Le Grand Parleur

Le Grand Parleur - Auteur
  • Michel Laliberté

    Gamin, Michel Laliberté rêvait de devenir journaliste sportif. C'était avant le scandale Ben Johnson aux Jeux olympiques de Séoul en 1988.
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    Lundi 15 avril 2013 | Mise en ligne à 17h21 | Commenter Commentaires (6)

    Ainsi roule la RBC

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    Ça roule pour la Banque royale du Canada. En août dernier, elle annonçait des profits records de 2,2 milliard de dollars pour le trimestre se terminant le 31 juillet — des profits réalisés en l’espace de trois mois, donc. C’est 946 millions de dollars de plus (73 %) que durant la même période l’année précédente. Puis à la fin février, les profits du trimestre étaient de 2,07 milliards de dollars.

    Ces résultats ont ravi les actionnaires de l’institution. Pour cause: chacune de leur action leur a rapporté des dividendes de 60 ¢ et de 63 ¢. C’est beaucoup d’argent quand on sait que les actionnaires détiennent des centaines, parfois des milliers d’actions.

    La direction de la RBC a expliqué ses résultats par une hausse de ses services de détail au Canada et de ses services d’investissement (le caractère gras est de moi, merci de retenir ce bout de phrase).

    La semaine dernière, on apprenait que la RBC allait licencier une quarantaine d’employés de son service informatique pour confier leur travail à une compagnie sous-traitante en Inde. Ce n’est pas la première fois qu’une multinationale délocalise des tâches vers des pays en développement. Ce qui est nouveau, c’est qu’elle fasse venir au Canada des travailleurs d’ailleurs pour qu’ils apprennent les rouages du travail qui les attend. Et, trouvaille cynique incroyable, les personnes qui se retrouveront sans boulot d’ici peu seront appelées à leur dispenser des formations…

    Le pire, c’est que la RBC est dans son droit d’agir de la sorte. Et cela grâce à une interprétation tordue de la loi canadienne sur le travail reposant davantage sur l’idéologie du néolibéralisme que sur des analyses sensées des réalités du marché du travail. Le résultat est que la banque profite d’une bénédiction des instances fédérales qui accordent des visas aux travailleurs étrangers par la voie du Programme des travailleurs étrangers temporaires.

    Quand une compagnie manufacturière transfère une partie ou l’ensemble de sa production dans un pays en développement, elle le fait pour profiter des bas salaires en vigueur dans le pays d’accueil. Du coup, elle baisse de manière importante ses coûts de production ce qui rend ses actionnaires heureux. Ne pas opter pour un tel déménagement pousserait l’entreprise à la faillite, se justifient les dirigeants. La mondialisation de l’économie amplifie ce phénomène de délocalisation.

    Ça, c’est la réalité du secteur manufacturier. Pour celui des banques, c’est encore plus pernicieux. Les institutions financières vivent grâce à l’argent de leurs clients. Elles utilisent leurs dépôts pour prêter des montants à des particuliers (hypothèques, prêts personnels) et des entreprises (prêts pour des projets d’expansion et d’agrandissement, des marges de crédit). Les prêts et marges sont remboursés avec intérêts et ainsi tourne la roue.

    Au contraire des entreprises manufacturières, dont les produits sont écoulés sur plusieurs marchés internationaux pour générer des revenus, les banques sont essentielles tributaires de leurs clients domestiques. Certes, elles ont des filiales internationales et en tirent d’importants revenus. Ils demeurent toutefois marginaux quand on considère l’ensemble de leur chiffre d’affaires, comme le prouvent les derniers résultats de la RBC. Quand on constate l’ampleur des profits des banques, on n’a pas raison de craindre pour leur santé financière. Même qu’on trouve qu’elles ont un appétit démesuré pour imaginer toutes sortes de façons de nous soutirer de l’argent.

    D’où le tollé suscité par l’impartition de certains postes par la RBC à un sous-traitant indien. On ne parle pas ici d’un fabricant de grille-pain qui transfère ses activités dans le sud-est asiatique. On parle d’une institution qui utilise l’argent de ses clients canadiens pour dégager des milliards de dollars de profits. Comment la RBC peut-elle justifier déplacer ne serait-ce qu’une portion de ses coûts de main-d’œuvre dans un pays où elle ne tire presqu’aucun revenu au détriment d’un pays où ses clients lui permettent de rouler sur l’or?

