Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Général’

Jeudi 27 octobre 2016 | Mise en ligne à 8h31 | Commenter Aucun commentaire

Incurie et aqueduc

Le ministère de l'Environnement autorise la construction de réseaux d'aqueduc privés, mais se pousse quand des problèmes surviennent. photo archives La Voix de l'Est

Le ministère de l'Environnement autorise la construction de réseaux d'aqueduc privés, mais se pousse quand des problèmes surviennent. photo archives La Voix de l'Est

Apprendre coûte parfois cher. Cette vérité de La Palice touche les citoyens de Granby. Ils verront 2,25 millions de dollars de leur argent s’envoler parce qu’une précédente administration municipale s’est commise auprès d’un promoteur immobilier proposant un projet qui, dès le départ, était au mieux douteux.

La Ville versera ce montant à Joël Neault parce qu’elle a décidé de ne pas prolonger son réseau d’aqueduc au bout de la rue Fréchette pour desservir les terrains de son futur projet immobilier. L’homme d’affaires est d’avis que le précédent conseil s’est engagé à ce que la Ville desserve ses terrains. Il a intenté une poursuite de 11,5 millions de dollars à titre de compensation pour ses pertes encourues. Le présent conseil, voulant éviter tout risque d’être condamné, lui a sagement offert de régler ça en dehors d’une salle de cour.

Ça n’empêche pas que cette affaire masque une incroyable incurie du ministère de l’Environnement mêlée d’une naïveté navrante de l’ancien conseil, dont quelques membres siègent encore, notamment le maire Pascal Bonin.

Dans les faits, l’objectif premier du prolongement du réseau d’aqueduc était de fournir de l’eau potable aux 29 ménages de la rue Fréchette. Le puits qui alimente le réseau privé d’aqueduc, construit par M. Neault, s’est tari en 2009, les privant d’eau potable. Autre fait : la Ville est intervenue, à la demande du ministère de l’Environnement, pour s’assurer que les citoyens touchés peuvent avoir accès à de l’eau. Depuis, le puits est fréquemment rempli par des camions-citernes d’eau provenant de l’usine de filtration de la Ville.

Cette saga trouve ses origines dans la décision du ministère de l’Environnement au début des années 2000 de permettre à M. Neault de construire un réseau privé d’aqueduc pour son projet les Verrières Saint-Alexandre. Une première dans l’ancien Canton de Granby pour des maisons, m’a expliqué mercredi Yvan Degré, inspecteur de la municipalité à cette époque. L’administration du maire Louis Choinière privilégiait plutôt des terrains de 3000 mètres carrés avec puits. «C’est plus simple pour une municipalité qui n’a pas d’aqueduc quand tout le monde a son propre système», a-t-il dit. «C’est moins contraignant» en cas de problème, a-t-il ajouté.

Le Ministère a donc permis à M. Neault d’aller de l’avant avec son projet immobilier comprenant un réseau privé d’aqueduc. Moins de dix ans plus tard, le puits ne fournit plus assez d’eau. Entre à nouveau en scène le ministère de l’Environnement qui demande à la Ville par ordonnance d’intervenir. D’abord, elle s’assure régulièrement de remplir le puits. Puis, elle commence une prospection d’eau dans le sous-sol du secteur. En dépit de ses efforts et de dizaines de milliers de dollars investis, elle ne trouve aucune nouvelle source capable d’alimenter le réseau d’aqueduc.

La seule solution possible était de prolonger le réseau de la ville à partir du boulevard David-Bouchard vers, rappelons-le, les terrains et maisons construites et vendues par M. Neault. Une distance de deux kilomètres sépare les deux réseaux d’aqueduc. Coûts estimés par la Ville : plus de 7,3 millions $.

Le promoteur Neault y voit la solution parfaite. Il pourrait alors poursuivre son projet immobilier en vendant des centaines de terrains desservis par l’aqueduc de la Ville. Reste à savoir qui aurait payé pour les deux kilomètres de tuyaux et d’excavation.

