Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Une époque formidable’

Mardi 4 mars 2014 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (5)

Choisir son lièvre

Pascal Proulx, candidat libéral dans Granby

Pascal Proulx, candidat libéral dans Granby

On apprend que le candidat du Parti libéral du Québec dans Granby, Pascal Proulx, a flirté avec la Coalition avenir Québec en 2012. Et encore il y a deux semaines, 24 heures avant sa confirmation comme représentant libéral…

C’est la deuxième fois en autant d’élections que le PLQ présente un transfuge caquiste dans Granby. En septembre 2012, Guy Gaudord avait été choisi. Le plus ironique est qu’il était (et est toujours) commissaire à la Commission scolaire Val-des-Cerfs. Il avait peiné à expliquer son intérêt pour un parti qui prônait l’abolition des commissions scolaires alors qu’il en était un représentant. Sa campagne, teintée d’une telle invraisemblance, était terminée avant qu’elle ne commence.

Pour le PLQ, c’est une situation pour le moins bizarre. Comment un parti politique aussi structuré peut-il, coup sur coup et dans la même circonscription, faire de sympathisants caquistes ses porte-étendarts?

Voici deux hypothèses :

1. Comme le font bien des entreprises pour dénicher de nouveaux clients, les éditeurs de magazines et les banques, par exemple, le PLQ a acheté la liste des candidats potentiels de la CAQ et leur a fait un pitch de vente.
2. Le PLQ ne s’accorde aucune chance de ravir la circonscription de Granby. Mais puisqu’il doit aligner une équipe complète de 125 candidats pour ne pas avoir l’air désorganisé, on «recrute» le premier venu (et probablement le seul intéressé), on le confirme candidat et on lui promet de belles affiches, un bureau électoral avec des sachets de café filtre et un budget de 25 000 $ pour faire campagne. Tout ça sans vérifier ses «origines» politiques. Ça donne des situations embarrassantes.

J’aime bien la première hypothèse. La deuxième est cependant plus plausible.

Je ne connais pas M. Proulx. Mais en entrevue à ma collègue Marie-Ève Martel le 26 février, il affirmait avoir «toujours été un gars du peuple et un libéral». Fort bien.

Seuls les imbéciles ne changent pas d’idées, dit-on. Nos expériences de vies font que nos idées peuvent évoluer. Raymond Bachand, l’ancien ministre des Finances du PLQ, pour citer son exemple, était souverainiste plus jeune. Il a expliqué son passage dans le camp fédéraliste avec des arguments économiques, notamment que le développement du Québec s’opérait plus facilement au sein de la fédération canadienne. Son opinion se défend.

Comment M. Proulx, en vrai libéral comme il le soutient, peut-il expliquer sa «relation» avec la CAQ? Courrait-il deux lièvres à la fois? Si oui, est-on en présence d’un opportuniste? Plus important encore, a-t-il le jugement requis pour être député?

Désolé pour cette dernière question, mais quelles sont ses convictions libérales?

Peut-être, avant de répondre, devrait-il en discuter avec le Dr Gaétan Barrette…

•••

Message aux organisateurs libéraux. Au lieu d’abaisser vos standards dans le choix de vos candidats dans des circonscriptions difficiles ou imprenables, inspirez vous du Parti québécois. Le PQ parachute régulièrement de jeunes attachés politiques à l’intérieur de vos châteaux forts dans l’ouest de l’île de Montréal. Ils n’ont aucune chance d’être élus. Mais ils connaissent le programme électoral de leur parti et sont capables de véhiculer ses messages. Aussi le font-ils avec… conviction.

C’est une approche plus respectueuse des électeurs. Et elle rehausse le débat.

Sur ce, bonne campagne!

photo Janick Marois

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Mercredi 19 février 2014 | Mise en ligne à 14h51 | Commenter Commentaires (12)

La calculatrice péquiste

Image 6

Le ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau dépose un budget aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Le document évitera de s’attaquer véritablement aux vrais problèmes de l’État (déficit, dette, fonds de pension des employés gouvernementaux, économie stagnante, décrochage scolaire, financement de nos universités, etc.), mais contiendra assurément des mesures pour plaire à différentes catégories de citoyens.