    C’est légal, rappelons-le. Nos dirigeants politiques ne bougeront pas. Ils croient que la libre circulation de biens, des services et des capitaux doit suivre son cours sans intervention. Les consommateurs eux, dans ce cas-ci les clients de la RBC, peuvent cependant exprimer leur opposition.

    «Le citoyen n’est pas un consommateur. C’est un producteur d’idées, de convictions, d’engagement, de solidarité.»
    — François Bayrou, ancien candidat à la présidence de la république de France

    N’y a-t-il aucune place pour de l’éthique, de la morale et de la décence dans le monde bancaire?

    Suivez-moi sur twitter: @Grand_parleur


    • ..La satisfaction du consommateur et le bonheur du travailleur sont deux conséquences accidentelles de la poursuite du profit. CQFD.

    • “Ce qui est nouveau, c’est qu’elle fasse venir au Canada des travailleurs d’ailleurs pour qu’ils apprennent les rouages du travail qui les attend. ”

      Vous croyez que c’est nouveau ? Ca s’est passé il y a 5 ans pour une ex-collègue. Ici , à Montréal.
      Le plus drôle est que quelques indiens, sous-payés selon notre échelle de salaire, ont demandé un visa de travail permanent et ont quitté la grosse compagnie internationale qui fait des machines de Business … pour travailler à leur compte ici à un salaire d’ici !!

    • Pendant que Mr Nixon (qui se fait en un jour ce que je peinais à faire en un an) se confond en fausses excuses, ils continuent de tout faire pour fragiliser la position de leurs employés. L’ancien de la Royale que je suis les a vu vider 4 étages de la Place Ville Marie (leur “faux” siège social, les vraies décisions se prennent à Toronto) et ne pas investir un sou en technologie (leurs systèmes informatiques sont honteusement obsolets).
      Pas grave, tant que les grand patrons et les gros actionnaires peuvent continuer de s’en mettre plein les poches et envoyer le tout dans les succursalles situées dans les paradis fiscaux et ainsi éviter les impôts. Et pendant ce temps, ils abusent des programmes gouvernementaux payés par nous, les pauvres caves qui payent de l’impôt.
      Belle bande d’hypocrites. Et dire qu’il y a de nos bons dretteux pour se réjoir de ça.

    • “Ainsi roule la RBC” Roule croche en ta…!

    • FAUSSETÉ:
      Elles utilisent leurs dépôts pour prêter des montants à des particuliers (hypothèques, prêts personnels) et des entreprises (prêts pour des projets d’expansion et d’agrandissement, des marges de crédit).

      VERITÉ:
      Elles utilisent leurs dépôts afin de faire fonctionner le système pourri de réserve fractionnelle pour créer à partir du vent et transférer des montants à des particuliers (hypothèques, prêts personnels) et des entreprises (prêts pour des projets d’expansion et d’agrandissement, des marges de crédit).

      Selon le surintendant des banques, le taux de réserve fractionnelle est de 23 pour 1 actuellement, ce qui veut dire que les banques peuvent créées à partir d’un clic de souris au moins 22 dollars scripturals comptables pour 1 dollar de dépot.

      Méchant système d’esclavage finalement …

      Vous avez raison: les banques prêtent dans les faits de l’argent qui n’existent pas. Si, demain matin, tous les clients de la RBC retiraient leur argent, l’institution ne pourrait faire face à ses obligations.

      Mais ça ne change pas le fait qu’elle prête de l’argent de ses clients à d’autres clients.

      Grand parleur

    • @ grand parleur
      Je le répète, la banque ne prête jamais l’argent des déposants ou clients, la masse monétaire est toujours augmentée lors d’un transfert, ce que les banques appellent un “prêt”. De plus, les intérêts ne font jamais partis de la masse monétaire, on doit donc continuellement emprunter afin de décharger cette usure d’où ce que j’appelle le schéma ponzi de la dette perpétuelle. Voir le vidéo de Paul Grignon: L’argent dette

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