Le Grand Parleur

Le Grand Parleur - Auteur
  • Michel Laliberté

    Gamin, Michel Laliberté rêvait de devenir journaliste sportif. C'était avant le scandale Ben Johnson aux Jeux olympiques de Séoul en 1988.
  • Lire la suite »

    Partage

    Mercredi 4 avril 2012 | Mise en ligne à 16h43 | Commenter Commentaires (12)

    Les mauvais anglophones

    Image 6

    Ma mère est une «bad anglophone». Elle m’a lancé ça le week-end dernier. On débattait du sondage de L’actualité sur l’avenir du français à Montréal, mais surtout de la responsabilité (l’attitude aussi) des anglophones dans le débat socio-politoco-écono-linguistique québécois.

    Ma mère est une Savage de St-Lambert, de l’autre côté du pont Victoria. Cette petite bourgade, aujourd’hui habitée par des francophones de la classe moyenne et supérieure, était jusque dans les années 80 un petit Westmount en version plus modeste. Avant que mes parents ne déménagent au Saguenay à la fin des années 70, elle ne parlait pas un seul mot français. Pas un. C’était la réalité de l’époque.

    Femme intelligente, éduquée, curieuse, cultivée, débrouillarde, elle s’est mise au français. Aujourd’hui, elle le parle avec une grande facilité, en comprend presque toutes les subtilités et peut plaider son point de vue avec aisance dans la langue de Lévesque. Et le tout avec un accent qui danse dans les oreilles. On se tourne dans les boutiques et les restaurants pour voir qui peut bien prononcer notre langue avec une telle douceur teintée d’autant de flegme anglophone.

    Sa passion pour le français va beaucoup plus loin. Elle connaît Félix Leclerc, Yvon Deschamps, Michel Tremblay, Ginette Reno, Lise Dion. Elle lit La Presse et La Voix de l’Est, bien entendu, sur internet et prend ses nouvelles le soir avec Céline Galipeau.

    Son ouverture au monde francophone lui permet d’adopter des positions réfléchies sur les défis auxquels les Québécois sont confrontés. Elle est en faveur de la Loi 101, pour la prédominance de l’affichage en français, contre les écoles passerelles. Elle ne voterait pas oui à la souveraineté du Québec, mais elle comprend qu’une frange importante des Québécois souhaite la création d’un État. Un projet légitime, selon elle.

    Tout ça pour vous dire que ma mère est francophile. Une vraie.

    Mais pour la première fois, elle éprouve un malaise de faire une si grande place dans sa vie à la culture francophone. Et si cela nuisait à sa communauté, s’interroge-t-elle.

    Ce sont les conclusions du sondage de Crop-L’actualité-98,5 FM qui l’amènent à se poser cette inquiétante question. Elles font passer les anglophones pour des empêcheurs de tourner rond, de mauvais citoyens.

    Le coup de sonde du magazine nous apprend que 74 % des Québécois anglophones âgés de 18 à 34 % ne voient pas de problème à ce que les grandes entreprises embauchent des cadres supérieurs unilingues anglophones. Et 77 % d’entre eux ne se sentent pas investis du devoir de contribuer à ce que Montréal demeure une ville francophone.

    La responsabilité de promouvoir la langue française, soutient ma mère, n’incombe pas aux Anglo-Québécois. Dans le meilleur des mondes, ceux-ci devraient apprendre le français et l’utiliser, croit-elle. Les données du sondage tendent à démontrer qu’une forte majorité d’entre eux l’ont appris. Assez en tout cas pour que 79 % disent être capables de soutenir une discussion sérieuse en français.

    Il appartient d’abord aux francophones, dit-elle, de se faire entendre. C’est à eux de revendiquer leur droit de vivre et de travailler en français.

    Faire porter cette responsabilité aux anglophones, c’est l’équivalent de les stigmatiser, dénonce ma mère. On ne peut-on les blâmer d’être responsables du déclin du français à Montréal. Et si c’était les francophones qui avaient baissé les bras, suggère-t-elle. Bonne question.

