Le Grand Parleur

Archive de la catégorie ‘*%!#* de journalistes’

Lundi 25 mai 2015 | Mise en ligne à 12h20 | Commenter Commentaires (17)

Affaire Bugingo: acharnement et récupération

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Parfois, les médias en font trop. L’enquête samedi de La Presse sur le travail du journaliste François Bugingo exposait clairement les fabulations de ses reportages. C’est sans appel: M. Bugingo a berné ses lecteurs et ses auditeurs ainsi que les médias qui lui ont fait confiance.

Cela dit, le reportage de La Presse ce matin est de trop; la carrière de journaliste de M. Bugingo est terminée depuis samedi, nul besoin de s’acharner de la sorte. Ce reportage, qui vient en fait justifier pourquoi le quotidien s’est intéressé au travail de M. Bugingo, aurait dû être publié samedi, en même temps que l’enquête.

La collègue Isabelle Hachey a fait un travail remarquable pour démontrer que M. Bugingo a commis l’irréparable en journalisme, c’est-à-dire inventer des faits et en romancer d’autres. On ne voit pas comment il pourra prouver le contraire et rétablir sa crédibilité tellement les vérifications menées par la journaliste sont solidement exposées.

Outre la fabrication de faux reportages, deux choses dérangent dans cette triste affaire. D’abord, la récupération politique qu’en fait le premier ministre Philippe Couillard.

«Je trouve surprenant que, dans un réseau médiatique sérieux, on puisse apparamment — car il faut que ce soit démontré — monter de toutes pièces des reportages et des histoires sur l’actualité internationale», a-t-il affirmé dimanche à Radio-Canada.

Le réseau médiatique concerné est Quebecor, par l’entremise du Journal de Montréal et du réseau TVA, deux médias où collaborait M. Bugingo. Deux médias dont le propriétaire est Pierre-Karl Péladeau, l’adversaire politique de M. Couillard…

Quelle était la pertinence d’interroger M. Couillard à ce sujet? M. Bugingo n’a pas écrit un seul mot sur la politique québécoise et n’en a pas parlé en ondes sur le 98,5 FM, l’autre média où il intervenait régulièrement. Si d’éminents journalistes comme Denis Lessard (La Presse) ou Michel Pepin (Radio-Canada) étaient au centre d’une telle controverse, on pourrait comprendre la pertinence d’interviewer le premier ministre du Québec. On aurait lieu de s’inquiéter de la véracité des reportages provenant de la colline parlementaire. Mais il est question ici d’un journaliste qui donnait strictement dans l’actualité internationale.

En donnant l’occasion à M. Couillard de mettre son grain de sel dans cette affaire, les médias, particulièrement Radio-Canada qui a exploité sa déclaration toute la journée dimanche sur ses ondes et sur son site internet, lui offraient un jab facile contre M. Péladeau.

Deuxièmement, ce scandale démontre que trop peu de médias québécois s’intéressent véritablement à l’actualité internationale. Seules La Presse, Radio-Canada et L’actualité y consacrent des ressources humaines et financières. Certains autres essaient de combler ce vide en recourant à des pigistes. L’effort est louable, surtout que plusieurs journalistes indépendants font de l’excellent travail. Mais les dangers de publier ou de diffuser des fausses informations sont bien réels.

Il est difficile de vérifier des informations provenant d’ailleurs dans le monde. Les mensonges et fabrications d’informations doivent être considérables, comme on le voit avec M. Bugingo qui a sévi pendant plusieurs années, avant que quelqu’un découvre la supercherie. Pour M. Bugingo, ce fut Mme Hachey, une journaliste réputée qui se spécialise en actualité internationale. Félicitons-la d’avoir investigué. Ça prend du courage pour dénoncer un collègue.

Reste à savoir pourquoi M. Bugingo a agi ainsi. Pourquoi un journaliste de son calibre a cru qu’il pourrait berner les gens de la sorte? Était-il aveuglé par son statu de référence en actualité internationale au point où il a fini par trop en mettre pour épater la galerie? Seul lui peut répondre. Le fera-t-il?

C’est d’une tristesse pour lui et toute la profession.

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Jeudi 7 mai 2015 | Mise en ligne à 13h26 | Commenter Commentaires (2)

Liberté à risque

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La liberté de la presse est à risque. Elle l’a toujours été. Elle le sera toujours. Parce que les intérêts (politiques, fiscaux et d’images) d’une minorité de personnes privilégiées sont incompatibles avec les intérêts de la majorité. La protection de leurs acquis, systèmes, avantages et combines expliquent qu’elles oeuvrent pour faire des embuches aux journalistes.

Chaque fois qu’on nuit aux journalistes, un autre droit fondamental, plus large celui-là, en pâtit: le droit du public à l’information.

Dimanche marquait la journée mondiale de la liberté de la presse. Si au Québec les journalistes ne risquent pas de se faire abattre, kidnapper ou battre comme c’est le lot malheureusement dans trop de pays, ils doivent être tenaces pour faire leur travail. Car les empêcheurs de tourner rond rôdent.

