Voici comment, en 2012, on développe des quartiers résidentiels dans nos municipalités au Québec: en rasant presque tous les arbres.
Ces photos ont été prises hier après-midi dans le développement de l’entrepreneur Michel Duchesneau sur la rue Quévillon à Granby. Où on trouvait pas plus tard l’automne dernier des centaines d’érables et des conifères, on ne compte plus maintenant qu’une trentaine d’arbres debout. Désolant.
Le secteur a ceci de particulier qu’il est collé sur une zone humide. L’entrepreneur a maximisé la superficie disponible de ses lots en allant les accoter, si on peut dire, sur la zone humide où passe le ruisseau Quévillon. C’était l’un des derniers ruisseaux à Granby encore à l’état sauvage.
Notons que l’entrepreneur n’est pas en situation illégale. Sa marge de recul respecte la réglementation provinciale des dix mètres prévus pour la bande riveraine (quoi qu’à certains endroits…). Ça ne veut pas dire que la zone humide ne souffrira pas de cette urbanisation, surtout que le terrain a été remblayé par des tonnes de terre jusqu’où débute la zone humide.
L’idée ici n’est pas de faire passer M. Duchesneau pour un saccageur de la nature. Le problème vient du fait que tous les promoteurs immobiliers ont ce vieux réflexe d’éliminer tout ce qui pousse sur leurs terrains. Ça empêche leurs équipements de circuler, disent-ils. Vrai que les équipements requis pour dynamiter le roc, préparer les terrains pour y passer des tuyaux, construire des rues et ériger des maisons sont imposants. Mais de là à tout raser! On manque d’imagination… et de bon vouloir.
Les entrepreneurs assurent, pour se défendre d’être anti-écologiques, que des centaines d’arbres seront replantés. Ça ne change pas la réalité; on ne peut remplacer des arbres matures par des fouets de quatre ou cinq pieds de haut. La nature — nous tous par ricochet — perdons largement au change.
La mode est au développement durable. Or, ce genre de développement n’a rien à voir avec ce concept devenu avec le temps galvaudé dans le vocabulaire de nos élus.
On aborde la question du couvert forestier et des zones humides aujourd’hui parce que les dirigeants de la Ville de Granby en discuteront amplement demain soir. Ils présenteront, lors d’une rencontre d’information (à 19h à la salle du conseil), les milieux naturels qu’on retrouve sur le territoire de la Ville.
Un relevé des milieux naturels estime que Granby compte 51 km2 de milieux naturels boisés et humides (5100 hectares). C’est l’équivalent de 33 % de la superficie de la Ville: 25 % en boisé et 8 % en milieux humides, peut-on lire dans un très beau document préparé par la Ville en collaboration avec Nature-Action Québec et la Fondation pour la sauvegarde des écosystèmes du territoire de la Haute-Yamaska.
Malheureusement, tous ces efforts pour protéger nos milieux naturels sont destinés à l’échec si la Ville ne revoit pas sa philosophie de développement résidentiel. Il ne suffit pas d’encourager les propriétaires des terrains où se trouvent des milieux naturels à les protéger. Il faut impérativement baliser les «méthodes de travail», si on peut les appeler ainsi, des entrepreneurs pour que le saccage cesse.
Le cas de la rue Quévillon n’est qu’un triste exemple parmi d’autres. Allez-voir le développement dans l’est de la Ville, près de la piste cyclable. Un peu plus et le promoteur offrait des maisons sur pilotis!
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