique en anglais. Je suis arrivé il y a deux ans. Avant, le français ne faisait pas partie de notre réalité», a-t-il soutenu.

Tout ça en 2012! On a vraiment encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’être égal dans le plus beau pays au monde, comme le qualifiait un ex-premier ministre.

Merci au collègue Étienne Gauthier-Fortin de m’avoir signalé la chose.

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