Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘Général’

Mercredi 13 juillet 2016 | Mise en ligne à 15h42 | Commenter Commentaires (5)

D’un abus à l’autre

Des citoyens se sont rendus lundi et mardi signer le registre sur un emprunt pour le réseau de pistes multifonctionnelles de la Ville de Granby. - photo Janick Marois La Voix de l'Est

Des citoyens se sont rendus lundi et mardi signer le registre sur un emprunt pour le réseau de pistes multifonctionnelles de la Ville de Granby. - photo Janick Marois La Voix de l'Est

La Ville de Granby pourra déployer son réseau de pistes multifonctionnelles dans la rue Léger. Les citoyens opposés au projet n’ont pu recueillir lundi et mardi les 1265 signatures requises pour forcer le conseil à soumettre le règlement d’emprunt de 2,7 millions de dollars, dont 177 000 $ pour la piste multifonctionnelle, à l’ensemble des électeurs par voie référendaire. Ils sont passés bien près alors que 1127 citoyens se sont rendus à l’hôtel de ville pour demander la tenue d’un plébiscite.

C’est un exploit en soit de convaincre en si peu de temps autant de gens de se déplacer en plein mois de juillet sous la canicule. Le conseil doit prendre acte de l’ampleur de ce mécontentement, qui déborde très clairement la rue Léger. Car sa «victoire» dans ce débat est courte et manque de fairplay – il était pratiquement impossible pour les citoyens de ce secteur d’atteindre le chiffre magique de signatures. Aussi, le fait que le conseil puisse aller de l’avant ne veut certainement pas dire que son projet est bien ficelé.

Malgré deux soirées d’informations organisées le 14 et 15 juin à l’intention des citoyens, on en sait encore très peu sur les intentions de la Ville sur l’ensemble de son projet de pistes multifonctionnelles. Une carte des rues où de telles pistes seront aménagées a été projetée lors des soirées d’information, mais elle n’a été rendue publique que le 5 juillet, le lendemain de l’assemblée du conseil. Pour la transparence, on a déjà vu mieux…

Cette carte identifie les rues visées, mais ne donne aucune autre information sur les aménagements envisagés. Construira-t-on des pistes unidirectionnelles de chaque côté des rues? Seront-ce des pistes bidirectionnelles d’un seul côté de la rue? Privilégiera-t-on des aménagements moins encombrants comme de voies réservées en bordure des rues peinturées pour capter l’attention des automobilistes? Aussi, la vitesse permise pour les automobilistes sera-t-elle réduite dans les rues concernées?

Ces possibilités sont celles que Vélo-Québec suggère aux municipalités pour l’aménagement de pistes cyclables en milieu urbain.

On nous dit à l’hôtel de ville que le plan de pistes multifonctionnelles a été préparé en se basant justement sur les recommandations de Vélo Québec. L’organisme n’a pas analysé le plan de la Ville et aucune firme spécialisée ne l’a assistée dans le travail, nous a-t-on confirmé. Tout a été fait à l’interne.

Comment se fait-il qu’un projet d’une telle importance, qui concerne tous les citoyens présents et futurs de la Ville, n’a pas fait l’objet d’une consultation publique avant qu’une version finale soit présentée aux citoyens? On ne peut, c’est vrai, consulter les gens sur tout et rien. Mais on ne parle pas ici d’acheter du sel pour le service de la voirie ou quel type d’ordinateurs portables les élus doivent utiliser. Il s’agit d’infrastructures pour assurer la mobilité sécuritaire des citoyens. On pourrait à tout le moins leur demander leur avis!

Nous sommes en 2016, dirait un certain premier ministre. Le conseil doit le comprendre et inclure les citoyens dans ses prochains remues-méninges sur ses projets collectifs. Que peuvent perdre les élus à solliciter les idées et suggestions de leurs commettants?

***

Espérons que ce gâchis en restera là. Les opposants pourraient recourir aux tribunaux pour plaider leur point de vue. Plein d’avocats, on s’en doute, leur diront même que c’est possible de le faire avec succès…

Cela dit, ces citoyens ont-ils la légitimité de continuer à s’opposer au projet? Est-ce crédible de miser sur le registre puis de se rabattre sur le système judiciaire lorsqu’on n’a pas réussi à rassembler assez de signatures? Il aurait fallu qu’ils saisissent la cour avant de leur cause.

L’abus de la Ville dans ce dossier ne peut être compensé par l’abus de citoyens mécontents. Ils peuvent encore se faire entendre sur les futures pistes multifonctionnelles.

