Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Politique’

Vendredi 22 juillet 2016 | Mise en ligne à 16h22 | Commenter Commentaires (5)

Austère trahison

photo Janick Marois

photo Janick Marois

Y’a de ces décisions gouvernementales qu’on ne peut comprendre. Celle de mettre fin à deux subventions totalisant 186 000 $ pour aider la Maison Gilles-Carles à offrir des services de répit à des proches aidants dans la région de Brome-Missisquoi en fait partie.

Quand on parle de désengagement de l’État à l’égard de la population, c’est probablement le meilleur exemple récent.

Incapable de fonctionner sans cette aide, la direction de l’établissement a annoncé jeudi qu’elle fermait ses portes pour dix semaines. Cette annonce est vécue comme une tragédie dans la région où 211 familles de proches aidants bénéficient des nombreux services offerts par la Maison Gilles-Carles, nommée à la mémoire du célèbre cinéaste qui a vécu les 17 dernières années de sa vie avec la maladie de Parkinson.

Au-delà du désarroi ressenti par les familles, cette situation s’apparente à une forme de trahison de la part du gouvernement québécois à l’égard de la région. La philosophie d’austérité qui guide l’action gouvernementale depuis quelques années repose notamment sur une prise en charge des communautés. L’État ne peut pas tout faire, ne peut pas tout payer, se sont-elles fait dire.

La région de Brome-Missisquoi a saisi le message. En 2012, au terme d’une intense campagne de financement, de promotion et de persuasion, le Regroupement soutien aux aidants de Brome-Missisquoi a réalisé une première au Québec en construisant une maison destinée à accueillir des personnes non-autonomes pendant de courts séjours. Le but était de permettre à leurs aidants-naturels, soit leurs filles, fils, sœurs ou frères qui s’occupent d’elles à temps plein, de pouvoir souffler un peu. En 2015, un total de 4013 heures de répit ont ainsi été offertes.

La réussite du projet s’explique par l’implication de toute la communauté :

L’entrepreneur Daniel Bélanger a fait don du terrain où la maison a été bâtie en 2012 (valeur du terrain de 76 000 $, selon l’évaluation municipale);

La Ville de Cowansville, où la maison se trouve, a contribué 25 000 $ pour la construction de l’établissement et lui verse tous les ans l’équivalent des taxes foncières (4317 $ en 2015);

La Fédération des médecins spécialistes a contribué 100 000 $ (l’argent a permis de construire l’ascenseur dans l’établissement);

Le Regroupement soutien aux aidants naturels de Brome-Missisquoi a récolté 60 000 $ lors de sa campagne de financement pour construire la maison (valeur d’environ 350 000 $).

La Caisse Desjardins de Brome-Missisquoi rembourse à l’organisme les intérêts annuels de son hypothèque;

Durant sa dernière année financière, 200 000 $ ont été obtenus en différents dons, dont 100 000 $ de la Fondation Gilles-Carles.

La générosité des citoyens et des institutions n’a pas été la seule au rendez-vous. Cinquante-six bénévoles offrent de leur temps pour que l’établissement puisse remplir sa mission. Ils accompagnent les aidants, font la comptabilité de l’organisme, siègent à son conseil d’administration, s’occupent des campagnes de financement, assurent l’entretien de la propriété.

En 2015, ces bénévoles ont investi 2488 heures pour la cause. Soyons chiche et mettons-les au salaire minimum: la valeur de leur travail s’élève à 26 746 $.

La masse salariale de la Maison Gilles-Carles, qui emploie jusqu’à dimanche à minuit sept employées à temps plein et huit à temps partiel, était de 335 000 $. Le taux horaire varie entre 15 $ et 25 $ de l’heure.

Question aux ministres de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, et à sa collègue ministre responsable des Aînés, Francine Charbonneau : combien coûterait au secteur public la brochette des services offerts par la Maison Gilles-Carles?

Quand les deux ministres auront déterminé quel ministère est responsable de la suppression des deux subventions, espérons qu’ils réaliseront l’ampleur de cette bêtise et s’amenderont en rétablissant le financement de l’établissement.

L’État ne peut, au nom de l’austérité, abandonner une région qui s’est prise en main. Il doit être un fidèle partenaire et respecter son contrat social.

