Le Grand Parleur

Le Grand Parleur - Auteur
  • Michel Laliberté

    Gamin, Michel Laliberté rêvait de devenir journaliste sportif. C'était avant le scandale Ben Johnson aux Jeux olympiques de Séoul en 1988.
  • Lire la suite »

    Partage

    Mardi 7 janvier 2014 | Mise en ligne à 18h47 | Commenter Commentaires (11)

    Le colonialisme du capital humain

    photo David Riendeau

    photo David Riendeau

    Des ingénieurs conduisent des taxis à Montréal. Des physiciens travaillent comme concierges. Des infirmières bossent dans des usines. Ces gens ont deux points en commun : ils sont tous immigrants et n’occupent pas ces emplois par choix. Ils le font par nécessité, pour prendre soin de leur famille, parce que les autorités les empêchent d’exercer la profession pour laquelle ils ont étudié dans leur pays d’origine.

    On pourrait croire que ça relève de la légende urbaine. Et pourtant, ces cas sont bien vrais. Nombre d’immigrants venus s’installer au Québec sont surqualifiés pour les emplois qu’ils occupent. Tout ça parce que des ordres professionnels et des ministères refusent de reconnaître la qualité des cours et des programmes universitaires donnés dans des pays non occidentaux. Ils exigent donc qu’ils retournent sur les bancs des universités pour décrocher de beaux et bons diplômes québécois. Ils pourront alors exercer leur profession en toute légalité.

    Florencia Molina est victime de ce chauvinisme de l’État québécois à l’égard de tout ce qui s’enseigne ailleurs. Immigrée en 2004, l’Argentine travaillait depuis 2006 à l’école primaire Bois-Joli-Sacré-Cœur à Saint-Hyacinthe comme enseignante d’espagnol. Elle était populaire autant auprès des jeunes, de ses collègues que de la direction de l’établissement, raconte le collègue David Riendeau, qui a rencontré la dame. Tous ont vanté sa compétence, sa passion de l’enseignement, son engagement envers ses élèves. L’enseignante parfaite, pourrait-on conclure.

    Pas pour le ministère de l’Éducation, qui a refusé de lui émettre cet automne une « tolérance d’engagement », charabia de fonctionnaire pour désigner une autorisation d’enseigner quand on n’a pas de brevet d’enseignement. D’une université québécoise, doit-on préciser. Car Mme Molina est titulaire d’un baccalauréat dans son pays (programme d’enseignement de l’espagnol première langue et de l’anglais langue seconde). De plus, elle enseigne maintenant depuis 23 ans, dont sept au Québec.

    Pour les responsables du Ministère, le parcours, la formation et l’expérience de Mme Molina ne suffirent pas. Pour retourner enseigner, ils exigent un baccalauréat d’une université du Québec. Le programme dure trois ans, auxquels s’ajoute une année de stage non rémunéré.

    Évidemment, la néo-québécoise refuse. Pour des raisons économiques, elle ne peut se permettre d’entreprendre une telle aventure. Comme les autres immigrants bloqués pour les mêmes raisons, Mme Molina doit s’occuper de sa famille, nourrir ses deux enfants, les loger.

    Bien entendu, des différences existent entre les pays où ces immigrants ont étudié et le Québec. Mais sont-elles énormes à ce point qu’on écarte toute leur formation reçue ? Ne peut-on pas reconnaître leur parcours, les cours suivis, leur expérience de travail ? Si on trouve des carences ou si on juge qu’ils ont besoin d’en savoir plus sur tel aspect de leur profession, des cours pourraient leur être offerts. Ils pourraient être parrainés par d’autres professionnels pour assurer une bonne intégration.

    Mme Molina se dit prête à suivre une formation de « mise à niveau ». Mais pas question de recommencer à zéro, insiste-t-elle. Les faits sont là : cette dame enseigne l’espagnol à des élèves de 6e année depuis 2006, la direction de son école se déclare plus que satisfaite de son travail. N’est-ce pas là la meilleure évaluation de ses compétences ?

    Le ministère de l’Éducation, comme le font tous les ordres professionnels avec des gens formés ailleurs que dans des pays industrialisés, lui reconnaît l’équivalence d’un certificat d’études universitaires… On comprend Mme Molina d’être insultée.

