Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Politique’

Jeudi 27 novembre 2014 | Mise en ligne à 11h58 | Commenter Aucun commentaire

Réparer une grossière erreur

Parfois, une occasion de réparer une erreur se présente. On doit la saisir. Surtout quand l’erreur à effacer est grossière. Une telle chance est à portée de main pour la Ville de Granby: acquérir le terrain de 3,87 hectares au bout de la rue Lobélie pour en faire un parc naturel.

Comme le rapportait cette semaine ma collègue Marie-France Létourneau, le projet de construire trois tours d’habitation en copropriétés de huit étages, deux tours de quatre étages, une piscine et un centre sportif à un jet de pierre du lac Boivin est tombé à l’eau. Le promoteur derrière ce plan insensé s’est désisté. Mais voilà que le propriétaire du terrain, le Groupe Avery et Robert, tient néanmoins à le «développer». Il va le morceler en cinq lots pour les vendre un à un, en ayant tout d’abord pris soin coupé les arbres qui s’y trouvent.

Il est encore temps d’empêcher une telle folie. D’abord parce que des tours d’habitation sont incompatibles dans ce secteur résidentiel où des maisons unifamiliales et des jumelées côtoient des édifices à logements de deux étages. Puis, parce que la forêt visée sera toute rasée — construire une emprise de rue, des bâtiments et des espaces de stationnement obligera une coupe complète, comme on a pu le voir dans les plans initiaux du premier promoteur. Mais surtout parce qu’il faut assurer une vraie protection au lac Boivin et au grand marécage situé sur le terrain concerné. L’urbanisation en bordure des plans d’eau a une incidence négative sur la qualité de son eau en raison de l’érosion provoquée et du ruissellement.

Trois options s’offrent à la Ville :

• S’entendre avec le propriétaire du terrain pour s’en porter acquéreur. Son évaluation municipale est de 259 500 $ (au 1er janvier 2013)
• Exproprier le terrain à des fins de parc (ce secteur, construit sous les administrations Duchesneau, Langlois et Racine n’a aucun parc, les conseils successifs préférant toujours encaisser l’argent des promoteurs au lieu d’utiliser 10 % de la superficie pour en faire des parcs)
• Échanger un de ses terrains contre celui sur Lobélie

Pour la Ville, c’est une question de crédibilité.

Elle ne peut pas d’un côté plaider la nécessité de protéger le lac Boivin, inviter la population à des audiences publiques pour trouver des solutions pour y arriver et engager des montants d’argent pour les étudier puis les mettre en application et de l’autre côté permettre un projet qui ajoutera à la pression exercée sur le plan d’eau. Il faut être conséquent. C’est à quoi on s’attend de nos élus.

La Ville dispose d’un budget spécial pour acquérir des terres humides. À ce jour, elle ne l’a jamais utilisé. L’achat du terrain sur Lobélie marquerait un grand coup et accorderait à la Ville une crédibilité en matière de protection de l’environnement.

Il revient au maire Pascal Bonin de saisir cette chance. Ça ne devrait pas lui poser de problème. Le 10 juin 2013, alors que le projet des cinq tours à copropriété était débattu au conseil, le conseiller Bonin avait farouchement manifesté son opposition, avançant des arguments environnementaux. Il suggérait même que la Ville achète le terrain. «On a créé un fonds vert pour acquérir ce type de terrain. On a créé des quartiers blancs pour protéger le lac. On a crée un guide de protection des milieux humides. J’ai marché sur le terrain où il doit y avoir ces toues et ça ressemble au Centre d’interprétation de la nature, qui est un joyau», avait-il affirmé.

Un solide plaidoyer pour non seulement interdire le projet, mais également pour que la Ville protège réellement le lac Boivin en soustrayant le terrain de tout développement.

Maintenant que M. Bonin est dans le siège du maire, ira-t-il au bout de sa suggestion? En débattra-t-il avec les conseillers municipaux?

C’est un test sérieux sur son sens des principes.

La porte est ouverte pour corriger une gaffe majeure de l’ancien conseil. Au nom du bon sens, le maire Bonin et les conseillers doivent la prendre.

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Jeudi 20 novembre 2014 | Mise en ligne à 19h58 | Commenter Commentaires (3)

Le pacte fiscal truqué

Discussion très intéressante cette semaine avec Pauline Quinlan sur les municipalités et le développement économique. On peut dire que la mairesse de Bromont connaît deux, trois petites choses sur le sujet. Sa ville se démarque depuis plusieurs années par un développement économique remarquable basé sur la technologique et la recherche. C’est le résultat en bonne partie du travail de la Société de développement économique de Bromont et, depuis l’adhésion de Bromont à la MRC Brome-Missisquoi, du CLD Brome-Missisquoi.

