Le Grand Parleur

Archive, décembre 2012

Mardi 18 décembre 2012 | Mise en ligne à 17h21 | Commenter Commentaires (6)

Des sacs à dos pare-balles

Dans l’empire du capitalisme, personne ne s’étonnera que des entreprises trouvent des occasions d’affaires avec les tueries perpétrées dans les écoles: des sac à dos pare-balles.

Amendment, une entreprise de Salt Lake City, spécialisée dans la fabrication de gilets pare-balles pour l’armée et les services policiers, a créé il y a six mois une nouvelle ligne de produits pour protéger les enfants des tireurs. L’armure dans les sacs est fait de tubes de carbone.

Depuis la tuerie à l’école primaire de Newtown au Connecticut, leurs sacs à dos se vendent comme de petits pains chauds, soutient le patron de la boîte, Derek Williams. «Nous allons essayer d’informer les gens que ce produit existe et qu’il y a des façons d’offrir à nos enfants une forme de protection», a-t-il dit, cité par Mother Jones.

Leurs sacs à dos ressemblent à ce qu’on voit dans toutes les cours d’écoles: certains arborent des princesses, d’autres des superhéros.

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D’autres entreprises exploitent également la violence dans les écoles. Voici la publicité de l’une d’elle, la compagnie Bullet Blocker et son sac à dos pare-balles qui se détaille 224 $ US.

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Un intriguant reportage de Mother Jones.

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Lundi 17 décembre 2012 | Mise en ligne à 16h46 | Commenter Commentaires (14)

Offrir une Kalashnikov à Noël

AK 47

Gros rabais cette semaine au Canadian Tire sur les fusils à air comprimé pour enfants. Un rabais de 50 % est offert sur un « Pistolet Kalashnikov AK 47 ». L’arme, avec « réglage semi-automatique ou automatique », revient à 59,99 $ au lieu de 119,99 $. Un super cadeau pour Noël !

Pour la petite histoire, les Kalashnikov sont l’invention d’un Russe, Mikael Kalashnikov, un officier dans l’armée de Staline lors de la Deuxième Guerre mondiale. Depuis 1947, ces armes sont utilisées par plusieurs armées dans le monde, par des rebelles et des terroristes. Dans ses vidéos, Oussama ben Laden, le défunt chef d’Al-Qaida, tenait fièrement un AK 47 entre ses mains. Des centaines de milliers de gens ont péri sous les balles de ces mitraillettes. On estime que 100 millions d’entre elles sont en circulation dans le monde.

L’AK 47 ne plaît pas à Junior ? Pas grave. Des génies du marketing y ont réfléchi : d’autres modèles de fusils d’assaut existent pour amuser nos jeunes. Ils sont également en vente au Canadian Tire, nous apprend la circulaire du week-end : 40 % pour un modèle M 16, le joujou de l’Armée des États-Unis et de ses alliés, 40 % également pour une carabine « R73 Crosman » qui est « entièrement automatique » et 40 % pour un pistolet « Soft Stinger P9 Crosman ».

M 16

Bien sûr, les AK 47 offerts au Canadian Tire ne tirent pas de « vraies balles ». Ni le M 16, ni les deux Crosman. Ces jouets tirent seulement de petits plombs. Mais commercialiser des imitations de ces armes meurtrières ne conditionne-t-il pas nos enfants à banaliser la violence ?

•••

Quand une tuerie survient aux États-Unis, l’après-drame se déroule toujours de la même façon : les dirigeants politiques transmettent leurs condoléances aux gens touchés, puis appellent les gens à prier pour les victimes, à se montrer solidaires de leurs proches, puis ils encensent le travail des policiers et des secouristes, se lancent à la recherche de héros — parce que ça prend des héros avec des histoires courageuses pour rappeler aux gens la grandeur de l’Amérique et de son peuple —, et annoncent que les drapeaux seront en berne.

Tout ça est automatique. Les vraies décisions, celles du politique, ne se prennent pas. Parce qu’elles sont difficiles à mettre en branle. Difficiles et même impossibles quand on parle de contrôle des armes à feu. Peu de politiciens ont les couilles d’aborder cette question. Ils risquent de perdre leur poste tellement les électeurs sont divisés sur ce sujet. Et vous le savez, peu importe le pays, on trouve peu d’élus prêts à mettre leur emploi en jeu, même pour des questions aussi fondamentales…

La National Rifle Association, le plus important groupe de pression en faveur des armes à feu aux États-Unis, a une maxime fétiche pour détourner le débat : les armes ne tuent pas, les gens le font (Guns don’t kill people, people do). Plusieurs sénateurs, représentants, gouverneurs, surtout des républicains mais aussi des démocrates, endossent cette manière de voir les choses. C’est une autre façon de banaliser la violence.