    Nombreux francophones, note-t-elle, parlent en anglais quand ils en ont l’occasion. Chaque fois qu’elle magasine, souligne-t-elle, les employés changent à l’anglais quand ils réalisent qu’elle est anglophone. Chaque fois elle leur dit de lui parler en français.

    Une «bad anglophone», ma mère? Non. Une Anglo-Québécoise francophile qui commence à se demander ce qu’elle peut humainement faire pour insuffler plus de confiance et de positivisme à ses compatriotes francophones.

    On se le demande aussi.

    illustration yulcontenu.com

    Suivez-moi sur twitter: @Grand_parleur


    • …Hébin! Vous aussi vous êtes une sorte de Métis, comme moi. Sans vous raconter ma vie, je vais juste vous dire que je me considère d’abord francophone mais vous direz à votre mère que je partage quand même son sentiment sur la question.

      Quand j’ai lu cet article dans L’Actualité et entendu les commentaires négatifs qui se sont ensuivis ici et là, mon réflexe fut exactement le même: La défense et la diffusion de la langue française ne sont pas la responsabilité des anglophones. Il nous revient de faire tout ce qu’il faut pour cela, à commencer par parler et écrire notre langue «comme du monde» et en être fier. Et à se faire respecter tout en respectant les autres.

    • Arrêtons un peu : la défense de la langue nationale est de la responsabilité de TOUT LE MONDE. Les anglophones et les locuteurs d’autres langues étrangères ont la même responsabilité de défendre notre langue. Je m’excuse, mais votre mère devrait plutôt avoir honte de sa « communauté », de voir qu’elle est si repliée sur elle-même et si méprisante à l’égard des Québécois.

    • Votre mère est une exception. Tout les anglos que je connais ne s’interessent pas à la culture canadienne francaise. Encore moins les jeunes issus de l’immigration. En effet, les enfants de la loi 101, pour la plupart, méprisent le francais. Oui, ils le parlent. Mais par obligation, non par choix. Et vous savez ce qu’ils se disent entre eux?? French is for loosers.

    • Quand j’ai reçu mon Actualité, je suis presque tombé de ma chaise. “Plein d’anglos ne se sentent pas responsables de promouvoir la supériorité de la langue française au Québec, vous rendez-vous compte?!” Euh… Ouais? Me semble que c’est normal. Autre question posée aux anglos : “Seriez-vous à l’aise si Montréal devenait principalement anglophone?” Ben… c’est sûr! Si j’habitais Winnipeg, serais-je à l’aise si cette ville devenait principalement francophone? Ben tiens. Quelle mauvaise foi! L’art de poser les mauvaises questions pour recevoir les mauvaises réponses. Quelle surprise de la part de l’Actualité et de J.-F. Lisée, propagandiste professionnel. (Au même titre qu’A. Pratte, mais dans l’autre camp. Ces deux-là sont d’un comique…)

    • Il appartient aux francophones de se respecter, de se faire respecter, de promouvoir et de defendre sa langue. S’ils ne le font pas, pourquoi les autres le ferait pour eux?

    • Dans cette même lignée on peut aussi dire qu’il existe de “mauvais francophones”. Trop parmi nous jouent cette attitude d’éternel perdant, de conquis qui n’a jamais accepté la réalité. À un moment donné il faut en revenir : la défaite aux mains des Anglais remonte à 1760, revenons – en ! La réalité est que nous sommes minoritaires et que la langue des affaires est l’Anglais ; qu’on soit Québécois, Mexicain ou Brésilien ; la business c’est en Anglais que ça se passe, que ça plaise ou non.
      Ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas défendre notre belle langue, bien loin de là, mais entre ça et l’attitude trop souvent négative, coercitive et nombriliste prônée par des organismes comme Impératif Français, me semble qu’il pourraît y avoir des nuances.
      Une langue ça se défend en en faisant la promotion, pas en essayant de la pousser dans la gorge des autres.
      Une langue ça se défend aussi en l’utilisant bien. Quand je vois le nombre de fautes que certains commetent juste ici sur les blogues de La Presse, je me dis qu’on a pas mal de ménage à faire dans notre cour avant de commencer à donner des leçons aux autres ou de leur imposer cette même langue que nous massacrons par notre propre médiocrité.

