Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Politique’

Mercredi 12 juin 2013 | Mise en ligne à 14h08 | Commenter Commentaires (11)

Ridicule compromis

La Ville de Granby, au nom du compromis, autorise la construction de trois tours de copropriétés de huit étages et de deux immeubles de quatre étages sur la rue Lobélie, près de lac Boivin. Un compromis, explique le maire Richard Goulet, parce que la demande initiale du promoteur était d’ériger cinq tours de huit étages.

On cherche encore où se trouve le compromis dans tout ça. Parce que la nouvelle mouture du projet avalisée par le conseil goûte encore beaucoup le vin…

Qu’on soit maire, conseiller, membre du comité consultatif d’urbanisme ou urbaniste, comment peut-on penser, ne serait-ce qu’une seconde, que des tours de huit étages puissent s’insérer sans problème dans un secteur composé de semi-détachés et d’immeubles à logements de deux étages? Trouver un bon mariage des bâtisses dans un secteur, c’est de l’urbanisme 101.

On n’est pas à Laval. On n’est pas non plus le long de l’autoroute 40 à Montréal! Les espaces sont rares dans les grands centres. Dans ces grandes villes, parfois la décision de construire en hauteur va de soi. Ici à Granby, si le bon sens se fait rare de temps en temps à l’hôtel de ville, l’espace lui, on n’en manque pas. Dans une ville de 65 000 habitants, on doit densifier nos zones habitables, bien entendu, mais pas au point de défigurer l’aspect d’un quartier en construisant des tours de huit étages.

Cette décision est assez incroyable. Je le dis parce que c’est du déjà-vu. Une tour de huit étages construite dans les années 90 sur le boulevard Leclerc nous rappelle chaque fois qu’on passe dans le coin comment une erreur peut nous hanter longtemps. L’immeuble Capitole n’est pas laid, mais c’est une cicatrice urbaine compte tenu de son emplacement. C’est le legs d’un conseil municipal mal avisé et peu intéressé aux défis que pose l’urbanisme.

Tour du Capitole

Le pire est que, visiblement, nos élus en poste n’ont tiré aucune leçon de cette erreur du passé. Il n’y a pas de mal à commettre une erreur, dit-on. Le problème, c’est quand on la répète bêtement. En tel cas, on mérite une bonne baffe.

Il faut dire que le zonage permet des bâtiments de huit étages sur la rue Lobélie. Mais précisons que la Ville peut, sans brimer les droits du promoteur, modifier le zonage pour abaisser la hauteur permise des constructions. C’est sa prérogative. Un vrai compromis aurait été de limiter le nombre d’étages à quatre (une grosse courbette quand même au profit du promoteur) La Ville aurait ainsi réparé une incongruité majeure dans son plan d’urbanisme, une erreur datant de 1987. Les élus ont choisi la passivité.

Le pire dans cette affaire est l’insensibilité des élus — combien d’entre eux se sont rendus sur place pour constater de visu le non sens du projet immobilier? — à l’égard des résidants du quartier. Ceux-ci se sont faits entendre avec civilité. Leur message était un peu plus clair: ils ne veulent pas de tours de huit étages dans leurs cours arrières. Une pétition comptant 166 signatures a été remis au conseil en ce sens. Bravo à eux d’avoir utilisé les voies démocratiques pour faire valoir leur point. Mais, ça ne leur a rien donné. Tout au plus, le conseil a pris le tout en délibéré avant d’accoucher d’un ridicule compromis.

Bien sûr, des conseillers se sont opposés au projet. Trois pour être exact: Pascal Bonin, Patrick Girard et Pierre Breton. M. Breton, qui représente les citoyens du secteur, dit avoir eu un «malaise après avoir entendu les citoyens du secteur» dénoncer le projet. Un malaise! Un malaise! On se serait attendu à plus de tonus de sa part pour un projet qui brimera autant ses commettants. Peut-être s’est-il fait un peu plus insistant auprès de ses collègues en rencontre à huis clos. Mais pour le bénéfice de la démocratie, nous aurions aimé l’entendre défendre publiquement les intérêts des gens de son quartier. Dommage.

On comprend la réticence des citoyens d’interpeller le conseil; l’écoute et l’attitude des élus découragent toute participation citoyenne dans les affaires de leur municipalité.

