Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Politique’

Vendredi 29 avril 2016 | Mise en ligne à 19h26 | Commenter Aucun commentaire

Mater le monstre

Le système de santé du Québec est un monstre bureaucratique et corporatif que les différents ministres de la Santé ont été incapables de mater.

Le système de santé du Québec est un monstre bureaucratique et corporatif que les différents ministres de la Santé ont été incapables de mater.

Pas facile de s’y retrouver dans notre système de santé. Il est d’une complexité abyssale. On y compte tant d’intervenants, de patrons, de cadres, de conseillers, de consultants, de syndiqués, de lobbyistes, tellement de joueurs aux desseins souvent opposés. Il existe une kyrielle d’établissements, d’organisations et de réseaux dont on peine à suivre l’évolution des acronymes à la suite des fréquentes restructurations. Le tout ressemble à l’hydre de Lerne, ce monstre à plusieurs têtes de la mythologie grecque.

La seule chose qu’on sait avec certitude de ce système est qu’il est malade. Il ne répond pas suffisamment aux besoins de la population, et n’offre pas un accès aux services et soins dans un délai raisonnable.

En 2014, selon le ministère de la Santé, près d’un million de citoyens n’avaient pas de médecin de famille. À l’époque, 273 000 personnes étaient inscrites sur une liste pour en obtenir un.

Cette donnée est importante. Elle explique en partie pourquoi nos urgences affichent des temps d’attente dignes de pays du tiers-monde. Une personne sans médecin de famille doit souvent se pointer à l’urgence lorsqu’elle éprouve des problèmes de santé. C’est son unique porte d’entrée dans le réseau, le seul endroit où obtenir le précieux billet pour rencontrer un médecin en dehors des murs de l’hôpital. Il faut se munir d’un chapelet et souhaiter qu’aucun cas grave n’atterrisse à l’urgence qui nous reléguerait loin sur la liste des patients. Ainsi est conçu notre système en 2016 dans une province membre d’un des pays les plus riches au monde.

Depuis une dizaine d’années, les ministres de la Santé ont fait la promesse de trouver un médecin de famille pour tous les Québécois souhaitant en avoir un. En mars 2014, le ministre péquiste Réjean Hébert estimait le tout possible à la fin de 2016… En 2015, le ministre libéral Gaétan Barrette assurait que c’est possible d’ici le 31 décembre 2017…

Ça n’arrivera probablement pas. Pourquoi est-ce impossible ?

On assure au gouvernement du Québec que l’argent investi suffit pour financer toute la machine. L’État consacrera 38,4 milliards de dollars cette année à ses services de santé. C’est de loin le plus important montant prélevé dans le budget de dépenses de 100,1 milliards de dollars. En comparaison, tous les autres ministères excluant l’Éducation (21,6 milliards de dollars) se partageront 29,7 milliards de dollars.

L’argent ne semble donc pas être le problème.

Le Québec comptait 18 483 médecins omnipraticiens et spécialistes dans son réseau public en 2014, selon les données du ministère de la Santé. Suffisant, pourrait-on croire, pour desservir l’ensemble de la population.

Le Québec fait très bonne figure dans l’ensemble du pays, soutenait en 2014 l’Institut canadien d’information sur la santé. Une analyse de l’organisme estimait que la Belle Province avait un ratio de 237 médecins pour 100 000 habitants. Ça lui conférait la troisième place, seules la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve affichant un meilleur ratio. La moyenne canadienne était de 220 médecins.

Pour l’année scolaire 2015-2016, d’après les chiffres du ministère de la Santé, 847 places étaient comblées dans les différentes facultés de médecine au Québec.
Le nombre de médecins semble donc suffisant et la relève se porte bien.

Compte tenu des ressources financières majeures injectées dans le système année après année, considérant la présence d’un grand nombre de médecins et l’arrivée de futurs médecins, pourquoi vit-on autant de problèmes ?

Les rivalités entre les ordres professionnels nuisent-elles au bon fonctionnement du système ? Les chasses gardées des médecins contrecarrent-elles les efforts pour maximiser les compétences d’autres intervenants, comme celles des infirmières ? Les syndicats empêchent-ils les réformes de réussir ? Les directions des établissements surfent-elles sur une culture d’immobilisme ? Les superstructures administratives imaginées par les fonctionnaires étouffent-elles toute initiative venant des régions ? Une paresse collective paralyse-t-elle trop de monde ?

