Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Général’

Jeudi 19 novembre 2015 | Mise en ligne à 23h02 | Commenter Commentaires (4)

Impliquer les municipalités

photo Libération

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Le Canada ne réussira pas à accueillir 25 000 réfugiés syriens d’ici la fin de l’année. Ça semble assez évident compte tenu de l’ampleur du défi. Et puis après ?, comme l’affirmait avec justesse cette semaine le député de Québec solidaire, Amir Khadir. L’important, c’est que le Canada, qui semble enfin sorti des limbes diplomatiques où le Parti conservateur le maintenait depuis trop longtemps, redevienne une terre de refuge pour des enfants, femmes, hommes et familles entières fuyant les horreurs de la guerre. C’est ce que la communauté internationale attend de nous.

La promesse de faire venir de l’autre côté de l’Atlantique autant de réfugiés en l’espace d’à peine dix semaines était audacieuse de la part de Justin Trudeau. Les électeurs l’ont appuyé en le portant au pouvoir. Que l’opération prenne plus de temps que promis, ça n’en fait pas une promesse brisée. Il n’est pas ici question de réduire les taxes, mais de sauver des vies, devons-nous nous rappeler.

Il serait quand même sage que le nouveau premier ministre reconnaisse que le défi s’annonce impossible, que le délai sera dépassé. Ça donnerait plus de temps aux différentes entités de son gouvernement, à celles des provinces et des municipalités de tout mettre en place pour que l’opération se déroule le plus rondement possible.

M. Trudeau ne le fera probablement pas, image oblige. Il va garder le cap. C’est peut-être mieux ainsi. On entend déjà trop de politiciens de l’opposition le critiquer. Ils lui reprochent d’être dépassé par les événements, de montrer des signes d’indécision, de désorganisation.

Les attentats de Paris ont donné d’autres arguments aux sceptiques. Et si des terroristes de l’État islamique se glissaient parmi les réfugiés?, demandent-ils. Le court délai que s’est donné le Canada pour accueillir les réfugiés accentue les risques pour sa sécurité nationale. Ça explique sans doute qu’autant de Canadiens ont signé la pétition s’opposant à la venue de réfugiés syriens chez nous.

La sélection des réfugiés par le Canada, les précautions à prendre les concernant et les vérifications à effectuer ne doivent pas servir d’excuses pour retarder ou repousser le début de l’opération humanitaire. Les fonctionnaires fédéraux de l’Immigration travaillent depuis longtemps sur des dossiers de réunification de familles syriennes. Des organisations non gouvernementales sur le terrain, qui s’occupent de milliers de réfugiés, peuvent aider les autorités canadiennes dans leur travail. Les connaissances et l’expertise de tous ces gens doivent être utilisées.

Dans cette opération sans précédent au Canada, le fédéral ne doit pas oublier d’impliquer sans plus tarder ses plus importantes organisations à la maison : les municipalités et les associations communautaires. Leur implication doit être immédiate.

Plusieurs villes, grandes et petites, sont ou seront appelées à faire de la place à nos futurs concitoyens. Quiconque s’intéresse un peu à la politique sait que seules les municipalités peuvent donner efficacement des services de proximité. Le fédéral, après son travail de sélection, s’occupera de transporter les réfugiés au pays et de les héberger quelque temps, notamment sur des bases militaires. Les nouveaux arrivants seront ensuite envoyés dans leur ville d’accueil. Puis le gouvernement central s’éclipsera. Les provinces — avec des subventions d’Ottawa — aménageront des programmes existants pour les aider à s’intégrer dans leur nouvelle communauté.

La réalité, c’est que les villes se retrouveront avec le gros du travail pour assurer un accueil structuré des réfugiés. Elles pourront compter sur des associations communautaires. Ensemble, elles seront à leurs côtés pour qu’ils se retrouvent dans leur nouvelle société. Elles leur donneront des vêtements, les aideront dans la recherche de logements, de travail, à s’inscrire à des cours de formation, accompagneront leurs enfants à l’école, les aideront à faire leurs devoirs. La valeur de tous ces services est inestimable.

La réussite de cette grande opération humanitaire repose sur les municipalités et les associations communautaires. Ottawa doit le comprendre et s’assurer qu’elles ont les moyens financiers de relever ce défi colossal. Le premier ministre doit s’y engager.

