
Gros rabais cette semaine au Canadian Tire sur les fusils à air comprimé pour enfants. Un rabais de 50 % est offert sur un « Pistolet Kalashnikov AK 47 ». L’arme, avec « réglage semi-automatique ou automatique », revient à 59,99 $ au lieu de 119,99 $. Un super cadeau pour Noël !
Pour la petite histoire, les Kalashnikov sont l’invention d’un Russe, Mikael Kalashnikov, un officier dans l’armée de Staline lors de la Deuxième Guerre mondiale. Depuis 1947, ces armes sont utilisées par plusieurs armées dans le monde, par des rebelles et des terroristes. Dans ses vidéos, Oussama ben Laden, le défunt chef d’Al-Qaida, tenait fièrement un AK 47 entre ses mains. Des centaines de milliers de gens ont péri sous les balles de ces mitraillettes. On estime que 100 millions d’entre elles sont en circulation dans le monde.
L’AK 47 ne plaît pas à Junior ? Pas grave. Des génies du marketing y ont réfléchi : d’autres modèles de fusils d’assaut existent pour amuser nos jeunes. Ils sont également en vente au Canadian Tire, nous apprend la circulaire du week-end : 40 % pour un modèle M 16, le joujou de l’Armée des États-Unis et de ses alliés, 40 % également pour une carabine « R73 Crosman » qui est « entièrement automatique » et 40 % pour un pistolet « Soft Stinger P9 Crosman ».

Bien sûr, les AK 47 offerts au Canadian Tire ne tirent pas de « vraies balles ». Ni le M 16, ni les deux Crosman. Ces jouets tirent seulement de petits plombs. Mais commercialiser des imitations de ces armes meurtrières ne conditionne-t-il pas nos enfants à banaliser la violence ?
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Quand une tuerie survient aux États-Unis, l’après-drame se déroule toujours de la même façon : les dirigeants politiques transmettent leurs condoléances aux gens touchés, puis appellent les gens à prier pour les victimes, à se montrer solidaires de leurs proches, puis ils encensent le travail des policiers et des secouristes, se lancent à la recherche de héros — parce que ça prend des héros avec des histoires courageuses pour rappeler aux gens la grandeur de l’Amérique et de son peuple —, et annoncent que les drapeaux seront en berne.
Tout ça est automatique. Les vraies décisions, celles du politique, ne se prennent pas. Parce qu’elles sont difficiles à mettre en branle. Difficiles et même impossibles quand on parle de contrôle des armes à feu. Peu de politiciens ont les couilles d’aborder cette question. Ils risquent de perdre leur poste tellement les électeurs sont divisés sur ce sujet. Et vous le savez, peu importe le pays, on trouve peu d’élus prêts à mettre leur emploi en jeu, même pour des questions aussi fondamentales…
La National Rifle Association, le plus important groupe de pression en faveur des armes à feu aux États-Unis, a une maxime fétiche pour détourner le débat : les armes ne tuent pas, les gens le font (Guns don’t kill people, people do). Plusieurs sénateurs, représentants, gouverneurs, surtout des républicains mais aussi des démocrates, endossent cette manière de voir les choses. C’est une autre façon de banaliser la violence.
Pour plaider son point, la NRA aime rappeler que le deuxième amendement de la Constitution donne le droit aux Américains d’avoir et de porter l’arme (Right to keep and to bear arms). Ce droit est enchâssé dans leur Chartre des droits, rien de moins. L’idée est de s’assurer que les citoyens pourront combattre le gouvernement si jamais celui-ci bascule dans la dictature.
On ignore ce que fera le président Barack Obama. Dans son allocution dimanche à Newtown, là où la tuerie de vendredi a fait 27 morts, dont 20 enfants de six et sept ans, citant quelques tueries perpétrées dans des écoles ces dernières années, il a fait référence indirectement à ce droit. « Sommes-nous prêts pour dire que cette violence qui s’abat sur nos enfants année après année est en quelque sorte le prix de notre liberté ? »
Le président a dit que les victimes se trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment. C’est faux. Elles étaient là où elles devaient être, soit dans leur salle de classe.
La véritable question est plutôt de savoir s’il est normal que des fusils d’assaut et des chargeurs pouvant contenir plusieurs balles soient en vente libre.
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