Le Grand Parleur

Archive du 1 novembre 2012

Jeudi 1 novembre 2012 | Mise en ligne à 16h01 | Commenter Commentaires (10)

L’incomparable Lévesque

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«Pour affronter ingénieurs et entrepreneurs, d’aucuns me conseillaient avec un sourire entendu de faire appel de nouveau à la bonne sainte Anne.»

C’est tiré de l’autobiographie de René Lévesque, Attendez que je me rappelle… (page 221). Ça se passe en 1960. Lévesque vient d’être nommé ministre des Travaux publics dans le gouvernement libéral de Jean Lesage. Son chef lui demande d’annuler tous les contrats publics octroyés dans les dernières semaines par l’Union nationale, pour qui la défaite aux urnes était annoncée, ou de les renégocier.

Le nouveau ministre se met à la tâche. D’après les estimations d’un de ses amis ingénieurs, à qui il a fait appel, c’est connu dans le milieu que les valeurs des contrats signés sont gonflées de 15, 20, 25 % — un air de déjà-vu!

M. Lévesque cite une rencontre avec un entrepreneur réputé pour rafler tous les contrats de construction et de réfection de ponts dans l’ouest de la région métropolitaine — un autre air de déjà-vu! Il l’informe qu’il doit réduire ses prix.

Réponse de l’entrepreneur:

«Ben voyons, c’est ben pour ça qu’on devrait pouvoir s’entendre! Vous savez, il y en a assez pour tout le monde.»

La corruption était érigée en système dans l’ère du duplessisme. Cette culture des contrats truqués a mené à des réformes dans les processus d’appels d’offres. On doit maintenant reprendre le boulot.

Ce qu’on peut s’ennuyer de René Lévesque, mort il y a 25 ans aujourd’hui. On s’ennuie de son courage pour dénoncer l’inacceptable. On s’ennuie surtout ces temps-ci de sa détermination et de sa capacité d’y mettre fin.

On doit tellement à l’ancien premier ministre.

• En 1962, il a convaincu le premier ministre Lesage et les Québécois de nationaliser l’hydroélectricité (au grand dam de l’establishment financier anglophone canadien qui a refusé de financer le gouvernement pour réaliser le projet d’étatisation).
• Il a présidé à l’adoption de la Loi 101 en 1977 (il n’était pas chaud à l’idée de restreindre des droits individuels, mais a suivi ses collègues dont le père de la Loi, le ministre Camille Laurin, persuadé que la survie du fait français passait par là).
• Il a permis la création de la Société de l’assurance automobile du Québec en 1978 (terminés les longs et coûteux recours en justice pour régler les dédommagements lors d’accidents de la route et qui enrichissait les avocats).
• Il a fait un gros ménage dans le financement des partis politiques en interdisant aux entreprises de verser des contributions (des professionnels de toutes sorte mal intentionnés et à l’affût de contrats publics ont depuis réussi à trouver des failles dans le système).

Il était un leader incomparable. Pour lui, l’éthique était un guide pour mener ses actions et non pas la saveur du jour. Son ouverture aux autres, ses qualités de pédagogue qui l’ont si bien servi alors qu’il était journaliste à Radio-Canada, son courage de quitter le douillet Parti libéral du Québec où son avenir politique était assuré pour militer pour la souveraineté du Québec — il est l’antithèse de l’opportuniste — ont fait de lui un grand premier ministre. Le meilleur que le Québec ait connu sans doute.

De tous les livres politiques écrits au Québec, l’autobiographie de l’ancien leader péquiste trône au haut de mon palmarès. Attendez que je me rappelle… (publiée par Québec/Amérique) est un excellent condensé de l’histoire moderne du Québec à travers les péripéties d’un de ses enfants les plus connus et adulés.

C’est un grand récit, écrit avec brio, qui débute à New Carlisle, dans sa Gaspésie natale (en fait, faute d’un hôpital dans son patelin, il est né au Nouveau-Brunswick), qui nous amène en Europe alors que le jeune Lévesque est correspondant de guerre au sein de l’armée américaine en pleine folie nazie, puis sur le terrain en tant que journaliste à Radio-Canada, finalement dans l’arène politique où il raconte l’émergence du mouvement souverainiste et l’amère défaite de son option en 1980.

Au fil des ans, j’ai acheté quatre copies de son autobiographie dans des boutiques de livres usagés. Quatre beaux cadeaux pour des membres de la famille et des amis. Un des livres était même dédicacé par Lévesque. J’ai ressenti une certaine honte qu’on puisse laisser aller un tel trésor. Un vrai sacrilège!

La lecture de l’œuvre devrait être obligatoire dans nos écoles secondaires et dans nos cégeps. Les jeunes découvriraient ce qu’est un vrai leader.

photo Le Devoir


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