Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Politique’

Vendredi 10 juin 2016 | Mise en ligne à 8h31 | Commenter Commentaires (3)

Amitié toxique

La Ville de Granby a sciemment tenu les citoyens dans l’ignorance de son projet de réseau de pistes multifonctionnelles au lieu de les faire participer au processus dès le début. Hélas, ce qui devait être un beau projet collectif se transforme en débat de «pas dans ma cour».  illustration lepreautrement.com

La Ville de Granby a sciemment tenu les citoyens dans l’ignorance de son projet de réseau de pistes multifonctionnelles au lieu de les faire participer au processus dès le début. Hélas, ce qui devait être un beau projet collectif se transforme en débat de «pas dans ma cour». illustration lepreautrement.com

La mode est aux amitiés dans les municipalités au Québec. Elles préparent des programmes sociaux, organisent des consultations publiques, tiennent des colloques sur les thèmes des familles, des jeunes et des personnes âgées. Elles s’enorgueillissent quand elles obtiennent de beaux certificats attestant qu’elles sont amies avec tous ces groupes.

Il serait bien qu’elles deviennent aussi amies avec leurs citoyens.

Trop souvent encore, même en 2016, les administrations municipales écartent leurs citoyens du processus entourant la préparation des projets collectifs. Ceux-ci en sont informés lorsque tout a été décidé. Quand les conseils sentent du mécontentement ou de la résistance de leur part, ils annoncent des séances d’informations. Il faut mieux communiquer, pensent les élus…

Le problème n’en est pas un de communication, mais bien de transparence. C’est une définition mal comprise dans les hôtels de ville. Il ne suffit pas de rendre des documents publics pour pouvoir affirmer être transparent. Il faut afficher une grande ouverture d’esprit non seulement à donner aux citoyens les informations demandées, mais également sonder leurs opinions et idées. C’est d’autant plus vrai quand des projets collectifs sont à l’étude.

Créer un réseau de pistes multifonctionnelles dans la ville de Granby est une idée géniale, digne du 21e siècle. On devrait se réjouir du projet. Malheureusement, l’idée est contestée par des propriétaires de maisons devant lesquelles les futures pistes passeront. On peut comprendre leur opposition quand on apprend qu’ils l’ont su en lisant le bulletin municipal…

On a l’habitude des projets collectifs secrets à la Ville de Granby. On l’a vu avec la modernisation de l’aréna (ajout d’une glace), avec le transfert envisagé de la bibliothèque municipale dans l’église Notre-Dame et plus récemment avec le centre aquatique. Pour chacun de ces projets, les citoyens n’ont pas été invités à des séances de remue-méninges pour dégager les meilleures idées ou concepts. Le même scénario s’est répété chaque fois : ils ont été placés devant des projets ficelés à l’avance sans aucune possibilité de changements.

La Ville répète la même erreur avec la création d’un réseau de pistes multifonctionnelles. Elle a sciemment tenu les citoyens dans l’ignorance au lieu de les faire participer au processus dès le début. Une telle attitude lui aurait permis de semer les premières graines de l’acceptabilité sociale du projet. Hélas, ce qui devait être un beau projet collectif se transforme en débat de « pas dans ma cour ».

Le conseiller Michel Mailhot, agissant en tant que maire suppléant en l’absence de Pascal Bonin, invitait en début de semaine les citoyens à assister aux séances d’information sur le projet de pistes multifonctionnelles, la semaine prochaine. Il laisse ainsi entendre que les gens ne sont pas d’accord parce qu’ils ne comprennent pas… Il est désolant d’entendre un conseiller avec autant d’expérience à la table du conseil afficher un tel mépris envers ses concitoyens.

Le conseil n’a aucune raison d’exclure les citoyens des projets collectifs. On ne parle pas ici d’un investissement de la Ville dans le parc industriel où certaines informations seraient sensibles dans un contexte de concurrence. On parle d’une discussion élargie pour améliorer les déplacements en vélo, en planche à roulettes, en patins à roues alignées et à la course à pied en ville.

La seule participation que la Ville demande de ses citoyens dans ce énième projet est donc (encore) strictement d’ordre financier. On appelle ça une amitié toxique !

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Vendredi 27 mai 2016 | Mise en ligne à 8h28 | Commenter Commentaires (3)

Pistes multifonctionnelles, planification dysfonctionnelle

Il serait intéressant que les membres du conseil municipal de Granby nous expliquent leur définition de bien public. Parce qu’exiger des citoyens riverains d’une future piste cyclable qu’ils en paient 50 % des coûts de construction met à mal le principe d’équité entre les contribuables.

Le conseil veut que des résidants des rues Saint-Hubert Nord et Léger défraient la moitié de la facture pour construire des segments de pistes multifonctionnelles, la nouvelle appellation pour parler de routes accueillant tout ce qui roule et court. Le tout s’inscrit dans la volonté de la Ville de créer un réseau local de telles pistes pour améliorer la « mobilité active », autre terme à la mode pour parler du déplacement quotidien des gens autrement qu’en automobile.

C’est un projet extraordinaire, disons-le d’emblée. Inciter les gens à se déplacer à vélo, en patins à roues alignées, en planche à roulettes ou encore à la course aura un effet bénéfique multiplicateur sur leur santé, mais réduira du coup également la pollution automobile. Il était plus que temps que la Ville arrive au 21e siècle en s’activant pour développer un tel réseau. Il est plutôt gênant de constater en regardant une carte de la Ville de n’y voir aucun lien cycliste au nord de la rivière Yamaska Nord, hormis un petit bout le long de la rue Drummond vers le Centre d’interprétation de la nature du lac Boivin. C’est d’autant plus inexplicable quand on réalise que plus de 75 % de la population se trouve au nord de la rivière…

Cela dit, comment peut-on sérieusement proposer de facturer les propriétaires où passeront les différents segments de ces pistes ? En quoi est-ce une politique équitable à l’égard des autres citoyens ? C’est comme demander aux usagers de la bibliothèque de payer seuls les travaux d’agrandissement prévus. Ou encore de dire aux usagers de l’aréna de financer l’ensemble des coûts d’opération de l’aréna. C’est l’équivalent d’exiger des utilisateurs du futur complexe aquatique d’ouvrir leur gousset pour défrayer les coûts de construction.