Mme Quinlan est une ardente partisane du CLD. Pas seulement parce qu’elle préside son conseil d’administration. Fondamentalement, elle croit en l’organisme. L’une des raisons, explique-t-elle, est que les maires de la MRC, la principale pourvoyeuse de fonds du CLD grâce à une subvention de 1 026 500 $ à son budget d’opération, peuvent y imprimer leur vision. En clair, ils ont un grand mot à dire sur comment leur territoire va se développer, et ce sans être toujours obligés de demander l’avis des fonctionnaires et politiciens à Québec.

Ces dernières années, à la demande du conseil des maires de la MRC, le CLD a prêté une attention particulière aux entreprises agroalimentaires et touristiques, des secteurs emblématiques de la région. On cherchait à encourager l’entreprenariat et à diversifier les produits, souligne Mme Quinlan. Un grand succès, soutient-elle.

Cette autonomie n’est cependant pas totale. Le gouvernement québécois, jusqu’en octobre, participait à la bonne marche du CLD par l’entremise d’une subvention de 424 973 $ du ministère de l’Économie, de l’innovation et des Exportations. Sa participation vient de tomber à 172 114 $, conséquence d’une deuxième compression budgétaire dans la même année.

Pour le CLD Brome-Missisquoi, et pour tous les CLD au Québec touchés par ces compressions, le choc est énorme. Leur avenir est compromis. Des choix déchirants devront être faits, plusieurs emplois seront perdus. Un beau gâchis.

On dit que les municipalités sont des créatures de Québec. L’image est parfaite. Le gouvernement provincial renie ses engagements financiers auprès des municipalités sans que celles-ci ne puissent rien y faire.

•••

On a beaucoup parlé ces dernières semaines du pacte fiscal entre Québec et les municipalités. C’est en quelque sorte l’entente par laquelle le gouvernement québécois s’engage à donner des ressources financières aux municipalités pour qu’elles vaquent à leurs occupations. Mais contrairement à ce qu’on pourrait conclure en lisant le mot «pacte» ou en entendant les explications des ministres qui en chantent les louanges, ça n’a rien d’un partenariat. Québec peut changer les règles du jeu en cours de route à sa guise en passant outre les protestations des municipalités. Pour Québec, un «deal», clairement, ce n’est pas coulé dans le béton…

Dans les faits, le pacte fiscal est truqué en faveur du gouvernement. Il est basé sur une relation à sens unique au profit de Québec.

Mme Quinlan estime que les municipalités subissent un recul important avec le nouveau pacte fiscal conclut avec Québec. Elles récupéraient auparavant 62,8 % de la taxe provinciale qu’elles déboursaient. Québec ne remboursera maintenant que 50 %. Des millions de dollars de perdus pour les municipalités.

La mairesse de Bromont, avec sa classe habituelle, a évité de savonner l’État pour sa dernière oeuvre. Elle a dit espérer qu’une future entente tiendra compte des missions municipales, en outre le développement économique, et de leurs besoins financiers. Les municipalités participent directement à la création de la richesse, soutient-elle, en lançant plusieurs projets d’infrastructures. Ottawa et Québec en profitent directement en recueillant des millions de dollars en taxes sur les factures liées à ces travaux et en impôts sur les salaires des travailleurs concernés. Les municipalités? Que dalle!

La politicienne a tout de même souligné qu’Ottawa fait sa part pour donner un coup de main financier aux municipalités. Depuis 2005, le fédéral leur rembourse la taxe sur les produits et services (TPS) qu’elles paient. Pas 50 %. Pas 62,8 %. 100 % de la TPS. La Ville Branchée recevra 850 000 $ cette année.

Tout ça sans pacte fiscal… Un bel argument en faveur du fédéralisme.

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Jeudi 6 novembre 2014 | Mise en ligne à 20h27 | Commenter Commentaires (5)

L’attrape-mouche libéral

Image 2

Peut-être pourrez-vous m’aider. J’ai beau feuilleter depuis hier le programme électoral du Parti libéral du Québec, je ne trouve pas l’endroit où il est écrit que les parents paieront des tarifs de frais de garde dans les centres de la petite enfance selon leurs revenus. Non plus n’ai-je repéré les paragraphes traitant des compressions de 300 millions de dollars aux municipalités, ni ceux sur l’abolition des centres locaux de développement (CLD).