    • J’applaudi les anglos qui apprennent assez de français pour soutenir une conversation. Ce ne sont pas eux le problème. Ce sont les irreductibles têtes carrées qui vivent au Québec depuis vingt ans et qui ne peuvent même pas vous donner l’heure en français. Je n’exagère pas; J’en connais plusieurs. C’est cette attitude colonialiste qui m’enrage et je leur dit: “mangez de la m***de et crissez votre camp ailleurs si vous n’avez même pas assez de respect pour faire un petit effort. Les autres, ceux qui essaient, on vous aime même si vous aurez toujours un accent et que vous tromperez toujours sur le genre du mot cravate.

    • Contrairement à ce que morlou écrit, votre mère n’est pas une exception. Quand les racistes voient et entendent un “bon nègre” à la télé, ils rajoutent toujours que celui-ci, c’est une exception. Quand ils voient et entendent un “bon sauvage”, idem.

      Votre mère est remarquable, sensible et intelligente comme plusieurs anglos que je connais. Tous les anglos ne sont pas remarquables, sensibles et intelligents. Tous les francos non plus. Alors, laissons faire les bons nègres, les bons sauvages et les bons anglos, morlou.

      « Les blancs disaient que c’était un bon nègre, un vrai bon nègre, le bon nègre à son bon maître »
      Aimé Césaire

      «Nègre je suis, Nègre je resterai» Aimé Césaire

      Changeons “nègre” pour anglo…

    • Je suis déjà fan de cette femme là! C’est peut-être qu’elle bénéficie d’un recul que nous n’avons pas beaucoup, nous les francophones, qu’elle a remarqué notre manque de ferveur à défendre individuellement notre langue et notre culture. Collectivement, ça va. On s’en remet à l’Office de la langue française et on râle un peu mais pas trop et dès l’instant où on s’aperçoit que notre interlocuteur est anglophone, on “switch” à l’anglais. Ce n’est pas aux angophones de nous dire quoi faire mais plutôt à nous de se porter à la défense de notre langue à chaque instant. Merci Madame de nous le faire remarquer!

    • En fait, la réponse se situe ici : “Avant que mes parents ne déménagent au Saguenay (…)”.

      Le Saguenay… Une trop belle région!

      J’ai amené en voyage mes petits monstres dans cette région et j’ai été conquise! Quel beaux paysages et enfin pleins de gens dynamiques!

      Une autre belle façon de démontrer que, hélas, Montréal n’est plus le nombril du monde et la leader de la langue française.

    • je suis francophone , issue de parents français de France , je suis également multilingue , j’élève (seul) ma fille en français , elle vas a l’école en français et irais même si je n’avais d’autre choix que le privé.
      par contre je ne m’identifie pas a la communauté francophone au Quebec , tout simplement a cause des lois linguistiques que je trouve immoral et discriminatoire envers une des deux communautés fondatrice de ce que est le Quebec aujourd’hui . dénigrer la moitie anglo de Montréal c’est comme tuer la moitie de son âme.
      une culture ça se protège en la gardant dynamique et en se reproduisant pas avec des loi et des tonton macoute de la pureté linguistique , le pire ennemi du français a Montréal c’est justement ces extrémistes de la ssjb et cie

    • Ce n’est pas qu’on ne connais pas Marie-Mai. Ce qu’on n’est pas emballé, c’est tout.
      Par contre, il a fallu qu’Arcade Fire gagne des prix à travers le monde (après Toronto) pour qu’un Félix leur soit accordé (à contrecoeur et en retard) pour sa “reconnaissance à l’extérieur du Québec”.
      Ça fait dur, non?

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    juillet 2011
    L Ma Me J V S D
    « juin   août »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    25262728293031
  • Archives

  • publicité