Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Politique’

Jeudi 26 février 2015 | Mise en ligne à 14h18 | Commenter Commentaires (4)

L’abandon des milieux humides

photo La Presse

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La protection de l’environnement n’est pas la tasse de thé du gouvernement libéral. Le ministre de l’Environnement David Heurtel le démontre bien en reportant de trois ans la nouvelle mouture législative pour assurer une véritable protection des milieux humides et hydriques.

Au Québec, quand un projet résidentiel, commercial ou industriel a pour effet de détruire un milieu humide, ses promoteurs doivent offrir une compensation. En retour d’un feu vert du ministère de l’Environnement, ils l’échangent contre une superficie équivalente d’un milieu humide en zone blanche (où la construction est permise) et garantissent sa protection.

Ce système semble raisonnable à première vue. Il comporte cependant des carences importantes. Notamment la qualité des milieux humides «échangés» pour compenser la perte initiale. Les milieux humides n’ont pas tous la même valeur. Certains ont des impacts majeurs sur l’environnement. Peut-on vraiment compenser leur perte en protégeant des milieux humides ailleurs?

Pour l’heure, la Loi concernant des mesures de compensation pour la réalisation de projets affectant un milieu humide ou hydrique accorde trop de latitude aux promoteurs. Elle ne tient pas compte de l’ensemble des milieux humides d’un territoire donné, de leurs liens hydriques, des dangers de les fragmenter, des pertes de superficies enregistrées au fil des décennies en lien justement avec le développement urbain.

La loi ne considère pas non plus les caractéristiques écologiques des milieux humides, les fameux services écologiques rendus. Ils sont nombreux: filtration de l’eau (captation de sédiments, de nutriments), contrôle du ruissellement, régularisation des débits des crues, rétention de l’eau lors d’averses, habitats fauniques. La piètre qualité de l’eau de nos lacs, rivières et ruisseaux et les inondations enregistrées ces dernières années seraient en partie attribuables à la disparition des milieux humides.

La question est de savoir si on peut encore se permettre d’éliminer des milieux humides pour faire place au développement? Les groupes environnementaux, dont le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement, prônent une politique de «zéro perte nette». Ça implique que la compensation ne passe pas seulement par des «échanges» avec les promoteurs, mais par la réhabilitation de milieux humides et la création d’autres. Ils veulent que la future loi sur les milieux humides s’inspire de cette philosophie.

Certaines régions affichent des bilans catastrophiques en matière de destruction de milieux humides. Dans l’île de Laval, entre 2004 et 2010, 41 % des milieux humides en zone blanche ont disparu (50 hectares) ou ont été altérés (55 ha), selon le Conseil régional de l’environnement de Laval. Et entre 2010 et 2012, 59 autres hectares ont été détruits et 22 altérés (en partie drainés ou remplis). Tout ça en lien avec des projets immobiliers.

Dans un contexte où la pression pour le développement est si forte et où les outils pour bien protéger les milieux humides sont inefficaces, la décision du ministre Heurtel de repousser toute cette réflexion surprend. Elle est d’autant plus incompréhensible que les fonctionnaires de son ministère sont à pied d’œuvre depuis le printemps 2012 pour mettre la loi à jour dans ce même but. Un projet de loi était attendu à la mi-avril.

Comment M. Heurtel peut-il balayer cet enjeu sous le tapis alors qu’il annonce du même souffle une révision complète de la Loi sur la qualité de l’environnement dans le but d’alléger le processus d’obtention de certificats d’autorisation?

L’État doit stimuler la croissance en aidant les entreprises. Mais rien ne l’empêche de le faire en se souciant aussi de protéger l’environnement.

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Jeudi 19 février 2015 | Mise en ligne à 14h39 | Commenter Commentaires (2)

Bacs bruns et valeurs pédagogiques

photo archives Le Droit

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La Ville de Bromont ne commet pas seulement des impairs politiques. Elle est également capable de faire preuve de vision. Aussi doit-elle être félicitée d’offrir à ses citoyens un service de collecte des matières organiques.

Bromont deviendra en avril la première municipalité de la région à faire un geste concret pour valoriser les matières organiques en les transformant en compost. C’est un défi majeur puisque ces matières (restes de table, papier et carton souillé, litières d’animaux, retailles de gazon, résidus de jardin) représentent 44 % des résidus produits par les Québécois, selon Recyc-Québec, soit 184 kg par personne par année. Les détourner de l’enfouissement en les transformant en compost permettra de réaliser des gains environnementaux considérables.

Il s’agit d’un service simple à organiser et d’un processus naturel de transformation de ces matières en compost. L’aspect le plus important se trouve dans le fait que cette approche mettra les citoyens au cœur du système. Ils devront faire le tri de leurs déchets en mettant les matières organiques dans des bacs de comptoir ou des bacs bruns et le reste dans leur poubelle — c’est le même effort qu’on leur demande depuis plusieurs années pour les matières recyclables. Leur participation à ce service, pense-t-on, aura des effets pédagogiques en ce sens qu’il les amènera à mieux prendre conscience des empreintes écologiques liées à leur consommation et de la nécessité de la réduire, et ce autant pour des raisons économiques qu’environnementales.

Pour atteindre l’objectif gouvernemental d’éliminer complètement l’enfouissement des matières organiques d’ici 2020, la participation citoyenne est essentielle. Toute la réussite de la valorisation de nos déchets repose sur les citoyens.