Des dizaines et des dizaines de journalistes, de chroniqueurs, des spécialistes fiscaux et les porte-parole de nombreux groupes de pression feront le voyage à Québec pour analyser le budget sous toutes ses coutures et pour livrer leurs commentaires. Les ministres et députés du Parti québécois seront envoyés un peu partout pour vanter la vision novatrice du gouvernement cependant que leurs adversaires libéraux, caquistes et solidaires useront de tous les qualificatifs négatifs pour la critiquer.

Beaucoup de temps, d’énergie et d’argent dépensés (plusieurs fonctionnaires ont consacré des semaines entières de travail pour préparer le budget, des milliers d’exemplaires ont été imprimés, des petites bouchées commandées) pour un budget qui ne sera jamais adopté, ni débattu en Chambre.

Tout cet exercice n’a qu’un seul but : donner un élan aux péquistes sur le sentier électoral.

Ça nous amène une nouvelle fois à nous interroger sur les travers de notre système de démocratie parlementaire. Comment un chef de gouvernement peut-il décider à sa guise de dissoudre la Chambre et de lancer la nation en élection ?

Des élections sont-elles cruciales à ce moment-ci ? Aucune crise ne secoue le Québec. Aucune question de fond ne doit être réglée à court terme par voie d’élection référendaire. Le gouvernement n’a pas perdu la confiance de la Chambre. Aucun de ses projets de loi importants n’a été battu.

En politique, probablement plus que dans n’importe quel domaine, ses acteurs n’en sont jamais à un paradoxe près. En déclenchant des élections maintenant, le gouvernement du Parti québécois viole l’esprit de sa loi adoptée le 14 juin 2013 portant sur des élections à date fixe. Cette promesse figurait parmi les pièces maîtresses de son programme électoral de la dernière campagne qui l’a porté au pouvoir.

Bernard Drainville, le ministre responsable de cette loi, pavoisait lors de son adoption, parlant d’une « belle victoire pour les Québécois et pour notre démocratie ». Une « fois de plus, nous livrons la marchandise », peut-on lire sur son site internet. « Si on fixe la date des élections au calendrier et qu’on fait en sorte que cette date-là ne soit plus déterminée selon des calculs partisans, selon des calculs électoralistes, selon la stratégie politique, l’idée est que le citoyen aura le sentiment qu’on lui redonne les élections, la date des élections », déclarait-il aux médias. Les prochaines élections devaient se tenir le 3 octobre 2016.

« Calculs partisans », « calculs électoralistes » et « stratégie politique », énumérait M. Drainville. Ne sont-ce pas là les raisons qui incitent le Parti québécois à se lancer en élection ?

« (…) le citoyen aura le sentiment qu’on lui redonne les élections (…) », affirmait le ministre. Le citoyen aura plutôt le sentiment qu’on se paie sa tête. Encore une fois.

En faisant fi de leur propre loi, les péquistes soufflent la balloune du cynisme à un niveau jamais atteint.

C’est fou comment les sondages insufflent de la confiance aux politiciens. Et de l’arrogance. Les résultats des derniers coups de sonde, largement influencés par le débat sur la Charte de la laïcité, font oublier aux péquistes leur promesse que le parti au pouvoir ne manipulera plus le processus électoral. Seuls leurs propres intérêts comptent.

Avec un tel mépris pour leur loi et une telle facilité à mettre leurs principes de côté, imaginez le niveau d’arrogance qu’atteindrait un gouvernement majoritaire issu de ces arrivistes politiques !

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Mardi 21 janvier 2014 | Mise en ligne à 20h40 | Commenter Commentaires (26)

Dénoncer l’ignorance

Saviez-vous que les immigrants arrivent chez nous en se faisant rembourser leurs frais de voyage et de dépenses par le gouvernement du Québec?

Saviez-vous que l’État québécois leur verse de l’aide sociale dès qu’ils arrivent ici?

Saviez-vous qu’ils passent devant tout le monde pour obtenir un logement dans un HLM?

Saviez-vous que s’ils perdent leur emploi ici et qu’ils retournent dans leur pays d’origine, le gouvernement canadien leur fait parvenir leur chèque de chômage là-bas?

