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Mercredi 5 juillet 2017 | Mise en ligne à 10h07 | Commenter Commentaires (7)

Mépriser ses partenaires

Au rythme où vont les choses, peu de municipalités signeront la nouvelle entente loisirs que leur propose la Ville de Granby. Déception, étonnement, colère, les administrations municipales évoquent publiquement et en coulisses plusieurs raisons pour expliquer leur décision. Cette affaire illustre deux choses : toute la difficulté qu’ont (encore et malheureusement) les municipalités à travailler ensemble pour le bien de leurs citoyens et cette manie maladive de l’administration de Granby d’œuvrer dans l’ombre.

Le conseil de Granby a pris pas mal tout le monde par surprise en juin en adoptant une nouvelle entente intermunicipale de loisirs. Celle-ci impose une hausse de près de 400 % à 23 petites municipalités autour de Granby dont des citoyens sont titulaires d’une carte-loisirs émise par la ville-centre. Le prix de ces cartes passera de 32 $ à 131 $ d’ici 2019. La logique qui sous-tend le nouveau calcul est que les citoyens de ces petites municipalités ne paient pas leur juste part pour tous les services et activités offerts alors que les Granbyens assument entièrement la leur, estiment les membres du conseil. D’où leur décision de revoir la tarification à la hausse.

Ce n’est pas tant l’augmentation substantielle qui choque. La réalité est que rarement les petites municipalités paient les véritables coûts défrayés par les villes-centres pour les services qu’ils utilisent. C’est un problème perpétuel pour toutes les villes-centres. Ce qui choque, c’est que cette hausse est lancée au visage des citoyens de 23 municipalités sans crier gare.

La Ville n’a eu aucune discussion avec les directions de ces municipalités en préparant son entente. Elle n’a tenu aucune consultation avec elles sur le sujet. Tout s’est passé en secret. Certains maires ont appris seulement le matin même de l’adoption de l’entente par le conseil de Granby les grandes lignes de celle-ci. En cette époque où le monde municipal parle sans arrêt de « partenariats » entre les villes, cette manière d’agir est aux antipodes de nos attentes envers nos représentants élus.

Le tout place d’autant plus les conseils des petites municipalités dans une position intenable en pleine année électorale. Leurs citoyens accepteraient mal qu’ils cèdent devant ce qu’ils perçoivent comme une forme d’intimidation ou d’ultimatum venant de la ville-centre. Personne ne souhaite plier devant le matamore de la cour.

Si l’objectif était d’alléger la charge fiscale des citoyens de Granby en exigeant plus des non-résidants qui utilisent les services de la ville-centre, on peut dire qu’il est raté. Les municipalités de Bromont, Roxton Pond, Saint-Alphonse-de-Granby, Warden, Farnham, Saint-Césaire et Sainte-Anne-de-la-Rochelle ont signifié leur refus d’entériner l’entente. Les conseils de Shefford et de Saint-Joachim-de-Shefford sont en réflexion.

Des 5658 détenteurs d’une carte-loisirs n’habitant pas Granby (sur un total de 43 693 cartes émises), combien en restera-t-il une fois que l’ensemble des 23 municipalités aura fait son lit ? La Ville reprendra-t-elle ses calculs pour ajuster à nouveau la tarification des municipalités restantes ?

Comment expliquer qu’une ville-centre affiche une telle attitude à l’égard de ses voisines ? La réponse se trouve peut-être dans les réactions viscérales de certains conseillers granbyens choqués que le conseil avalise une augmentation de la tarification sur trois ans. Ils militaient pour une seule hausse de 400 %, immédiate !
« Ça fait 25 ans qu’on paye pour les autres municipalités (…) », a lancé le conseiller Robert Riel au moment du vote. « Comme président du comité des finances, j’ai un gros malaise de donner encore un cadeau aux autres municipalités quand on a augmenté les taxes les trois dernières années », a indiqué son collègue Jocelyn Dupuis.

Il n’y a qu’un pas à franchir pour les traiter de voleuses !