La règle d’or dans le monde municipal est que les riverains assument au minimum la moitié de la note. Petit problème ici : ils ont tous des puits qui fonctionnent parfaitement…
Le conseil a finalement réalisé l’iniquité du scénario et a abandonné en février le projet. Mais le mal était fait puisque le promoteur, avec l’assentiment du conseil en 2012, avait commencé à lotir ses terrains. Dans une résolution, le conseil indiquait que les terrains seraient desservis par ses réseaux d’aqueduc et d’égout… Une erreur majeure causée par un manque de prudence et de réalisme de l’administration municipale.

Ce mauvais film porte la signature du ministère de l’Environnement. D’abord pour avoir permis la construction d’un réseau d’aqueduc privé, puis pour avoir exigé que la Ville fournisse de l’eau aux familles concernées et enfin pour l’avoir laissée tomber dans la recherche de solutions. Malgré une responsabilité évidente dans ce fiasco, le Ministère ne déboursera pas un sou des 2,25 millions de dollars versés au promoteur…

Ce n’est pas la première fois que le ministère de l’Environnement pellette un tel problème dans la cour d’une municipalité. C’est même devenu son motus operandi. On l’a vu à Brigham où des problèmes de qualité de l’eau ont été signalés dans un réseau privé d’aqueduc dont le propriétaire ne veut plus s’occuper. Et c’est ce qui se trame dans le secteur de West Brome où le propriétaire des terrains d’un parc de maisons mobiles est incapable de payer pour réparer son système d’égout. Dans les deux cas, le Ministère s’en est lavé les mains, refilant la responsabilité de corriger le tout aux municipalités.

L’imputabilité est un concept qui lui échappe!

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Mercredi 3 août 2016 | Mise en ligne à 15h43 | Commenter Un commentaire

Bâtir sur ses échecs

La Ville de Bromont doit continuer d’investir dans ce créneau, pense Pauline Quinlan, malgré le fiasco – elle n’aime pas le mot – des JEM 2018. «Ça n’a pas fonctionné. On doit regarder en avant et organiser d’autres événements.» photo Catherine Trudeau

La perte des Jeux équestres mondiaux n’hypothèque pas l’avenir du site olympique de Bromont, assure Pauline Quinlan. L’endroit demeure un des piliers sur lequel la Ville poursuivra son développement touristique et économique, soutient la mairesse.

On n’est pas habitué à l’échec à Bromont. Quand on le fait remarquer à Mme Quinlan, elle hésite, réfléchit quelques secondes puis répond que ce n’est pas vrai. Le projet de ville branchée s’est soldé par un échec, m’a-t-elle dit. Ça m’a surpris. J’ai toujours cru au contraire que l’ambitieuse idée de déployer un réseau à travers la ville de Bromont pour que les citoyens, commerçants et industriels aient un accès Internet s’était avérée un vif succès au début du siècle, alors que cet outil commençait à susciter de la curiosité. Certes, on peut parler de réussite, m’a-t-elle expliqué en entrevue la semaine dernière, mais le projet a bien failli ne jamais se matérialiser.

À l’époque, Bromont avait vu la candidature de Shawinigan — alors dans la cour du député fédéral et premier ministre Jean Chrétien… — être retenue par Industrie Canada afin de développer un modèle à suivre pour doter le monde municipal d’Internet. La déception était vive à l’hôtel de ville, se rappelle Mme Quinlan. Investir autant de temps et d’efforts pour se retrouver les mains vides, c’est frustrant, dit-elle. Mais pas décourageant, a-t-elle ajouté d’emblée. Le projet était à ce point novateur et bien pensé qu’il ne pouvait être simplement abandonné. Suffisait de trouver une autre avenue.

Le gouvernement québécois commençait à s’intéresser au phénomène de l’Internet. Forte de ses contacts, la mairesse a obtenu un rendez-vous avec Bernard Landry, alors ministre des Finances. Quelques heures après avoir expliqué les objectifs et paramètres de la ville branchée et ses maintes retombées économiques au ministre péquiste, Mme Quinlan a reçu confirmation que l’État investirait dans le projet.