La vraie raison de ce «compromis» se trouve ailleurs. On ouvre porte pour que des gens en moyen puissent se payer une vue imprenable sur le lac Boivin, par-dessus la cimes des nombreux arbres dans le secteur. Tout ça va rapporter à la Ville de belles taxes foncières.

En entrevue la semaine dernière, le maire Goulet assurait que la Ville allait considérer «l’intérêt de la population» et «aussi l’intérêt global de la Ville» dans sa décision.

On se le demande toujours: où est l’intérêt des citoyens dans ce compromis?

Voici l’emplacement des futures tours:
Image 2

Le lac Boivin est juste au nord. Toutes les rues du quartier accueillent des cottages, des unifamilials, des semi-détachés et des immeubles à logements de deux étages. Les tours seront donc quatre fois plus élevées que les autres constructions dans le secteur. Un beau compromis!

photo Stéphanie Mantha

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Vendredi 31 mai 2013 | Mise en ligne à 15h55 | Commenter Commentaires (8)

Dépotoir d’honorables

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Saviez-vous que les sénateurs canadiens se font appeler honorables? Voilà qui est assez ironique, souligne avec raison cette semaine Maclean’s dans un éditorial percutant. Citant le scandale des allocations de logement dans laquelle quelques sénateurs pataugent, le magazine torontois d’affaires publiques lance la question pour l’énième fois: dans le Canada d’aujourd’hui, la chambre haute a-t-elle encore sa pertinence?

Non, répond l’équipe éditoriale à sa propre question. Débarrassons-nous en, urge-t-elle. Abolissons-le.

Cette institution a été créée pour assurer un équilibre politique entre les différentes régions de ce vaste pays et pour exercer une surveillance financière des affaires de l’État, rappelle Maclean’s. Le problème est que le sénat ne remplit plus aucun de ces rôles. «Le scandale des allocations de logement ne fait qu’ajouter à l’embarras qu’est la chambre rouge», peut-on lire.

Le scandale se résume comme ceci: des sénateurs se sont fait rembourser des frais de logement pour voyager entre Ottawa et leur résidence principale. Or, la définition de résidence principale varie d’un sénateur à un autre. Par exemple, les sénateurs conservateurs Mike Duffy et Patrick Brazeau et le libéral Mac Harb réclament depuis quelques années des remboursements au gouvernement parce que, clament-ils, leur résidence principale se trouve dans une autre province. Ils ont touché des allocations de dizaines de milliers de dollars.

Ça c’est leurs prétentions. Des vérifications ont permis de conclure que les trois lascars vivent en permanence dans la région d’Ottawa. Malgré ces preuves, c’est du bout des lèvres que les responsables des comptes publics du sénat leur ont demandé de rembourser les allocations perçues. Ça ne devrait pas être trop difficile quand on gagne 135 200 $ par année (jusqu’à l’âge de 75 ans) et qu’on bénéficie d’un généreux fonds de pension.

Leur astuce d’allocations de logement ressemble à de la fraude. Ça sent la fraude. Ça sonne comme de la fraude. Pourquoi donc personne ne parle de fraude? Si vous soutirez de l’argent à votre employeur sans y avoir droit, ne risquez-vous pas qu’on vous montre la porte? Pire, qu’on porte plainte à la police?

Les «honorables» ne sont-ils pas imputables de leurs gestes?

Ça ne date pas d’hier que le sénat est source de critiques sans fin. Le Nouveau parti démocratique, qui y voit un nid de favoritisme pour les deux vieux partis, exige son abolition depuis des décennies. Tout comme Stephen Harper… avant qu’il ne devienne premier ministre.

En entrevue avec le réseau de télévision CTV en décembre 2007, M. Harper parlait en des termes peu flatteurs du sénat. «La vérité, c’est que le sénat est un lieu de nominations partisanes — pour ainsi dire des nominations partisanes à vie — avec peu de responsabilité ou d’imputabilité, et cela constitue un problème essentiel (…).»

En janvier 2004, M. Harper affirmait que «malgré le bon travail de plusieurs sénateurs, la chambre haute demeure un dépotoir pour les amis préférés du premier ministre».

Qu’a fait ce pourfendeur du sénat depuis son assermentation comme premier ministre le 6 février 2006 pour rétablir les choses? Il a rempli le «dépotoir» de 46 nouveaux sénateurs!