Tout ça sent la frustration. Et celle-ci est mauvaise conseillère. De tout ça est née une politique que la Ville n’a pas pris le temps d’expliquer à ses « partenaires » malgré sa logique d’équité entre ses citoyens et ceux des municipalités avoisinantes.

On l’a déjà dit : cette administration a de grosses carences en communication. On l’a vu avec les citoyens dans toute la saga du déploiement du réseau de pistes cyclables. On le constate aussi dans ses relations avec les municipalités voisines.

Le fait d’avoir proposé une nouvelle entente n’est pas remis en question ici. La manière, si. Agir unilatéralement, sans informer ses « partenaires » de son cheminement et leur lancer le tout en disant que c’est à prendre ou à laisser n’a jamais permis de déboucher sur de bonnes ententes.

Pour assumer son rôle de leader, une ville-centre n’a pas à mépriser ses voisines, mais à collaborer avec elles pour déboucher sur des ententes satisfaisantes pour toutes les parties.

Comment auraient réagi les fonctionnaires des gouvernements du Québec et du Canada si cette entente de loisirs avait été adoptée avant que les subventions liées au futur centre aquatique aient été confirmées ? La conférence de presse annonçant le feu vert du projet n’aurait peut-être pas encore eu lieu…

En haut lieu politique, quand des subsides sont versés pour construire de grosses infrastructures municipales comme des piscines et des arénas, l’impact régional compte pour beaucoup dans l’analyse du projet. Québec et Ottawa n’y investissent pas 20,5 millions de dollars seulement pour faire le bonheur des Granbyens. Ils le font pour combler un besoin dans toute la région immédiate.

Personne n’a de gros malaise avec ça.

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Vendredi 3 février 2017 | Mise en ligne à 8h31 | Commenter Commentaires (2)

Problème de scénarios

Malgré les erreurs et l’excès de réalisme de ses dirigeants, la Ferme Héritage Miner demeure un endroit exceptionnel. La Ville de Granby doit aider les citoyens à relancer les activités qui s’y tenaient. — photo Julie Catudal

Malgré les erreurs et l’excès de réalisme de ses dirigeants, la Ferme Héritage Miner demeure un endroit exceptionnel. La Ville de Granby doit aider les citoyens à relancer les activités qui s’y tenaient. — photo Julie Catudal

Que réserve l’avenir pour la Ferme Héritage Miner? Difficile à dire. Un groupe de citoyens dévoués se rencontrera la semaine prochaine pour réfléchir aux différents moyens pour relancer ce site historique de Granby.

Tous les espoirs sont permis. Quand des citoyens s’engagent dans une cause, ça débouche habituellement sur quelque chose de positif. Cette démarche citoyenne fait que la Ville ne peut rester sur les lignes de côté comme le souhaite une majorité de membres du conseil municipal. Elle doit jouer un rôle important, financier ou autre, dans la réussite de la FHM.

S’il faut sauver cet endroit exceptionnel, il faut également admettre que l’administration municipale précédente a cédé aux charmes de marchands de rêve. Une comparaison du plan d’affaires du projet, lancé en 2009, et des états financiers de 2014 démontre que certaines personnes croyaient à l’existence de licornes.

Le plan d’affaires de la FHM prévoyait en 2014, à sa cinquième année complète d’activités, des revenus de 281 233 $, selon le «scénario réaliste». Le «scénario conservateur» prévoyait des revenus 231 252 $.

Les vrais revenus se sont plutôt chiffrés à 173 303 $. C’est 107 930 $ (scénario réaliste) et 57 949 $ (scénario conservateur) de moins que prévus.

Dans ces revenus, le plan d’affaires, préparé par Marie-Andrée Delisle Tourisme-Conseil, proposait un «scénario réaliste» où la billetterie de la FHM en 2014 encaisserait 98 067 $. Le «scénario conservateur» évoquait des revenus de 65 378 $.

La réalité : la billetterie n’a rien généré en 2014…

Bien que d’entrée de jeu le plan d’affaires dit reposer sur une «approche conservatrice», ses projections de rentabilité baignent dans l’irréalisme. En fait, le «scénario réaliste» prévoyait des profits dès 2012 de 42 110 $ ou encore, selon un «scénario conservateur», des profits de 5 662 $ en 2014.