L’important au terme d’un échec, c’est de rebondir, selon Mme Quinlan. Elle utilise l’histoire du projet de ville branchée comme analogie avec la situation dans laquelle se trouve le site équestre olympique. L’idée de faire venir la planète équestre à Bromont en 2018 était bonne, affirme-t-elle. Ça se jasait depuis 2006 dans le milieu bromontois. En 2009, le projet apparaissait dans son programme électoral. « Nous avons tout pour réussir », insiste-t-elle alors qu’elle me faisait faire le tour du vaste parc équestre de la rue de Gaspé. L’International Bromont battait son plein. On y a croisé des gens de la Floride, de la Virginie-Occidentale, de l’État de New York, de l’Ontario. Tous encensaient l’organisation, les installations, le site. « J’adore la Fête du chocolat, mais elle attire une clientèle québécoise. Les compétitions équestres, c’est de l’argent qui arrive d’ailleurs et qui entre dans notre région », souligne-t-elle.

Investir dans ce créneau

La Ville doit continuer d’investir dans ce créneau, pense Mme Quinlan, malgré le fiasco — elle n’aime pas le mot — des JEM 2018. « Ça n’a pas fonctionné. On doit regarder en avant et organiser d’autres événements. »

Que s’est-il passé dans les coulisses du petit monde équestre de Bromont pour que la Ville perde cette prestigieuse compétition ? La mairesse tente d’éluder la question. Lorsqu’on insiste, soulignant la tension entre le comité organisateur des JEM et la Société d’agriculture du comté de Shefford, qui gère le site, elle ouvre timidement son jeu. « La relation était difficile. On l’a vu », dit-elle. « Il y a eu des manquements, c’est certain », a-t-elle ajouté sans les nommer.

Bien qu’elle aurait aimé intervenir pour redresser le tout, ce n’était pas son rôle, ni celui du conseil. « Notre travail était d’accompagner les organisateurs pour qu’on obtienne les Jeux. On les a obtenus. On s’est engagés à faire notre part financièrement (2 millions de dollars ont été promis), mais notre responsabilité s’arrêtait là. »

La mairesse refuse de parler de conflit entre les deux organismes. Pas question non plus de jeter le blâme sur quiconque. Elle conteste cependant les critiques, dont les miennes, dirigées vers son conseil pour son suivi des activités de la SACS que la Ville subventionne à coups de 150 000 $ par année depuis 2011. Jamais de deniers publics n’ont été versés sans une sérieuse analyse de pièces justificatives, insiste-t-elle.

Jeudi dernier, Mme Quinlan soutenait que la Ville ne romprait pas ses liens avec la SACS. Ses dirigeants ont à cœur le sport équestre et font une belle promotion pour Bromont, a-t-elle expliqué. La situation financière de l’organisme, qui supporte des hypothèques de 2,5 millions de dollars en plus de faire face à des hypothèques légales de 472 000 $, ne l’inquiète pas. « Oui, ils ont des dettes. Mais les actifs sont très importants », signale-t-elle, faisant référence aux 8,5 hectares appartenant à la SACS et à ses installations pour les chevaux.

Dans toute cette affaire, Mme Quinlan déplore plus que tout le négativisme des opposants à la tenue des JEM 2018 à Bromont. « Nous sommes capables de grandes choses. Dommage qu’on ait vu seulement les problèmes et pas les solutions. Nous venons de vivre un échec ; nous n’aurons pas les jeux. Mais il faut s’en servir comme tremplin et continuer de développer notre site équestre. »

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Mercredi 13 juillet 2016 | Mise en ligne à 15h42 | Commenter Commentaires (5)

D’un abus à l’autre

Des citoyens se sont rendus lundi et mardi signer le registre sur un emprunt pour le réseau de pistes multifonctionnelles de la Ville de Granby. - photo Janick Marois La Voix de l'Est

Des citoyens se sont rendus lundi et mardi signer le registre sur un emprunt pour le réseau de pistes multifonctionnelles de la Ville de Granby. - photo Janick Marois La Voix de l'Est

La Ville de Granby pourra déployer son réseau de pistes multifonctionnelles dans la rue Léger. Les citoyens opposés au projet n’ont pu recueillir lundi et mardi les 1265 signatures requises pour forcer le conseil à soumettre le règlement d’emprunt de 2,7 millions de dollars, dont 177 000 $ pour la piste multifonctionnelle, à l’ensemble des électeurs par voie référendaire. Ils sont passés bien près alors que 1127 citoyens se sont rendus à l’hôtel de ville pour demander la tenue d’un plébiscite.

