Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Politique’

Lundi 20 avril 2015 | Mise en ligne à 15h56 | Commenter Un commentaire

Un tour de manège

Le manège équestre projeté à Bromont en pleine zone rurale ressemble à un magasin Cosco.

Le manège équestre projeté à Bromont en pleine zone rurale ressemble à un magasin Cosco.

La Ville de Bromont devrait peut-être repenser son slogan. Parce qu’elle est toute sauf branchée sur les intérêts de sa population. Les opinions et attentes de promoteurs semblent l’intéresser plus que celles de ses commettants. Pire, c’est comme si la Ville cherche à écarter ses citoyens de participer à la vie démocratique de leur municipalité.

Le conseil municipal de Bromont vient d’autoriser le Comité organisateur des Jeux équestres mondiaux 2018 (COJEM) à construire un manège équestre de 5853 mètres carrés (63 000 pieds carrés) sur un terrain appartenant à la Ville. Quatre des six conseillers ont accepté les plans soumis, malgré la recommandation du Comité de consultation d’urbanisme de la Ville de refuser le projet. Des professionnels embauchés par la Ville pour analyser le projet arrivaient à la même conclusion que le CCU: le projet présenté va à l’encontre de la règlementation municipale.

La résolution adoptée reconnait qu’un éléphant se trouve dans la pièce: «Attendu que, même si le projet ne répond pas à l’ensemble des objectifs et critères des règlements sur les PIIA (plan d’implantation et à l’intégration architecturale) applicables, que le conseil considère que le projet est conforme à l’intention principale du règlement de distinguer Bromont comme une destination équestre», peut-on lire dans le document.

Les citoyens ont été les premiers à soulever les problèmes des plans du COJEM lors d’une rencontre d’information à la mi-mars: l’immensité de la structure et son aspect architectural détonneront dans ce secteur rural du chemin Gaspé cerné de monts et de forêts. Le manège équestre, un bâtiment sosie de l’architecture des magasins Cosco, transformera radicalement l’endroit.

Ce qui est étrange dans cette décision, c’est que la Ville abdique toutes ses responsabilités de planification du développement de son territoire. Pourquoi ne pas avoir demandé des modifications au COJEM pour un bâtiment qui s’harmoniserait mieux avec l’environnement? Les CCU demandent souvent aux promoteurs de revoir leurs plans pour qu’ils respectent ou s’approchent des règlements en vigueur.

Une ville peut refuser votre projet de cabanon au simple motif que le pignon est trop haut ou que le bâtiment est trop près du voisin. Existe-t-il à Bromont des règles pour le contribuable et des règles pour les promoteurs? Y pratique-t-on la philosophie du deux poids, deux mesures?

Difficile de ne pas voir dans cette décision du conseil un parti pris à l’égard du COJEM. Les élus seraient-ils aveuglés à ce point par l’ampleur de l’évènement qui s’amène qu’ils en ont perdu leur sens critique?

Cette décision du conseil suscite un autre malaise, plus profond encore que son apparence d’acoquinement avec le COJEM. Pourquoi le conseil a-t-il choisi une assemblée extraordinaire pour régler ce dossier?

Les propos la mairesse Pauline Quinlan sur un possible manque de communication entre les services du greffe et des communications expliquant pourquoi les citoyens n’ont pas été avisés de la tenue de cette assemblée spéciale sont inélégants. Elle tente de faire porter le blâme par des fonctionnaires.

L’importance de ce projet, suivi de près par une grande partie de la population, exigeait que le conseil en dispose lors d’une assemblée régulière du conseil, pas en cachette. Surtout que rien ne pressait, les Jeux équestres n’ayant lieu qu’en 2018.

Pourquoi fait-on des consultations publiques? Pourquoi la Ville de Bromont a-t-elle un CCU? À quoi servent les règlements d’urbanisme? Pourquoi la démocratie?

La politique bromontoise est-elle devenue un grand… manège?

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Jeudi 26 février 2015 | Mise en ligne à 14h18 | Commenter Commentaires (4)

L’abandon des milieux humides

photo La Presse

photo La Presse

La protection de l’environnement n’est pas la tasse de thé du gouvernement libéral. Le ministre de l’Environnement David Heurtel le démontre bien en reportant de trois ans la nouvelle mouture législative pour assurer une véritable protection des milieux humides et hydriques.

Au Québec, quand un projet résidentiel, commercial ou industriel a pour effet de détruire un milieu humide, ses promoteurs doivent offrir une compensation. En retour d’un feu vert du ministère de l’Environnement, ils l’échangent contre une superficie équivalente d’un milieu humide en zone blanche (où la construction est permise) et garantissent sa protection.

Ce système semble raisonnable à première vue. Il comporte cependant des carences importantes. Notamment la qualité des milieux humides «échangés» pour compenser la perte initiale. Les milieux humides n’ont pas tous la même valeur. Certains ont des impacts majeurs sur l’environnement. Peut-on vraiment compenser leur perte en protégeant des milieux humides ailleurs?

Pour l’heure, la Loi concernant des mesures de compensation pour la réalisation de projets affectant un milieu humide ou hydrique accorde trop de latitude aux promoteurs. Elle ne tient pas compte de l’ensemble des milieux humides d’un territoire donné, de leurs liens hydriques, des dangers de les fragmenter, des pertes de superficies enregistrées au fil des décennies en lien justement avec le développement urbain.

La loi ne considère pas non plus les caractéristiques écologiques des milieux humides, les fameux services écologiques rendus. Ils sont nombreux: filtration de l’eau (captation de sédiments, de nutriments), contrôle du ruissellement, régularisation des débits des crues, rétention de l’eau lors d’averses, habitats fauniques. La piètre qualité de l’eau de nos lacs, rivières et ruisseaux et les inondations enregistrées ces dernières années seraient en partie attribuables à la disparition des milieux humides.