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Jeudi 25 février 2016 | Mise en ligne à 11h07 | Commenter Commentaires (5)

Éducation et plastique

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Bannir les sacs de plastique ainsi que l’eau embouteillée, comme prévoit le faire la Ville de Montréal, fait du sens. Les deux contenants, fabriqués à partir de dérivés pétroliers, causent des torts importants, parfois irréparables, à l’environnement. Les éliminer ne brimerait personne, sauf ceux incapables de changer de vilaines habitudes de vie. Des alternatives simples existent : les sacs et les bouteilles réutilisables.

Mais le temps n’est peut-être pas encore opportun de les interdire. Les consommateurs, en faisant des choix plus judicieux, peuvent réduire considérablement leur empreinte écologique sans que l’État ne se lance dans de lourdes structures administratives pour les bannir. Les progrès sont déjà perceptibles. L’utilisation de sacs de plastique est en forte baisse, note-t-on dans les supermarchés. Les clients du Marché Lambert IGA de Bromont ont recours à des sacs réutilisables dans une proportion de 75 %, rapportait La Voix de l’Est mardi. Ceux du Métro Plouffe de Granby sont 60 % à les avoir sous le bras lorsqu’ils arrivent à l’épicerie. On peut penser que c’est également la tendance dans les autres supermarchés au Québec.

On voit que l’éducation populaire fait son œuvre, mais des gains restent à faire. Augmenter le coût des sacs de plastique dans les épiceries de 5 à 10 ¢ pourrait inciter les consommateurs récalcitrants à les laisser tomber au profit de sacs réutilisables.

C’est plus complexe pour l’eau embouteillée. Il s’agit d’une activité commerciale importante au Québec. Ça peut étonner du fait que de l’eau potable est gratuite — et de bonne qualité — au bout des robinets de toutes les municipalités du Québec, mais les Québécois consomment des millions de litres d’eau embouteillée. Au Canada, en 2009, selon Statistique Canada, les embouteilleurs ont produit 2,29 milliards de litres d’eau pour répondre à la demande nationale. Le quart de cette production s’est retrouvé dans des bouteilles de 250 millilitres à 5 litres. Ces contenants, faits en polytéréphtalate d’éthylène, sont souvent jetés dans la nature.

Le problème est que le choix de ces bouteilles est bien ancré dans les habitudes d’achat des gens. Elles sont en vente partout : à l’épicerie, au bureau, au gymnase, dans les écoles, les arénas, les hôtels de ville, les stations de ski. Bien qu’on puisse les recycler, on les retrouve partout : dans les sites d’enfouissement, les fossés, dans les lacs et rivières et dans les océans. Elles représentent l’un des pires fléaux environnementaux de notre époque.

Comment faire en sorte que ces contenants soient recyclés ? La consigne apparait comme une bonne piste de solution. Le taux de retour des contenants à remplissage multiple comme ceux utilisés pour la bière était de 98 % en 2012, selon Recyc-Québec. Il était de 76 % pour les contenants à remplissage unique (boissons gazeuses, bière). Ces deux types de contenants sont consignés.

Certains consommateurs ne rapportent pas leurs contenants consignés à l’épicerie ou au dépanneur du coin. Ils s’en débarrassent parfois dans la nature. Leur valeur monétaire agit cependant comme incitatif pour qu’ils soient ramassés. On le constate avec les bouteilles de bière.

Bien sûr, il est probable que les embouteilleurs d’eau s’opposeraient à l’imposition d’une consigne sur leurs produits. On entendrait aussi les propriétaires de supermarchés et de dépanneurs, là où les consommateurs apporteraient leurs bouteilles d’eau vides, se plaindre. On devrait alors leur rappeler qu’ils ont une responsabilité sociale des impacts que causent leurs produits sur l’environnement.

Cette approche n’est pas nouvelle. Les détaillants d’équipements électroniques sont tenus d’imposer des écofrais sur les produits vendus. L’argent sert à défrayer le coût de recyclage de ces équipements une fois leur cycle de vie terminé.

Remarquez, une solution toute simple existe pour se débarrasser des bouteilles d’eau à remplissage unique : que les gens investissent une dizaine de dollars et se procurent une bonne bouteille réutilisable de 500 ml ou d’un litre. Ils peuvent l’utiliser au travail et la trainer avec eux lors de sorties. C’est plus économique et certainement plus écologique.

