Le Grand Parleur

Le Grand Parleur - Auteur
  • Michel Laliberté

    Gamin, Michel Laliberté rêvait de devenir journaliste sportif. C'était avant le scandale Ben Johnson aux Jeux olympiques de Séoul en 1988.
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    Lundi 8 juillet 2013 | Mise en ligne à 23h05 | Commenter Commentaires (4)

    Oléoducs et sens critique

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    C’est assez incroyable comme la réalité peut nous rattraper. Depuis quelques années maintenant, on n’entend parler que d’oléoducs. On s’interroge sur les dangers liés au transport de pétrole par ces réseaux longs de centaines, de milliers de kilomètres. On s’indigne quand un déversement survient. Cette vigilance fait que l’opposition aux projets d’oléoducs en Amérique du Nord est forte et efficace; des projets sont annulés, d’autres sont retardés.

    On en oublie que la demande pour le pétrole est très forte. Et dans une économie telle que la nôtre, basée sur le capitalisme, le dessein des entreprises est de répondre coûte que coûte à la demande. Ainsi, faute de pouvoir compter sur des oléoducs, les sociétés pétrolières ont trouvé une alternative pour acheminer leur or noir aux raffineries: par wagons-citernes.

    Depuis cinq ans, apprend-on, le volume de pétrole transporté par train aux États-Unis et au Canada a augmenté de 28 000 %! C’est gigantesque. Signe de ce boom d’affaires, les titres boursiers des compagnies ferroviaires nord-américaines, longtemps moribonds, sont en hausse.

    Personne ne semblait se préoccuper des dangers liés à cette augmentation du fret ferroviaire de pétrole. Assez étrange quand on sait que ces trains traversent des milliers de villes et de villages. Pourtant, l’inconcevable s’est produit samedi à Lac-Mégantic : le centre-ville s’est enflammé lorsque des wagons-citernes remplis de pétrole ont déraillé. Jusqu’ici, 13 corps ont été retrouvés. Le bilan s’alourdira dans les prochaines heures.

    C’était tellement gros, que nous n’avons rien vu. Nous ne nous intéressions qu’aux oléoducs, à débattre de leurs avantages et de leurs inconvénients. La tragédie à Lac-Mégantic vient de changer toute notre perspective sur le transport de pétrole. Depuis, pour plusieurs, le débat est clos: les oléoducs sont la voie à suivre.

    La prudence devrait nous inciter à prendre garde. Le transport de pétrole par oléoduc n’est pas sans risque. Bien que des déversements sont moins susceptibles de causer des pertes de vies humaines, contrairement à des déraillements de trains, leurs impacts sont énormes et parfois irréversibles: incendies, contamination de cours d’eau (prises d’eau potable), de terrains.

    La tragédie à Lac-Mégantic est survenue quelques jours après que la CBC eut révélé que 117 des 125 stations de pompage d’Enbridge au Canada violaient des normes de sécurité de l’Office nationale de l’Énergie. Également, le plus gros propriétaire d’oléoducs au Canada devait munir 83 de ses stations de dispositif d’arrêt d’urgence en cas d’accidents. Ces normes existent depuis plus de 10 ans.

    On connaît bien les oléoducs dans les Cantons-de-l’Est. Nous en avons trois qui relient Montréal et Portland au Maine. Ils ont été construits entre les années 40 et 60. Deux sont encore en service. Malgré des demandes répétées de citoyens de Dunham où passent les oléoducs, et de La Voix de l’Est, ni Pipe-Lines Montréal, propriétaires du réseau, ni l’ONÉ ne peuvent fournir de preuves du bon état de ces installations. C’est la culture du secret.

    Comme on le voit, l’industrie des oléoducs et l’agence censée la surveiller ont du chemin à faire pour prouver à la population la sécurité de ce type de transport. L’industrie pourrait commencer par respecter la réglementation en place. Ça serait un bon départ. Et le chien de garde que devrait être l’ONÉ devrait déployer plus d’énergie à surveiller ces entreprises de transport.

    Nous sommes dépendants du pétrole. Les discours et rêves sur les énergies renouvelables ne sont pas prêts à changer cette donne. Mais la tragédie à Lac-Mégantic, aussi horrible qu’elle puisse être, ne doit pas nous faire perdre notre sens critique à l’égard des oléoducs.

    photo Janick Marois

    Suivez-moi sur twitter: @Grand_parleur


    • C`est certain qu`avec le temps les voies ferrées ont changé de vocation et qu`il faudra revoir les procédures et reglementations. Quand tu dis qu`ùne compagnie ferroviaire n`est pas tenue de dévoiler le contenu de son chargement ca aide pas les procédures d`urgence…

      Mais il faudra aussi laisser retomber la poussiere avant d`en venir à des conclusions et apporter des changements. Si on doit une chose aux victimes du lac Megantic c`est de faire l`exercice comme il le faut et de ne pas bâcler le travail. Un camion citerne est aussi sinon plus dangeureux en milieu urbain qu`un wagon-citerne non ? Un oléoduc est il si préférable que cela et si sécuritaire que cela ? Qu`en est il du transport de tous les produits chimiques ?

    • 100% d’accord. Rien à ajouter.

    • Très bon texte.

      Merci.

      Grand parleur

    • Oui , EXCELLENT texte.

      Toujours très intéressant de vous lire.

      Merci:-)
      Louise April(Laloue)

      Content de savoir que vous appréciez les sujets que j’aborde.

      Grand parleur

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