Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Général’

Lundi 9 février 2015 | Mise en ligne à 15h54 | Commenter Un commentaire

«Informer» les élus

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«Notre devoir envers les élus, c’est de les informer des points principaux, et non pas de leur présenter chacune des pièces au dossier. Le devoir, c’est de donner une information suffisante (les caractères en gras sont de moi) aux conseillers pour qu’ils puissent prendre une décision éclairée dans des sujets de tout acabit», soutient Jean Langevin, directeur général de la Ville de Bromont.

M. Langevin expliquait aux gens présents à l’assemblée du conseil la semaine dernière pourquoi les conseillers municipaux ne reçoivent pas toutes les informations et les documents sur les dossiers qu’ils traitent. Sa sortie faisait suite aux révélations que la direction générale, en septembre 2013, n’a pas informé les conseillers du fait que des écosystèmes forestiers exceptionnels (EFE) se trouvent dans le massif du mont Brome, là où un important projet immobilier est projeté. La mairesse Pauline Quinlan connaissait l’existence de deux lettres du ministère des Ressources naturelles confirmant l’existence de EFE. Le 30 septembre 2013, toujours dans l’ignorance de cette information cruciale, les conseillers ont entériné un protocole d’entente avec le promoteur.

Colliger, analyser, digérer l’information puis la transmettre aux élus, ce sont les tâches des directions générales des municipalités. On ne peut demander aux élus de tout savoir, de tout connaitre. C’est le boulot des fonctionnaires de les accompagner, de répondre à leurs questions, de leur fournir tout ce qu’ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées.

On peut faire un long débat sur quelles informations et quels documents doivent être transmis aux élus. Dans le cas débattu, on parle d’informations sensibles touchant des écosystèmes dans une forêt où un promoteur veut abattre des arbres, excaver dans la montagne, aménager un chemin et construire des maisons. Des lettres officielles attestant de la présence de EFE dans le secteur visé n’auraient-elles pas dû être portées à l’attention des membres du conseil? Ces lettres n’auraient-elles pas dû entrer dans la catégorie de «l’information suffisante»?

Les EFE sont importants à ce point pour le conseil de Bromont qu’il demande au promoteur, dans le protocole d’entente, «(…) de prendre en considération tout écosystème forestier exceptionnel (EFE) ainsi que toute forêts (sic) âgée de 70 et 90 ans et plus qui pourraient (les caractères en gras sont de moi) se trouver sur le site, ainsi que des mesures visant à les protéger. (…)»

Deux commentaires sur ce document. Si le protocole mentionne la présence possible de EFE, pourquoi la direction générale n’a-t-elle pas dit aux conseillers que des EFE s’y trouvent en effet? Et si la direction générale sait que des EFE s’y trouvent, pourquoi le protocole emploie-t-il le conditionnel?

Choisir de taire ces informations aux élus relève d’un manque de jugement de la direction générale. Ne pas inclure les faits des EFE dans le protocole d’entente ressemble à de la manipulation politique. On frise la tromperie.

À quelle fin? Quelqu’un dans l’appareil a-t-il un parti pris pour le projet immobilier? Ça reste à prouver, bien entendu. Mais l’apparence est là.

M. Langevin est nouveau en poste. Il a pris le relais de Jacques Des Ormeaux en septembre dernier. Il n’a donc rien à voir avec cette affaire de documents cachés. Toutefois, à l’entendre expliquer comment une direction générale travaille à informer le conseil, il cautionne un système dépassé.

Qu’attendent les conseillers pour exiger plus de transparence?

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Jeudi 29 janvier 2015 | Mise en ligne à 13h42 | Commenter Commentaires (5)

Cachez ces enseignes

photo Alain Dion La Voix de l'Est

photo Alain Dion La Voix de l'Est

On vit vraiment dans un des plus beaux coins du Québec. On a des rivières, des lacs, des montagnes, des vallées, de généreuses terres agricoles. De ceux-ci, on en tire toutes sortes de trésors, dont de petits fruits: bleuets, fraises, framboises, camerises, sureaux.