Comme pour n’importe quel organisme politique, on a l’impression que le réseau de la santé cherche d’abord et avant tout à assurer sa croissance. Il est très efficace pour ça. Trop de politique, trop de réformes, trop de tiraillements, trop de chefs et aucune imputabilité ont mené à la création de ce monstre sous nos yeux.

Comment peut-on le mater ? Vaste défi.

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Mercredi 13 avril 2016 | Mise en ligne à 8h19 | Commenter Commentaires (6)

Les élus dans le champ

De toutes les qualités requises pour avoir un impact pertinent en politique municipale, l’écoute est certainement l’une des plus cruciales. Quand un citoyen, un commerçant ou un industriel s’adresse au conseil municipal pour exposer un problème, il est en droit d’obtenir une réponse rapide et qu’une solution, si applicable, soit mise de l’avant dans les meilleurs délais.

C’est une règle d’or que les membres du conseil municipal de Granby ignorent ou ont oubliée.

En janvier 2015, des petits producteurs agricoles (fraises, framboises, bleuets, asperges) ont profité d’une consultation publique de la Ville pour demander un allégement des règlements eu égard l’affichage. Ils souhaitaient pouvoir installer pendant quelques semaines l’été de petites pancartes aux coins de rue annonçant aux automobilistes leur présence.

Certains producteurs, qui soutiennent ne pouvoir se passer de ces pancartes pour attirer des clients, s’affichaient déjà de cette façon, mais avaient reçu des avertissements du service de l’urbanisme de ne plus récidiver sous peine d’amendes. D’où leur désir, en tant que commerçants respectueux, d’obtenir la permission de la Ville.

Ils ont eu leur réponse trois mois plus tard: l’interdiction était maintenue, mais le service de l’urbanisme allait réviser ses normes sur l’affichage à l’automne, avait alors expliqué le directeur général de la Ville, Me Michel Pinault.

Une solution temporaire était pourtant possible – et évidente -, soit de tolérer l’affichage des producteurs, le temps de trouver une solution définitive. Le conseil a préféré ne pas s’en mêler, laissant l’affaire entre les mains de sa fonction publique.

Ce fut une erreur: 15 mois après avoir entendu les doléances des petits producteurs, la Ville n’est toujours pas prête à leur proposer une solution. Une nouvelle réglementation sur l’affichage sera déposée au conseil plus tard dans l’année, longtemps après les récoltes…

« Cet été, il est trop tard pour eux », a indiqué la semaine dernière le maire Pascal Bonin, en entrevue avec ma collègue Marie-France Létourneau. Les inquiétudes exprimées par les producteurs ne l’ont pas ému. « Mais quand on me dit que ces pancartes directionnelles, c’est la vie ou la mort pour eux, j’ai beaucoup de difficulté avec ça, avec tous les moyens qui existent en publicité en 2016. »

On ignore quelle est l’expertise du maire sur le marketing de produits agricoles. On sait toutefois que ces petits producteurs sont en affaires quelques semaines seulement dans l’année, ne possèdent pas les budgets publicitaires des supermarchés et que leur place d’affaires se trouve souvent au bout d’un rang ou le long d’une route isolée.

Le recours à de petits panneaux leur permet d’être vu des automobilistes sur des artères passantes. « (…) C’est bien beau les médias sociaux et les journaux, mais ce n’est jamais comparable à l’impulsivité d’un achat généré par la vue d’une pancarte avec une asperge ou un bleuet dessus », soutenait avec justesse Mathieu Beaudry, un producteur d’asperges de Granby.

Lorsque M. Bonin affirme qu’il est trop tard cette année pour trouver une solution pour aider les petits producteurs, c’est une façon peu élégante de balayer le tout sous le tapis. Le conseil est souverain. Il peut suspendre l’application d’un règlement, le modifier ou tolérer que certains de ses éléments ne soient pas respectés.
L’attitude de M. Bonin dans ce dossier est pour le moins difficile à cerner. Il s’est fait le champion du « gros bon sens » en politique. Il mène une croisade en faveur d’un allègement réglementaire. Sa gestion de ce dossier est aux antipodes de ses paroles pour un conseil plus près des citoyens.

Les petits producteurs agricoles n’exigent pas de subventions. Ils ne réclament pas non plus le droit d’ériger d’immenses enseignes multicolores permanentes. Ils demandent aux membres du conseil de faire leur travail en facilitant la conduite de leurs affaires.

