Le Grand Parleur

Archive, octobre 2012

Mercredi 24 octobre 2012 | Mise en ligne à 11h27 | Commenter Commentaires (14)

Aimer les tricheurs

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Lance Armstrong. Éric Gagné. Barry Bonds. Trois tricheurs. Trois manipulateurs. Trois profiteurs. Ils ont menti. Ils ont trompé les gens. Malgré ça, il s’en trouve encore à les idolâtrer. Notre société aime les tricheurs!

Les trois ont fait fi des règles. Ils ont consommé des substances interdites pour se donner un avantage sur leurs adversaires, un edge comme on dit dans le milieu sportif. Ils ont encaissé des millions de dollars, vécu la célébrité, connu la gloire. Tout ça en trichant.

Quand Lance Armstrong est venu à Montréal en août comme conférencier d’un congrès sur le cancer, des centaines de coureurs se sont joints à lui pour une petite sortie de course. Ils savaient déjà que l’Américain avait berné le monde cycliste en étant la figure de proue d’un système sophistiqué de dopage. Ça ne les a pas empêchés de jouer les groupies et de se faire photographier à ses côtés. Pathétique.

Quand Éric Gagné a lancé sa biographie Game Over (écrite par Martin Leclerc), l’ex-lanceur des Dodgers de Los Angeles a eu à faire face à peu de questions serrées sur sa consommation de stéroïdes anabolisants. Il a reconnu en avoir utilisés, mais il l’a fait pour se rétablir d’une blessure, a-t-il répété chaque fois que le sujet était abordé. Pas de véritable repenti, mais des excuses. Serait-il devenu un gagnant du Cy Young, remis au meilleur lanceur chaque année dans le baseball majeur, sans ces substances? Probablement pas.

Le plus drôle, si on peut dire, est que Gagné incite les jeunes à ne pas l’imiter, à se tenir loin de ces substances. Il manque de crédibilité. Pourquoi un jeune se priverait de ces drogues si elles peuvent lui permettre d’atteindre les ligues majeures et de nager dans les millions de dollars? Non, cet homme n’est pas un bon modèle pour les jeunes.

Barry Bonds, lui, a toujours nié avoir consommé des stéroïdes. D’une bonne pièce d’homme, Bonds est devenu un monstre de muscles en quelques années. Les doutes se sont dissipées suite à des enquêtes et des témoignages d’anciens coéquipiers. Il a été condamné à la prison pour avoir menti devant un grand jury. Pourtant, certains le qualifient encore de champion frappeur de coups de circuit.

Devant des avalanches de preuves de tricherie, comment expliquer que des gens cherchent à protéger ces athlètes déchus en niant la réalité ou en tentant de les absoudre en arguant fallacieusement que tous les athlètes de leur sport se dopent?

Faisons un lien avec Lino Zambito. L’entrepreneur en construction est devenu une étoile médiatique depuis sa comparution à la commission Charbonneau sur la collusion dans le monde de la construction. Il a fait la tournée des médias la semaine dernière comme une star qui vient de lancer un album. L’auditoire l’a chaudement applaudi lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle

Il est vrai qu’il s’est mis à table pour expliquer le fonctionnement du système de collusion dans la grande région de Montréal. Mais, comme dit le collègue Michel Tassé, l’ex-entrepreneur ne s’est pas réveillé un matin en disant qu’il joignait les rangs des gens honnêtes. Il est passé aux aveux parce que les informations colligées par les policiers à son sujet étaient béton. Ça et le fait qu’il a probablement une entente en poche avec les procureurs de l’État pour réduire sa sentence à venir.

Les gens semblent avoir oublié que Zambito a versé des pots-de-vin de dizaines de milliers de dollars à des fonctionnaires pour obtenir sa part de contrats publics. On a affaire à un bandit qui a volé des millions de dollars aux contribuables. Cet homme n’a rien d’honorable.

Peu importe comment on analyse les faits et gestes de ces quatre individus, on en conclura qu’il est payant de tricher. Voilà peut-être pourquoi certains aiment les tricheurs; ils ont l’impression que ces gens ont réussi dans la vie. Triste société.


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Jeudi 18 octobre 2012 | Mise en ligne à 13h53 | Commenter Commentaires (5)

Erreur et acharnement

tarification_CINLB_15

«On vous l’avait dit», aimerait-on affirmer. On ne le fera pas. La baisse d’achalandage de 36 % enregistrée cet été au Centre d’interprétation de la nature du lac Boivin est trop désolante pour se féliciter de notre pronostic.

S’en trouve-t-il vraiment pour s’étonner que le CINLB ait accueilli beaucoup moins de visiteurs depuis l’entrée en vigueur d’une tarification pour les non-résidants de Granby (détenteurs de la carte-loisirs)?

Ça ne s’explique pas seulement par la chaleur qui a logé dans la région l’été durant, comme le laisse entendre le directeur général du Centre, Mario Fortin. Certes, la recherche de piscines et autres lieux propices à la fraîcheur peut justifier une certaine baisse de fréquentation du parc. Mais la vraie raison, celle que tout le monde le moindrement sensé a comprise quand l’annonce de l’imposition d’une tarification a été faite, est que les gens répugnent à payer 5 $ pour profiter d’un parc municipal.

