Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Politique’

Mardi 16 septembre 2014 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (7)

La clarté écossaise

Image 20

Les Écossais ne sont pas seulement reconnus pour produire les meilleurs whiskys au monde ; ils sont champions des questions courtes et claires.

Jeudi, lorsque les Écossais se rendront aux urnes pour décider de l’avenir de leur nation au sein du Royaume-Uni, ils devront répondre à la question suivante : « Should Scotland be an independant country? » (L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant ?).

Seulement six mots. Une phrase qui va quand même droit au but.

On est loin de la question-fleuve posée aux Québécois en 1980 par le Parti québécois lors du premier référendum sur notre appartenance au Canada : « Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples ; cette entente permettrait au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie ; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum ; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada ? »

Un total de 122 mots (l’auteur de la question était probablement payé au mot…). Il fallait être politologue, constitutionnaliste et linguiste pour saisir toutes les nuances (et conséquences) de la question. Ça explique peut-être pourquoi le camp du Oui n’a rallié que 40 % des voix.

Les péquistes se sont quand même améliorés, remarquez bien, en 1995, lors du deuxième référendum sur l’indépendance-souveraineté-séparation du Québec du Canada : « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente signée le 12 juin 1995 ? »

Quarante mots. Mais trop encore. Les fédéralistes, comme en 1980, ont accusé le PQ de tourner autour du pot sur la question. Subtils comme toujours, elle portait réellement sur la séparation, affirmaient-ils.

Les partisans du Oui sont passés à quelque cinquante mille votes d’un nouveau pays. Une question plus courte et moins tordue leur aurait-elle permis de réaliser leur rêve ? On ne le saura jamais.

On doit de réjouir que le référendum écossais intéresse autant les ténors du PQ. Non seulement en tireront-ils des leçons, ils pourraient finalement être convaincus que les Québécois méritent de la clarté lorsqu’ils leur parlent de leur projet de faire du Québec un pays.

Peu importe qu’on soit pour ou contre l’indépendance du Québec, c’est un projet trop important pour accepter que le PQ laisse planer le doute sur quand et comment il entend organiser un prochain référendum et quelle sera la question. Les calculs politiques sur l’échéancier et la question référendaire minent depuis longtemps la crédibilité du parti.

« Le peuple nous regarde, mais ne nous écoute plus », a affirmé le député péquiste de Jonquière Sylvain Gaudreault, en entrevue avec le collègue Marc St-Hilaire du Quotidien. « Tout le monde sait bien que le PQ veut faire un pays ! Mais nous n’y arriverons pas sans d’abord redevenir l’alternative au gouvernement libéral. »

M. Gaudreault croit que les Québécois sont « en ce moment bien loin du débat sur le meilleur moment de tenir le prochain référendum ! » Vrai. Ça n’empêche pas les futurs candidats au poste de chef du PQ de se positionner sur la question.

Les gens sont en droit de savoir qui propose quoi afin qu’ils puissent voter à la prochaine élection en toute connaissance de cause.

•••

En politique, la sémantique fait foi de tout.

Remarquez les médias du Canada anglais quand ils traitent du référendum en Écosse ; ils parlent des « indépendantistes » écossais.

Durant la dernière campagne électorale au Québec, les médias du ROC ont utilisé à outrance le terme « séparatiste » pour parler des péquistes et de leurs partisans. Le même terme est maintenant utilisé pour décrire les militants pro-russes en Ukraine. Oui, oui, les mêmes qui ont pris les armes et qui sont soupçonnés d’avoir abattu un avion de la Malaysia Airlines tuant ses 298 passagers et membres d’équipage.

C’est drôle comment le vocabulaire des médias canadiens-anglais change selon la distance du centre géographique de la nouvelle.

L’intention derrière le choix de ce mot, dans leur cas, est claire… Le discrédit.