    Comment une société peut-elle se priver d’autant de talent, de compétence et de capital humain ? A-t-on le luxe de tourner le dos à des gens compétents venus d’ailleurs pour travailler ? C’est d’autant plus choquant que les écoles peinent à recruter des enseignants de langues. La remplaçante de Mme Molina à l’école Bois-Joli-Sacré-Cœur n’a pas non plus de certificat d’enseignement…
    Refuser de reconnaître les études des immigrants qui viennent chez nous pour travailler, c’est regarder nos nouveaux concitoyens de haut. C’est une forme de colonialisme.

    Mme Molina s’est intégrée, a appris le français, s’est trouvé du travail, paie des impôts, est vaillante et compétente. Que peut-on lui demander de plus ? Aurait-elle fait erreur en choisissant pour sa famille le Québec comme nouvelle patrie ?

    Suivez-moi sur twitter: @Grand_parleur


    • Dans beaucoup de pays du monde, les universités n’accordent pas leurs diplômes en fonction des connaissances de l’étudiant, mais en fonction de l’argent que la famille de l’étudiant peut fournir en sous-main à l’université.

      Dans d’autres pays la corruption n’est pas aussi présente, mais la qualité de l’enseignement est pitoyable.

      Au mieux on pourrait accorder des équivalences au cas par cas. Mais jamais on n’accordera des équivalences automatiques pour tous les pays.

      Il existe plusieurs raisons pour lesquelles des individus ne pratiquent pas un métier correspondant à leur niveau d’étude. Même les Québécois de souche diplômés ont de la misère parfois à trouver un emploi dans leur domaine. D’autres individus ont de la misère à s’ intégrer dans un milieu de travail particulier.

      Les barrières sont peut-être plus hautes au Québec, mais de telles barrières existent partout ailleurs dans le monde pour les immigrants, et ce depuis longtemps.

      Les gens qui déménagent sur une autre rue, dans un autre village, dans une autre province, rencontrent eux aussi plein de problèmes. Certains doivent même revenir au point de départ.

      Ceux qui arrivent de l’autre bout du monde vont rencontrer des problèmes encore plus importants. Penser le contraire, c’est faire preuve d’une naïveté infantile.

    • M.Laliberté bonjour,

      Toujours difficile de commenter un cas, en particulier quand on ne connait
      pas tout le dossier…

      Sans nier la compétence et toutes les belles qualités de la dame en question,
      j’ai tout de même une petite réserve….en fait une grande réserve.

      - Elle immigre en 2004.
      Donc, son dossier a été étudié, apprécié et qualifié par le Québec.
      D’où la reconnaissance d’un certificat d’études universitaires(équivalence)
      Elle connait sa situation sur dossier depuis 2004.

      - Travaille depuis 2006, donc 7 ans au Québec, en toute connaissance de cause
      sur son statut personnel et sur la formation requise en enseignement au Québec.
      ( Je suis certaine que les pré-requis lui ont été mentionnés)

      - Automne 2013, elle demande un “accommodement raisonnable” soit une
      tolérance d’engagement…..
      L’accommodement lui est refusé.

      Pour moi, il n’y a aucune surprise.
      Considérant la reconnaissance du ministère sur évaluation de son dossier,
      elle ne peut plaider la surprise.

      Tant qu’aux règles émises par le ministère, elle peut ne pas être d’accord,
      c’est son droit, mais elle les connaissait les règles et ce depuis 7 ans minimum.

      Ce n’est pas regarder l’autre de haut que de faire respecter les règles du pays d’accueil.

      Je suis certaine que depuis 2004, elle a reçu les avis nécessaires à une prise de décision.
      Elle a atteint une limite qui est maintenant dépassée.
      Elle a quand même eu 7 ans…..

      Triste pour elle, mais les règles sont là pour baliser les choses,
      en établissant des règles ÉGALES pour tous….et ce n’est pas du colonialisme.

      Faudrait pas oublier les autres immigrants avant elle, qui eux ont respecté
      TOUTES les règles d’admission…….pas facile du tout.

      Pas facile d’immigrer, j’en conviens, mais tout de même…7 ans…..

