La Ville de Granby, au nom du compromis, autorise la construction de trois tours de copropriétés de huit étages et de deux immeubles de quatre étages sur la rue Lobélie, près de lac Boivin. Un compromis, explique le maire Richard Goulet, parce que la demande initiale du promoteur était d’ériger cinq tours de huit étages.
On cherche encore où se trouve le compromis dans tout ça. Parce que la nouvelle mouture du projet avalisée par le conseil goûte encore beaucoup le vin…
Qu’on soit maire, conseiller, membre du comité consultatif d’urbanisme ou urbaniste, comment peut-on penser, ne serait-ce qu’une seconde, que des tours de huit étages puissent s’insérer sans problème dans un secteur composé de semi-détachés et d’immeubles à logements de deux étages? Trouver un bon mariage des bâtisses dans un secteur, c’est de l’urbanisme 101.
On n’est pas à Laval. On n’est pas non plus le long de l’autoroute 40 à Montréal! Les espaces sont rares dans les grands centres. Dans ces grandes villes, parfois la décision de construire en hauteur va de soi. Ici à Granby, si le bon sens se fait rare de temps en temps à l’hôtel de ville, l’espace lui, on n’en manque pas. Dans une ville de 65 000 habitants, on doit densifier nos zones habitables, bien entendu, mais pas au point de défigurer l’aspect d’un quartier en construisant des tours de huit étages.
Cette décision est assez incroyable. Je le dis parce que c’est du déjà-vu. Une tour de huit étages construite dans les années 90 sur le boulevard Leclerc nous rappelle chaque fois qu’on passe dans le coin comment une erreur peut nous hanter longtemps. L’immeuble Capitole n’est pas laid, mais c’est une cicatrice urbaine compte tenu de son emplacement. C’est le legs d’un conseil municipal mal avisé et peu intéressé aux défis que pose l’urbanisme.
Le pire est que, visiblement, nos élus en poste n’ont tiré aucune leçon de cette erreur du passé. Il n’y a pas de mal à commettre une erreur, dit-on. Le problème, c’est quand on la répète bêtement. En tel cas, on mérite une bonne baffe.
Il faut dire que le zonage permet des bâtiments de huit étages sur la rue Lobélie. Mais précisons que la Ville peut, sans brimer les droits du promoteur, modifier le zonage pour abaisser la hauteur permise des constructions. C’est sa prérogative. Un vrai compromis aurait été de limiter le nombre d’étages à quatre (une grosse courbette quand même au profit du promoteur) La Ville aurait ainsi réparé une incongruité majeure dans son plan d’urbanisme, une erreur datant de 1987. Les élus ont choisi la passivité.
Le pire dans cette affaire est l’insensibilité des élus — combien d’entre eux se sont rendus sur place pour constater de visu le non sens du projet immobilier? — à l’égard des résidants du quartier. Ceux-ci se sont faits entendre avec civilité. Leur message était un peu plus clair: ils ne veulent pas de tours de huit étages dans leurs cours arrières. Une pétition comptant 166 signatures a été remis au conseil en ce sens. Bravo à eux d’avoir utilisé les voies démocratiques pour faire valoir leur point. Mais, ça ne leur a rien donné. Tout au plus, le conseil a pris le tout en délibéré avant d’accoucher d’un ridicule compromis.
Bien sûr, des conseillers se sont opposés au projet. Trois pour être exact: Pascal Bonin, Patrick Girard et Pierre Breton. M. Breton, qui représente les citoyens du secteur, dit avoir eu un «malaise après avoir entendu les citoyens du secteur» dénoncer le projet. Un malaise! Un malaise! On se serait attendu à plus de tonus de sa part pour un projet qui brimera autant ses commettants. Peut-être s’est-il fait un peu plus insistant auprès de ses collègues en rencontre à huis clos. Mais pour le bénéfice de la démocratie, nous aurions aimé l’entendre défendre publiquement les intérêts des gens de son quartier. Dommage.
On comprend la réticence des citoyens d’interpeller le conseil; l’écoute et l’attitude des élus découragent toute participation citoyenne dans les affaires de leur municipalité.
La vraie raison de ce «compromis» se trouve ailleurs. On ouvre porte pour que des gens en moyen puissent se payer une vue imprenable sur le lac Boivin, par-dessus la cimes des nombreux arbres dans le secteur. Tout ça va rapporter à la Ville de belles taxes foncières.
En entrevue la semaine dernière, le maire Goulet assurait que la Ville allait considérer «l’intérêt de la population» et «aussi l’intérêt global de la Ville» dans sa décision.
On se le demande toujours: où est l’intérêt des citoyens dans ce compromis?
Voici l’emplacement des futures tours:

Le lac Boivin est juste au nord. Toutes les rues du quartier accueillent des cottages, des unifamilials, des semi-détachés et des immeubles à logements de deux étages. Les tours seront donc quatre fois plus élevées que les autres constructions dans le secteur. Un beau compromis!
photo Stéphanie Mantha
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