Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Général’

Lundi 4 février 2013 | Mise en ligne à 20h41 | Commenter Commentaires (2)

Chantiers pollueurs

On sait que les activités agricoles polluent nos lacs et nos rivières. On sait aussi que nos municipalités contribuent à leur mauvaise mine en déversant des eaux usées. Ce qu’on ne sait pas toutefois, c’est l’ampleur des impacts des chantiers de construction sur la santé de nos cours d’eau. On a tout intérêt à s’y intéresser.

Voici des photos prises jeudi dernier près de la rivière Yamaska Nord dans le secteur du parc national de la Yamaska alors que Dame nature avait oublié que nous étions encore en janvier. Le temps doux et des averses de pluie ont fait fondre la neige et gorgé d’eau les fossés menant à la rivière. Ce qui est particulier dans ces photos, c’est la couleur de l’eau qui arrive du fossé et qui se jette dans la Yamaska.

Fossé 2

Cette eau est chargée de terre. Elle provient d’un projet résidentiel situé à quelque 200 mètres de là. Les promoteurs du projet Les Boisés du vignoble ont fait abattre des centaines d’arbres pour y construire un chemin de terre et des fossés de chaque côté, comme on en voit le long de tous les chemins en milieu rural. Le sol a été mis à nu sur une très grande superficie. Soulignons que tout le secteur se trouve dans une bonne pente. La pluie venue, tous les ingrédients sont réunis pour provoquer le ruissellement et l’érosion de ce vaste terrain et l’envasement de la rivière plus bas. L’équation est simple: ruissellement = érosion = sédiments = phosphore = pollution de nos cours d’eau.

Fossé 1

On ne tient pas à critiquer seulement ces promoteurs — quoique l’idée de construire un quartier en face d’un parc de la Sépaq défie le bon sens le plus élémentaire. C’est un exemple. On pourrait en découvrir des dizaines et des dizaines d’autres en visitant des chantiers par temps de pluie ou lorsque la neige fond.

Les chantiers de construction nuisent à nos cours d’eau. La Communauté métropolitaine de Québec, où coule la rivière Saint-Charles, également très polluée, l’a bien compris. Aussi, l’organisme, qui regroupe la Ville de Québec et ses 25 banlieues, agit depuis quelques années pour contrôler les eaux de ruissellement.

Une des mesures mises en place concerne les entrepreneurs en construction (résidentiel, commercial et industriel). Sur chacun de leurs sites, ils doivent recouvrir les sols mis à nu ainsi que leurs amoncellements de terre ou d’autres matériaux. Ils doivent aussi installer tout autour des sites des barrières pour empêcher l’eau de ruisseler. Le but: garder toute la terre sur les sites.

Les maires dont les municipalités sont dans le bassin versant de la rivière Yamaska auront à réfléchir sur les gestes posés par leurs collègues de la CMQ. Le 31 mai, ils participeront aux états généraux sur la sauvegarde de la rivière Yamaska. L’événement a un seul but: qu’on cesse, une fois pour toutes, de polluer la Yamaska.

Plusieurs suggestions seront proposées. Certaines sont évidentes (respect et élargissement des bandes riveraines, fin des surverses). Elles nécessiteront des engagements politiques et économiques fermes. D’autres sont controversées. Comme contraindre les entrepreneurs à faire leur part.

Nous verrons alors le sérieux de nos élus à gérer le développement en respect de l’environnement.


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Jeudi 10 janvier 2013 | Mise en ligne à 19h05 | Commenter Commentaires (20)

Dénigrer la science

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Pourquoi s’en trouvent-ils encore dans nos sociétés pour dénigrer la science? Malgré des études, on prétend que l’Homme n’est pas responsable des changements climatiques. On dit aussi que l’amiante ne cause pas le cancer. Ou que la pêche commerciale ne menace pas des espèces halieutiques. Dès qu’il est question de science, certains vivent encore au Moyen-Âge.

Les scientifiques s’intéressent à ces phénomènes depuis longtemps. Ils les ont étudiés sous toutes leurs coutures, analysés de toutes les façons possibles. Leurs conclusions, autant les causes de ces problèmes que leurs effets, font l’objet de larges consensus. Et pourtant, leur travail est contesté.