      Colonialisme……un peu fort comme terme selon moi:-)
      Louise April(Laloue)

    • Pas juste au provinicial ce problème. Mon conjoint, dont la carte de résident permanent a expiré le 31 décembre, attend toujours une réponse pour un simple renouvellement, lui qui a envoyé sa demande il y a plus de 6 mois. Le résultat ? Il ne peut plus voyager pour le moment, lui dont le boulot demande une grande mobilité et dont les impôts correspondent à mon salaire annuel ! À ce prix là, on serait en mesure de penser que le Canada aurait intérêt à agir un peu plus vite. Maintenant, il commence à sérieusement considérer “aller se faire pendre ailleurs” Qui peut le blâmer ?

      Pierre Denis

    • Une autre preuve du nivellement par le bas par cette globalisation pourrie préconisé par les élites (0.1%) et les gouvernements marionnettes qui se font complices …

    • ..et qui nous dit que ces diplômes ne sont pas faux? Et à ce que je sache, le Québec n’est pas le seul état à ne pas reconnaitre aussi facilement que certains le voudraient, les diplômes étrangers. Comme le dit si bien mdelani, la corruption est bien présente dans plusieurs pays. Une enveloppe brune et hop, le diplôme.
      Un ministère se tromperait sur la personne qu’il se retrouverait dans l’eau chaude. Comme on dit: Damned if you do, damend if you don’t.

    • Je n’ai rien contre la formation académique octroyée dans un autre pays et sans aller jusqu’à imposer la reprise complète du cursus, je pense qu’une mise à niveau qui tient compte des conditions particulières de l’exercice d’une profession donnée au Québec est une nécessité.

    • J’abonde avec la majorité des commentaires émis, en rajoutant un détail: en tant que géologue, ma profession est règlementée par un Ordre. J’ai reçu une formation ici au Québec, qui a eu comme focus… les formations géologiques du Québec. Malgré tout l’intérêt que j’aurai porté, il y avait pas, par exemple, un cours sur les volcans, car il n’y a pas de volcans au Québec. À l’inverse, j’ai cotoyé lors d’un emploi un Colombien bien versé dans les volcans. Ce collègue était plus expérimenté que moi, possédait un diplôme universitaire, etc. Et pourtant, il ne pouvait pas travailler sans la supervision d’un autre géologue formé au Québec pendant une période de mise à niveau comportant de nombreux cours universitaires. C’est normal, ses connaissances en géologie n’étaient pas adaptés aux formations géologiques du Québec. Et de la même manière si moi, j’allais travailler en Colombie, je ne pourrais pas faire ma profession sans une mise à niveau.

      Pour les ingénieurs et infirmières, il est probable que les méthodes d’application diffèrent grandement d’un pays à l’autre. Sans parler de la qualité de l’enseignement variable. Il est tout à fait normal de devoir faire une mise à niveau et, si besoin est, de refaire un diplôme au complet! J’imagine que le même phénomène s’applique pour les enseignants, quoique j’avoue que je ne sais pas pourquoi. C’est par contre fort dommage pour cette madame que ça arrive 7 ans après avoir été engagée, surtout que maintenant, elle a probablement maîtrisé les méthodes québécoises! Bureaucratie, j’imagine?

    • Mais pourquoi diable faut-il chez-nous toujours faire preuve de laxisme envers nos institutions ??? Pourquoi toujours casser du sucre sur le dos de nos institutions au nom de la sacro-sainte équité ??? Pourquoi justement toujours vouloir niveler par le bas ??? Y en a marre à la fin des journalistes réactionnaires !!

      Vivre au Canada et au Québec n’est pas UN DROIT bon dieu ! C’est un magnifique privilège qu’on accorde à des individus. Pourquoi faudrait-il rendre ce droit négociable ? De même, travailler au Québec, bénéficier du filet social qui fait l’envie de tous les pays du monde, obtenir des avantages sociaux, un excellent salaire, toutes ces conditions font l’envie de milliers d’immigrant à travers le monde qui veulent fuir les conditions déplorables dans lesquelles ils vivent parfois.

      Le système d’éducation nord-américain (et j’inclus le Québec) fait aussi l’envie de plusieurs pays. Désolé pour les idéologues de l’égalitarisme, mais les diplômes nord-américain veulent leur pesant d’or dans le monde. Et pas mal à part ça. On ne peux pas en dire autant de nombreux pays de l’Asie ou du Moyen-Orient…Et tout n’est pas égal par ailleurs.