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Vendredi 10 juin 2016 | Mise en ligne à 8h31 | Commenter Commentaires (3)

Amitié toxique

La Ville de Granby a sciemment tenu les citoyens dans l’ignorance de son projet de réseau de pistes multifonctionnelles au lieu de les faire participer au processus dès le début. Hélas, ce qui devait être un beau projet collectif se transforme en débat de «pas dans ma cour».  illustration lepreautrement.com

La Ville de Granby a sciemment tenu les citoyens dans l’ignorance de son projet de réseau de pistes multifonctionnelles au lieu de les faire participer au processus dès le début. Hélas, ce qui devait être un beau projet collectif se transforme en débat de «pas dans ma cour». illustration lepreautrement.com

La mode est aux amitiés dans les municipalités au Québec. Elles préparent des programmes sociaux, organisent des consultations publiques, tiennent des colloques sur les thèmes des familles, des jeunes et des personnes âgées. Elles s’enorgueillissent quand elles obtiennent de beaux certificats attestant qu’elles sont amies avec tous ces groupes.

Il serait bien qu’elles deviennent aussi amies avec leurs citoyens.

Trop souvent encore, même en 2016, les administrations municipales écartent leurs citoyens du processus entourant la préparation des projets collectifs. Ceux-ci en sont informés lorsque tout a été décidé. Quand les conseils sentent du mécontentement ou de la résistance de leur part, ils annoncent des séances d’informations. Il faut mieux communiquer, pensent les élus…

Le problème n’en est pas un de communication, mais bien de transparence. C’est une définition mal comprise dans les hôtels de ville. Il ne suffit pas de rendre des documents publics pour pouvoir affirmer être transparent. Il faut afficher une grande ouverture d’esprit non seulement à donner aux citoyens les informations demandées, mais également sonder leurs opinions et idées. C’est d’autant plus vrai quand des projets collectifs sont à l’étude.

Créer un réseau de pistes multifonctionnelles dans la ville de Granby est une idée géniale, digne du 21e siècle. On devrait se réjouir du projet. Malheureusement, l’idée est contestée par des propriétaires de maisons devant lesquelles les futures pistes passeront. On peut comprendre leur opposition quand on apprend qu’ils l’ont su en lisant le bulletin municipal…

On a l’habitude des projets collectifs secrets à la Ville de Granby. On l’a vu avec la modernisation de l’aréna (ajout d’une glace), avec le transfert envisagé de la bibliothèque municipale dans l’église Notre-Dame et plus récemment avec le centre aquatique. Pour chacun de ces projets, les citoyens n’ont pas été invités à des séances de remue-méninges pour dégager les meilleures idées ou concepts. Le même scénario s’est répété chaque fois : ils ont été placés devant des projets ficelés à l’avance sans aucune possibilité de changements.

La Ville répète la même erreur avec la création d’un réseau de pistes multifonctionnelles. Elle a sciemment tenu les citoyens dans l’ignorance au lieu de les faire participer au processus dès le début. Une telle attitude lui aurait permis de semer les premières graines de l’acceptabilité sociale du projet. Hélas, ce qui devait être un beau projet collectif se transforme en débat de « pas dans ma cour ».

Le conseiller Michel Mailhot, agissant en tant que maire suppléant en l’absence de Pascal Bonin, invitait en début de semaine les citoyens à assister aux séances d’information sur le projet de pistes multifonctionnelles, la semaine prochaine. Il laisse ainsi entendre que les gens ne sont pas d’accord parce qu’ils ne comprennent pas… Il est désolant d’entendre un conseiller avec autant d’expérience à la table du conseil afficher un tel mépris envers ses concitoyens.

Le conseil n’a aucune raison d’exclure les citoyens des projets collectifs. On ne parle pas ici d’un investissement de la Ville dans le parc industriel où certaines informations seraient sensibles dans un contexte de concurrence. On parle d’une discussion élargie pour améliorer les déplacements en vélo, en planche à roulettes, en patins à roues alignées et à la course à pied en ville.

La seule participation que la Ville demande de ses citoyens dans ce énième projet est donc (encore) strictement d’ordre financier. On appelle ça une amitié toxique !

