Le Grand Parleur

Le Grand Parleur - Auteur
  • Michel Laliberté

    Gamin, Michel Laliberté rêvait de devenir journaliste sportif. C'était avant le scandale Ben Johnson aux Jeux olympiques de Séoul en 1988.
  • Lire la suite »

    Partage

    Jeudi 1 novembre 2012 | Mise en ligne à 16h01 | Commenter Commentaires (10)

    L’incomparable Lévesque

    Image 5

    «Pour affronter ingénieurs et entrepreneurs, d’aucuns me conseillaient avec un sourire entendu de faire appel de nouveau à la bonne sainte Anne.»

    C’est tiré de l’autobiographie de René Lévesque, Attendez que je me rappelle… (page 221). Ça se passe en 1960. Lévesque vient d’être nommé ministre des Travaux publics dans le gouvernement libéral de Jean Lesage. Son chef lui demande d’annuler tous les contrats publics octroyés dans les dernières semaines par l’Union nationale, pour qui la défaite aux urnes était annoncée, ou de les renégocier.

    Le nouveau ministre se met à la tâche. D’après les estimations d’un de ses amis ingénieurs, à qui il a fait appel, c’est connu dans le milieu que les valeurs des contrats signés sont gonflées de 15, 20, 25 % — un air de déjà-vu!

    M. Lévesque cite une rencontre avec un entrepreneur réputé pour rafler tous les contrats de construction et de réfection de ponts dans l’ouest de la région métropolitaine — un autre air de déjà-vu! Il l’informe qu’il doit réduire ses prix.

    Réponse de l’entrepreneur:

    «Ben voyons, c’est ben pour ça qu’on devrait pouvoir s’entendre! Vous savez, il y en a assez pour tout le monde.»

    La corruption était érigée en système dans l’ère du duplessisme. Cette culture des contrats truqués a mené à des réformes dans les processus d’appels d’offres. On doit maintenant reprendre le boulot.

    Ce qu’on peut s’ennuyer de René Lévesque, mort il y a 25 ans aujourd’hui. On s’ennuie de son courage pour dénoncer l’inacceptable. On s’ennuie surtout ces temps-ci de sa détermination et de sa capacité d’y mettre fin.

    On doit tellement à l’ancien premier ministre.

    • En 1962, il a convaincu le premier ministre Lesage et les Québécois de nationaliser l’hydroélectricité (au grand dam de l’establishment financier anglophone canadien qui a refusé de financer le gouvernement pour réaliser le projet d’étatisation).
    • Il a présidé à l’adoption de la Loi 101 en 1977 (il n’était pas chaud à l’idée de restreindre des droits individuels, mais a suivi ses collègues dont le père de la Loi, le ministre Camille Laurin, persuadé que la survie du fait français passait par là).
    • Il a permis la création de la Société de l’assurance automobile du Québec en 1978 (terminés les longs et coûteux recours en justice pour régler les dédommagements lors d’accidents de la route et qui enrichissait les avocats).
    • Il a fait un gros ménage dans le financement des partis politiques en interdisant aux entreprises de verser des contributions (des professionnels de toutes sorte mal intentionnés et à l’affût de contrats publics ont depuis réussi à trouver des failles dans le système).

    Il était un leader incomparable. Pour lui, l’éthique était un guide pour mener ses actions et non pas la saveur du jour. Son ouverture aux autres, ses qualités de pédagogue qui l’ont si bien servi alors qu’il était journaliste à Radio-Canada, son courage de quitter le douillet Parti libéral du Québec où son avenir politique était assuré pour militer pour la souveraineté du Québec — il est l’antithèse de l’opportuniste — ont fait de lui un grand premier ministre. Le meilleur que le Québec ait connu sans doute.

    De tous les livres politiques écrits au Québec, l’autobiographie de l’ancien leader péquiste trône au haut de mon palmarès. Attendez que je me rappelle… (publiée par Québec/Amérique) est un excellent condensé de l’histoire moderne du Québec à travers les péripéties d’un de ses enfants les plus connus et adulés.

