Le Grand Parleur

Le Grand Parleur - Auteur
  • Michel Laliberté

    Gamin, Michel Laliberté rêvait de devenir journaliste sportif. C'était avant le scandale Ben Johnson aux Jeux olympiques de Séoul en 1988.
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    Lundi 17 juillet 2017 | Mise en ligne à 16h37 | Commenter Commentaires (6)

    Sauver les référendums

    Éliminer les référendums municipaux est une mesure draconienne en réaction aux carences des municipalités à vendre leurs projets aux citoyens. photo archives La Voix de l'Est

    Éliminer les référendums municipaux est une mesure draconienne en réaction aux carences des municipalités à vendre leurs projets aux citoyens. photo archives La Voix de l'Est

    Xénophobie ? Syndrome du pas dans ma cour ?

    On ne saura jamais avec certitude pourquoi une majorité de résidants d’un quartier à Saint-Apollinaire près de Lévis refuse qu’un terrain serve à aménager un cimetière musulman.
    Des 19 personnes qui ont dit non au projet lors du référendum de dimanche, il s’en trouve sûrement qui sont fermées à toute demande émanant de la communauté musulmane. On peut aussi penser que certaines n’en veulent tout simplement pas, et ce, peu importe la confession des personnes qui y seraient enterrées. Soyons francs : qui serait d’accord avec l’aménagement d’un cimetière près de chez lui ?

    Mais au-delà des attaques, critiques et invectives que s’échangent les gens sur les réseaux sociaux dans cette affaire, il y a lieu de souligner le processus démocratique utilisé pour trancher le débat : un référendum de secteur.

    Cette forme de consultation pourrait disparaître dans la foulée de l’adoption par Québec en juin de la Loi 122. Cette législation accorde plus d’autonomie aux municipalités en matière de fiscalité, de gouvernance et d’aménagement de territoire. Elle leur permet notamment d’outrepasser la tenue de registres et de référendums pour des questions touchant l’urbanisme, dont le zonage.
    En lieu et place, les municipalités doivent se doter d’une « politique de participation publique ». Le gouvernement a adopté sa loi, mais n’a pas donné de balises encadrant une telle politique. Elle reste à être inventée.

    Le milieu municipal applaudit cet aspect de la Loi 122, estimant que les conseils pourront prendre des décisions sans risquer de voir des citoyens les bloquer via des référendums. Les citoyens, a expliqué le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, se mobilisent souvent pour contrer des projets. Il faudrait plutôt, croit-il, trouver des moyens de les rendre plus acceptables. Une politique de participation publique est la meilleure alternative, selon lui.

    Il faut baigner un peu dans le monde municipal pour réaliser la hantise qu’ont les élus de voir un débat sur un projet se diriger vers un référendum. Ils en sont presque paralysés, au point où ils reculent souvent.

    La réaction de Québec est exagérée. D’abord, parce que peu de projets sont bloqués par des citoyens. Rares aussi sont les registres qui recueillent assez de signatures et débouchent sur des référendums. Quand le nombre minimal de signatures est atteint, les conseils n’osent pas aller au bout du processus en décrétant la tenue de plébiscites, plaidant toujours les coûts engendrés pour les organiser. Impossible alors de savoir si l’ensemble des citoyens concernés aurait donné leur accord.

    Quand on considère tous ces éléments, on réalise qu’éliminer les référendums est une mesure draconienne en réaction aux carences des municipalités et de leurs dirigeants. Souvent, ceux-ci peinent à « vendre » leurs projets à leurs concitoyens. L’un de leurs premiers rôles, c’est d’expliquer leurs démarches et objectifs. Ne pas le faire, c’est abdiquer leurs responsabilités.

    Retirer des mains des citoyens l’outil qu’est le référendum, c’est donner carte blanche aux conseils municipaux. Un tel pouvoir ne devrait pas exister en politique. Ça risque de créer des abus parce que peu importe ce qui se dégagerait des consultations avec les citoyens, les décisions reposeraient entre les mains des membres du conseil sans aucun contrepoids démocratique.