Tous ces exemples ont en commun une chose : ce sont tous des biens municipaux. Des biens publics. Des infrastructures accessibles à l’ensemble des citoyens, nonobstant la rue où ils vivent. En empruntant la philosophie de ce conseil, enverra-t-on une facture aux propriétaires qui habitent la rue Léon-Harmel du seul fait que le futur complexe aquatique sera érigé sur l’artère où ils résident ?

On le répète : construire un réseau local de pistes multifonctionnelles est un projet génial, digne d’une ville qui se veut progressiste. Toutefois, faire payer une partie de la facture par une poignée de résidants est une erreur tactique et politique majeure. Une telle approche provoquera une levée de boucliers, comme on l’a vu avec des résidants de la rue Saint-Hubert Nord fâchés (avec raison) d’apprendre qu’ils devront débourser de leurs poches pour une infrastructure collective.

Le danger est qu’une telle contestation citoyenne retarde le projet, ou pire, le fasse déraper sur la question financière, reléguant au second plan les nombreux bienfaits de ces pistes.
Un des arguments entendus de la part de l’administration municipale est que les propriétaires dans les nouveaux développements résidentiels paient 100 % des coûts de l’aménagement des trottoirs dans leurs rues. C’est faible comme justification. Une piste multifonctionnelle n’a pas la portée limitée d’un trottoir ; elle est une voie appelée à jouer un grand rôle dans les déplacements quotidiens d’un grand nombre de citoyens.

Et puisque la Ville parle des nouveaux quartiers, pourquoi n’y a-t-elle pas prévu des pistes multifonctionnelles ? À trop réfléchir à savoir comment refiler la facture aux citoyens, le conseil oublie de se projeter dans le futur… Ça fait dysfonctionnel, pour faire une rime avec notre sujet.

La Ville de Granby doit se doter de pistes multifonctionnelles. Ça doit être un investissement public payé à 100 % par la Ville au nom de l’ensemble de sa population.

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Lundi 2 mai 2016 | Mise en ligne à 17h28 | Commenter Commentaires (5)

L’enfer, c’est eux autres

photo Julie Catudal archives La Voix de l'Est

photo Julie Catudal archives La Voix de l'Est

Ainsi part un autre chef du Parti québécois. La formation politique change de chef comme le gouvernement libéral change de ministre de l’Éducation. Et chaque fois pour la même raison : l’incompatibilité de la personne avec la tâche qui l’attend.

Un collègue me lançait le pari à pareille date l’an dernier que M. Péladeau, à peine élu chef du PQ, ne se rendrait même pas à la prochaine élection générale. Il ne réussirait pas à séduire les Québécois, selon lui. « Le gars a mis tous ses employés en lock-out quand il était chez Quebecor. Là, il se ramasse à la tête d’un parti social-démocrate qui veut faire l’indépendance, qui parle d’équité et de justice sociale. Les gens ne sont pas caves », m’expliquait-il de son bel accent saguenéen.

Pas facile d’arriver dans un parti et de faire rapidement sa place. C’est surtout vrai au PQ où on n’hésite pas à brasser la cabane en critiquant sévèrement et parfois publiquement son chef. Une telle culture, totalement inconnue dans l’univers de M. Péladeau, davantage reconnu pour un style de gestion autoritaire et sans contestation de son entourage, peut en désorienter plus d’un. Même un dur comme M. Péladeau. L’enfer, c’est gérer une patente comme le PQ.

Jamais un homme d’affaires avec une réputation de casseur de syndicats n’aurait pu se faire élire comme chef péquiste dans les années 80 ou 90. Mais quand on a perdu deux référendums sur l’indépendance, on devient soudainement moins difficile devant les choix possibles comme chef. On se rappelle l’article 1 du programme du parti et on évalue qui peut nous amener à la terre promise.

Quand M. Péladeau a été élu chef le 15 mai 2015 avec 57,6 % des appuis au premier tour, plusieurs militants se sont pincé le nez en votant. L’important n’était plus le chemin emprunté, mais bien d’atteindre l’objectif. Personne ne s’est demandé si la population suivrait. Les derniers sondages confirment que les électeurs ne sont pas à la porte du PQ.

Un sondage Léger fait pour Le Devoir et Le Journal de Montréal fin mars concluait que le PQ pouvait battre les libéraux, mais seulement en se coalisant avec Québec Solidaire. Une telle coalition centre-gauche rapporterait 38 % des voix contre 35 % pour le PLQ. Mais comment le PQ peut-il convaincre QS de le joindre dans une alliance avec M. Péladeau comme chef ? Il a déjà tendu la main par le passé à une telle éventualité. « Jamais un député solidaire ne s’assoira à côté de Pierre Karl Péladeau du côté des banquettes des députés », avait rétorqué Françoise David.

C’est en effet impensable. Les deux chefs viennent de deux mondes totalement différents. Un autre chef, provenant de l’aile progressiste du parti, pourrait faire mieux.

Il n’existe pas de raccourci pour réaliser un projet de société. Les péquistes l’apprendront-ils ou décideront-ils de jouer à nouveau au Banquier ?

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