Tout aussi exceptionnel soit-il, le CINLB est un parc municipal. Une municipalité ne peut exiger des frais d’entrée dans un de ses parcs. Le CINLB n’est pas un parc du calibre de ceux de la Sépaq. On ne peut le comparer au parc du mont St-Hilaire, ni au Jardin botanique de Montréal.

La donnée la plus inquiétante dans ce bilan: quatre personnes sur dix tournent les talons en apprenant que des droits d’entrée sont exigés. Et de ceux qui ont décidé de payer, combien reviendront? Ça ne vaut pas 5 $. Pas avec le bois Miner et le parc écologique Jean-Paul Forand à proximité, tous deux gratuits.

L’argument de l’autofinancement pour justifier des frais d’entrée, celui que l’administration municipale répète depuis deux ans comme un disque qui saute, ne tient pas la route. La Ville est incapable de générer autant de revenus pour l’aréna Léonard Grondin que ce que lui coûte l’édifice à gérer et à entretenir. Idem pour Le Palace.

Le rôle des villes est d’offrir une gamme de services à ses citoyens. Les parcs en font partie. On ne lui demande pas de faire en sorte que tout ça s’autofinance. C’est déjà couvert dans les taxes municipales que les contribuables paient directement et celles que les locataires paient indirectement via leurs loyers.

Chaque année, la Ville verse une subvention de 150 000 $ au CINLB. Compte tenu de l’ampleur des lieux, des activités qui s’y déroulent et de sa popularité, on peut dire qu’elle fait une sacrée affaire.

Le reportage de ma collègue Marie-France Létourneau, publié mercredi, nous apprend que les dons déposés dans la bernache mobile ont chuté de 75 % cet été. Chaque année, le Centre récolte 15 000 $ grâce à elle. Selon les prévisions de la direction, l’imposition d’une tarification permettra éventuellement d’engranger 20 000 $ annuellement.

Dans les faits, au lieu d’augmenter les revenus, la tarification ne provoque-t-elle pas plutôt un déplacement de revenus? Dans le scénario le plus optimiste, pour quelques milliers de dollars, vaut-il la peine de risquer d’éloigner des visiteurs en leur imposant des frais d’entrée?

Le gros bon sens dicte que le CINLB abandonne cette politique. L’administration municipale comprendra-t-elle son erreur ou s’acharnera-t-elle à avoir raison?

Le maire Richard Goulet tient à ce que le CINLB augmente son autonomie financière. On comprend entre les lignes que les efforts de l’organisme à ce chapitre ne l’impressionnent guère. Il marque là un gros point.

On ne sent pas, en effet, que la direction du Centre fait preuve d’une grande imagination pour trouver de nouvelles sources de revenus. Le potentiel pour un endroit comme le CINLB est pourtant énorme.

Quelques idées pour le conseil d’administration du CINLB:

1. Approchez des entreprises de la région (Caisse populaire de la Haute-Yamaska, BRP, IBM, etc.) pour qu’elles deviennent partenaires.

2. Ajoutez de nouvelles activités payantes à votre calendrier pour célébrer l’Halloween ou la St-Valentin, par exemple.

3. Organisez des conférences-bénéfices (petit-déjeuner, dîner, souper, 5 à 7) avec des scientifiques, des experts de la nature et de l’environnement ou des personnalités publiques.

Bref, réveillez-vous! Votre gestion manque de dynamisme. Peut-être le conseil municipal y trouve-t-il une raison de vous souffler dans le cou.

photo Alain Dion


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Dimanche 14 octobre 2012 | Mise en ligne à 14h43 | Commenter Commentaires (18)

Dangereux le matricule 728?

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Non, si on en croit son patron.

Marc Parent, chef de police de la Ville de Montréal, estime que l’agente Stéfanie Trudeau était apte à la patrouille lorsque son service l’a retournée sur la route après l’incroyable épisode du poivre de Cayenne lors d’une manifestation étudiante au printemps.

Dans La Presse de samedi, M. Parent répond aux questions de la collègue Nathalie Collard dans la rubrique 10 + 1.

La question numéro 3 est fort révélatrice de la philosophie de la SPVM: «Avec ce qu’on sait aujourd’hui à propos de l’agente 728, pouvez-vous affirmer qu’elle était en mesure de patrouiller et de porter une arme?»

Réponse de M. Parent (les caractères gras sont de moi):

«À la suite des événements du printemps, on avait pris des dispositions pour avoir un meilleur encadrement et on l’avait retirée de toute situation potentiellement à risque comme les manifestations, les événements populaires, etc., parce qu’elle aurait pu été plus à risque d’être provoquée ou de se faire insulter. Mais il n’y avait pas d’autres indicateurs qui pouvaient nous laisser croire qu’elle aurait un comportement excessif, colérique ou complètement déplacé. Quant au port d’arme, il n’a pas été question de l’utilisation de son arme dans l’événement, alors il faut faire attention quand on projette la dangerosité de cette personne-là.»

Les plaintes déposées contre l’agente 728 au comité de déontologie pour manque de contrôle et utilisation d’un langage agressif ne sont-elles pas des «indicateurs» qu’elle a un problème à côtoyer les citoyens?

Ça nous porte à croire que le chef Parent et les superviseurs de l’agente 728 manquent de jugement. Surtout que la policière était aussi affectée à la… formation des jeunes policiers. Ouf!

photo Jacques Nadeau Le Devoir


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