    C’est un grand récit, écrit avec brio, qui débute à New Carlisle, dans sa Gaspésie natale (en fait, faute d’un hôpital dans son patelin, il est né au Nouveau-Brunswick), qui nous amène en Europe alors que le jeune Lévesque est correspondant de guerre au sein de l’armée américaine en pleine folie nazie, puis sur le terrain en tant que journaliste à Radio-Canada, finalement dans l’arène politique où il raconte l’émergence du mouvement souverainiste et l’amère défaite de son option en 1980.

    Au fil des ans, j’ai acheté quatre copies de son autobiographie dans des boutiques de livres usagés. Quatre beaux cadeaux pour des membres de la famille et des amis. Un des livres était même dédicacé par Lévesque. J’ai ressenti une certaine honte qu’on puisse laisser aller un tel trésor. Un vrai sacrilège!

    La lecture de l’œuvre devrait être obligatoire dans nos écoles secondaires et dans nos cégeps. Les jeunes découvriraient ce qu’est un vrai leader.

    photo Le Devoir


    Suivez-moi sur twitter: @Grand_parleur


    • Je suis justement en train de lire son autobiographie. C’est passionnant!

    • Je ne suis pas certain qu’il l’a été à la maison…

    • Moi ce qui me désole le plus c`est qu`une génération complete de québécois n`aura jamais connu tel politicien car depuis Lévesque on a eu qui ? Dion ? Charest? Harper ? Quelle sécheresse !

      Lévesque c`était un gars ordinaire qui savait se prononcer et se faire comprendre tout en étant à l`écoute du bon sens. L`histoire retiendra probablement de lui qu`il a été la figure emblématique des séparatistes /souverainistes mais c`est trop simpliste de le résumer ainsi. Oui il parvenait d`un parti fédéraliste et il a choisi une autre voie plus appropriée pour les québécois qui ne trouvaient pas leur compte dans la vision politique canadienne.

      Moi aussi je trouve dommage qu`on en fasse pas plus pour faire connaitre son oeuvre mais je crois que nous n`avons pas les gens en place pour adéquatement suivre sa voie. Car ce n`était pas un dogme qu`il tentait de faire assimiler mais bien plus un chemin qu`il tracait avec les québécois.
      Un grand bonhomme et je crois que le néant dans lequel il se trouve c`est un peu le prix qu`il doit payer pour entrer dans l`histoire. La qualité de ses succésseurs parle d`elle même et il n`est pas venu le jour ou un politicien digne de la race des René Lévesque saura nous haranguer et allumer l`étincelle…

    • Je suis pleinement d’accord avec ce que vous dites de Lévesque. Pour moi, il est un pur produit de L’Équipe du Tonnerre de Jean Lesage, ex-aequo avec Lévesque au panthéon des plus grands Premiers ministres du Québec.

    • Ce que vous écrivez est vrai mais seulement son bon coté. Parlez-en à Pierre Bougault (oui, je sais qu’il est mort…), parlez-en à tous les fonctionnaires qui ont eu leur salaire coupé de 20% après avoir signé leur convention collective, parlez-en à tous ceux qui étaient sur son chemin et qui n’étaient pas d’accord avec lui. M. Lévesque a peut-être été un bon premier ministre mais je crois que sa réputation est sur-évaluée surtout par ceux qui ne l’ont pas connu. Et il a été un bon premier ministre car plusieurs avant et surtout après étaient assez pourris, merci.

      Il a eu des décisions difficiles à prendre, très impopulaires mêmes, et commis des erreurs. Mais de tous les premiers ministres du Québec, il est le seul dont le legs politique est aussi imposant. Encore aujourd’hui, ses réalisations se font ressentir dans toute la société québécoise. On ne peut pas en dire autant de tous ses prédécesseurs et certainement pas de ses successeurs, tous partis confondus.