La question est de savoir si on peut encore se permettre d’éliminer des milieux humides pour faire place au développement? Les groupes environnementaux, dont le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement, prônent une politique de «zéro perte nette». Ça implique que la compensation ne passe pas seulement par des «échanges» avec les promoteurs, mais par la réhabilitation de milieux humides et la création d’autres. Ils veulent que la future loi sur les milieux humides s’inspire de cette philosophie.

Certaines régions affichent des bilans catastrophiques en matière de destruction de milieux humides. Dans l’île de Laval, entre 2004 et 2010, 41 % des milieux humides en zone blanche ont disparu (50 hectares) ou ont été altérés (55 ha), selon le Conseil régional de l’environnement de Laval. Et entre 2010 et 2012, 59 autres hectares ont été détruits et 22 altérés (en partie drainés ou remplis). Tout ça en lien avec des projets immobiliers.

Dans un contexte où la pression pour le développement est si forte et où les outils pour bien protéger les milieux humides sont inefficaces, la décision du ministre Heurtel de repousser toute cette réflexion surprend. Elle est d’autant plus incompréhensible que les fonctionnaires de son ministère sont à pied d’œuvre depuis le printemps 2012 pour mettre la loi à jour dans ce même but. Un projet de loi était attendu à la mi-avril.

Comment M. Heurtel peut-il balayer cet enjeu sous le tapis alors qu’il annonce du même souffle une révision complète de la Loi sur la qualité de l’environnement dans le but d’alléger le processus d’obtention de certificats d’autorisation?

L’État doit stimuler la croissance en aidant les entreprises. Mais rien ne l’empêche de le faire en se souciant aussi de protéger l’environnement.

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Jeudi 19 février 2015 | Mise en ligne à 14h39 | Commenter Commentaires (2)

Bacs bruns et valeurs pédagogiques

photo archives Le Droit

photo archives Le Droit

La Ville de Bromont ne commet pas seulement des impairs politiques. Elle est également capable de faire preuve de vision. Aussi doit-elle être félicitée d’offrir à ses citoyens un service de collecte des matières organiques.

Bromont deviendra en avril la première municipalité de la région à faire un geste concret pour valoriser les matières organiques en les transformant en compost. C’est un défi majeur puisque ces matières (restes de table, papier et carton souillé, litières d’animaux, retailles de gazon, résidus de jardin) représentent 44 % des résidus produits par les Québécois, selon Recyc-Québec, soit 184 kg par personne par année. Les détourner de l’enfouissement en les transformant en compost permettra de réaliser des gains environnementaux considérables.

Il s’agit d’un service simple à organiser et d’un processus naturel de transformation de ces matières en compost. L’aspect le plus important se trouve dans le fait que cette approche mettra les citoyens au cœur du système. Ils devront faire le tri de leurs déchets en mettant les matières organiques dans des bacs de comptoir ou des bacs bruns et le reste dans leur poubelle — c’est le même effort qu’on leur demande depuis plusieurs années pour les matières recyclables. Leur participation à ce service, pense-t-on, aura des effets pédagogiques en ce sens qu’il les amènera à mieux prendre conscience des empreintes écologiques liées à leur consommation et de la nécessité de la réduire, et ce autant pour des raisons économiques qu’environnementales.

Pour atteindre l’objectif gouvernemental d’éliminer complètement l’enfouissement des matières organiques d’ici 2020, la participation citoyenne est essentielle. Toute la réussite de la valorisation de nos déchets repose sur les citoyens.

Voilà pourquoi on s’interroge sur la stratégie de la MRC de la Haute-Yamaska d’écarter d’emblée dans son appel de propositions pour sa future usine de traitement des matières résiduelles tout recours aux bacs bruns. Les maires de la MRC ont tôt fait en 2009 de mettre une croix sur l’option de la troisième voie. Trop compliquée pour une municipalité comptant beaucoup d’édifices à logements, se sont-ils justifiés. Pour eux, les bacs noirs (déchets) et bleus (recyclage) suffisaient, pas besoin de demander aux citoyens d’en faire plus…

Des firmes de génie proposeront donc à la MRC toutes sortes de technologies (complexes et coûteuses) pour trier les différentes matières résiduelles, celles organiques d’un côté, celles sans valeur de l’autre. Tout ça à partir des sacs de poubelle.

Il serait tellement plus simple que ce tri se fasse à la source, donc à la maison.

C’est ce que des citoyens dans des villes comme Saint-Hyacinthe, Sherbrooke, Victoriaville et des dizaines d’autres font au Québec. Ça se passe ainsi même dans des quartiers de l’Île de Montréal, à Rosemont, par exemple. Toutes ces municipalités comptent pourtant des édifices à logements…

Mais dans la MRC de la Haute-Yamaska, on ne veut pas responsabiliser les citoyens. On va laisser la technologie s’occuper de tout ça!

•••

Déminons tout de suite un argument des anti-bacs bruns : les gaz à effet de serre émanant des camions qui transportent les matières organiques vers le site de compostage. Oui, ils en produisent. Tout comme les camions qui transportent les déchets (comprenant les matières organiques) vers les sites d’enfouissement. Effet nul.

D’autres part, rien n’empêche les municipalités qui offrent la troisième voie d’exiger de l’entreprise responsable du transport que ses camions roulent au gaz naturel ou, pourquoi pas, à l’électricité. Ce sont des contrats payants. Alors les intéressés répondront à la demande du client.

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