Le Grand Parleur

Le Grand Parleur - Auteur
  • Michel Laliberté

    Gamin, Michel Laliberté rêvait de devenir journaliste sportif. C'était avant le scandale Ben Johnson aux Jeux olympiques de Séoul en 1988.
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    Jeudi 29 août 2013 | Mise en ligne à 16h17 | Commenter Commentaires (9)

    Les miettes de l’environnement

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    Les chances sont minces, très, très minces, que Reliance paie un jour pour le nettoyage de son site d’entreposage illégal de BPC à Pointe-Claire, dans l’ouest de l’île de Montréal. On peut déjà parier que l’entreprise n’a pas l’argent nécessaire pour s’acquitter de la facture de décontamination. On doute aussi fortement que la valeur de ses actifs couvre les «quelques millions de dollars» envisagés par le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, pour exécuter des travaux de cette nature.

    Une entreprise cow-boy, de la négligence, le silence radar de sa direction: ça ressemble à l’ADN de la Montreal Maine & Atlantic Railway, ne diriez-vous pas? Et au même pattern de coup de Jarnac que la MMA nous a servi après la catastrophe à Lac-Mégantic.

    Les autorités de Transports Canada savaient que les voies ferroviaires de MMA étaient désuètes. Elles savaient aussi que l’entreprise américaine n’investissait pas assez dans l’entretien de ses équipements. Qu’ont-elles fait? À part griffonner des rapports et émettre des restrictions, rien.

    Dans le cas des BPC entreposés illégalement à quelques mètres de maisons et d’une école à Pointe-Claire, la réaction des responsables du ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, a été tout aussi molle. Ils savaient depuis mars dernier que Reliance entreposait des BPC derrière son bâtiment à Pointe-Claire, nous a appris cette semaine le Journal de Montréal et TVA. Un entreposage illégal, rappelons-le.

    Qu’ont fait les responsables du MDDEFP donc? Des rapports, des mises en garde, probablement deux ou trois constats d’infractions, et la traditionnelle demande à la direction de l’entreprise de lui soumettre un plan pour rétablir les choses. Bref, ils n’ont rien fait de concret.

    On connaît assez bien les BPC au Québec. En fait, on sait les dangers qu’ils représentent. L’incendie d’un entrepôt de BPC à Saint-Basile-le-Grand le 23 août 1988 a forcé l’évacuation des milliers de personnes dans le secteur en raison de la fumée toxique qui se dégageait du brasier. Le propriétaire s’est poussé en Floride pour ne pas faire face à ses responsabilités. C’est le gouvernement du Québec, les contribuables si vous voulez, qui s’est occupé de la facture. On connaît la chanson, mais nos dirigeants politiques semblent en avoir oublié l’air…
    Imaginons-nous un instant si un incendie avait éclaté sur le terrain de Reliance. Et que nous aurions ensuite appris ce que le MDDEFP savait mais avait choisi de ne rien faire… On voit mal le ministre Blanchet défendre son ministère comme il le fait présentement.

    Deux problèmes plombent la crédibilité de ce ministère: il ne fait peur à personne, surtout pas à des entreprises, et il n’a pas les moyens de ses ambitions.
    Ses constats d’infractions, ses enquêtes et ses amendes ont très peu d’effets dissuasifs sur les crapules. Ça explique le nombre d’entreprises délinquantes parmi nous — notons ici que les promoteurs immobiliers sont surreprésentés dans cette catégorie.

    Le manque de ressources financières empêche les fonctionnaires de bien faire leur travail. Sur un budget de 72,4 milliards de dollars en 2013-2014 du gouvernement du Québec, le MDDEFP en obtient seulement 273,1 millions de dollars. C’est un maigre 0,377 % du budget.

    Des 17 ministères du gouvernement québécois, seuls ceux des Relations internationales, Francophonie et Commerce extérieur (121,5 millions de dollars) et du Travail (30,7 millions de dollars) en obtiennent moins que le MDDEFP.