      Grand parleur

    • @daniel69: vous n’avez pas tort. J’ajouterais aussi que le grand homme a donné généreusement aux syndiqués de la fonction publique pour s’assurer leur vote avec notre fric et qu’il a voulu baisser l’âge de voter à seize ans parce que les jeunes l’appuyaient.
      En plus, il s’est laissé berner par le beau risque qui consituait un changement de position en opposition à son credo indépendantiste.
      Je pense quand même qu’il fut un grand PM mais pas davantage que Jean Lesage qui, avec son “Maîtres chez nous” et sa révolution tranquille a sorti le Québec de la grande noirceur duplessiste. C’est d’ailleurs cela qui a permis à René Lévesque de lancer le mouvement indépendantiste avec succès. Le Québec avait compris, grâce à Lesage, que nous étions aussi capables que quiconque.

    • Il a été le premier ministre le plus inspirant du Québec.
      Malheureusement, les Québécois l’ont lâché en mai 80.

    • Vous savez, c’est pas coutume qu’un pays elise un grand president, ou un grand premier ministre , cela arrive peut etre une fois par siecle, les Etats-Unis ont eu Abe Lincoln, la France , Charles de Gaulle, l’Angleterre , Winston Churchill, nous , Rene Levesque nous sommes chanceux……………..

    • Un grand parmi les grands, les Québec s’en sont débarrasser. Quel pourcentage déjà son référendum en 80. Les québécois avaient décidé de faire confiance à un certain Trudeau, basé sur la foi de Yvettes…

      C’st comme ça que nous les québécois ont traite les meilleurs. N’en n’attendez pas d’autres.
      Tiens un exemples, un juge libéral, nommez du temps des post un premier avril vient de trouver coupable le représentants de centaines de milliers de personnes pour outrage au tribunal, alors que le trébunal était lui coupable d’outrage au peuple. Même le barreau à fait part de grandes réticences face aux décrets d’injonctions lors du conflit étudiant.

      Une grande partie du peuple est d’accord, puisque certain lui reprochait son attitude.

      J’aimerais savoir si m.Morasse profite du gel des frais de scolarité. Lui qui a refusé de participer aux pression exercées par les étudiants. Est-il solidaire d’avec sa pensée en payant le montant qu’il aurait du payer, sans grève étudiante. Ou est-il un profiteur, qui après avoir participé à dénigrer ceux qui fraisent la lutte, récolte sur leur dos des conditions qui lui sont profitables.

      Parfois, souvent j’ai honte d’être québécois.la pensée de René Lévesque ne m’attriste que davantage. Il s’est tenu debout pour tant de gens qui n’en valait pas la peine. Il nous rappèle à tous que contrairement à ce qu’il avait dit, nous n’avons pas grand à voir avec un grand peuple. Tout ce qui nous rapproche d’un grand peuple serait d’en avoir le portefeuille. Le reste est à vendre…ou à louer.

    • J’admirais MOnsieur Lévesque et son émission: Point de Mire ;a R.C. Il a convaincu les québécois qu’ils étaient capables de comprendre la situation internationale, les problèmes dans le monde. Cependant ses compatriotes péquistes ont toujours pensé que les fédéralistes qui n’appuyent pas la souveraineté (SÉCESSION) ne sont pas intelligents et comprennent rien.
      Que de distance entre René Lévesque et ses “supposés” admirateurs péquistes.

      Pourtant MOnsieur Lévesque a bien dit: “Mes ennemis ne sont pas en face de moi, mais à côté de moi” (Assemblée nationale)

      Aujourdhui ils le louangent, l’admirent, le considèrent comme un héros…
      Peut-être veulent-ils canoniser celui qu’ils ont tant persécuté de son vivant…

      Où est la franchise, la sincérité???

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    septembre 2014
    L Ma Me J V S D
    « août    
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    2930  
  • Archives

  • publicité