On ne pourra accuser le nouveau gouvernement du Parti québécois d’être resté figé sur la ligne de départ. En moins d’une semaine, l’équipe de Pauline Marois a planté le dernier clou dans le cercueil de l’industrie de l’amiante, annoncé la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2 et renvoyé toute la question de l’exploitation des gaz de schiste au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement.
Saluons le courage politique de Mme Marois. Oui, son courage. Ça en prend pour annuler le versement d’un prêt de 58 millions de dollars pour relancer la mine d’amiante à Asbestos. C’est l’équivalent de mettre une croix sur une partie importante de la base économique de cette région.
Quand on considère que l’amiante est au banc des accusés depuis tellement d’années comme cause de toutes sortes de cancers, on s’étonne que le minerai soit encore exploité au Québec. Est-ce par peur de l’industrie ou par incompétence, pourquoi un chef de gouvernement a-t-il attendu aussi longtemps avant de réaliser la dangerosité de l’amiante pour la santé humaine et de cesser d’encourager son extraction?
Les produits d’amiante servent surtout dans le secteur de la construction. Plaider qu’il est possible pour des pays en voie de développement d’utiliser ces produits de façon sécuritaire, comme le font les promoteurs de l’amiante, est une grotesque insulte à l’intelligence. Nos propres entrepreneurs au Québec les boudent. Et ici, on a des organismes comme la Commission de la construction du Québec et la CSST qui inspectent les chantiers et veillent à la sécurité des travailleurs. Ceux dans les pays du Tiers-Monde sont-ils autant protégés contre ce poison mortel que l’on exporte chez eux?
L’État peut maintenant se concentrer à diversifier l’économie de cette région. Ça doit passer par des investissements de millions de dollars dans des PME, à des entrepreneurs avec des projets novateurs, dans des écoles de formation professionnelle et dans des bourses aux jeunes destinés à des études universitaires.
La fermeture de Gentilly 2 découle d’une philosophie énergétique différente de celle des libéraux: le PQ ne croit pas au nucléaire. Et ses députés ont le courage de la dire.
Les risques d’accidents nucléaires sont trop grands, dit-on en substance dans le camp péquiste. Aussi, le Québec produit déjà assez d’électricité pour ses propres besoins et pour ses marchés d’exportation. Pourquoi dépenser plus d’un milliard de dollars pour rénover la seule centrale nucléaire d’Hydro-Québec?
Le vrai drame est celui de la perte des quelque 800 emplois qui dépendent de la centrale. Là aussi, on devra investir pour aider ces gens à se trouver un autre emploi. On discute de la mise en place d’un fonds spécial de diversification économique de 200 millions de dollars.
Ça nous amène aux gaz de schiste et à la déclaration explosive d’une ministre hier à ce propos. «Je ne vois pas le jour où des technologies permettront une exploitation sécuritaire (de ces gaz)», a affirmé Martine Ouellet. Venant du titulaire du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, ces propos auraient suscité beaucoup de réaction. Mais ils viennent de la responsable du ministère des Ressources naturelles…
Traditionnellement, les gens nommés à ce Ministère n’ont d’intérêt que pour l’exploitation tous azimuts de nos ressources naturelles. Ils ne se soucient pas vraiment des impacts environnementaux. Tant qu’on crée des emplois, de la richesse. En ce sens, le discours de Mme Ouellet détonne.
La ministre, une ingénieure qui a déjà été présidente d’Eau secours, ne croit pas que le comité mis sur pied par le gouvernement libéral pour s’assurer que l’exploitation des gaz de schiste dans le sous-sol québécois par processus de fracturation soit sécuritaire et sans danger pour l’environnement puisse remettre un rapport crédible. Trop de gens de l’industrie y siègent, soutient-elle.
Mme Ouellet estime que le BAPE est en mesure de produire une analyse «objective et indépendante».
Voilà une bonne idée. C’est d’ailleurs la mission première du BAPE: étudier tous les aspects d’un projet puis faire rapport au ministre du MDDEP.
L’organisme a été appelé l’année dernière à donner son avis sur cette question. Mais grâce à un tour de passe-passe, le ministre de l’époque, Pierre Arcand, avait menotté les membres du BAPE en leur confiant un mandat pour trouver de quelle façon sécuritaire les gaz de schiste allaient être exploités. Bref, impossible pour eux de conclure, après analyse, que l’exploitation de cette ressource n’était pas souhaitable.
Restons dans notre thématique: le ministre Arcand aurait-il manqué de courage?
photo Le Soleil
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