On ne cherche pas longtemps pour comprendre pourquoi des conclusions scientifiques sont attaquées: elles bousculent des intérêts économiques. C’est vrai pour les changements climatiques, pour l’amiante et pour l’industrie des pêches.

La semaine dernière, en faisant une recherche sur l’étude que le parc national de la Yamaska effectuera sur les perchaudes du réservoir Choinière, je suis tombé sur des reportages du Nouvelliste de Trois-Rivières. Des collègues du quotidien relataient la controverse entourant le moratoire de cinq ans sur la pêche à la perchaude dans le lac Saint-Pierre, cette portion élargie du fleuve Saint-Laurent entre Sorel-Tracy et Trois-Rivières.

Une étude scientifique conclut que le stock de perchaudes est anormalement bas. Pierre Magnon, biologiste à l’Université du Québec à Trois-Rivières et président du comité de surveillance, mis sur pied pour protéger la ressource, est catégorique: les perchaudes disparaîtront d’ici 2014 si rien n’est fait. C’est ce comité qui a convaincu le ministre des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) d’imposer un moratoire.

Ça n’a pas fait l’affaire de tous, bien entendu. Les pêcheurs commerciaux du lac Saint-Pierre sont d’avis que les scientifiques ont tout faux. Les données des chercheurs sont mauvaises, estime le président de leur association, Jean Lévesque. Il est tout aussi catégorique: le lac est plein de perchaudes.

Cet automne, M. Lévesque a insisté pour qu’une nouvelle étude soit réalisée et propose que son organisme recueille les données… Aussi, suggère-t-il au MRNF d’abattre des cormorans, ces volailles raffolant trop de ces petits poissons. Enfin, il exhorte le ministre à lever le moratoire, rappelant qu’il « y a une industrie de 5 millions de dollars en jeu».

Ça ne vous rappelle pas la catastrophe de la morue? Dans les années 90, des experts ont mis en garde le gouvernement fédéral contre la surpêche de morue dans l’est du Canada. Leurs données faisaient état d’une baisse dramatique des stocks de ce poisson. Il fallait, pressaient les scientifiques, protéger la ressource en restreignant la pêche commerciale, très intense dans le secteur.

Les pêcheurs s’y sont vigoureusement opposés. La baisse des stocks de morue était en grande partie attribuable aux populations de phoques, ont-ils plaidé, pas seulement à l’intensité de la pêche commerciale.

Ottawa n’a rien fait. L’industrie s’est écroulée. Des milliers de pêcheurs ont perdu leur gagne-pain, des usines de transformation de poissons ont fermé.

Pour en revenir aux perchaudes du lac Saint-Pierre, le MRNF a quand même maintenu le moratoire… après avoir considéré les demandes des pêcheurs.

La défense d’intérêts financiers fait qu’il n’est pas surprenant que des individus ou des groupes lancent des attaques contre la science. Quand les tirs proviennent de l’État, c’est autre chose. Depuis quelques années, le gouvernement fédéral a sabré les projets de recherche au sein de ses ministères et de ses institutions en plus de limiter les données que peut recueillir Statistique Canada lors des recensements. Clairement, on ne porte pas la science en haute estime chez les conservateurs.

La preuve scientifique dérange, selon Yves Gingras, sociologue des sciences. En entrevue dans le plus récent numéro de L’actualité, M. Gingras s’en inquiète grandement. «(…) depuis le XVIIe siècle, on sait qu’on ne peut gouverner un pays sans institutions scientifiques parce que l’État a besoin de données fondamentales et objectives pour assurer la santé de sa population et la sécurité de son territoire.»

Ces recherches en vue d’établir des politiques publiques, soutient le professeur Gingras, ne peuvent être menées par des organismes privés. Le privé, par la force des choses, ne peut garantir la collecte de données objectives. Un doute subsistera toujours sur la crédibilité des conclusions, pourrait-on dire.

Les impératifs économiques doivent faire partie des discussions. Mais lorsqu’une ressource est menacée, même si les données sont contestées, peut-on courir le risque de continuer de l’exploiter comme avant? Le développement durable ne nous enseigne-t-il pas les vertus économiques d’une consommation responsable de nos ressources?