Suivez-moi sur twitter: @Grand_parleur

Lire les commentaires (7)  |  Commenter cet article






Mercredi 27 août 2014 | Mise en ligne à 16h08 | Commenter Commentaires (5)

Le livre cache le scandale

photo La Presse

photo La Presse

On a le sens de l’indignation sensible au Québec. Particulièrement quand ça touche n’importe quoi relié à la culture. Le ministre de l’Éducation Yves Bolduc s’en est rendu compte après avoir affirmé au Devoir la semaine dernière qu’il n’y aurait pas péril en la demeure si les commissions scolaires sabraient dans leurs budgets d’achat de livres pour les bibliothèques de leurs écoles pour atteindre les compressions de 150 millions de dollars exigées par son gouvernement. Après le tollé suscité par ses commentaires, il s’est excusé mardi les qualifiant de «très malhabiles», appelant même les commissions scolaires à ne pas toucher à ces budgets.

Le ministre n’est pas seulement un gaffeur, il est aussi un fabulateur. Comment peut-on demander des compressions aussi importantes aux commissions scolaires tout en les invitant à ne pas toucher à l’ensemble de leur budget, les enveloppes budgétaires dédiées à l’achat de livres incluses? M. Bolduc cherche à tout prix à se distancier des choix douloureux qui attendent les commissions scolaires. Poltron en plus.

Et puis ça pose la question de l’autonomie des commissions scolaires. Leur en reste-t-elle? Québec leur impose des compressions, mais leur dit en même temps où ne pas les effectuer. Tant qu’à faire, pourquoi s’arrêter en chemin; que le Ministère fasse sauter ces structures intermédiaires et gère lui-même les écoles. Il faudra un jour faire un sérieux débat là-dessus.

L’exercice de repentance du ministre Bolduc, surtout son mot d’ordre de ne pas toucher aux budgets pour l’achat de livres, nous fait oublier l’essentiel de ce qui se passe: l’ensemble du réseau scolaire verra 150 millions de dollars disparaître — ça portera les compressions à 800 millions de dollars en cinq ans dans le réseau. On s’est tellement offusqués du mini-drame des livres pour les bibliothèques scolaires qu’on a perdu de vue que le vrai scandale se trouve là.

Comment une société peut-elle enlever autant d’argent dans son système scolaire et ne pas en payer un lourd tribut à très court terme? L’éducation est la colonne vertébrale d’une société moderne. Une solide économie se construit sur une société instruite. De nombreuses études confirment ces deux faits.

Réduire collectivement les budgets des commissions scolaires de 150 millions de dollars aura inévitablement un impact sur la qualité et la quantité de services offerts aux élèves. On comptera moins de psychoéducatrices et d’orthopédagogues, c’est écrit dans le ciel. Déjà, les commissions scolaires n’investissent pas suffisamment dans ces services.

Mon garçon commence sa sixième année cette semaine. Depuis son entrée dans le monde scolaire en 2008, sept psychoéducatrices ont défilé dans les corridors de son école. Sept! Ces professionnelles aident, entre autres choses, les élèves aux prises avec différents problèmes d’apprentissage et de comportement. Leur présence est essentielle. Elles donnent des outils aux enfants pour les aider à connaître du succès, à bâtir leur estime de soi. Plus elles interviennent tôt auprès d’eux, plus leurs chances de succès scolaire augmentent. Quand les interventions avec les jeunes ne commencent qu’au secondaire, il est souvent trop tard et le décrochage scolaire guette. Et on sait tous que le décrochage provoque des coûts sociaux énormes.

Qu’est ce qui explique ce roulement de psychoéducatrices à l’école de mon garçon? La commission scolaire Val-des-Cerfs détermine chaque année quel sera son budget pour les services spécialisés. Bref, on n’embauche pas, on offre seulement des contrats.

Aucune organisation, qu’elle soit publique ou privée, ne peut espérer garder des travailleuses spécialisées en leur offrant des contrats. L’inévitable finit pas se produire; elles quittent pour des postes permanents ailleurs. Puis on demande aux enfants de faire confiance à une nouvelle psychoéducatrice. Il est déjà difficile pour des jeunes d’établir une relation avec une étrangère. Imaginez quand ils doivent le faire tous les ans…

Les finances de l’État sont très mal en point, nous dit le gouvernement. Sabrer autant dans notre système d’éducation ne risque-t-il pas de les empirer encore plus?

Pourquoi s’indigne-t-on pour des livres et non pas aussi contre cette attaque sur notre avenir collectif?