Pour faciliter cette transition, les fontaines d’eau dans les lieux publics, au travail, sur les sites touristiques et sportifs devraient être modifiées pour permettre le remplissage de telles bouteilles. Étonnant qu’on voit si peu de fontaines du genre de nos jours…

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Lundi 1 février 2016 | Mise en ligne à 9h43 | Commenter Un commentaire

Capital forestier

Au nom du développement résidentiel, des coupes à blanc sont permises dans les municipalités. Un autre déboisement a débuté dans les anciennes terres Miner à Granby. Il est temps que les municipalités assurent la protection de leur couvert forestier. — photo Janick Marois La Voix de l'Est

Au nom du développement résidentiel, des coupes à blanc sont permises dans les municipalités. Un autre déboisement a débuté dans les anciennes terres Miner à Granby. Il est temps que les municipalités assurent la protection de leur couvert forestier. — photo Janick Marois La Voix de l'Est

Les municipalités proposent toutes sortes de programmes pour protéger l’environnement. Elles offrent une aide financière aux parents qui optent pour des couches de coton, remboursent une partie des coûts aux citoyens qui changent leur toilette pour une à faible débit et vendent à bon prix des barils d’eau et des bacs de compostage.

Rares sont celles toutefois qui ont des mesures réglementaires protégeant directement l’environnement. On ne retrouve à peu près rien qui encadre l’utilisation de l’eau potable. Très peu de choses sur la qualité de l’air. Peu de lignes également concernant l’intégrité du couvert forestier. Clairement, les municipalités se donnent bonne conscience en distribuant des bonbons verts au lieu de poser de véritables gestes de protection de l’environnement.

Pour l’eau potable, peut-être est-ce en raison de son abondance que nos élus ne semblent pas s’y intéresser. Pour la qualité de l’air, on tient trop à nos services à l’auto. Pour le couvert forestier, leur inaction est plus difficile à comprendre. L’absence de balises et de règles offre une carte blanche aux promoteurs immobiliers. Ceux-ci donnent allégrement dans les tronçonneuses lorsque des forêts ou des boisés urbains se trouvent au travers de leur chemin. Malheureusement, les cas de dérive sont nombreux. Au nom du développement résidentiel — et des taxes foncières —, les coupes à blanc sont permises dans nos municipalités. Ces dernières années, seulement à Granby, des dizaines d’hectares de forêt ont été éliminés pour y construire plain-pieds, cottages, jumelés et maisons de ville. Rares sont les arbres matures ayant survécu.

Le développement des terres Martel, au sud de la ville, nous démontre le manque d’imagination des promoteurs pour conserver quelques arbres matures. Ils ont tous disparu, sauf en fond de terrain. On ne semble connaître dans l’industrie qu’une seule technique de développement : tout raser… puis planter des fouets pour encore là se donner bonne conscience.

La même philosophie de développement aura préséance dans les autres projets projetés sur les anciennes terres Miner. Des travaux préparatoires de déboisement ont d’ailleurs commencé dans la forêt au sud de la rue Robitaille. Des amoncellements d’arbres matures abattus sont visibles du boulevard Pierre-Laporte.

Lors des travaux initiaux de la première phase du projet Les Jardins Quévillon, en plein cœur de la ville, presque aucun arbre n’est resté debout après le passage des bûcherons. La petite forêt sacrifiée pour faire place aux constructions était composée d’érables, de pins et de pruches matures.

La deuxième phase s’annonce aussi désastreuse. La Ville tente de rassurer les citoyens du secteur en établissant des bandes de protection du « couvert boisé » allant jusqu’à 20 mètres au fond des terrains. La sémantique utilisée est exagérée, pour ne pas dire mensongère. Un couvert est un peuplement d’arbres. Ce que propose la Ville est plutôt une rangée d’arbres…

Un citoyen du quartier 2, Richard Dubé, proposait récemment au conseil de doter la Ville d’une « politique pour favoriser les arbres ». Voilà une excellente suggestion. Une telle politique pourrait établir un pourcentage de déboisement selon la superficie des terrains. Elle pourrait aussi exiger des promoteurs de tenir compte de peuplements d’arbres matures dans leurs plans.

Bien sûr, de telles balises compliqueront le travail des promoteurs et des entrepreneurs. Le conseil ne doit pas se laisser distraire par leurs récriminations. Une politique des arbres augmenterait la valeur des terrains, générant des revenus de taxes foncières, réduirait les îlots de chaleur et assurerait une diversité florale et faunique en zone urbaine.

Comment une pratique comme la coupe à blanc peut-elle être interdite dans le fin fond des forêts québécoises, mais être autorisée dans nos boisés urbains ? C’est du délire !
C’est une belle occasion pour le conseil d’intervenir pour assurer une qualité de vie aux citoyens. Le développement durable, ce n’est pas empêcher le développement à tout prix, c’est d’en dresser les limites.

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