Pour plaider son point, la NRA aime rappeler que le deuxième amendement de la Constitution donne le droit aux Américains d’avoir et de porter l’arme (Right to keep and to bear arms). Ce droit est enchâssé dans leur Chartre des droits, rien de moins. L’idée est de s’assurer que les citoyens pourront combattre le gouvernement si jamais celui-ci bascule dans la dictature.

On ignore ce que fera le président Barack Obama. Dans son allocution dimanche à Newtown, là où la tuerie de vendredi a fait 27 morts, dont 20 enfants de six et sept ans, citant quelques tueries perpétrées dans des écoles ces dernières années, il a fait référence indirectement à ce droit. « Sommes-nous prêts pour dire que cette violence qui s’abat sur nos enfants année après année est en quelque sorte le prix de notre liberté ? »

Le président a dit que les victimes se trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment. C’est faux. Elles étaient là où elles devaient être, soit dans leur salle de classe.

La véritable question est plutôt de savoir s’il est normal que des fusils d’assaut et des chargeurs pouvant contenir plusieurs balles soient en vente libre.

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Jeudi 13 décembre 2012 | Mise en ligne à 18h23 | Commenter Commentaires (9)

La paix linguistique municipale

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If it’s not broken, don’t fix it!

La langue anglaise regorge d’expressions colorées dont on saisit illico tout le sens. Enfin, c’est le cas pour la plupart des gens. Parce que la compréhension de cette grande vérité de la vie citée ci-haut échappe malheureusement à trop de ténors de la ligne dure en matière de protection de la langue française au Québec.

Après l’idée farfelue de rendre obligatoire le recours au français dans nos centres de la petite enfance, après cette autre idée de génie d’interdire aux francophones et aux allophones la fréquentation de cégeps anglophones, ils dirigent maintenant leurs canons de l’intolérance vers les municipalités bilingues québécoises.

Depuis 35 ans, ces municipalités, au nombre de 84 au Québec, communiquent en français et en anglais avec leurs résidants. Leurs ordres du jour, leurs procès-verbaux, leurs avis publics, leurs règlements sont rédigés dans les deux langues et leurs fonctionnaires peuvent répondre aux citoyens en français et en anglais.

Tout semble fonctionner. Aucun citoyen ne se plaint de la situation, aucune administration municipale n’a entamé de démarches pour restreindre ses communications dans les deux langues, aucune manifestation, de francos ou d’anglos, n’a été organisée pour dénoncer le tout. Une vraie paix linguistique existe dans ces municipalités. Une paix que menacent les purs et durs du Parti québécois.

Comme le rapportait ce matin ma collègue Véronique Chagnon, le gouvernement péquiste, avec son projet de loi 14 sur la révision de la Charte de la langue française, suggère de retirer le statut de bilingue aux municipalités où le nombre de citoyens anglophones est en bas de 50 %. Ces municipalités pourraient continuer d’offrir des services en anglais, mais elles devraient aussi s’en tenir au français dans ses documents écrits parce que « […] ça n’irait pas dans le sens de reconnaître que la langue officielle du Québec, c’est le français » a expliqué Martin Bilodeau, porte-parole de l’Office québécois de la langue française.

Dans notre région, deux municipalités sont touchées par le projet de loi : Lac-Brome et Sutton. La population anglophone de Lac-Brome a chuté à 47 %, selon le recensement de Statistique Canada de 2011, tandis que celle de Sutton se situe maintenant à 33 %.

À Sutton, on n’entrevoit pas vraiment de problème. Les documents municipaux sont rédigés en français et des copies en anglais sont offertes aux personnes qui en font la demande. On répond aussi en anglais aux questions quand l’occasion l’exige.

La situation s’annonce plus explosive à Lac-Brome. La municipalité de 5609 habitants vit très bien sa dualité linguistique. Une grande partie de sa population est bilingue, dans les assemblées, dans la rue, les discussions glissent souvent du français à l’anglais et vice-versa sans que personne ne s’en offusque. Se faire servir dans l’une ou l’autre des langues dans les commerces de Knowlton, le cœur de la municipalité, n’est pas problématique. Mais surtout, on sent une grande ouverture d’esprit chez les Bromois. Depuis plus de 200 ans les deux communautés ont appris à vivre et à prospérer ensemble. Les francophones ont pris leur place politiquement et économiquement, mais en respectant le riche legs des anglophones à la communauté.

Retirer le statut de municipalité bilingue à Lac-Brome est une bien mauvaise idée. Si le gouvernement du Québec s’avise de procéder de la sorte, toute la communauté bromoise, anglophone comme francophone, s’y opposera farouchement. Avec raison.

Le combat de la langue française ne passe pas par des guerres sur le terrain des petites municipalités. Sa promotion doit se faire dans nos écoles, sur nos lieux de travail et dans ces entreprises qui se contrefoutent de nos règlements sur l’affichage.

Un remaniement de la Charte de la langue française peut s’avérer un exercice utile. Mais, comme le disent si bien nos compatriotes anglophones, on ne répare pas ce qui fonctionne.


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