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Mercredi 28 novembre 2012 | Mise en ligne à 23h00 | Commenter Commentaires (17)

Desjardins dans le champ

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Les caisses Desjardins n’ont plus l’étoffe des beaux jours. Elles ont perdu de leur lustre en s’éloignant de ce qui faisait leur force, la proximité avec leurs sociétaires. Elles voguent sans réelle mission socioéconomique pertinente, à part celles de générer des ristournes… comme les banques engrangent des profits pour leurs actionnaires. Que dirait Alphonse de tout ce beau cheminement?

En fermant son centre de services au centre-ville de Granby, la caisse Desjardins de Granby-Haute-Yamaska oublie l’essence même de la raison d’être de toute entreprise de services, c’est-à-dire donner des services. Ça détonne d’autant plus qu’il s’agit d’une coopérative.

Ça peut paraître banal de fermer un petit centre de services et les trois guichets automatiques qui s’y trouvent. On nous dira qu’aujourd’hui, les gens font leurs transactions dans les commerces avec leur carte débit, paient leurs factures via internet, consultent leurs placements avec leur téléphone intelligent, voient leurs paies déposées directement dans leur compte.

Tout ça est vrai. Mais pour plusieurs, l’accès à un centre de services et à des guichets pas très loin de chez eux demeure une chose cruciale. Pour les personnes âgées, par exemple. Pour ceux aussi qui n’ont pas d’automobile ou pas assez d’argent pour se déplacer en taxi jusqu’au guichet de la caisse la plus proche — à 0,9 kilomètre nous apprend le communiqué de presse de la caisse annonçant la fermeture du centre de services dans une mer de mots inutiles pour masquer la nouvelle.

La direction de la caisse laisse tomber ses sociétaires qui vivent au centre-ville. Lorsqu’elle a annoncé, en 2007, la construction de son nouveau siège social de 35 millions de dollars et du coup la fermeture des trois caisses desservant le centre-ville, des membres habitant dans le secteur ont exprimé leurs inquiétudes de devoir se déplacer pour effectuer leurs transactions ou pour rencontrer des employés en chair en et os. Mais la direction de la nouvelle super caisse avait pensé à tout: son plan prévoyait l’ouverture d’un petit centre de services et des guichets en plein centre-ville.

Le jeudi 14 décembre 2007, lors de l’annonce de la construction du siège social, le directeur général de la caisse d’alors, Michel Duranleau, affirmait:

«En plus de notre siège social, on a déjà annoncé qu’on va maintenir les opérations à Granby de trois centres de services, soit ceux des rues Denison Ouest et Moreau ainsi qu’à un autre endroit à déterminer au centre-ville. Les gens pourront ouvrir un compte, faire des opérations au comptoir et au guichet (…).»

L’endroit à déterminer s’avère être le centre de services sur la rue Principale qui fermera le 11 janvier 2013, mois de quatre ans après son ouverture.

La direction de la caisse prétexte la sous-utilisation des services — sans donner de chiffres, évidemment. N’empêche. Cette décision, pour rester poli, est un bris d’engagement.

Ce départ du centre-ville de Granby provoquera une situation pour le moins ironique pour une institution qui se targue d’être présente partout. Quand on regarde l’offre bancaire dans le secteur, on constate qu’entre la rue Mountain et la rue Saint-Antoine, le vrai centre-ville, les gens peuvent faire affaire avec la Banque Nationale, la Banque Royale et la CIBC et utiliser leurs guichets automatiques.

La Caisse? Elle est 0,9 kilomètre plus loin…

Coopérer pour créer l’avenir, dit le slogan des Caisses Desjardins. Peut-être l’entité de Granby-Haute-Yamaska devrait-elle commencer par respecter ses engagements et ne pas prendre ses membres pour des imbéciles en écrivant dans son communiqué que cette «(…) réorganisation permettra d’offrir une prestation de services encore plus performante, plaçant le membre au coeur de nos préoccupations, tout en assurant la pérennité de la Caisse.»


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