Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Politique’

Mercredi 1 mai 2013 | Mise en ligne à 16h03 | Commenter Commentaires (10)

Banissons les partis politiques municipaux

Devrait-on interdire les partis politiques dans les municipalités? En écoutant Gilles Cloutier, maître organisateur politique, expliquer comment orchestrer illégalement — et avec une facilité déconcertante — une campagne électorale dans une municipalité, difficile de croire qu’un parti politique municipal puisse offrir de l’intégrité. L’appel et le goût du pouvoir risquent de le pervertir.

Entre 1997 et 2007, M. Cloutier a affirmé cette semaine devant la Commission Charbonneau avoir organisé une soixantaine d’élections «clés en main», comme on les appelle, dans des municipalités. Il a usé de sa recette dans les couronnes nord et sud de Montréal (les Basses-Laurentides et la Rive-Sud).

Cet architecte de démocraties viciées a longuement énuméré les gestes posés pour propulser ses candidats à la mairie ou pour les maintenir en poste: financement illégal des campagnes, prête-noms pour des contributions politiques, double comptabilité dans les dépenses électorales, production de fausses factures pour blanchir les dons politiques, rétribution des bénévoles. De l’avis de ce spécialiste, près de 80 % des dons versés aux partis politiques municipaux et provinciaux sont faits en contravention des lois sur le financement politique.

Chaque année, on sursaute lorsque le ministère des Transports présente son calendrier de projets et les centaines de millions de dollars qui seront dépensés pour les concrétiser. Pourtant, les mêmes montants sont dépensés dans le monde municipal. Ensemble, la valeur des contrats accordés par les municipalités se situe également dans les millions de dollars. Une telle manne attire des firmes de génie-conseil, d’avocats, de comptables, de notaires, d’arpenteurs et des entrepreneurs de toutes sortes. Elle attire aussi des individus comme Cloutier qui savent comment aider ces entreprises à en tirer profit.

Un moyen simple de rendre la tâche difficile à ces spécialistes électoraux serait de bannir les partis politiques municipaux. L’élection des maires se fait au scrutin universel. Mais dans les municipalités où des partis existent, très rares sont les fois où le parti du maire gagnant ne se retrouve pas majoritaire au conseil. Pire que cela, parfois des partis s’accaparent tous les sièges. Quand les électeurs choisissent un candidat pour le poste de maire, ils donnent habituellement aussi leur appui aux candidats de son parti aux postes de conseillers. Ils doivent donc leur élection au maire qui lui est redevable à son organisateur et à ses donateurs dans l’ombre.

Interdire les partis politiques au niveau municipal, c’est conférer une certaine indépendance à tous les membres du conseil. Ce n’est pas, bien sûr, une garantie qu’ils sauront quoi faire de cette indépendance, qu’ils resteront étanches aux pressions ou aux manipulations. L’idée, c’est de donner aux élus les coudées franches pour participer activement aux décisions et pour bien représenter leurs concitoyens. Encore là, ça ne leur accorde pas un sens inné de la critique. Voilà une qualité essentielle en politique. Elle fait, malheureusement, cruellement défaut.

Le fait d’élire des candidats indépendants force les maires à exercer un leadership rassembleur basé sur le respect et l’ouverture. Des alliances naturelles entre élus se créent. Aussi peuvent-ils partager des idéologies sur le rôle et responsabilités de la municipalité. De là naissent les discussions et les solutions. C’est l’essence même de la politique, celle de l’art du compromis.

Dans les partis politiques — peu importe le palier —, ça ne fonctionne pas ainsi. Le système est linéaire: le chef dicte, les soldats suivent et, en coulisses, les organisateurs et leurs clients empochent. Et nous payons…

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Mardi 23 avril 2013 | Mise en ligne à 12h14 | Commenter Commentaires (4)

Cocotte-minute et Saddam Hussein

Image 6

Djokhar Tsarnaev, que les autorités américaines soupçonnent d’être un des deux auteurs de l’attentat terroriste commis lors du marathon de Boston et qui a causé la mort de trois personnes, a été inculpé pour «usage et complot d’utilisation d’une arme de destruction massive contre des personnes et des biens aux États-Unis ayant provoqué la mort», peut-on lire dans l’acte d’accusation.