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Mercredi 11 novembre 2015 | Mise en ligne à 16h28 | Commenter Commentaires (2)

Oeuvre collective

photo Alain Dion archives La Voix de l'Est

photo Alain Dion archives La Voix de l'Est

L’école de ma fille organise chaque année une collecte de sang pour Héma-Québec. Une belle initiative de Mme Annie, enseignante de 5e année. Elle met à contribution les élèves de sa classe. Ils s’occupent d’annoncer l’événement, d’accueillir les donateurs, de leur expliquer le déroulement de l’activité et de leur servir de délicieux biscuits et jus une fois le don effectué.

Tous les ans, Mme Annie amène aussi ses élèves rendre visite à des personnes âgées dans un centre hospitalier de soins de longue durée à quelques rues de l’école. Ils sont allés deux fois cet automne. Ils leur lisent des livres, parlent avec eux, écoutent attentivement leurs histoires. Les sourires sont nombreux, le bonheur illuminant tous les visages.

Ce sont deux expériences uniques pour ces jeunes. Ils apprennent l’importance de contribuer à la société par le bénévolat, d’ouvrir leurs horizons, leur esprit, d’aller à la rencontre des gens.

Tous les jours au Québec, des milliers d’enseignants comme Mme Annie ont la délicate mission de préparer nos enfants à affronter les aléas de la vie, à se donner pleinement, à se découvrir intellectuellement, à prendre la bonne route pour devenir de bons citoyens. On ne peut les remercier suffisamment de leur travail remarquable et de tout leur dévouement dans cette grande œuvre collective.

Difficile de ne pas les appuyer dans leur bras de fer avec le gouvernement. Parce qu’ils ont de bonnes raisons de monter au front. Toutes les compressions annoncées par Québec et mises en branle via les commissions scolaires leur font craindre le pire. Pas pour leurs poches. Pour les effets sur la qualité des services aux élèves. Et ce n’est pas une stratégie syndicale que d’agiter ce drapeau rouge foncé; réduire l’argent consacré à notre système scolaire risque de nuire à la réussite de nos enfants. En cela, toute la société en subit les contrecoups.

Que dirait-on d’une entreprise manufacturière qui réduirait considérablement ses investissements dans la recherche et le développement de ses produits et services ? On dirait qu’elle se dirige vers le précipice.

Quand on sabre dans l’éducation, on mine les fondations de notre société. Les impacts négatifs sont inévitables.

L’école, c’est une usine de transmission de connaissances, un laboratoire pour découvrir des habiletés, un atelier pour développer les talents, une scène pour peaufiner le tout. Les enseignants sont les gérants, scientifiques, artisans et les metteurs en scène de nos enfants. Ce sont des rôles qu’ils assument avec passion.

De l’État, on s’attend à ce qu’il mette tout en œuvre financièrement pour que nos écoles primaires et secondaires aient les outils pour accompagner nos jeunes vers la réussite. On l’a déjà écrit. On le réitère : ça veut dire donner aux écoles toutes les ressources humaines nécessaires (psychoéducatrices, orthopédagogues, travailleuses sociales, etc.) pour qu’aucun jeune ne soit laissé de côté. Ça veut aussi dire de donner un environnement propice aux enseignants pour bien faire leur travail. Augmenter le nombre d’élèves par classe, comme le propose le ministre de l’Éducation François Blais, est une idée ridicule.

L’appareil public québécois vit dans l’austérité. Finances publiques serrées obligent, nous dit-on. Ça se traduit par des compressions tous azimuts dans nos services et programmes. Tout y passe : santé, affaires sociales, aide aux entreprises (sauf Bombardier) et bien sûr l’éducation, deuxième poste de dépenses du gouvernement après la santé.

On ne peut exiger des efforts équivalents de tous les ministères. Les répercussions ne sont pas les mêmes. L’éducation est le meilleur exemple. Sabrer dans les écoles en passant par les commissions scolaires, c’est se condamner à débourser plus d’argent plus tard pour lutter contre le décrochage scolaire, pour aider de jeunes adultes à intégrer le marché du travail, en aide sociale et en santé.

Des études font le lien entre la scolarité et le niveau de vie des citoyens. Elles en font aussi avec l’état de santé des gens. Plus on est scolarisé, mieux on gagne notre vie, meilleure est notre santé. L’État trouve son compte dans cette équation : meilleurs sont les salaires, plus élevés seront les revenus provenant des impôts. Ceux-ci financent les programmes sociaux et tous les services gouvernementaux.

