Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Politique’

Lundi 14 avril 2014 | Mise en ligne à 22h37 | Commenter Commentaires (6)

Piscine vs culture

La culture ne sortira jamais gagnante d’un concours de priorités. Demandez à une centaine de personnes à quoi leur administration municipale devrait consacrer ses énergies : la moitié d’entre elles répondront à la réfection des rues ainsi qu’à l’aménagement de parcs, et près de l’autre moitié, à la baisse de leur compte de taxes foncières et à la réduction de la dette. Seule une poignée de citoyens, 7 ou 8 % selon une estimation très généreuse, identifieront les activités culturelles, comme la bibliothèque, comme étant prioritaires.

Peu de gens se soucient de la culture. Trop élitiste, croient certains. Pas une mission centrale pour les municipalités, pensent d’autres. Bref, le thème n’est pas vendeur. Le conseil municipal de Granby a validé cette pensée rétrograde la semaine dernière en écartant du revers de la main son projet de future bibliothèque au profit de sa future piscine municipale.

Piscine versus bibliothèque : un combat perdu d’avance pour les partisans d’un nouveau lieu de lecture. Un combat injuste, en fait. Jamais les conseillers n’auraient-ils dû être amenés à se commettre pour un ou pour l’autre des projets; les deux sont essentiels. Ils se sont peinturés dans un coin, et ce, sans avoir pesé les conséquences de leur vote. Ils ressortent de cet affrontement affaiblis.

Comment les élus peuvent-ils maintenant travailler pour doter la Ville d’une nouvelle piscine et d’une bibliothèque ? Sans le savoir, ils viennent de donner des raisons aux gouvernements supérieurs de multiplier les requêtes, les questions, les études avant de consentir des subventions pour qu’un ou les deux projets se réalisent. On en a vu longuement retarder pour moins que ça.

Des tensions divisent le nouveau conseil. Elles ont été transportées de la vieille administration à la nouvelle par les conseillers Michel Mailhot, Serges Ruel et Pierre Breton, amers de l’élection de Pascal Bonin à la mairie. Ça n’arrange rien que le nouveau maire, au lieu de chercher à rallier tous les conseillers, vieux et nouveaux, autour d’objectifs communs, leur serve un discours de « crois ou meurs ». Un leadership contre-productif.

Remarquez, la patience de M. Bonin a des limites. En toisant publiquement le maire comme il se plaît à la faire, le conseiller Mailhot ajoute de l’huile sur le feu. L’aîné du conseil doit accepter que la population ait choisi M. Bonin le 3 novembre pour diriger la Ville, et ce, dans une forte proportion, et non son allié, l’ex-maire Richard Goulet.

Ces querelles augurent bien mal pour les quatre prochaines années.

Et d’abord, pourquoi doit-on faire un choix entre une piscine et une bibliothèque ? Oublie-t-on que Granby est la ville centre de la région, pas une petite municipalité sans moyens ou ressources ? La Ville compte 65 000 habitants, sa croissance démographique est stable, son économie se porte mieux que celle de l’ensemble du Québec. Pourquoi ne travaille-t-elle pas sur les deux projets en même temps ? Elle possède une fonction publique compétente capable de le faire.

Les montants en jeu n’obligent pas le conseil à faire des choix de planification. Qu’on prépare le terrain pour les deux projets, puis une fois des discussions sérieuses engagées avec Québec et Ottawa et des garanties sur les subventions disponibles, qu’on établisse un plan pour faire mouche sur les deux fronts. S’il est clair qu’on ne peut réaliser les deux en même temps, qu’on tranche. Mais qu’on commence aussitôt les préparatifs pour le projet mis en attente.

La Ville doit construire une nouvelle piscine. Cela dit, on perd de vue que la bibliothèque est un service de base qu’une ville de l’envergure de Granby doit rendre à ses citoyens. Et les installations de la bibliothèque Paul-O.-Trépanier ne sont plus adéquates. Opposer le projet de modernisation de la bibliothèque à la construction d’une piscine, beaucoup plus acceptable aux yeux des contribuables compte tenu des clientèles visées, relève d’une stratégie de populisme.

Message aux membres du conseil : le temps n’est pas aux stratégies, mais aux solutions. Les citoyens vous demandent essentiellement deux choses : travailler ensemble et gérer de manière responsable et transparente. En vous regardant aller, on n’est guère rassuré.

