Devrait-on interdire les partis politiques dans les municipalités? En écoutant Gilles Cloutier, maître organisateur politique, expliquer comment orchestrer illégalement — et avec une facilité déconcertante — une campagne électorale dans une municipalité, difficile de croire qu’un parti politique municipal puisse offrir de l’intégrité. L’appel et le goût du pouvoir risquent de le pervertir.
Entre 1997 et 2007, M. Cloutier a affirmé cette semaine devant la Commission Charbonneau avoir organisé une soixantaine d’élections «clés en main», comme on les appelle, dans des municipalités. Il a usé de sa recette dans les couronnes nord et sud de Montréal (les Basses-Laurentides et la Rive-Sud).
Cet architecte de démocraties viciées a longuement énuméré les gestes posés pour propulser ses candidats à la mairie ou pour les maintenir en poste: financement illégal des campagnes, prête-noms pour des contributions politiques, double comptabilité dans les dépenses électorales, production de fausses factures pour blanchir les dons politiques, rétribution des bénévoles. De l’avis de ce spécialiste, près de 80 % des dons versés aux partis politiques municipaux et provinciaux sont faits en contravention des lois sur le financement politique.
Chaque année, on sursaute lorsque le ministère des Transports présente son calendrier de projets et les centaines de millions de dollars qui seront dépensés pour les concrétiser. Pourtant, les mêmes montants sont dépensés dans le monde municipal. Ensemble, la valeur des contrats accordés par les municipalités se situe également dans les millions de dollars. Une telle manne attire des firmes de génie-conseil, d’avocats, de comptables, de notaires, d’arpenteurs et des entrepreneurs de toutes sortes. Elle attire aussi des individus comme Cloutier qui savent comment aider ces entreprises à en tirer profit.
Un moyen simple de rendre la tâche difficile à ces spécialistes électoraux serait de bannir les partis politiques municipaux. L’élection des maires se fait au scrutin universel. Mais dans les municipalités où des partis existent, très rares sont les fois où le parti du maire gagnant ne se retrouve pas majoritaire au conseil. Pire que cela, parfois des partis s’accaparent tous les sièges. Quand les électeurs choisissent un candidat pour le poste de maire, ils donnent habituellement aussi leur appui aux candidats de son parti aux postes de conseillers. Ils doivent donc leur élection au maire qui lui est redevable à son organisateur et à ses donateurs dans l’ombre.
Interdire les partis politiques au niveau municipal, c’est conférer une certaine indépendance à tous les membres du conseil. Ce n’est pas, bien sûr, une garantie qu’ils sauront quoi faire de cette indépendance, qu’ils resteront étanches aux pressions ou aux manipulations. L’idée, c’est de donner aux élus les coudées franches pour participer activement aux décisions et pour bien représenter leurs concitoyens. Encore là, ça ne leur accorde pas un sens inné de la critique. Voilà une qualité essentielle en politique. Elle fait, malheureusement, cruellement défaut.
Le fait d’élire des candidats indépendants force les maires à exercer un leadership rassembleur basé sur le respect et l’ouverture. Des alliances naturelles entre élus se créent. Aussi peuvent-ils partager des idéologies sur le rôle et responsabilités de la municipalité. De là naissent les discussions et les solutions. C’est l’essence même de la politique, celle de l’art du compromis.
Dans les partis politiques — peu importe le palier —, ça ne fonctionne pas ainsi. Le système est linéaire: le chef dicte, les soldats suivent et, en coulisses, les organisateurs et leurs clients empochent. Et nous payons…
Suivez-moi sur twitter: @Grand_parleur
Lire les commentaires (10) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 