    Comment protéger l’environnement, notre flore et notre faune avec de telles miettes? Mission impossible.

    Est-ce un paradoxe ou encore de l’hypocrisie? Toujours est-il que presque tous les ministres du Parti québécois, et ceux du Parti libéral avant eux, parlent d’environnement et de développement durable. Beaucoup d’ergotage donc, mais peu d’actions quand ça compte vraiment.

    Le jour où un ministre de l’Environnement arrêtera de faire de gros yeux et de brandir des menaces d’ordonnances et décidera de vraiment pincer ($$$) un délinquant, alors là le message sera clair qu’on ne badine pas avec la protection de l’environnement au Québec.

    D’ici là, les filous continueront d’avoir le champ libre.

    photos Journal de Montréal et TVA Nouvelles

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    • ..Il y aurait un moyen assez simple de régler ce genre de problème: Confier le tout à Revenu Québec. Si on doit en croire les innombrables histoires que nous rapportent analystes. chroniqueurs et citoyens, ces gens-là ne badinent pas avec le « Règlement». Pour une dispute de 100$, ils vous gèlent un compte de banque en moins de deux. Alors, vous imaginez, s’il s’agissait de millions. :-)

      Voilà une intéressante suggestion. En prenant mes notes pour écrire ce blogue, je faisais aussi une comparaison entre le MDDEFP et Revenu Québec. Je notais comme vous que les gens du fisc sont craints et que leurs ressources et méthodes ont de quoi faire réfléchir ceux qui veulent jouer avec les règles.

      Grand parleur

    • Je connais au moins deux endroits au Québec qui ont des fours assez chaud pour bruler les BPC sans émettre de résidus toxiques. Mais le syndrome “pas-dans-ma-cour” fait qu’il ne servent pas à ça. Et comme les méthodes alternatives pour s’en débarrasser coutent énormément plus cher, c’est ce qui cause les dépots illégaux.
      Il y a du paradoxe et de l’hypocrisie à tous les niveaux. C’est cercle par-dessus cercle très vicieux.

    • M.Laliberté, bon midi.

      Une expérience positive avait été faite à Ciment Indépendant de Joliette.

      On pourrait aussi brûler à l’Usine d’épuration des eaux usées de Montréal.

      Les élus le savent et ce aux deux paliers gouvernementaux…..
      depuis le début.

      Et si ce n’était, qu’une question de GROS sous…..pour les
      compagnies de transport qui vont nous débarrasser de ces BPC.
      Oui les filous ont les mains libres.
      Ceux qui causent le problème, ainsi que ceux qui les règlent…….

      Et que dire de l’hypocrisie évidente d’un aspirant maire………
      Avez-vous vu hier Coderre UnionMontréal 2 s’approprier l’arrêt du
      projet de compostage de St-Michel?
      Avez-vous senti l’opportunisme électoral puant de cet homme….?

      Selon moi l’environnement n’intéresse pas sérieusement les élus…
      c’est seulement pour bien paraître avant les élections, ensuite….RIEN.

      Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué.
      Louise April(Laloue)

    • Normal, on capitalise les gains et socialise les pertes. Rien de nouveau sous le Soleil.

    • J’ai été pris dans ça. Avec un employeur qui avait 600 000 litres de produits dans des cubes répartis sur le terrain. Quand le ministère de l’environnement s’en est mêlé mon employeur m’a donné 2 employés et ça pris plus de 2 ans passer au travers ça. Catégoriser le produit, déterminer soit une méthode pour neutraliser le produit, soit pour concentrer les polluants afin de réduire les coûts de disposition. Ou encore carrément payer pour disposer. Comment ils en étaient arrivé là ? Ils ont perdu le contrôle, les gars sur le plancher se sont mis à mélanger les produits, ça dépassait les compétences du gars en charge.