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Vendredi 27 mai 2016 | Mise en ligne à 8h28 | Commenter Commentaires (3)

Pistes multifonctionnelles, planification dysfonctionnelle

Il serait intéressant que les membres du conseil municipal de Granby nous expliquent leur définition de bien public. Parce qu’exiger des citoyens riverains d’une future piste cyclable qu’ils en paient 50 % des coûts de construction met à mal le principe d’équité entre les contribuables.

Le conseil veut que des résidants des rues Saint-Hubert Nord et Léger défraient la moitié de la facture pour construire des segments de pistes multifonctionnelles, la nouvelle appellation pour parler de routes accueillant tout ce qui roule et court. Le tout s’inscrit dans la volonté de la Ville de créer un réseau local de telles pistes pour améliorer la « mobilité active », autre terme à la mode pour parler du déplacement quotidien des gens autrement qu’en automobile.

C’est un projet extraordinaire, disons-le d’emblée. Inciter les gens à se déplacer à vélo, en patins à roues alignées, en planche à roulettes ou encore à la course aura un effet bénéfique multiplicateur sur leur santé, mais réduira du coup également la pollution automobile. Il était plus que temps que la Ville arrive au 21e siècle en s’activant pour développer un tel réseau. Il est plutôt gênant de constater en regardant une carte de la Ville de n’y voir aucun lien cycliste au nord de la rivière Yamaska Nord, hormis un petit bout le long de la rue Drummond vers le Centre d’interprétation de la nature du lac Boivin. C’est d’autant plus inexplicable quand on réalise que plus de 75 % de la population se trouve au nord de la rivière…

Cela dit, comment peut-on sérieusement proposer de facturer les propriétaires où passeront les différents segments de ces pistes ? En quoi est-ce une politique équitable à l’égard des autres citoyens ? C’est comme demander aux usagers de la bibliothèque de payer seuls les travaux d’agrandissement prévus. Ou encore de dire aux usagers de l’aréna de financer l’ensemble des coûts d’opération de l’aréna. C’est l’équivalent d’exiger des utilisateurs du futur complexe aquatique d’ouvrir leur gousset pour défrayer les coûts de construction.

Tous ces exemples ont en commun une chose : ce sont tous des biens municipaux. Des biens publics. Des infrastructures accessibles à l’ensemble des citoyens, nonobstant la rue où ils vivent. En empruntant la philosophie de ce conseil, enverra-t-on une facture aux propriétaires qui habitent la rue Léon-Harmel du seul fait que le futur complexe aquatique sera érigé sur l’artère où ils résident ?

On le répète : construire un réseau local de pistes multifonctionnelles est un projet génial, digne d’une ville qui se veut progressiste. Toutefois, faire payer une partie de la facture par une poignée de résidants est une erreur tactique et politique majeure. Une telle approche provoquera une levée de boucliers, comme on l’a vu avec des résidants de la rue Saint-Hubert Nord fâchés (avec raison) d’apprendre qu’ils devront débourser de leurs poches pour une infrastructure collective.

Le danger est qu’une telle contestation citoyenne retarde le projet, ou pire, le fasse déraper sur la question financière, reléguant au second plan les nombreux bienfaits de ces pistes.
Un des arguments entendus de la part de l’administration municipale est que les propriétaires dans les nouveaux développements résidentiels paient 100 % des coûts de l’aménagement des trottoirs dans leurs rues. C’est faible comme justification. Une piste multifonctionnelle n’a pas la portée limitée d’un trottoir ; elle est une voie appelée à jouer un grand rôle dans les déplacements quotidiens d’un grand nombre de citoyens.

Et puisque la Ville parle des nouveaux quartiers, pourquoi n’y a-t-elle pas prévu des pistes multifonctionnelles ? À trop réfléchir à savoir comment refiler la facture aux citoyens, le conseil oublie de se projeter dans le futur… Ça fait dysfonctionnel, pour faire une rime avec notre sujet.

La Ville de Granby doit se doter de pistes multifonctionnelles. Ça doit être un investissement public payé à 100 % par la Ville au nom de l’ensemble de sa population.

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