C’est un exploit en soit de convaincre en si peu de temps autant de gens de se déplacer en plein mois de juillet sous la canicule. Le conseil doit prendre acte de l’ampleur de ce mécontentement, qui déborde très clairement la rue Léger. Car sa «victoire» dans ce débat est courte et manque de fairplay – il était pratiquement impossible pour les citoyens de ce secteur d’atteindre le chiffre magique de signatures. Aussi, le fait que le conseil puisse aller de l’avant ne veut certainement pas dire que son projet est bien ficelé.

Malgré deux soirées d’informations organisées le 14 et 15 juin à l’intention des citoyens, on en sait encore très peu sur les intentions de la Ville sur l’ensemble de son projet de pistes multifonctionnelles. Une carte des rues où de telles pistes seront aménagées a été projetée lors des soirées d’information, mais elle n’a été rendue publique que le 5 juillet, le lendemain de l’assemblée du conseil. Pour la transparence, on a déjà vu mieux…

Cette carte identifie les rues visées, mais ne donne aucune autre information sur les aménagements envisagés. Construira-t-on des pistes unidirectionnelles de chaque côté des rues? Seront-ce des pistes bidirectionnelles d’un seul côté de la rue? Privilégiera-t-on des aménagements moins encombrants comme de voies réservées en bordure des rues peinturées pour capter l’attention des automobilistes? Aussi, la vitesse permise pour les automobilistes sera-t-elle réduite dans les rues concernées?

Ces possibilités sont celles que Vélo-Québec suggère aux municipalités pour l’aménagement de pistes cyclables en milieu urbain.

On nous dit à l’hôtel de ville que le plan de pistes multifonctionnelles a été préparé en se basant justement sur les recommandations de Vélo Québec. L’organisme n’a pas analysé le plan de la Ville et aucune firme spécialisée ne l’a assistée dans le travail, nous a-t-on confirmé. Tout a été fait à l’interne.

Comment se fait-il qu’un projet d’une telle importance, qui concerne tous les citoyens présents et futurs de la Ville, n’a pas fait l’objet d’une consultation publique avant qu’une version finale soit présentée aux citoyens? On ne peut, c’est vrai, consulter les gens sur tout et rien. Mais on ne parle pas ici d’acheter du sel pour le service de la voirie ou quel type d’ordinateurs portables les élus doivent utiliser. Il s’agit d’infrastructures pour assurer la mobilité sécuritaire des citoyens. On pourrait à tout le moins leur demander leur avis!

Nous sommes en 2016, dirait un certain premier ministre. Le conseil doit le comprendre et inclure les citoyens dans ses prochains remues-méninges sur ses projets collectifs. Que peuvent perdre les élus à solliciter les idées et suggestions de leurs commettants?

***

Espérons que ce gâchis en restera là. Les opposants pourraient recourir aux tribunaux pour plaider leur point de vue. Plein d’avocats, on s’en doute, leur diront même que c’est possible de le faire avec succès…

Cela dit, ces citoyens ont-ils la légitimité de continuer à s’opposer au projet? Est-ce crédible de miser sur le registre puis de se rabattre sur le système judiciaire lorsqu’on n’a pas réussi à rassembler assez de signatures? Il aurait fallu qu’ils saisissent la cour avant de leur cause.

L’abus de la Ville dans ce dossier ne peut être compensé par l’abus de citoyens mécontents. Ils peuvent encore se faire entendre sur les futures pistes multifonctionnelles.

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