Toutes ces informations me proviennent d’un lecteur. En vrai patriote, il appelle à une prise de conscience du péril qui nous guette si on laisse les immigrants nous envahir. «Pour les ignorants, il y a 50 000 immigrants bleus, blancs, jaunes, noirs, rouges, verts et violets qui entrent ici au Québec chaque année, et ce, depuis 1970. Ils sont traités comme des rois», peut-on lire dans la lettre qu’il m’a envoyée. «Mais moi, je me tiens debout», assure-t-il.

C’est le lot de mensonges et de stupidités sur lequel les xénophobes s’appuient pour expliquer qu’on doit se méfier des immigrants. De toutes ses affirmations, une seule contient une petite once de vérité : les réfugiés touchent des prestations d’aide sociale lorsqu’ils s’installent au Québec, le temps qu’ils soient capables d’être financièrement autonomes. On est loin du traitement royal pour tous les immigrants décrié plus haut.

On n’est pas en présence ici d’une opinion marginale. Nombre de gens pensent que les immigrants se la coulent douce aux frais des Québécois. Ils sont également nombreux à craindre que les croyances et pratiques religieuses des immigrants, surtout celles des musulmans, n’enterrent les nôtres et nous mènent vers le chaos.

Vous remarquerez qu’ils ne peuvent pas vraiment expliquer en quoi le port de signes religieux — ceux des religions non chrétiennes, s’entend — brime leurs droits ou représentent une menace à la cohésion sociale. Sans argument fondé, leurs impressions deviennent des faits. Et les impressions ne manquent pas…

Des citoyens se sont pointés à la commission parlementaire qui étudie le projet de Charte de la laïcité et des valeurs. Ils ont fait profiter les députés de leur expertise sur le monde musulman. Des propos d’une grande valeur xénophobe.

Comme ceux de la famille Pineault-Caron. Leur témoignage continue de faire réagir. Entre le fou rire et la honte que provoque l’écoute de leurs âneries, c’est l’ignorance crasse qui saute aux yeux.

Grâce à eux, on a appris que les musulmans enlèvent leurs souliers avant de s’agenouiller sur un petit tapis pour prier «à quatre pattes», a expliqué Geneviève Caron qui a visité une mosquée au Maroc. Un choc! «Je suis restée marquée par ça», a-t-elle affirmé. «Je n’en revenais pas. Ça se peut-tu! Aller prier à quatre pattes sur un tapis.»

Lors d’un voyage en Turquie, Claude Pineault dit avoir vécu une expérience traumatisante alors que deux personnes portant des «cagoules» ont fouillé dans ses poches. C’est ce qui menace le Québec si on laisse les musulmans faire comme bon leur semble, craint-il. «Il est impensable de permettre à des personnes de se promener au Québec, dans les rues, les endroits publics, enfin nulle part sauf dans les résidences et les endroits privés, avec de tels déguisements.»

Le danger est déjà bien réel dans la métropole avec les gangs de rue, selon M. Pineault, qui laisse entendre qu’ils sont composés d’immigrants. Il en veut pour preuve que Montréal a enregistré ces dernières années plus de décès liés à la violence que l’Afghanistan. Il est clair qu’il ne regarde pas assez les bulletins de nouvelles.

«Je ne suis aucunement raciste», a dit M. Pineault aux députés pour les rassurer de sa bonne foi.

Raciste, peut-être pas. Xénophobe, certainement.

La démocratie permet bien des excès. Comme celui de donner des tribunes à des gens ignorants. Habituellement (et heureusement), ils restent loin des projecteurs, se contentant de répandre leurs opinions dans leur cercle familial et d’amis. Ça ne semble plus être le cas. Leur gêne d’exposer leur étroite vision du monde, comme la famille Caron-Pineault en fait la démonstration, s’est évanouie,

On doit accepter que des ignares prennent la parole. Mais comment se fait-il qu’aucun député n’ait contesté leurs folles affirmations ou n’ait dénoncé des commentaires xénophobes? Rapides à insulter un vis-à-vis lors de la période des questions, nos députés sont dépourvus de courage pour ramener à l’ordre un citoyen. Craignent-ils d’offusquer des électeurs?

Chacun a droit à son opinion. Mais lorsqu’on la rend publique, il faut s’attendre à ce qu’elle soit contestée. Encore plus quand il s’agit d’inepties. En tel cas, on ne peut se taire; on doit les dénoncer.

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