Cette précieuse bonification de l’offre agrotouristique, on la doit à de petits producteurs passionnés. À Granby, on en compte une quinzaine installés pour la plupart au fin fond de rangs ou de routes. Pour se faire voir des clients potentiels intéressés à l’auto-cueillette ou pour guider ceux qui les cherchent, ils installent de petits panneaux à des coins de rues.

C’est la stratégie qu’utilise depuis 2001 la famille Racine-Durand pour attirer des gens vers leurs champs de bleuets et de framboises. Un petit panneau est installé sur un terrain privé au coin des rues Dufferin et Barré, un autre au coin des rues Barré et de Bernières. Simple et efficace, m’explique Lise Racine, co-propriétaire des P’tits Fruits avec son époux, Jocelyn Durand, et leur fille Geneviève. «On a nos clients réguliers, qui savent où on se trouve. Mais on a aussi des gens qui ont notre adresse, mais qui nous cherchent. Vous savez, ce n’est pas tout le monde qui a un GPS. Ou d’autres arrivent chez nous parce qu’ils ont vu un de nos panneaux. Ça nous amène pas mal de gens.»

Les producteurs comme Mme Racine pourraient devoir imaginer d’autres façons pour faire rouler leurs affaires. La règlementation de la Ville prohibe ce type d’annonces. Les propriétaires des terrains où de telles enseignes se trouvent peuvent écoper d’amendes de 500 $ (pour un individu) et de 1000 $ (personne morale). Certains ont reçu des avertissements à cet effet du service d’urbanisme l’été dernier.

Ces panneaux sont cruciaux pour les producteurs, surtout ceux loin des importantes artères routières, signale Mme Racine. Elle s’imagine mal comment ils pourraient diriger leurs clients sans ces panneaux.

Le conseiller Jean-Luc Nappert, dont le quartier numéro 2 compte quelques petits producteurs de fruits, a alerté ses collègues du conseil municipal du problème. Il a proposé qu’on les autorise à s’afficher aux coins des rues, mais en édictant des règles communes notamment sur le type d’enseigne, ses dimensions et la période de l’année. Aucun de ses collègues ne l’a appuyé. Certains ont dit craindre une multiplication des panneaux, une pollution visuelle autrement dit.

Les élus semblent oublier que la Ville de Granby, malgré son statu de ville-centre grâce à ses quelque 65 000 habitants, ses commerces et ses industries, se trouve en pleine agglomération agricole. Des 155,75 kilomètres carrés qui composent la municipalité, 91,16 km2 se trouvent en zone agricole. C’est 58,5 %.

La décision du conseil municipal d’abolir le comité consultatif agricole, en mai l’année dernière, donne une bonne idée de leur intérêt pour le monde agricole.

C’est à se demander si le conseil nie l’apport économique important de ses agriculteurs, petits et grands, ainsi que leur pouvoir d’attraction touristique. Grave erreur. «On a des visiteurs qui arrivent du Zoo. Ils viennent faire de l’auto-cueillette, puis ils nous demandent où ils pourraient aller manger. On leur parle de quelques restaurants», souligne Mme Racine. «On contribue à notre façon au développement de notre ville.»

Serait-ce vraiment compliqué pour les élus d’imaginer un système d’affichage permettant à ces PME de poursuivre leurs affaires? Espérons. Parce que là, ils sont dans le champ!

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Mardi 20 janvier 2015 | Mise en ligne à 17h14 | Commenter Commentaires (2)

Les bons voisins

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Est-ce une bonne idée que des entités municipales dépensent des dizaines et des dizaines de millions de dollars pour construire deux usines de valorisation des matières résiduelles à moins de 25 kilomètres l’une de l’autre? Peut-on parler de saine administration des deniers publics? Où a-t-on plutôt affaire à un manque de vision plombé d’une guerre de clochers?

