Le Grand Parleur

Archive du 24 août 2012

Vendredi 24 août 2012 | Mise en ligne à 18h05 | Commenter Commentaires (12)

Une (autre) cage à homards

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Pauline Marois vient peut-être de perdre les élections. Elle a tout le moins plombé ses chances de victoire nette. Ses explications sur les limites des référendums d’initiative populaire, à savoir que la décision d’appliquer ou non le résultat de tels plébiscites serait la prérogative de l’Assemblée nationale, ne convainquent guère. Les faits sont là: un gouvernement majoritaire du Parti québécois pourrait reconnaître un vote en faveur de la souveraineté du Québec suite à un référendum demandé par 15 % de la population.

Les assurances données par Mme Marois à l’effet que ces référendums seraient seulement consultatifs manquent de sérieux. Pourquoi une formation politique, dont l’article 1 apparaissant dans son programme depuis sa fondation en 1968 — pas l’article 38, mais bien sa raison d’être — revendique la création d’une nation québécoise indépendante, raterait une telle occasion de réaliser son objectif?

Il ne faut pas perdre de vue que notre système parlementaire calqué sur celui des Britanniques accorde des pouvoirs immenses au parti qui détient une majorité. En ce sens, majoritaires, les péquistes pourraient être tentés d’explorer la voie d’un référendum d’initiative populaire sur la question de la souveraineté. De consultatifs, ces exercices de démocratie directe pourraient se transformer en référendums contraignants. Surtout si la question porte sur l’indépendance du Québec et que le résultat est positif.

Telle est la latitude d’un gouvernement qui détient une majorité de sièges en chambre.

Le Parti québécois nous a habitués au flou sur le processus d’accession à la souveraineté. Les plus vieux se rappelleront de la question-fleuve posée en 1980 par le gouvernement de René Lévesque sur la souveraineté-association. Elle comportait tellement d’éléments et de détours que des politologues soupçonnent des électeurs de s’y être perdus (59,56 % des électeurs ont rejeté la proposition, 40,44 % l’acceptant).

Puis en 1994, alors que le PQ préparait son deuxième round référendaire, le premier ministre Jacques Parizeau a comparé lors d’une discussion privée les Québécois à des homards qui une fois dans la cage ne pourraient reculer et accepteraient l’indépendance du Québec. La métaphore exposait la stratégie de négociation que Québec allait imposer à Ottawa pour jeter les bases d’une nouvelle entente de partenariat. Le fédéral allait assurément refuser le modèle, calculait M. Parizeau, moussant alors le nationalisme des électeurs québécois juste avant un autre référendum. Une astuce, avait résumé le PM.

On a beau retourner la question de tous les bords et de tous les côtés, on voit mal l’avantage du PQ d’attendre un deuxième mandat pour organiser un référendum sur l’indépendance du Québec. Comment Mme Marois, et là on fait la supposition qu’elle remporterait le scrutin du 4 septembre prochain, réussirait-elle à convaincre les électeurs de lui donner un deuxième mandat pour qu’elle puisse tenir un référendum?

Pas question de lancer la machine référendaire, promet Mme Marois qui offre aux Québécois d’élire un bon gouvernement. René Lévesque avait promis la même chose en 1976…

•••

De retour d’un petit périple de quatre jours au Saguenay-Lac-St-Jean, pays de mon enfance. Chaque été, les progrès réalisés sur la route 175 sont impressionnants. Il ne reste que quelques kilomètres de route à construire pour que Chicoutimi et Québec — séparés par 200 kilomètres de montagnes peuplées de noirs conifères, de rivières et de lacs sauvages — soient liés de façon permanente par une autoroute à quatre voies.

Ce projet titanesque est une ode à la détermination des Bleuets. Ils se battent depuis des décennies pour obtenir leur route à quatre voies. On réalise en parcourant la route du parc des Laurentides, comme on surnomme la 175 bien qu’il s’agisse d’une réserve faunique, l’énorme poids politique des Saguenéens et des Jeannois. Énorme, il n’y a pas d’autres mots.

Un poids politique énorme donc pour convaincre Québec et Ottawa de dépenser des centaines de millions de dollars pour une autoroute qui ne devrait accueillir d’ici 2020 que 7400 véhicules par jour, selon les prévisions du ministère des Transports. En 2002, lors du début des travaux, 4800 véhicules circulaient sur la 175.

Pourtant, les normes du même ministère établissent que 8000 véhicules par jour doivent utiliser une route avant de la modifier pour en faire une artère à voies séparées.

Un gros poids politique, je vous dis.

Tout ce long détour pour vous parler du boulevard David-Bouchard (route 139). Une étude de la firme Genivar, commandée par le Ville de Granby, concluait en 2009 que cette entrée de ville vivait 74 heures de congestion durant l’été en raison des visiteurs en route vers le Zoo de Granby.

Question: a-t-on vraiment les moyens de dépenser des dizaines de millions de dollars, comme le proposent certains candidats, pour construire un boulevard à quatre voies entre l’autoroute 10 et le jardin zoologique parce qu’on éprouve des problèmes de circulation deux, trois semaines dans l’été?

Pourquoi pas une solution plus économique et verte? Un stationnement incitatif dans le parc industriel, par exemple, avec des navettes pour amener les touristes au Zoo en coupant à travers la Ville.

On utilise déjà le terrain du magasin Zellers comme stationnement quand celui du Zoo déborde. Mais quand on refoule les visiteurs vers ce stationnement, le mal est déjà fait, le bouchon de circulation sur David-Bouchard trop gros, ingérable. Le fait est que ces véhicules n’auraient jamais dû se rendre aussi loin. Pourquoi les amener aussi proche quand on connaît les limites de l’artère?

Le maire Goulet a fait valoir un bon point en affirmant que Granby est la seule grande ville du Québec qui n’est pas desservie par une route à quatre voies en provenance d’une autoroute. Mais on oublie que trois autres routes provinciales traversent Granby: la 112, la 137, et la 241 (boulevard Pierre-Laporte). Les utilise-t-on efficacement pour amener des gens au Zoo?

C’est plate à dire, mais c’est une bonne chose dans ce cas-ci que notre poids politique n’est pas comparable à celui des Saguenéens…

photo Robert Skinner, archives La Presse

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