On repose la question : a-t-on le luxe de sabrer dans notre système d’éducation ?

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Mardi 27 octobre 2015 | Mise en ligne à 22h06 | Commenter Un commentaire

Querelle gravitaire

photo Julie Catudal

photo Julie Catudal

Charles Désourdy a raison : le Zoo de Granby mène une concurrence déloyale envers son entreprise. En construisant des glissades d’eau à l’Amazoo, la direction de la Société zoologique de Granby renie son engagement de ne pas concurrencer directement le parc de glissades d’eau de l’homme d’affaires de Bromont.

M. Désourdy a vu juste en 2002 quand Québec et Ottawa ont fait pleuvoir des millions de dollars sur le Zoo de Granby pour qu’il diversifie son offre en construisant L’Amazoo. Ces nouvelles installations récréotouristiques, disait-il alors, allaient nuire à son parc de glissades d’eau.

Son analyse dérangeait à ce point que les dirigeants du Zoo, fortement encouragés sans doute par quelques pointures politiques, ont accepté de parapher une entente dans laquelle ils s’engageaient « à ne pas se diversifier dans les équipements aquatiques gravitaires », rapportait samedi ma collègue Marie-France Létourneau.

Bon, le terme gravitaire ne peut être utilisé dans le contexte en cause. Mais on comprend qu’il veut dire que le Zoo n’ajouterait pas d’équipements similaires à ceux du parc de glissades d’eau de Ski Bromont. C’est pourtant exactement ce qu’il s’apprête à faire en construisant aux coûts de 3 millions de dollars des… glissades d’eau.

Lorsque la direction du Zoo a présenté le projet Amazoo aux gouvernements, on peut parler d’un coup de génie. C’était peut-être la seule façon de relancer l’intérêt des touristes pour le Zoo. Mais un coup de génie qui créait une concurrence déloyale.

Soyons clair : pas de subventions gouvernementales, pas d’Amazoo. Pas d’Amazoo et peut-être plus de Zoo.

L’Amazoo s’avère un investissement public incroyable. Non seulement le parc aquatique permet au Zoo de ne plus compter sur l’aide gouvernementale, mais des centaines de petites entreprises profitent de son essor économique.

On ne peut oublier dans cette équation le parc de glissades d’eau. Quand M. Désourdy veut moderniser ou ajouter des installations à son parc, il prend rendez-vous avec son banquier pour contracter un prêt. Quand le Zoo a appelé à l’aide, ce sont les gouvernements qui ont accouru… avec des subventions. Les deux sites touristiques ne font pas des affaires à armes égales.

Est-ce que des glissades d’eau à L’Amazoo sonneront la mort du parc des glissades d’eau à Bromont, comme l’affirme M. Désourdy ? Non. C’est une assertion ridicule. Son parc jouit d’une enviable réputation partout au Québec et continuera d’être une destination prisée des vacanciers. On ne peut nier, cela dit, que L’Amazoo 2.0 aura un effet à la baisse sur ses revenus.

Il existe un moyen de mettre fin à cette querelle avant que des avocats n’y soient mêlés. Un partenariat. Un vrai. Il est impératif que les deux groupes offrent des forfaits communs pour inciter encore plus de familles de partout au Québec à venir s’amuser dans les Cantons-de-l’Est.

Le Zoo et Ski Bromont sont dans une situation unique en matière d’offre touristique. Combien de régions au Québec peuvent compter sur de tels TGV touristiques ? La Ville de Québec ne compte que le Village Vacances Valcartier. Montréal n’a rien de comparable. Ni les Laurentides.

Au lieu d’imaginer des raisons pour ne pas faire équipe, les dirigeants des deux groupes doivent plutôt s’entendre pour prospérer ensemble. Les commerçants de la région, celle-là même que tous deux disent vouloir développer économiquement, leur en sauraient gré.

On semble avoir beaucoup de difficulté dans la région à faire équipe pour promouvoir notre offre touristique. C’est notamment le cas avec le financement de la Maison du tourisme, sise à la sortie 68 de l’autoroute 10, au sujet duquel les MRC de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi n’arrivent pas à s’entendre.

Avec une telle attitude, on est chanceux de ne pas être en Gaspésie ou encore au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ces deux régions font face à de vraies difficultés économiques. Elles ne perdraient pas leur temps à tirer la couverture dans tous les sens comme nous le faisons ; elles sauteraient sur toutes les occasions pour se développer.

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