Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Politique’

Lundi 17 juillet 2017 | Mise en ligne à 16h37 | Commenter Commentaires (8)

Sauver les référendums

Éliminer les référendums municipaux est une mesure draconienne en réaction aux carences des municipalités à vendre leurs projets aux citoyens. photo archives La Voix de l'Est

Éliminer les référendums municipaux est une mesure draconienne en réaction aux carences des municipalités à vendre leurs projets aux citoyens. photo archives La Voix de l'Est

Xénophobie ? Syndrome du pas dans ma cour ?

On ne saura jamais avec certitude pourquoi une majorité de résidants d’un quartier à Saint-Apollinaire près de Lévis refuse qu’un terrain serve à aménager un cimetière musulman.
Des 19 personnes qui ont dit non au projet lors du référendum de dimanche, il s’en trouve sûrement qui sont fermées à toute demande émanant de la communauté musulmane. On peut aussi penser que certaines n’en veulent tout simplement pas, et ce, peu importe la confession des personnes qui y seraient enterrées. Soyons francs : qui serait d’accord avec l’aménagement d’un cimetière près de chez lui ?

Mais au-delà des attaques, critiques et invectives que s’échangent les gens sur les réseaux sociaux dans cette affaire, il y a lieu de souligner le processus démocratique utilisé pour trancher le débat : un référendum de secteur.

Cette forme de consultation pourrait disparaître dans la foulée de l’adoption par Québec en juin de la Loi 122. Cette législation accorde plus d’autonomie aux municipalités en matière de fiscalité, de gouvernance et d’aménagement de territoire. Elle leur permet notamment d’outrepasser la tenue de registres et de référendums pour des questions touchant l’urbanisme, dont le zonage.
En lieu et place, les municipalités doivent se doter d’une « politique de participation publique ». Le gouvernement a adopté sa loi, mais n’a pas donné de balises encadrant une telle politique. Elle reste à être inventée.

Le milieu municipal applaudit cet aspect de la Loi 122, estimant que les conseils pourront prendre des décisions sans risquer de voir des citoyens les bloquer via des référendums. Les citoyens, a expliqué le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, se mobilisent souvent pour contrer des projets. Il faudrait plutôt, croit-il, trouver des moyens de les rendre plus acceptables. Une politique de participation publique est la meilleure alternative, selon lui.

Il faut baigner un peu dans le monde municipal pour réaliser la hantise qu’ont les élus de voir un débat sur un projet se diriger vers un référendum. Ils en sont presque paralysés, au point où ils reculent souvent.

La réaction de Québec est exagérée. D’abord, parce que peu de projets sont bloqués par des citoyens. Rares aussi sont les registres qui recueillent assez de signatures et débouchent sur des référendums. Quand le nombre minimal de signatures est atteint, les conseils n’osent pas aller au bout du processus en décrétant la tenue de plébiscites, plaidant toujours les coûts engendrés pour les organiser. Impossible alors de savoir si l’ensemble des citoyens concernés aurait donné leur accord.

Quand on considère tous ces éléments, on réalise qu’éliminer les référendums est une mesure draconienne en réaction aux carences des municipalités et de leurs dirigeants. Souvent, ceux-ci peinent à « vendre » leurs projets à leurs concitoyens. L’un de leurs premiers rôles, c’est d’expliquer leurs démarches et objectifs. Ne pas le faire, c’est abdiquer leurs responsabilités.

Retirer des mains des citoyens l’outil qu’est le référendum, c’est donner carte blanche aux conseils municipaux. Un tel pouvoir ne devrait pas exister en politique. Ça risque de créer des abus parce que peu importe ce qui se dégagerait des consultations avec les citoyens, les décisions reposeraient entre les mains des membres du conseil sans aucun contrepoids démocratique.

Bien entendu, parfois les discussions franches, les assurances données et les modifications proposées sont insuffisantes à rallier une majorité de citoyens derrière un projet. Des sensibilités irrationnelles ou de sombres idéologies, comme on l’a vu avec le projet d’un cimetière musulman sur la rive sud de Québec, empêchent également d’en arriver à des compromis.

Il serait cependant dommage, en raison de quelques grains dans l’engrenage, d’abandonner les référendums municipaux. La participation citoyenne, qui n’est déjà pas une panacée dans le monde municipal, en sortirait amoindrie.