En 23 ans de carrière, j’ai vu comment leurs stratégies se déclinent. Elles prennent la forme de menaces, mais surtout de pression. Parfois elle est subtile, d’autres fois moins. J’y ai goûté à l’automne 1994. J’avais signé quelques reportages sur l’enquête de la Commission municipale du Québec sur le maire de Boisbriand, Michel Gagné. L’organisme enquêtait sur une série d’allégations de malversation de sa part et du conseil municipal, notamment l’achat d’un terrain de la Ville via un prête-nom. Le maire aurait aussi usé de son influence auprès de fonctionnaires pour le prolongement des réseaux d’égout et d’aqueduc vers des terrains appartenant à son fils et d’autres personnes.

J’avais obtenu, par la Loi d’accès à l’information, les factures des avocats de M. Gagné payées par la Ville pour le défendre devant la CMQ. Environ 30 000 $, si je me rappelle bien. J’en ai fait un reportage. Mais à quelques semaines des élections, ça n’a pas plu au maire. Ce dernier a appelé l’éditeur du journal.

Un autre bonze du coin, Me Michel Déziel, m’avait aussi dans sa mire. Cet organisateur politique, farouche adversaire du maire Gagné, n’appréciait pas plus ma couverture de son poulain à la mairie. Il a passé quelques coups de fil à mon éditeur.

Ces pressions ont fait mouche; j’ai été viré.

Quelques années plus tard, M. Gagné était condamné par la Cour du Québec pour abus de confiance. Et Me Déziel, après avoir été nommé à la Cour supérieure, a entendu son nom résonner à la Commission Charbonneau. Il a par la suite reconnu avoir servi d’intermédiaire à la firme Dessau pour remettre environ 30 000 $ à un parti municipal de Blainville, un geste illégal en vertu de la loi sur le financement des partis politiques. Le conseil de la magistrature a décidé de ne pas le sanctionner…

Ce sont des cas extrêmes et rares, on s’entend. N’empêche, quand des élus ou des gens de leur entourage ou quiconque empêchent les journalistes de faire leur travail, c’est qu’ils préfèreraient qu’on parle d’autres choses. Pourquoi? C’est notre travail de le découvrir.

La profession de journaliste est fort simple: informer les gens sur ce qui se passe autour d’eux. Ça inclut les bonnes et les moins bonnes nouvelles. Dans ce dernier cas, notre travail est difficile parce que trop de personnes cherchent à nous dicter ce qui est d’intérêt public et ce qui ne l’est pas.

• Des directeurs généraux de municipalités se croient investit de l’autorité de nous interdire d’aborder certains sujets dans nos pages
• Des maires, des députés et des ministres choisissent de nous rappeler ou non selon les dossiers que nous souhaitons aborder avec eux
• Des entreprises retirent leurs publicités quand nous traitons de sanctions leur ayant été imposées ou si elles font fait l’objet de critiques de citoyens

Toutes ces pressions n’ont qu’un seul dessein: nous faire taire.

Nos sociétés démocratiques peuvent-elles se permettre un fléchissement de la part des journalistes?

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Lundi 13 avril 2015 | Mise en ligne à 13h57 | Commenter Commentaires (14)

Le malaise PKP

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C’est le titre en une du dernier numéro du trente, le magazine de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Le malaise provient du fait que M. Péladeau aspire à diriger le Parti québécois puis le gouvernement du Québec alors qu’il est propriétaire d’un des plus importants groupe de presse au Québec. Dans notre petit monde de journalistes, ça ne passe vraiment pas. Ce que je m’explique mal, c’est le choix des photos pour illustrer l’entrevue. Les dirigeants du trente ont fabriqué de toute pièce un autre malaise.

Le reportage signé par le journaliste Alain Saulnier est fort intéressant (il n’est pas accessible sur internet, mais la vidéo l’est). M. Péladeau se révèle un peu plus. Mais que s’est-il passé dans la tête des dirigeants du magazine lorsqu’il fut temps de choisir les photos pour illustrer l’entrevue? Car, disons-le franchement, leurs choix sont douteux. On y montre M. Péladeau avec de drôles d’expressions faciales. Difficile de ne pas s’interroger sur les desseins de ces choix.

Voici certaines des photos:

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Il existe une règle en journalisme, malheureusement non écrite, de ne pas utiliser des photos qui font mal paraître les gens. Elle est sûrement méconnue des dirigeants du trente.

PKP n’aime pas particulièrement les journalistes. Il faut dire que son style de gestion des relations de travail alors qu’il dirigeait Quebecor a mené à plusieurs lock-out très médiatisés. Ça ne lui a sûrement pas plu et ça pourrait expliquer son attitude à l’égard de journalistes.

Les photos choisies par le trente lui donnent d’autres raisons de ne pas nous blairer. C’est assez étrange d’un magazine qui traite de journalisme. Ça apporte de l’eau au moulin de nos (nombreux) détracteurs. Avec un tel traitement journalistique, pouvons-nous prétendre être objectifs à l’égard de M. Péladeau? Le trente nous a tiré dans le pied!

Je me demande ce que le Conseil de presse conclurait de ce choix de photos.

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