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Jeudi 7 avril 2016 | Mise en ligne à 17h23 | Commenter Aucun commentaire

Mécanique électorale

Des quelque 1100 municipalités au Québec, seulement 260 sont divisées en districts électoraux. photo Alain Dion archives La Voix de l'Est

Des quelque 1100 municipalités au Québec, seulement 260 sont divisées en districts électoraux. photo Alain Dion archives La Voix de l'Est

Quel est le meilleur système électoral? Est-ce le scrutin uninominal à un tour qu’on connaît bien au Québec et au Canada? Est-ce le scrutin proportionnel, très populaire en Europe? Ou le scrutin mixte utilisé en Allemagne et en Nouvelle-Zélande? Tous ces systèmes ont leurs avantages et défauts. Dans tous les pays, au lendemain d’élections fédérales, immanquablement plusieurs remettent en question le système en place. Étrangement, ce genre d’interrogation est rarissime dans le monde municipal.

Des quelque 1100 municipalités au Québec, seulement 260 ont divisé leur territoire en districts électoraux. Les électeurs dans ces municipalités ont deux choix à faire sur leur bulletin de vote: un pour le poste de maire, l’autre pour le poste de conseiller du district qu’ils habitent.

Les 840 autres municipalités fonctionnent avec une carte électorale unique. Les électeurs, peu importe le secteur où ils résident, votent pour un candidat à la mairie ainsi que pour six candidats pour autant de postes de conseillers.

La Loi sur les élections et les référendums exige que les municipalités de 20 000 de population et plus soient divisées en districts électoraux. Les autres sont libres d’adopter ce système. C’est ce que la Ville de Sutton a choisi de faire en vue des élections municipales de novembre 2017. Ce système, estime le maire Louis Dandenault, assurerait une meilleure représentativité des citoyens à la table du conseil. Le dernier conseil (2009-2013) ne comptait aucun conseiller provenant du village, a-t-il signalé. L’argument est massif. Et incontestable.
Cette réalité de représentativité déficiente se vérifie ailleurs également. À Shefford, quatre des six conseillers habitent le secteur ouest de la municipalité. On ne laisse pas entendre qu’ils font mal leur travail. On souligne un déséquilibre.

Les conseillers municipaux doivent bien entendu travailler pour l’ensemble des citoyens. Ils sont appelés à prendre connaissance des problèmes, solutions et enjeux dans tous les secteurs de la municipalité. On parle d’un monde idéal. La réalité est que lorsque tout le monde est responsable, c’est parfois l’équivalent de dire que personne n’est responsable… Et que rien ou très peu est fait pour répondre aux besoins des citoyens du secteur concerné.

Diviser le territoire en districts électoraux a le grand avantage d’identifier un élu responsable par secteur. Les citoyens peuvent s’adresser directement à leur conseiller pour toute question en lien avec la municipalité. Le conseiller, comme c’est son travail de le faire, va aux sources puis répond à ses citoyens. Il agit comme un intermédiaire et un répondant.

Le fait d’avoir des districts électoraux réduit les risques de manipulations électorales. En pouvant voter pour six candidats aux postes de conseiller, comme le permet une carte électorale unique, les membres d’un groupe bien organisé peuvent dicter ou à tout le moins fortement influencer la composition d’un conseil. Cela avantage les partis ou équipes politiques au détriment des candidats indépendants.

Une telle stratégie est impossible avec une carte électorale basée sur des districts.

Toutefois, établir des districts électoraux dans les municipalités peu nombreuses est difficile. L’absence d’un noyau villageois ou d’une très grande superficie de territoire sont d’autres obstacles pour recourir à ce système. Pour elles, le statu quo s’avère la meilleure avenue.

Tous les électeurs sont importants en démocratie. On peut s’en assurer avec une bonne mécanique électorale.

***

Parlant de districts électoraux, le conseil municipal de Granby pourrait innover en greffant un nom à chacun des dix districts de la Ville.

Les villes de Bromont, Cowansville et Farnham identifient tous leurs quartiers électoraux de la sorte. Bromont (Mont-Soleil, Lac-Bromont, Mont-Brome, Shefford, Pierre-Laporte et Adamsville) et Cowansville (Ruiter, Sweetsburg, Vilas, Bruck, Davignon et Fordyce) ont opté pour des références géographiques tandis que Farnham a choisi d’honorer d’illustres citoyens (Robert-C.-Wilkins, Aldéi-Martel, Dr Olivier-Trépanier, Dr Jean-Louis-Cardin, Esther-Elkin et Omer Galipault).

La Ville de Granby pourrait organiser un concours et obtenir également l’aide de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska pour trouver des noms significatifs à donner à ses districts. Culture, histoire, politique, sports: les possibilités de références sont nombreuses.

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