      Cette situation est néanmoins très malheureuse pour nombre d’immigrants sur-qualifiés et je compatis de tout cœur avec eux. Toutefois il importe au nom de la préservation du statut enviable de notre pays de maintenir certains standards qualitatifs notamment en ce qui touche la formation académique. C’est un minimum absolu, une forme de tri, et surtout, c’est de la façon dont je le comprend, une mesure égalitaire visant à protéger les citoyens canadiens qui ont souvent engloutis des dizaines de milliers de dollars dans une formation académique obtenu ici et qui leur permet aujourd’hui de travailler.

      Rappelons-le encore une fois : immigrer au Canada et en devenir citoyen n’est pas un droit inaliénable, c’est un privilège non-négociable assortis de règles et d’obligations.

    • @lordcraft, vous relevez que:
      [C’est par contre fort dommage pour cette madame que ça arrive 7 ans après avoir été engagée]

      Justement ” ça n’arrive pas “….. après 7ans de l’engagement de la dame….
      Madame, connait la situation depuis 7 ans, aucune surprise pour elle.

      Il est très bien mentionné au texte que:
      [Le ministère de l’Éducation, comme le font tous les ordres professionnels
      avec des gens formés ailleurs que dans des pays industrialisés,
      lui reconnaît l’équivalence d’un certificat d’études universitaires…]
      Il y a eu….. reconnaissance…… par le Ministère.

      Donc, son dossier a été déjà évalué par le ministère, donc connu
      par elle et son employeur.
      Son statut est clair depuis son évaluation d’embauche.

      Et je suis certaine que lors de ses évaluations/travail, la situation lui était rappelée.

      Elle peut être ou ne pas être d’accord, elle ne pourra jamais plaider la surprise
      ……….soudaine ou imprévue.
      Elle connaissait les règles, qui sont les mêmes, et qui doivent être les mêmes pour TOUS.

      Pour le reste, entièrement d’accord avec vous.
      Tout à fait normal cette demande de mise à niveau.
      Louise April(Laloue)

      Bonjour Mme Laloue,

      On ne lui demande pas une mise à niveau, mais bien d’obtenir un baccalauréat (trois ans d’études et une année de stage). N’est-ce pas exagéré compte tenu de son bagage d’expérience?

      Grand parleur

    • Grand parleur…….:-)

      Je veux bien que ce soit exagéré.
      J’admets que ces règles sont exigeantes…..mais ….
      ce sont les règles.
      Il y a des règles dans une société, et ces règles doivent être respectées par tous.

      Je suis certaine que ces règles étaient connues par cette dame.

      C’est tout ce que je dis……..elle a eu 7 ans pour réagir……

      J’ai eu à subir un retour aux études pour justement répondre aux exigences
      du ministère(retour en milieu de travail)…..et je suis québécoise…..

      J’avais un choix à faire, “C’est ça ou ton poste tu ne l’as pas”……voilà
      ce que mon superviseur de tâche m’avait dit….
      Je n’avais pas le choix, je vous le jure.
      J’y ai investit 2 ans de vie et d’argent, c’était pas drôle mais c’était respecté les règles.

      Pourquoi, il n’y aurait pas la même exigence pour quelqu’un d’ailleurs?
      Louise April(Laloue)

    • Il ne s’agit pas ici de construire un pont, ou d’opérer un malade, il s’agit simplement de faire la classe ,et cette dame le fait très bien depuis 7ans.Malheureusement le Québec est au prise avec des faiseux,des lois débilitantes conçues par des fonctionnaires sans génies et de bon sens commun. Ce n’est pas du colonialisme comme vous dites mais une incapacité a avoir du bon sens, de regarder une situation et d’appliquer un jugement éclairé a cette situation. Une sorte de débilité. C’est comme demander ses cartes a un individu qui rentre dans un bar et que d’après son allure a certainement plus que 18 ans, mais la loi dit qu’il faut montrer une carte d’identité.

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    mars 2011
    L Ma Me J V S D
    « fév   avr »
     123456
    78910111213
    14151617181920
    21222324252627
    28293031  
  • Archives

  • publicité