      Je crois qu’il y a beaucoup d’entreprises qui ont un problème de disposition de matières dangereuses. Et ce sont les villes qui ont le devoir de faire bouger les choses. C’est les villes qui envoient les inspecteurs. Vous là, vous avez un champ d’épuration non conforme, vous allez avoir un inspecteur qui va vous obliger à respecter le règlement. C’est la même chose pour une entreprise. Aujourd’hui je gère une usine d’eau potable, c’est une communauté autochtone donc c’est vraiment pas la même dynamique, mais je me mets à la place d’un directeur d’usine d’eau potable dans une ville, qui a un inspecteur qui lui dit que l’entreprise dans telle rue, elle a une 50aine de cubes non identifiés sur son terrain, ben moi en tant que directeur de l’eau potable je vais voir le DG, et c’est clair que je vais lui demander d’obliger son inspecteur à faire respecter la règlementation !

    • Je veux juste ajouter que lorsque les gens de l’environnement se sont mêlés du dossier on avait un suivi serré. Chaque cube, chaque baril était codé et inventorié. Un banc d’analyse par cube/baril, méthode de traitement/élimination, preuves de factures de disposition ou de produits ayant servis à neutraliser. Rencontres à échéances, visites surprises des inspecteurs où ils validaient la liste.

      Dans mon cas l’employeur a économisé 6-700 000 $ en coûts de disposition, mais s’il n’avait pas été coopératif le travail aurait été fait à gros prix, et après ç’aurait été la faillite de la cie. Donc c’est pas vrai, le ministère de l’environnement peut mordre.

    • Petit correctif Michel sur le 3.77% du budget. Les gros chiffres donnent le vertige et font perdre les pieds de la mesure…

      Le budget à l’Environnement représente 0.377% du budget provincial.

      Mais si l’on reste en terme de dollars, 271 millions$ est-il vraiment un petit budget pour avoir une police environnementale?

      Vous avez raison; c’est encore plus déprimant.

      Le problème est que ce ministère reste trop dans l’administratif et consacre peu de ressources sur le terrain, comme on dit, notamment pour enquêter et trainer les délinquants devant un juge.

      Merci de m’avoir signalé l’erreur.

      Grand parleur

    • Début années 1990. À Mascouche, des BPC étaient entreposés à quelques dizaines de mètres de la rivière sur un chemin agricole. Illégalement. Dans des fosses revêtues de toiles de plastique. Je sais que le site a été entièrement nettoyé, mais je ne me souviens plus des détails — qui a assumé la facture? Le volume des déchets n’était pas énorme.

      Je sais qu’Hydro-Québec entreposait une grande quantité de transformateurs électriques désuets à Sherbrooke, en plein-air, au milieu des années 1990; ces appareils contiennent des huiles lourdes. Je ne suis pas retourné dans le secteur, j’ose espérer qu’ils ont éliminé les déchets et décontaminé le site.

      C’est plate à dire mais les citoyens devraient identifier, surveiller, photographier les sites où sont entreposés des vieux machins rouillés, les entrepôts à moitié abandonnés, les sites clôturés et envahis par les herbes. Poser des questions à la municipalité: qu’est-ce qui est (ou était) entreposé là? À qui appartient le site?

      La pluie qui tombe sur les sols contaminés ne respecte pas les clôtures et les limites de terrains…

    • On ne vous vois pas assez souvent monsieur Laliberté, vous abordez souvent les sujets qui m’intéressent.

      Cela dit. Pas étonnant qu’au Québec nous nous cambrons dès qu’un nouveau projet de développement pointe le nez. En effet comment faire confiance au développeurs du gaz de schiste, des produits du pétrole ou de l’uranium connaissant le danger que représentent ces produits et quand la police qui les régis ne peux pas punir les délinquants, encore moins prévenir les crimes.

      Un aussi petit budget pour le MDDEFP est une honte. Que dis-je, un scandale.

      ( Juste 30 millions pour le ministère du travail? wow).

      André Després.

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