Voilà pourquoi on s’interroge sur la stratégie de la MRC de la Haute-Yamaska d’écarter d’emblée dans son appel de propositions pour sa future usine de traitement des matières résiduelles tout recours aux bacs bruns. Les maires de la MRC ont tôt fait en 2009 de mettre une croix sur l’option de la troisième voie. Trop compliquée pour une municipalité comptant beaucoup d’édifices à logements, se sont-ils justifiés. Pour eux, les bacs noirs (déchets) et bleus (recyclage) suffisaient, pas besoin de demander aux citoyens d’en faire plus…

Des firmes de génie proposeront donc à la MRC toutes sortes de technologies (complexes et coûteuses) pour trier les différentes matières résiduelles, celles organiques d’un côté, celles sans valeur de l’autre. Tout ça à partir des sacs de poubelle.

Il serait tellement plus simple que ce tri se fasse à la source, donc à la maison.

C’est ce que des citoyens dans des villes comme Saint-Hyacinthe, Sherbrooke, Victoriaville et des dizaines d’autres font au Québec. Ça se passe ainsi même dans des quartiers de l’Île de Montréal, à Rosemont, par exemple. Toutes ces municipalités comptent pourtant des édifices à logements…

Mais dans la MRC de la Haute-Yamaska, on ne veut pas responsabiliser les citoyens. On va laisser la technologie s’occuper de tout ça!

•••

Déminons tout de suite un argument des anti-bacs bruns : les gaz à effet de serre émanant des camions qui transportent les matières organiques vers le site de compostage. Oui, ils en produisent. Tout comme les camions qui transportent les déchets (comprenant les matières organiques) vers les sites d’enfouissement. Effet nul.

D’autres part, rien n’empêche les municipalités qui offrent la troisième voie d’exiger de l’entreprise responsable du transport que ses camions roulent au gaz naturel ou, pourquoi pas, à l’électricité. Ce sont des contrats payants. Alors les intéressés répondront à la demande du client.

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Jeudi 5 février 2015 | Mise en ligne à 14h23 | Commenter Un commentaire

Démocratie débranchée

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La direction générale de la Ville de Bromont, la mairesse Pauline Quinlan et certains conseillers municipaux ont un gros problème à comprendre leur rôle et leurs responsabilités. Le résultat est que la démocratie souffre dans la Ville branchée.

Quelle histoire étonnante que celle du collègue Jean-François Guillet dans La Voix de l’Est samedi. La direction générale et Mme Quinlan ont retenu des informations cruciales des conseillers avant que le conseil n’adopte en septembre 2013 un protocole d’entente sur un important projet immobilier dans le massif du mont Brome. Or, le ministère des Ressources naturelles avait avisé la Ville un mois plus tôt que le secteur visé par le promoteur Charles Désourdy abritait des écosystèmes forestiers exceptionnels (EFE). Deux courriels du MRN envoyés à la direction générale confirmaient la présence de EFE.

L’ancien directeur général de la Ville, Jacques Des Ormeaux, et Mme Quinlan assurent avoir informé les autres élus des renseignements reçus par le MRN au sujet des EFE. Mais des six conseillers de l’époque, quatre affirment que ce n’est pas le cas. Les deux autres, étrangement, ne s’en rappellent plus…

On peut jouer au jeu de «c’est ma parole contre la tienne», comme le fait Mme Quinlan. Toutefois, quand quatre personnes prétendent le contraire, la crédibilité de l’autre en prend un bon coup. Cela dit, la dissension est une chose rarement vue à la table du conseil de Bromont depuis le début du règne de la mairesse. Sont-ce les premiers signes que son administration chancèle?

Il n’est pas rare que des maires prennent leur aise après quelques années en poste. Ils consultent moins, présument des décisions de leur conseil, décident ce que les autres élus doivent savoir, interviennent sans l’accord du conseil. L’impair commis par Mme Quinlan dans le dossier des Jeux équestres mondiaux (elle a modifié une lettre d’appui aux organisateurs de l’évènement sans que le conseil ne le sache) s’inscrit dans cette tendance.

C’est justement pour éviter l’appropriation du pouvoir par une seule personne que les municipalité ont des conseils. Le travail des directions générales est de colliger les informations, documents et analyses nécessaires et de les transmettre à tous les élus pour les aider à prendre des décisions éclairées. Ça veut aussi dire inclure des informations à l’opposée des orientations d’un conseil à l’égard d’un projet. Les deux courriels du MRN en sont un excellent exemple; copies de ces missives auraient dû être remises à tous les élus avant qu’ils n’entérinent le protocole d’entente.

Deux questions que les Bromontois devraient se poser: la direction générale de la Ville remet-elle aux conseillers tous les documents inhérents aux sujets sur lesquels ils sont appelés à se prononcer? Les conseillers municipaux votent-ils des résolutions en toute connaissance de cause? L’affaire des EFE nous permet sérieusement d’en douter.

Un mot sur les conseillers Réal Brunelle et Anie Perreault. En assemblée publique lundi, ils ont dit considérer avoir quand même été bien informés et que leur décision d’appuyer le protocole d’entente n’aurait pas changé.

Les deux conseillers marginalisent la gravité de «l’omission» de la direction générale et de la mairesse. Au lieu de frapper la table du poing en exigeant des explications sur les deux courriels cachés, ils essaient de rassurer la population à l’effet que ses intérêts sont protégés. Bref, ils recourent aux lunettes roses, évitant de demander une reddition de compte aux responsables de ce qui s’apparente à une manipulation politique.

Ils devraient plutôt se rappeler qu’ils sont d’abord et avant tout là pour représenter leurs concitoyens et non pas pour polir l’image de la Ville. Ensuite, ils devraient aiguiser leur sens critique et s’interroger à savoir comment mieux assumer leur rôle et responsabilités. Là dessus, la conseillère Diane Perron peut les guider dans leur réflexion. Des quatre conseillers de l’époque encore en poste, elle est la seule qui a décrié le fait d’avoir été laissée dans l’ombre par l’appareil municipal.

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