Dernier point : la Ville travaille sur le projet d’une nouvelle bibliothèque depuis 2007. Tout le travail s’est fait en secret à grands frais d’études. L’option retenue : faire de l’église Notre-Dame le nouveau temple de la lecture. Un projet d’une quinzaine de millions de dollars.

Question : est-ce le seul scénario qui a été étudié ? Si oui, c’est renversant. Sinon, quelles sont les autres options et combien coûteraient-elles ?

Où est la transparence dans tout ça, membres du conseil ?

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Lundi 7 avril 2014 | Mise en ligne à 23h32 | Commenter Commentaires (20)

Un vent de fraîcheur…

La tempête libérale n’a rien d’étonnant. Tous les ingrédients étaient réunis pour que le PLQ reprenne le volant gouvernemental : usure du pouvoir du Parti québécois en place depuis neuf ans, ministres péquistes éclaboussés par des allégations de financement illégal, recours à des systèmes de prête-noms, perquisitions de l’UPAC au siège social du parti. Voilà de quoi pousser les électeurs à se débarrasser des gens en place.

Euh ! Attendez. Hein ! Quoi ? Oups ! Pardonnez-moi cette confusion sur les partis…

On reprend.

On s’attendait à peu près tous à une victoire du Parti libéral. Mais qui prédisait un gain de cette ampleur ? On voit ça habituellement quand l’électorat a la nausée du parti en place depuis trop longtemps. Clairement, les gens en avaient assez des péquistes… même après seulement 18 mois au pouvoir.

On vient probablement d’assister à la pire campagne électorale du PQ. Tout a été déficient : mauvaise analyse de l’humeur des électeurs, mauvais choix de thèmes de campagne (Charte de la laïcité), langue de bois sur l’article 1 de son programme (« Il n’y aura pas de référendum tant que les Québécois ne seront pas prêts », n’a cessé de dire Mme Marois), incapacité à faire passer ses messages. Et là on ne parle pas de l’opportunisme de la première ministre à lancer la province en élection inutilement. Le PQ méritait cette gifle électorale.

•••

On le savait, mais on le répète : le PLQ est un parti de gagnants. En 2012, en pleine tourmente de création de la commission Charbonneau, le parti avait sauvé 50 circonscriptions, quatre de moins que le PQ. Voilà qu’il reprend le pouvoir avec une telle aisance. Mais peut-on parler d’un vent de fraîcheur ?

La majorité absolue est de 63 sièges à l’Assemblée nationale. Les libéraux en ont officiellement 70. C’est un bon coussin en cas de futures révélations troublantes à la commission Charbonneau. Le PLQ pourra survivre à quelques démissions…

•••

Les résultats électoraux nous jettent encore à la figure les carences de notre système électoral. Le PLQ a récolté 41 % des voix et raflé 70 circonscriptions. C’est 56 % des 125 sièges de l’Assemblée nationale. Pendant ce temps, la Coalition avenir Québec termine la soirée avec 23 % des voix. Ça se traduit par 22 circonscriptions, un maigre 17,6 % des sièges au parlement.

Donc avec environ deux fois moins de votes que les libéraux, la CAQ boucle l’exercice électoral avec trois fois moins de sièges qu’eux.

Voilà le type de distorsions possibles avec un scrutin uninominal majoritaire à un tour. C’est un système électoral qui favorise le bipartisme. Pire, il amplifie les gains du parti qui termine en tête et pénalise les plus petits partis.

Regardez tous les résultats des scrutins au Québec et au fédéral ces cinquante, cent dernières années et le constat est le même : ce type de scrutin accorde de fortes majorités aux partis gagnants la plupart du temps sans commune mesure avec les votes recueillis.

Le scrutin uninominal majoritaire à un tour pénalise même les partis qui remportent le vote populaire. En 1998, les libéraux de Jean Charest ont récolté 44 % des voix et fait élire 48 députés alors que les péquistes de Lucien Bouchard en remportaient 76 avec un score de… 43 %. Gênant.

Et puis, croyez-vous que nous sommes dus pour un nouveau système électoral ? Est-ce que votre vote, vos idées, vos valeurs se reflètent dans la répartition des sièges ? Peut-on vraiment parler de démocratie avec notre système ?

On s’en reparle. Idéalement avant le prochain rendez-vous électoral.

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Samedi 5 avril 2014 | Mise en ligne à 11h14 | Commenter Commentaires (48)

La fin du PQ?