Les vrais chiffres sont moins roses : en date du 31 août 2015, la perte d’exploitation se chiffrait à 208 475 $ (avant les subventions provenant de toutes parts), selon la lettre remise par la présidente de l’époque Manon St-Louis au conseil municipal l’automne dernier. La perte était de 124 568 $ (avant subvention) en date du 31 août 2016.

On ne sait pas grand chose des états financiers 2016. Ils sont en préparation, m’a dit mardi Céline Gauthier. La femme d’affaires a pris la direction de l’OSBL aux Fêtes alors que tout s’écroulait. Elle tente de susciter l’intérêt des citoyens autour de la sauvegarde de la Ferme. Difficile alors qu’elle doit aussi opérer son propre commerce.

Mme Gauthier est confiante que des solutions émergeront. Des gens d’expérience, dit-elle, ont levé la main pour s’assurer que la FHM ne soit pas laissée à l’abandon.
Les plans d’affaires ont leurs limites. Leurs auteurs diront que tout doit être respecté pour atteindre les projections. C’est vrai. Pour la FHM, on peut affirmer que la Ville a honoré ses engagements. Elle a allongé 581 662 $ pour rénover la maison, la grange et la laiterie et ses employés ont travaillé pour une valeur de 127 124 $ depuis 2010 pour exécuter des travaux d’entretien sur le site et dispenser différents services.

Dès le début, il était clair que la Ville n’allait pas subventionner les opérations courantes de la Ferme. Le contrat liant les deux entités jusqu’en 2020 le stipule. Ça n’inquiétait pas les dirigeants de l’époque; la Ferme allait être rentable sans aide de la municipalité à ce niveau, disaient-ils. Ils ont bien vendu leur salade.

Que faire maintenant? Abandonner le site ou bâtir sur ce qui reste?

Malgré les erreurs et le manque de réalisme de ses dirigeants, l’endroit demeure exceptionnel. Le défi est de le rendre accessible à toutes les classes de citoyens, de continuer à développer des activités éducatives (ferme, jardin, nature), d’en faire une vitrine des produits du terroir et artistiques. C’est ce à quoi le groupe de citoyens travaillera.

La direction de la FHM demande à la Ville 250 000 $ pour les deux prochaines années le temps qu’elle développe ses activités pour augmenter ses revenus. C’est risqué, mais quelle est l’alternative de la Ville? Combien lui coûterait l’administration du site?

La Ville doit être conséquente dans ses décisions. Elle ne peut injecter 581 662 $ pour rénover un site historique puis six ans plus tard refuser de mettre la main à la pâte pour que ses citoyens profitent de son investissement.

Mais sera-ce rentable un jour? Il est probable que non. Il faut donc considérer la plus-value ajoutée à la qualité de vie des citoyens. Comme on le fait avec le CINLB où la Ville injecte environ 125 000 $ par année.

L’administration du maire Bonin peut exiger d’être remboursée lorsque (et si) la FHM vient qu’à dégager des profits.

Il faudrait par ailleurs que M. Bonin cesse d’attaquer les réalisations de son prédécesseur, Richard Goulet, grand promoteur de la FHM. Difficile de ne pas voir dans l’attitude du maire un relent de cette rivalité malsaine.

***

La Ville n’a pas entièrement honoré ses engagements envers la FHM. Le contrat stipule que la Ville s’occupait de payer les coûts pour indiquer la présence de la FHM sur les panneaux de couleur bleu le long des autoroutes et routes provinciales. L’Alliance de l’industrie touristique du Québec nous a confirmé n’avoir jamais reçu de demande de la Ville pour que la FHM se retrouve sur cette signalisation touristique.

Les coûts sont très abordables: il en coûte 1889,33 $ par année pour deux panneaux le long d’une autoroute et un panneau dans la bretelle (contrat de trois ans).