Les voyez-vous ? Peut-être trouve-t-on tout ça subtilement écrit entre les lignes. Remarquez que ça pourrait aussi être tout droit sorti d’un chapeau. On penche pour la deuxième possibilité. Ça prouve qu’un programme électoral, c’est comme un attrape-mouche; c’est un leurre pour attirer les insectes qui volent joyeusement vers leur fatalité. Vous aurez compris qui sont les insectes.

Personne ne contestera que les finances publiques du Québec sont dans un piteux état. Et qu’en l’occurrence, un sérieux coup de barre est crucial pour équilibrer le budget. Il faut arrêter de pelleter par en avant. Ça n’empêche pas que les dernières annonces gouvernementales pour réduire ses dépenses font qu’on vient d’atteindre un nouveau degré dans le baromètre du cynisme.

Jamais les libéraux n’ont annoncé leurs couleurs durant la dernière campagne électorale. Ils ont promis des milliards de dollars pour toutes sortes de programmes, de tout pour contenter tout le monde, mais ont brusquement appliqué les freins une fois de retour au volant du pouvoir. Pour se justifier, ils ont sorti la cassette, maintes fois entendue, du bordel financier laissé par leurs prédécesseurs.

Un jour, espérons que celui-ci ne soit pas lointain, nos élus abandonneront cette piètre excuse. Rêvons à ce jour où ils parleront franchement aux électeurs de leurs idées, projets et objectifs. Imaginons ce jour où ils trouveront le courage de dire clairement ce qu’ils feront une fois en poste et comment ils administreront l’ensemble de l’appareil étatique. Un jour…

Pour qu’un tel rêve se réalise, ça exige que l’autre partie de l’équation démocratique, l’électorat, gagne en maturité. On doit accepter de se faire interpeller avec franchise sur un tas de sujets. On doit également aiguiser notre sens critique à l’égard des partis politiques, cesser de vivre dans les nuages à l’effet qu’aucun effort ne nous sera demandé, et être capable de départager les engagements irresponsables de ceux dont la société a grand besoin. Un gros boulot nous attend.

Quand nous aurons réuni tous ces ingrédients, les élus auront les coudées franches pour redessiner les services offerts par l’État ainsi que ses structures. Et l’électorat, après avoir fait son devoir de vraiment s’informer des options offertes, aura participé avec son vote à construire la légitimité sur laquelle repose le gouvernement.
Pour l’heure, tout n’est que duperie du côté de la classe politique et paresse chez les électeurs. On se mérite mutuellement !

•••

La saison de la chasse aux structures est ouverte au Québec. Le gouvernement libéral raye de la carte les agences de santé et les conférences régionales des élus et est tenté de faire de même avec les commissions scolaires. L’abolition des CLD est la dernière trouvaille d’un gouvernement qui sabre sans réfléchir.

Les CLD ont un statut particulier. Contrairement aux autres structures passées dans le tordeur libéral, ils n’ont pas une mission administrative. Leur dessein est de stimuler l’économie régionale avec une boîte à outils pleine de services: déployer des efforts pour attirer des entreprises, les aider à trouver du financement, les accompagner dans leurs projets d’agrandissement et d’exportation (création d’emplois ou rétention de ceux-ci).

Ces organisations connaissent bien leur milieu et sont dirigées, sur place, par des gens compétents. Et surtout, surtout, ceux-ci rendent des comptes aux maires de la MRC qui leur accordent une grande partie de leur financement. C’est l’exemple parfait d’une décentralisation réussie.

Pouvez-vous nommer un seul ministère ou société parapublique dirigé à partir de Québec ou Montréal qui en fait autant dans une région donnée ? Un seul ?

Vous avez votre réponse.

L’abolition des CLD passe mal dans les rangs libéraux. En entrevue la semaine dernière sur ce sujet, le ministre de l’Agriculture et député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis reconnaissait le travail accompli par le CLD de son coin. Une organisation « performante » et « efficace », nous a-t-il dit.

Un peu agacé, M. Paradis n’a pas voulu poursuivre sur ce sujet, affirmant que les structures ne sont pas toutes nécessaires.

C’est le maire de Cowansville et préfet de la MRC Brome-Missisquoi, Arthur Fauteux, qui nous a le mieux résumé la situation : « Quand ça coupe de Québec, ça centralise à Québec. »

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