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Vendredi 12 mai 2017 | Mise en ligne à 17h51 | Commenter Commentaires (4)

Inondations et sagesse

Les inondations qui frappent les régions de Montréal, des Laurentides, de l’Outaouais et de la Mauricie sont un dur rappel qu’on ne contrôle pas la nature. Parfois, une météo capricieuse lui servant de catalyseur, elle provoque le débordement de lacs et de rivières, forçant des milliers de riverains à fuir leur maison pour être en sécurité. Les dommages causés aux propriétés atteignent des dizaines de milliers de dollars, des montants que le gouvernement québécois paie en grande partie à travers son programme de dédommagements.

On ne peut prévenir les inondations. Elles surviennent depuis des millions d’années. Ce qui est nouveau, ce sont les effets provoqués par les changements climatiques. Les scientifiques confirment que la fonte des glaciers occasionnera la montée du niveau des océans menaçant leurs populations riveraines partout sur la planète. Ils formulent aussi l’hypothèse que le réchauffement climatique pourrait modifier la fréquence, la durée et l’intensité des pluies. Des recherches sont en cours à ce sujet. Chose certaine, même si on habite loin à l’intérieur des terres, on a tout intérêt à en prendre conscience.

Devant l’incroyable puissance de la nature, la seule chose possible est de se prémunir de ses sauts d’humeur. Ça implique de réfléchir à l’aménagement de nos territoires.
Construit-on trop près de cours d’eau ? A-t-on trop de superficies imperméables ? Nuit-on à la nature en asséchant des milieux humides ? A-t-on trop modifié les formes des rivières ? Élimine-t-on trop de végétation au nom du développement ? Bref, accentuons-nous nos problèmes environnementaux ?

Ces questions ont maintes fois été posées et décortiquées dans le monde municipal. Le développement urbain et agricole a sans conteste des impacts sur l’environnement, conclut-on. Cette constatation n’a cependant pas mené à de grands changements de philosophie de développement dans les municipalités. Rarement refusent-elles des projets ou interviennent-elles pour corriger des problèmes flagrants.

Il est difficile, doit-on reconnaître, pour les municipalités de s’opposer aux propositions des promoteurs. Le problème de fond est qu’elles dépendent à près de 100 % de l’impôt foncier pour fonctionner. Ajouter des maisons, des commerces et des industries sur leur territoire équivaut donc à mettre plus d’argent dans leur coffre. Les taxes municipales générées sont souvent l’argument massue élus lorsqu’il est temps de défendre des projets. Prisonniers d’un système de revenus archaïque, les conseils municipaux peuvent difficilement considérer le long terme dans leurs décisions liées au développement.

Il faut se l’avouer : la protection de l’environnement n’est pas une priorité pour les municipalités. Les plans de développement durable qu’elles adoptent sont des énoncés de grands principes, mais peu de gestes marquants sont posés pour améliorer leur bilan. Les programmes de subventions pour acheter des couches réutilisables, des barils de pluie, des toilettes à faible débit et des arbres sont de belles initiatives, mais elles existent d’abord pour donner une image vertueuse aux municipalités. Celles-ci n’ont aucun véritable plan pour protéger l’environnement.

Ça ne s’arrête pas là. Les MRC, qui regroupent les municipalités, rechignent à mettre de l’ordre dans les pratiques agricoles. Des programmes sont en place pour accompagner les agriculteurs désireux de réduire leurs empreintes écologiques. Plusieurs choisissent quand même de ne rien changer. La réalité est que les gains pour améliorer la qualité de l’eau des rivières sont minces. On avance à pas de tortues. Pendant ce temps, les études continuent de montrer du doigt les activités agricoles comme principales sources de pollution de nos cours d’eau.

Les municipalités doivent aller au-delà des symboles. Elles doivent se doter de politique de protection du couvert forestier et de qualité de l’eau de leurs lacs et rivières en plus de politique de conservation des milieux humides.

Elles doivent également mieux appuyer financièrement les organisations environnementales sur leur territoire. Le travail abattu par ces groupes est immense quand on considère les peccadilles obtenues des municipalités pour honorer leurs responsabilités en leur nom.

Ces efforts n’empêcheront évidemment pas la nature de se déchaîner à nouveau. D’autres catastrophes naturelles figurent dans son programme, dont des inondations. Toutefois, les municipalités sont en mesure d’atténuer leurs conséquences. Il est temps pour elles de changer de cap et d’aménager leur territoire avec plus de sagesse.

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Jeudi 4 mai 2017 | Mise en ligne à 18h17 | Commenter Commentaires (2)

Canard et ludification

Dommage. Vraiment dommage le ton qu’a pris toute l’affaire du canard géant de 155 000 $ sur le lac Boivin. Certains sont si prompts à dénoncer toutes les initiatives du conseil de la Ville de Granby qu’ils évitent d’analyser sur le fond le projet d’image de marque de la municipalité ou, comme le dit le maire Pascal Bonin, de son branding.