«Arme de destruction massive». On connaît bien l’expression. Des experts de l’ONU ont passé en vain des mois à en chercher en Irak avant l’assaut des troupes américaines et britanniques en mars 2003.

Loin de nous l’idée de banaliser cet horrible attentat à Boston, mais étaient-ce des cocottes-minutes que les soldats américains et britanniques recherchaient quand ils ont envahi le pays de Saddam Hussein?

Dans la guerre au terrorisme, la sémantique est une arme de propagande efficace.

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Lundi 8 avril 2013 | Mise en ligne à 17h39 | Commenter Commentaires (14)

La Dame sans couilles

Margaret Thatcher et le dictateur chilien Augusto Pinochet étaient amis.

Margaret Thatcher et le dictateur chilien Augusto Pinochet étaient amis.

Quand une personnalité politique meure, certains perdent tout sens critique. Il est troublant d’entendre la classe politique rendre hommage à Margaret Thatcher sans nuances. Partout, on souligne les réalisations économiques de l’ancienne première ministre britannique, mais on fait peu de cas de son bilan désastreux en matière de droits de la personne dans d’autres pays.

L’apartheid, ce système de ségrégation raciale en Afrique du Sud, a pu survivre pendant aussi longtemps (1948 à 1991) notamment parce que l’Angleterre boudait le boycott concerté des pays occidentaux. Au plus fort des pressions internationales dans les années 80 pour isoler le gouvernement afrikaneer, Mme Thatcher a toujours refusé que son pays participe pleinement au mouvement. Elle a fait le choix de protéger les intérêts économiques anglais au détriment des droits de millions de Noirs d’Afrique du Sud.

Il y a plus. La Dame de fer n’a jamais condamné le régime du dictateur Augusto Pinochet au Chili. En 1998, elle a même plaidé pour que le procureur en chef britannique accepte que l’ex-général regagne son pays. Pinochet avait été assigné à résidence à son arrivée en Angleterre à la demande de l’Espagne qui voulait l’extrader et le juger pour génocide, terrorisme et tortures.

On comprend l’Espagne d’avoir voulu mettre le grappin sur Pinochet. Lors de son régime, de 1973 (il a pris le pouvoir après un coup militaire destituant Salvador Allende, élu démocratiquement en 1970) à 1990, 3200 personnes ont été assassinées et plus de 38 000 torturées.

Le dictateur a pu retourner chez lui en 2000 pour des raisons de santé. Il est mort en 2006, tout juste avant de faire face à la justice pour ses crimes. Étonnant comment les pires criminels réussissent d’une façon ou d’une autre à échapper à la justice… Tout aussi étonnant que l’ex-première ministre d’une grande nation soit ami avec un despote!

Mme Thatcher a par ailleurs agi comme consultante pour le cigarettier Phillip Morris. Elle l’a aidé a combattre les lois européennes sur la publicité du tabac. L’ancienne première ministre, qui avait pourtant prononcé maints discours contre l’usage du tabac alors qu’elle était en fonction, avait aussi comme mandat d’aider l’entreprise à percer les marchés d’Europe de l’Est et de pays du Tiers-Monde.

Le laisser-faire économique était la base philosophique de Mme Thatcher. Sous son administration, des d’actifs de l’État ont été vendus et des nombreuses lois et règlements éliminés. Moins d’interventions et de présence de l’État garantissait les libertés individuelles, disait-elle. Dommage qu’elle n’a jamais usé de sa grande influence pour aider des gens dans d’autres pays à jouir eux aussi de libertés individuelles.

On salue le courage et la détermination de Mme Thatcher à faire sa marque dans un monde machiste. Mais si certains qualifient sa carrière de brillante, les faits pointent plutôt vers un legs beaucoup plus modeste.

Dans les moments importants, là où Mme Thatcher aurait pu donner du sien pour changer le cours de l’Histoire, elle a manqué de couilles, pourrait-on dire.

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