La MRC de la Haute-Yamaska travaille depuis 2005 pour se doter d’une usine pour valoriser les déchets de ses résidants. Elle a dépensé jusqu’ici plus d’un million de dollars en études de toutes sortes, un voyage en Europe pour des élus et des cadres, des structures administratives, l’embauche de personnel et des consultations publiques. Elle vient de repousser (à nouveau) de quelques mois l’attribution du contrat pour le financement, la construction et la gestion de la future usine le temps de produire… trois autres études — confiées au privée, bien entendu.

La MRC Brome-Missisquoi, par l’entremise de la Régie intermunicipale d’élimination de déchets solides de Brome-Missisquoi (RIESBM), planche sur un projet semblable. Elle n’a pas injecté autant d’argent dans le processus que sa MRC voisine, mais des élus sont allés en Europe visiter des installations similaires et des études ont été produites. Ici non plus, aucune annonce n’est imminente.

Ces délais pourraient être un moment propice pour les élus des deux MRC de prendre du recul et de réfléchir. Peut-être réaliseraient-ils qu’un projet commun permettrait d’atteindre leurs objectifs de revalorisation. Leur territoire ne compte ensemble que 145 000 habitants. Une seule usine suffirait pour valoriser les déchets produits dans les deux MRC.

Tout pointe vers un seul lieu de valorisation. Et il semble logique qu’il devrait être sur les terrains de la RIEDSBM. L’organisme y exploite déjà un site d’enfouissement. Utiliser un terrain dans le parc industriel de Granby pour y construire une usine de valorisation, comme le propose la MRC de la Haute-Yamaska, c’est se priver de précieux espaces pour accueillir des entreprises.

En fait, le choix de ce terrain n’est pas fortuit: il se trouve à côté de l’usine de traitement des eaux usées de la Ville de Granby. Le plan depuis le lancement du projet est que la future usine de valorisation prenne ses boues usées (ce qui reste du processus d’épuration des eaux usées) et les transforme en énergie (biométhanisation) ou en compost.

Le projet de la MRC de la Haute-Yamaska est fait sur mesure pour valoriser les 24 000 tonnes de boues usées produites chaque année par la Ville de Granby. Cet aspect complique d’ailleurs l’ensemble du projet, la «recette» pour mixer autant de boues usées aux autres matières résiduelles étant plus complexe. Quand on y regarde de plus près, on réalise que les sept autres municipalités de la MRC font une faveur (financière) énorme à la Ville de Granby en se joignant au projet. Elles paieront leur part des coûts, certes, mais elles permettront aussi à la Ville de Granby d’économiser des millions de dollars pour se débarrasser de ses boues usées. Y trouveront-elles vraiment leur compte?

Une autre solution, beaucoup moins compliquée, existe pour valoriser les boues usées de la Ville de Granby: les épandre sur des terres agricoles. La Ville le fait depuis 2014, rapportait samedi dernier ma collègue Marie-France Létourneau. À un coût légèrement moins que l’enfouissement.

Par ailleurs, construire deux usines exigera de traiter de gros volumes de matières résiduelles pour réduire les coûts. Les résidants des deux MRC n’en produisent pas assez. Il faudra donc en importer. Des discussions sont déjà en cours avec des MRC de l’Estrie et des municipalités de la Rive-Sud.

Ça va nous donner un super bilan de gaz à effet de serre avec le va-et-vient de tous ces camions aux deux usines. D’un côté on transporte des matières pour les valoriser, de l’autre on pollue en les transportant. Quel paradoxe!

Étrangement, considérant les implications financières énormes en jeu, on semble faire peu de cas de ces projets au sein des différents conseils municipaux des deux MRC. Les élus se réveilleront-ils à temps pour voir l’incongruité de ce qui est sur la table? Exigeront-ils que leurs leaders politiques des deux côté de la 10 laissent de côté leurs rivalités, se parlent et qu’ils considèrent la fusion de leurs projets?

Vivement du leadership et du bon voisinage!

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