Suivez-moi sur twitter: @Grand_parleur

Lire les commentaires (5)  |  Commenter cet article






Vendredi 1 août 2014 | Mise en ligne à 16h49 | Commenter Commentaires (7)

Rock On populisme

Verra-t-on Justin Bieber bientôt à Granby?

Verra-t-on Justin Bieber bientôt à Granby?

Tant qu’à ajouter un autre festival de musique à Granby, comme le suggère la maire Pascal Bonin, pourquoi ne pas jouer à fond la carte du populisme et satisfaire les goûts des festivaliers de tout acabit?

Créons un Festival des montgolfières, un Festival des petits poissons des chenaux, un Festival western, un Festival parc et canin, un Festival des bernaches, un festival de la moto policière, organisons notre propre Red Bull Crash Ice et notre International des feux Loto-Québec et déménageons La Ronde au parc Daniel-Johnson. Nous aurions de tout pour tout le monde.

On divague, bien entendu. Un peu comme M. Bonin qui envisage sérieusement impliquer la Ville financièrement dans l’organisation d’un rendez-vous de musique destiné aux jeunes, dit-il, et où la musique anglophone trouverait sa place.

«Nommez-moi le dernier événement à gros déploiement où il y a eu un artiste de musique anglophone», a-t-il demandé à ma collègue Marie-Ève Lambert qui révélait la nouvelle hier.

Difficile, en effet. La raison est toutefois bien simple: c’est une question de marché et de popularité. Les artistes anglophones connus exigent de gros cachets. Les autres, eh bien justement ils ne sont pas encore assez connus pour susciter assez d’intérêt pour les mettre sous contrat… D’où le peu d’intérêt qui leur est manifesté et la rareté de leur passage dans la région.

Les gros noms anglophones coûtent chers, reconnaît M. Bonin. Mais, assure-t-il, leur venu peut se faire avec les budgets que la Ville investit en culture. «(…) il va peut-être falloir enlever des trucs», avertit-il, pour diversifier l’offre culturelle.

Le nouveau conseil municipal s’est campé dans une politique de chiche. Ça veut dire qu’un nouveau festival de musique ne pourra voir le jour qu’en déplaçant et en réduisant ici et là des subventions existantes accordées à d’autres événements culturels.

Voilà pourquoi on sent déjà les organisateurs du Festival international de la chanson de Granby commencer à frémir. Cette année, la Ville de Granby versera une subvention de 160 000 $ à l’organisme pour l’aider à organiser son 46e festival.

En ajoutant un festival de musique, ne menace-t-on pas le Festival de la chanson? Fort probablement. Une offre culturelle à la hausse n’influence pas les consommateurs à assister à davantage d’événements. La tarte des revenus générés par des spectacles n’augmente donc pas.

Posons la question différemment: une ville de la taille de Granby a-t-elle la masse pour accueillir deux festivals de musique?

La mission du Festival international de la chanson est de faire connaître les jeunes de la relève musicale francophone. Durant les 12 jours de l’événement, les finalistes montent sur scène pour se faire valoir. De nombreux artistes bien établis, plusieurs ayant déjà participé au festival de la chanson, offrent également des spectacles. Chansons françaises et jeunes artistes, tels sont les créneaux de ce festival. C’est ce qui fait la renommée culturelle de Granby à travers le Québec, et même à travers la Francophonie.

Mais on s’entend, le festival ne fait pas courir les foules. Lors de la finale, les quelque 800 places du Palace sont occupées. On ne peut parler de «gros déploiement». Peu importe, il s’agit de l’événement culturel phare de la Ville. Comme le Zoo de Granby est son attraction clé. Imaginerait-on la Ville subventionner la construction d’un parc d’attractions qui concurrencerait le jardin zoologique?

Le maire Bonin ne peut promettre tout à tout le monde tout le temps. Le populisme a ses limites. Il doit faire des choix. C’est l’essence même de la politique. Nul besoin d’être absolument populaire auprès des motocyclistes, des propriétaires de chiens et des amateurs de feux de camp pour bien faire son travail. Aux autres membres du conseil de le lui rappeler.

Suivez-moi sur twitter: @Grand_parleur

Lire les commentaires (7)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    juillet 2011
    L Ma Me J V S D
    « juin   août »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    25262728293031
  • Archives

  • publicité