Cette institution, qui ne s’avère qu’une grotesque dépense (984 millions de dollars depuis 18 ans, selon le site vigile.net), ne changera pas de sitôt. M. Harper préfère le statu quo pour ne pas brasser la cage constitutionnelle et le nouveau poulain du Parti libéral du Canada ne semble pas voir l’utilité de faire quoi que ce soit. Justin Trudeau offre pourtant aux Canadiens de les libérer des ornières politiques du passé.

Bien que le sénat incarne l’archaïsme politique canadien à son meilleur, plusieurs en profitent: des honorables et des premiers ministres, présent et en devenir.

La durée de vie de ce dépotoir semble être sans fin.

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Mercredi 1 mai 2013 | Mise en ligne à 16h03 | Commenter Commentaires (11)

Banissons les partis politiques municipaux

Devrait-on interdire les partis politiques dans les municipalités? En écoutant Gilles Cloutier, maître organisateur politique, expliquer comment orchestrer illégalement — et avec une facilité déconcertante — une campagne électorale dans une municipalité, difficile de croire qu’un parti politique municipal puisse offrir de l’intégrité. L’appel et le goût du pouvoir risquent de le pervertir.

Entre 1997 et 2007, M. Cloutier a affirmé cette semaine devant la Commission Charbonneau avoir organisé une soixantaine d’élections «clés en main», comme on les appelle, dans des municipalités. Il a usé de sa recette dans les couronnes nord et sud de Montréal (les Basses-Laurentides et la Rive-Sud).

Cet architecte de démocraties viciées a longuement énuméré les gestes posés pour propulser ses candidats à la mairie ou pour les maintenir en poste: financement illégal des campagnes, prête-noms pour des contributions politiques, double comptabilité dans les dépenses électorales, production de fausses factures pour blanchir les dons politiques, rétribution des bénévoles. De l’avis de ce spécialiste, près de 80 % des dons versés aux partis politiques municipaux et provinciaux sont faits en contravention des lois sur le financement politique.

Chaque année, on sursaute lorsque le ministère des Transports présente son calendrier de projets et les centaines de millions de dollars qui seront dépensés pour les concrétiser. Pourtant, les mêmes montants sont dépensés dans le monde municipal. Ensemble, la valeur des contrats accordés par les municipalités se situe également dans les millions de dollars. Une telle manne attire des firmes de génie-conseil, d’avocats, de comptables, de notaires, d’arpenteurs et des entrepreneurs de toutes sortes. Elle attire aussi des individus comme Cloutier qui savent comment aider ces entreprises à en tirer profit.

Un moyen simple de rendre la tâche difficile à ces spécialistes électoraux serait de bannir les partis politiques municipaux. L’élection des maires se fait au scrutin universel. Mais dans les municipalités où des partis existent, très rares sont les fois où le parti du maire gagnant ne se retrouve pas majoritaire au conseil. Pire que cela, parfois des partis s’accaparent tous les sièges. Quand les électeurs choisissent un candidat pour le poste de maire, ils donnent habituellement aussi leur appui aux candidats de son parti aux postes de conseillers. Ils doivent donc leur élection au maire qui lui est redevable à son organisateur et à ses donateurs dans l’ombre.

Interdire les partis politiques au niveau municipal, c’est conférer une certaine indépendance à tous les membres du conseil. Ce n’est pas, bien sûr, une garantie qu’ils sauront quoi faire de cette indépendance, qu’ils resteront étanches aux pressions ou aux manipulations. L’idée, c’est de donner aux élus les coudées franches pour participer activement aux décisions et pour bien représenter leurs concitoyens. Encore là, ça ne leur accorde pas un sens inné de la critique. Voilà une qualité essentielle en politique. Elle fait, malheureusement, cruellement défaut.

Le fait d’élire des candidats indépendants force les maires à exercer un leadership rassembleur basé sur le respect et l’ouverture. Des alliances naturelles entre élus se créent. Aussi peuvent-ils partager des idéologies sur le rôle et responsabilités de la municipalité. De là naissent les discussions et les solutions. C’est l’essence même de la politique, celle de l’art du compromis.

Dans les partis politiques — peu importe le palier —, ça ne fonctionne pas ainsi. Le système est linéaire: le chef dicte, les soldats suivent et, en coulisses, les organisateurs et leurs clients empochent. Et nous payons…

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