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Lundi 19 décembre 2016 | Mise en ligne à 8h59 | Commenter Un commentaire

Corriger le tir

La Ville de Granby doit trouver une solution définitive aux problèmes de bruit causés par le centre de tir. Le déménagement du centre n’est pas à exclure. photo Christophe Boisseau-Dion

La Ville de Granby doit trouver une solution définitive aux problèmes de bruit causés par le centre de tir. Le déménagement du centre n’est pas à exclure. photo Christophe Boisseau-Dion

Que Granby Multi-Sports convainque ou non la Cour suprême que les activités de son centre de tir servent l’intérêt public, son emplacement dans un quartier résidentiel demeure problématique. La Ville, patronne de l’organisme qui gère le site, est propriétaire du terrain de 13,5 hectares. C’est à elle de trouver une solution définitive. Un déménagement n’est pas à exclure.

S’il est vrai que des inconvénients viennent avec les activités du centre de tir, il est aussi véridique de dire que l’endroit a des utilités pertinentes, comme souhaite le plaider la procureure de Granby Multi-Sports, Me Vanessa Gravel, devant les juges de la Cour suprême. Des détenteurs d’armes à poing ont l’obligation de s’entraîner au minimum une fois par année s’ils veulent conserver leur permis, des policiers s’y rendent fréquemment pour s’exercer tout comme des centaines d’amateurs de tir. Les besoins sont grands et les centres de tir, rares.

Il y a aussi l’intérêt des citoyens du secteur à considérer. Leur droit de profiter en toute quiétude de leur propriété existe. Or, non seulement la fréquence des activités du centre de tir a augmenté ces dernières années, mais le niveau sonore également, ont souligné dans leur jugement les trois juges de la Cour d’appel. Leur décision d’imposer un horaire restreint pour les activités du centre de tir, notamment en les limitant à deux week-ends durant l’été, découle de leur reconnaissance de la préséance des droits des deux demandeurs dans cette cause, le couple Sébastien Lefebvre et Julie Bourgea. Par extension, ils reconnaissent ce même droit à tous les résidents du coin.

Ce n’est pas la première fois que des problèmes d’incompatibilité d’usages secouent un voisinage. Des villes comme Granby, qui a un historique industriel important, doivent faire face à de telles situations. Encore aujourd’hui, des décennies après la désignation de secteurs à vocation industrielle, des îlots industriels sont parsemés ici et là à travers des quartiers résidentiels. Bruit, odeurs, va-et-vient de camions, les inconvénients pour les résidents nuisent souvent à leur qualité de vie.

Quand les entreprises coincées dans ces îlots doivent moderniser leurs installations ou veulent ajouter à leur superficie, elles sont encouragées à déménager dans un secteur plus propice à leurs activités. Des municipalités, comme Granby, les aident financièrement. Tout le monde s’en porte mieux.

Certains diront que les résidents du secteur du centre de tir, ouvert en 1976, connaissaient son existence avant de s’y établir. En l’occurrence, qu’ils savaient quels inconvénients ils allaient devoir endurer. Ils le savaient tous, aucun doute à avoir là-dessus. C’est la même chose avec les gens qui ont acheté une maison dans le secteur de l’Autodrome Granby.

Les citoyens qui habitent près du centre de tir ne pouvaient, cela dit, savoir que les lieux allaient être encore plus utilisés ces dernières années. Et c’est là que Granby Multi-Sports s’est rendu vulnérable. L’autodrome n’a pas outrepassé les limites de son droit acquis.

Une ville évolue. Et cette évolution exige des ajustements sur le plan de l’urbanisme, comme des modifications de zonages pour tenir compte de nouvelles réalités terrain. On en est là avec le centre de tir.
D’autres maisons se construiront dans ce secteur. Le terrain où se trouve le centre de tir pourrait en accueillir également. La vente du terrain, dont l’évaluation municipale s’élève à 168 000 $, pourrait aider le centre à être relocalisé dans un endroit plus propice.

Le couple Lefebvre-Bourge a obtenu 10 000 $ de la cour en guise de dédommagement. Quel pourrait être le montant à payer par Granby Multi-Sports au terme d’un recours collectif des citoyens du quartier ?
Il appartient à la Ville de Granby de respecter ses citoyens et de corriger le tir.

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