
«Tu m’as bloqué sur facebook
Et maintenant tu vas mourir»
(You blocked me on facebook, And now you’re going to die)
— Knife Party (toutes les paroles ici)
«Je suis une maladie vénérienne comme une saignée de menstruation»
(I’m a venereal disease like a mentrual bleed)
— Lil Wayne (toutes les paroles ici)
Ces paroles sont puisées de deux chansons de hip-hop. Elles ont résonné de manière glauque sur des rythmes répétés samedi soir et dimanche après-midi à l’aréna Léonard-Grondin de Granby, où le Club de patinage artistique présentait son spectacle annuel. La conceptrice du spectacle Nancy Coutu a eu l’idée de faire côtoyer des numéros de danse hip-hop à ceux de patin. Une très belle initiative de mixer les deux sports. Son erreur est de ne pas avoir supervisé le choix des chansons. Elle a laissé cette responsabilité à la jeune entraîneure de ce groupe d’adolescents. Le résultat était choquant.
« Ce sont des chansons très populaires, que les jeunes aiment », a d’abord expliqué Mme Coutu. « Les gens font la part des choses », a-t-elle dit lorsqu’on lui a cité quelques paroles de ces chansons. De toute manière, selon son analyse, 80 % des gens ne comprennent pas l’anglais.
Il est vrai que le taux de bilinguisme n’est pas très élevé dans la région. Mais peu de gens, particulièrement les adolescents, ignorent ce qu’est Facebook et ce que « die » veut dire.
Plus tard au cours de l’entretien, quand on lui a énuméré nombre de mots et d’expressions à caractère sexiste et de mauvais goût contenus dans les chansons choisies, Mme Coutu a indiqué qu’elle aurait dû s’intéresser de plus près aux choix musicaux. Car en plus d’être la conceptrice du spectacle de patinage artistique, elle est propriétaire de l’Agora de la danse, une école de danse du coin. « La plupart des chanteurs de hip-hop, ce n’est pas adéquat ce qu’ils chantent », reconnaît-elle. « Ce n’est pas nécessairement de bon goût », a-t-elle ajouté. « Le hip-hop, ça parle mal des femmes, des Noirs et des policiers. C’est ce que les jeunes écoutent de nos jours. »
Puis, le lendemain, Mme Coutu nous a rappelé. Son école, a-t-elle insisté, est sensible aux paroles des chansons de hip-hop. Pour cette raison, elle censure la musique utilisée lors de ses spectacles ou compétitions. En aucun temps, assure-t-elle, son école ne fait l’apologie de la violence.
Mme Coutu, craignant une « chasse aux sorcières » dont son école ferait les frais, nous a mis au défi de visiter les autres écoles de hip-hop. Nous constaterions, dit-elle, que les chansons trash tournent beaucoup. Elle a probablement raison.
Réglons immédiatement une chose ici : les danseurs et danseuses ont offert de belles prestations ce week-end. De leurs mouvements et acrobaties se dégageait une vraie passion pour ce sport. Comme parents, on s’attend cependant à ce que leurs entraîneurs ne les contaminent pas avec des chansons vulgaires. Ces jeunes sont des modèles pour nos enfants. Ce qu’ils disent, font et écoutent a une grande influence sur eux.
Parce que le danger est là quand on parle de hip-hop. Les deux chansons citées ici sont construites avec d’autres paroles ordurières. Toujours insultant pour les femmes. Les « bitch » succèdent aux « sluts », aux « fuck », aux « shit », au sens figuré et propre dans ce dernier cas. Du grand art !
Le problème, et il est majeur, c’est d’exposer nos jeunes à de telles paroles. Les spectacles du week-end mettaient en vedette des préadolescents et des adolescents. Des enfants aussi jeunes que quatre ans également ! On a clairement manqué de jugement.
On ne suggère pas ici de recourir à la censure. Tout le monde a le droit d’aimer la musique de son choix. Personne n’a le droit, cela dit, d’imposer ses goûts à un grand public guère rompu à une telle musique. Encore moins durant des spectacles d’enfants.
Dans une perspective plus large, les messages véhiculés par ce type de chansons influencent nos enfants. Alors que les directions d’école, les enseignants, les éducatrices de services de garde, les surveillants travaillent tous à éliminer l’intimidation à l’école, les messages de ces « artistes » annulent leurs efforts.
En cette ère où être sur Facebook semble impératif pour les jeunes, comment peuvent-ils « faire la part des choses » en entendant un groupe populaire chanter, peu importe le contexte, « You blocked me on Facebook, And now you’re going to die » ? Comment réagissent-ils lorsque leurs musiciens préférés usent de langage violent et vulgaire à l’endroit des femmes ? Cela ne conditionne-t-il pas nos garçons à percevoir les femmes comme des morceaux de viande ?
Peut-être suis-je vieux jeu, mais une telle banalisation de cette violence verbale, autant de la part d’adultes que de musiciens, nous renvoie l’image d’une société détraquée.
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