    Bien entendu, parfois les discussions franches, les assurances données et les modifications proposées sont insuffisantes à rallier une majorité de citoyens derrière un projet. Des sensibilités irrationnelles ou de sombres idéologies, comme on l’a vu avec le projet d’un cimetière musulman sur la rive sud de Québec, empêchent également d’en arriver à des compromis.

    Il serait cependant dommage, en raison de quelques grains dans l’engrenage, d’abandonner les référendums municipaux. La participation citoyenne, qui n’est déjà pas une panacée dans le monde municipal, en sortirait amoindrie.

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    • Le résultat de la consultation de Saint-Apollinaire n’ a pas grand chose a voir (ou très peu) avec le racisme ou quoi que ce soit qu’ on veut bien lui imputer dans les savantes analyses post référendaire.

      On a consulté des individus et bien que je n’ exclue pas qu’ on ait tenté de les soudoyer il reste qu’ ils ont répondu par un réflexe tout a fait normal. Un individu réponds toujours en fonction de son nombril, son confort, son territoire et va toujours préférer le statu quo a l’ incertitude.
      On a pas demandé a une population, un village, un peuple. On a demandé a des ti-Jos et forte sont les chances qu’ a leur place on aurait voté de façon identique.

      Par ailleurs c’ est un peu dégueulasse de les blamer pour un dossier que le gouvernement lui même a préféré ne pas toucher quand fut venu le temps de se prononcer sur les accommodements de toutes sortes. Les maudits de Saint-Apollinaire ont eu les couilles de dicter leur code de vie alors que leurs bons politiciens eux se passent la patate chaude. Le courage est encore en vacances….

      Je suis d’avis que les référendums sont des outils indispensables a une société qui veut s’émanciper par le biais de la volonté du peuple. On devrait en tenir plus et plus souvent mais il faut accepter le verdict de ceux qui sont consultés peu importe leur nombre.

      Le politiciens trouvent a dire sur le verdict de Saint-Apollinaire ? S’ ils étaient a l’écoute du peuple au sens plus large peut-être qu’ ils feraient enfin partie de la solution…

    • 2 choses:
      1-Je vis à coté d’un cimetière. Je peux vous dire que je ne changerais pas de voisin pour rien au monde. Ils sont tranquilles comme vous pouvez pas savoir, ils ne font jamais de bruit, et ne se plaignent jamais si moi j’en fais.

      2-Ok, bannir les référendums c’est un peu fort, mais il faut quand même avouer que lorsqu’il y a 36 électeurs, c’est pas un référendum, c’est une classe de 6e année. C’est du gros n’importe quoi comme référendum. Avec un si petit nombre, il n’y a pas 2 personnes qui votent pour les mêmes raisons. Tu peux gagner ton référendum en offrant des sandwichs à tes voisins.

      À choisir, j’aime aussi bien ce maux (des référendums bidons une fois de temps-en-temps) que de n’avoir aucune façon de bloquer un projet municipal qui n’a pas d’allure. La seule menace d’un référendum citoyen peut aider à garder les élus les 2 pieds sur terre.

    • En passant, pour te donner une idée de comment c’est du n’importe-quoi ce référendum-là, une des citoyenne qui a voté “non” voulait un cimetière, mais elle le voulait multi-confessionnel ou non-confessionnel, car c’est une athée qui voudrait pouvoir y enterrer ses parents (ce qu’elle ne pourrait pas faire dans un cimetière musulman). Donc juste à elle est son conjoint, c’est 2 votes, soit assez pour faire virer le référendum de bord. Si tu fais le tour des 19 personnes qui ont voté contre le cimetière, tu trouverais possiblement 10-15 raisons différentes.

    • Il est tout de même fascinant de constater que les promoteurs du «vivre ensemble» sont aussi les promoteurs du «mourir à part»…

    • On n’aurait pas pu mieux dire. Bel éditorial.

    • Pensée du jour:

      “Les référendums sont la mesure d’émotions instinctives populaires
      plutôt que des opinions réfléchies et les émotions sont rarement libérales.”

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