Pauline Marois mettra sa carrière politique en jeu lundi. Et le Parti québécois jouera son avenir. Parce que si elle perd devant les libéraux de Philippe Couillard, même au terme d’une course serrée et de l’élection d’un gouvernement minoritaire de couleur rouge, la formation indépendantiste pourrait ne jamais s’en remettre.

C’est une bien drôle de campagne qui s’achève pour les péquistes. Jamais n’auraient-ils pu se douter, en appelant les électeurs aux urnes, que l’électorat considérerait sérieusement remettre les clés du pouvoir aux libéraux. Pour le PQ, et pour tous ceux qui s’intéressent à l’actualité, il était clair que les libéraux étaient en disgrâce aux yeux du public depuis le début des travaux de la commission Charbonneau.

Comment cela pouvait-il en être autrement ? On a entendu parler d’activités de financement louches de la part du PLQ, de prête-noms liés à des dons déposés dans ses coffres, de la participation d’ex-ministres libéraux à ces activités. C’est sans compter tout ce que les médias, tels La Presse et Radio-Canada, ont découvert sur les façons de faire du PLQ en matière de financement politique.

Électoralement, le moment était propice pour que Mme Marois lance son équipe en élection — pour l’aspect moral de la chose (comprendre la loi sur les élections à date fixe), on repassera. Le timing a été adroitement planifié pour coïncider avec le débat sur la charte de la laïcité. Les sondages ont révélé que la proposition péquiste de charte séduisait bien des francophones inquiets des pratiques religieuses d’immigrants installés chez nous.

Ce n’est pas la première fois que l’existence du Parti québécois est remise en question. Chaque fois qu’il a encaissé une défaite ou subi un revers, il s’en trouve pour s’interroger sur sa pertinence dans le contexte politique québécois. Ça risque d’être différent cette fois-ci.

Tout semblait en place pour que le PQ conserve le pouvoir. Et pourtant, Mme Marois et son parti sont incapables de convaincre une majorité de Québécois de leur redonner les clés de l’Assemblée nationale. Un hypothétique référendum les effraie à ce point qu’ils s’apprêteraient à opter plutôt pour le PLQ, aussi entaché par des allégations de corruption et de malversation qu’il soit.

En cas de défaite du PQ lundi, il sera alors assez clair que les gens ne veulent pas entendre parler de projet d’indépendance pour le Québec.

•••

Philippe Couillard est en faveur de l’élargissement de la route 139 à partir de l’autoroute 10 jusqu’au Zoo de Granby. Le projet pourrait s’inscrire dans son plan de relance du programme des infrastructures de 15 milliards de dollars en 10 ans, a-t-il dit jeudi en entrevue à La Voix de l’Est.

Promettre de construire ou d’élargir une route a toujours permis de marquer des points en campagne électorale. Même si le projet ne se justifie pas…

On a déjà abordé cette question sur ce blogue : les problèmes de circulation sur ce tronçon de la route 139 (boulevard 
David-Bouchard) sont concentrés sur les deux dernières semaines du mois de juillet, soit lors de la haute saison du Zoo de Granby. En dehors de cette période, la circulation coule assez bien.

Pour le chef libéral, comme d’ailleurs pour tous ceux qui militent pour que l’artère passe à quatre voies, il n’existe aucune autre solution que l’asphalte. Suffit pourtant d’un peu d’imagination et beaucoup de bon vouloir.

Au lieu de dépenser des millions de dollars pour élargir la 139 pour résoudre un problème de circulation inexistant, pourquoi ne pas aménager des stationnements incitatifs près de l’autoroute 10, dans le parc industriel et le long de la route 112 ? Les utilisateurs pourraient ensuite faire leur arrivée au Zoo grâce à un service efficace et régulier de navettes. C’est plus écolo, plus rapide et surtout moins dispendieux.

Parlant des libéraux, ils s’engagent à geler le rythme de croissance des budgets des différents ministères, sauf pour ceux de la Santé et de l’Éducation. Ça inclut évidemment les budgets d’entretien du ministère des Transports liés aux infrastructures. Vous voyez le paradoxe ? On peine à maintenir nos routes en bon état et voilà qu’on nous propose d’en construire de nouvelles !

Y’en a-t-il encore qui se demande pourquoi la dette du Québec augmente à un rythme affolant ? Elle était de 198,5 milliards de dollars le 31 mars (donnée du ministère des Finances et Économie). En 2001-2002, elle atteignait 104,6 milliards. On parle d’un bond de 90 % en 12 ans !

Pourquoi en a-t-on si peu parlé durant les 35 derniers jours ?

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