D’abord, le canard ne coûtera pas 155 000 $, mais bien 3000 $. Les 155 000 $ seront utilisés pour plusieurs choses : on parle de jeux géants au centre sportif Léonard-Grondin et au parc Terry-Fox et de sculptures d’animaux géants. D’autres infrastructures et activités seront proposées.

Dans un monde concurrentiel, même les villes doivent se soucier de leur image. C’est vrai pour Granby, et cela même si ses indicateurs économiques sont très bons. Il est risqué, irresponsable même, de s’asseoir sur ses lauriers, même quand on compte sur son territoire un attrait aussi populaire que le Zoo de Granby. La Ville doit continuer à travailler pour se démarquer, notamment en modernisant son image. Le faire en se collant sur l’incroyable attrait qu’est le jardin zoologique — un TGV touristique — est un bon pari pour encourager les visiteurs à explorer davantage la Ville.

Faire de Granby une ville ludique, comme le propose la Corporation de développement commercial et touristique de Granby et région, est une idée pour le moins intéressante. Quelques villes dans le monde ont adopté cette approche pour développer « l’enjeu social du mieux vivre ensemble », peut-on lire dans le document préparé par l’organisme paramunicipal pour les membres du conseil.

La CDCTGR explique son approche dans le même document : «La ludification est l’application des mécaniques du jeu à divers domaines pour inciter de façon ludique les utilisateurs à adopter un comportement souhaité. L’objectif est de permettre, de favoriser des rencontres et des échanges entre citadins, tout en améliorant les services publics offerts.»

Bon. C’est un peu ésotérique comme explication et tiré par les cheveux de parler d’amélioration de services publics offerts, mais on comprend la philosophie qui sous-tend le projet. On cherche à faire sourire les gens, nourrir leur sentiment d’appartenance et les inciter à se côtoyer, à échanger. Bref, à vivre pleinement leur ville.

On pourrait discourir longtemps sur le rôle et les responsabilités des municipalités à l’égard de leur population. Dans le projet proposé, on doit y voir une façon de capitaliser sur la signature unique de Granby en tant que ville où se trouve un zoo. Investir 155 000 $ annuellement pendant trois ans pour augmenter cette visibilité n’est certainement pas du gaspillage de fonds public. La Ville de Granby et ses citoyens peuvent se permettre cet investissement.

Si le projet est ludique, la façon dont le conseil, le maire au premier chef, l’a communiqué aux citoyens relève d’une stratégie dépassée en affaires publiques. Plusieurs gestes posés démontrent que l’administration en place n’a rien compris de ses erreurs passées. Elle assure avoir retenu des leçons de la saga des pistes cyclables. Il n’en est rien.

D’abord, pourquoi le conseil a-t-il autorisé ce projet lors d’une assemblée extraordinaire ? Aucun citoyen n’assiste à ces rencontres parce qu’elles sont appelées à la dernière minute. Ces assemblées non prévues servent habituellement à régler des dossiers urgents. Il n’y avait aucun sentiment d’urgence dans ce cas-ci.

Puis, pourquoi M. Bonin a-t-il dit aux citoyens qu’ils allaient découvrir au fur et à mesure les infrastructures prévues ? On n’est pas à une fête d’enfants où les surprises font partie du scénario. Une dépense de 155 000 $ a été autorisée par les élus. Le tout doit être expliqué. Les journalistes ont pu savoir de quoi il s’agissait parce que les documents destinés aux élus leur ont été remis par erreur…

Être élu ne donne pas droit à un chèque en blanc pour faire à sa tête. Il faut expliquer les objectifs de ses décisions et donner les détails des gestes à poser. Entourer le tout d’un mystère complet, comme le souhaite le maire, ne sert qu’à créer de l’opposition au projet.

M. Bonin, du temps qu’il était conseiller, n’aurait jamais accepté une telle façon de faire. Le pouvoir a cette fâcheuse conséquence de pousser nos dirigeants à vouloir tout contrôler.
Et tant qu’à discuter de branding, pourquoi opter pour un canard ? L’oiseau est déjà l’emblème de la ville de Lac-Brome, comme le mentionnait un citoyen bromois dans nos pages cette semaine.
Le choix du canard pour représenter Granby parait aussi étrange compte tenu des efforts de la Ville pour chasser cette espèce du parc Daniel-Johnson en raison des fientes qu’elle laisse un peu partout.

Une immense salamandre, emblème du parc national de la Yamaska, serait un meilleur choix.

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