Lance Armstrong. Éric Gagné. Barry Bonds. Trois tricheurs. Trois manipulateurs. Trois profiteurs. Ils ont menti. Ils ont trompé les gens. Malgré ça, il s’en trouve encore à les idolâtrer. Notre société aime les tricheurs!
Les trois ont fait fi des règles. Ils ont consommé des substances interdites pour se donner un avantage sur leurs adversaires, un edge comme on dit dans le milieu sportif. Ils ont encaissé des millions de dollars, vécu la célébrité, connu la gloire. Tout ça en trichant.
Quand Lance Armstrong est venu à Montréal en août comme conférencier d’un congrès sur le cancer, des centaines de coureurs se sont joints à lui pour une petite sortie de course. Ils savaient déjà que l’Américain avait berné le monde cycliste en étant la figure de proue d’un système sophistiqué de dopage. Ça ne les a pas empêchés de jouer les groupies et de se faire photographier à ses côtés. Pathétique.
Quand Éric Gagné a lancé sa biographie Game Over (écrite par Martin Leclerc), l’ex-lanceur des Dodgers de Los Angeles a eu à faire face à peu de questions serrées sur sa consommation de stéroïdes anabolisants. Il a reconnu en avoir utilisés, mais il l’a fait pour se rétablir d’une blessure, a-t-il répété chaque fois que le sujet était abordé. Pas de véritable repenti, mais des excuses. Serait-il devenu un gagnant du Cy Young, remis au meilleur lanceur chaque année dans le baseball majeur, sans ces substances? Probablement pas.
Le plus drôle, si on peut dire, est que Gagné incite les jeunes à ne pas l’imiter, à se tenir loin de ces substances. Il manque de crédibilité. Pourquoi un jeune se priverait de ces drogues si elles peuvent lui permettre d’atteindre les ligues majeures et de nager dans les millions de dollars? Non, cet homme n’est pas un bon modèle pour les jeunes.
Barry Bonds, lui, a toujours nié avoir consommé des stéroïdes. D’une bonne pièce d’homme, Bonds est devenu un monstre de muscles en quelques années. Les doutes se sont dissipées suite à des enquêtes et des témoignages d’anciens coéquipiers. Il a été condamné à la prison pour avoir menti devant un grand jury. Pourtant, certains le qualifient encore de champion frappeur de coups de circuit.
Devant des avalanches de preuves de tricherie, comment expliquer que des gens cherchent à protéger ces athlètes déchus en niant la réalité ou en tentant de les absoudre en arguant fallacieusement que tous les athlètes de leur sport se dopent?
Faisons un lien avec Lino Zambito. L’entrepreneur en construction est devenu une étoile médiatique depuis sa comparution à la commission Charbonneau sur la collusion dans le monde de la construction. Il a fait la tournée des médias la semaine dernière comme une star qui vient de lancer un album. L’auditoire l’a chaudement applaudi lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle…
Il est vrai qu’il s’est mis à table pour expliquer le fonctionnement du système de collusion dans la grande région de Montréal. Mais, comme dit le collègue Michel Tassé, l’ex-entrepreneur ne s’est pas réveillé un matin en disant qu’il joignait les rangs des gens honnêtes. Il est passé aux aveux parce que les informations colligées par les policiers à son sujet étaient béton. Ça et le fait qu’il a probablement une entente en poche avec les procureurs de l’État pour réduire sa sentence à venir.
Les gens semblent avoir oublié que Zambito a versé des pots-de-vin de dizaines de milliers de dollars à des fonctionnaires pour obtenir sa part de contrats publics. On a affaire à un bandit qui a volé des millions de dollars aux contribuables. Cet homme n’a rien d’honorable.
Peu importe comment on analyse les faits et gestes de ces quatre individus, on en conclura qu’il est payant de tricher. Voilà peut-être pourquoi certains aiment les tricheurs; ils ont l’impression que ces gens ont réussi dans la vie. Triste société.
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