C’était écrit dans le ciel: Stéphane Dion n’avait aucune chance d’être élu premier ministre. Le chef libéral était le seul à y croire. Et, malgré la déconfiture d’hier soir, il y croit probablement encore. Il est le seul.
Ceci étant, allons à contre-courant de tout ce qui s’est dit et écrit depuis hier soir: M. Dion a mené une bonne campagne. On osera même prétendre que sa performance a permis à sa formation de sauver les meubles. La perte d’une vingtaine de circonscriptions aurait pu se transformer en 30 et même 40 sièges n’eut été de M. Dion.
Oui, il a très bien fait. Regardez la colonne des suffrages exprimés pour le Parti libéral au Québec. Aussi honnis soient-ils ici, les libéraux ont obtenu 23,7 % des votes, une hausse de 2,9 %, comparés à l’élection de janvier 2006 (859 634 votes contre 766 228). Toutefois, notre système électoral uninominal à un tour les pénalise — on ne versera pas de larme ceci dit, parce que les libéraux ont profité des travers de ce système plus souvent qu’à leur tour— puisque ça ne s’est traduit que par 14 sièges.
Les libéraux devraient remercier M. Dion. Mais c’est bien mal les connaître. Ils ont le pardon extrêmement difficile. Surtout pour un chef qui perd une élection. Plusieurs se transforment alors en hyènes. Michael Igniateff est sorti de sa tanière depuis quelques jours. Pariez que Bob Rae et Gerald Kennedy, d’autres mâles alpha et anciens rivaux de M. Dion lors de la course à la chefferie, surgiront bientôt.
Petit mot sur M. Igniateff. L’avez-vous entendu la semaine dernière affirmant que la taxe sur le carbone que M. Dion souhaitait imposer aux pollueurs pourrait être réduite? À quelques jours du scrutin, comment ne pas y voir un croc-en-jambe à son chef qui marquait des points dans l’électorat? Avec des tels alliés…
Que va faire M. Dion? On peut penser que d’influents libéraux tenteront de le convaincre de partir. Peut-être sont-ils déjà à l’œuvre. La pression sera forte. Mais le chef est têtu. Personne ne serait surpris qu’il s’accroche à son poste. Seul un vote de confiance peut le forcer à démissionner. Et encore là, le résultat doit être désastreux.
M. Dion pourrait donc demeurer chef jusqu’en mai, date où un congrès est prévu. Un vote de confiance également.
Espérons que le brillant homme qu’est M. Dion s’évitera une telle humiliation. Il mérite mieux.
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