
Les étudiants québécois devraient contribuer davantage financièrement à leurs études universitaires. Ils ont tout avantage à le faire. Parce que l’obtention d’un diplôme, les statistiques le prouvent, mène à des emplois mieux rémunérés. Investir dans son éducation est la meilleure décision qu’un jeune peut prendre. Reste à déterminer quel montant on devrait leur charger.
Les droits de scolarité sont peu élevés au Québec. Il faut être de mauvaise foi pour prétendre le contraire. Quand on débourse 2168 $ par année pour aller à l’université, qu’on a accès à des cours et à des ressources de qualité, on ne peut pas dire que l’État exagère. En fait, c’est ici où on paie le moins en Amérique du Nord.
Peut-être en demande-t-on trop, trop rapidement aux étudiants. Décréter une hausse de 325 $ par année pendant cinq ans, comme l’a fait le gouvernement libéral, c’est un énorme électrochoc. On pourrait même penser qu’on cherche noise aux jeunes. Peut-on vraiment se dire surpris de leur réaction ?
En 2016-2017, il en coûtera 3793 $ par année pour fréquenter une université. C’est beaucoup d’argent. Un bond de 74,9 %. Même si on n’adhère pas à l’argumentaire des étudiants sur la part qu’ils devraient payer pour leurs études supérieures, on les comprend de recourir à la grève pour protester.
Pas plus tard que jeudi, la ministre de l’Éducation a déploré la décision des leaders étudiants d’avoir quitté l’année dernière une rencontre sur le financement des universités du Québec. C’est à cette occasion, a expliqué Line Beauchamp, que les étudiants auraient pu donner leur point de vue, proposer des solutions sur cette épineuse question. Une occasion ratée, selon elle. Il est vrai que les leaders estudiantins ont claqué la porte à cette rencontre. La ministre Beauchamp omet toutefois un élément fort important dans sa critique : dès le début de la rencontre, le gouvernement a annoncé qu’il allait augmenter les droits de scolarité. Bonjour la discussion ! Tout étant déjà décidé, les étudiants ont préféré s’en aller plutôt que d’accorder une légitimité à cette rencontre par leur seule présence.
Par électoralisme, les gouvernements libéraux et péquistes des deux dernières décennies ont choisi de geler les droits de scolarité. Pourtant, les coûts pour financer nos établissements universitaires n’ont jamais cessé de grimper.
L’irresponsabilité de nos élus ne s’arrête pas là. On attend encore une vraie réforme du programme de prêts et bourses du ministère de l’Éducation. Les modalités d’admissibilité à ce programme datent d’une autre époque. Trop d’étudiants sont considérés à tort comme étant encore sous l’autorité de leurs parents quand vient le temps de déterminer l’aide financière qu’ils recevront. Quand on a plus de 18 ans, qu’on peut voter, conduire, travailler et qu’on n’habite plus à la maison familiale, peut-on sérieusement dire qu’on est encore dépendant de ses parents ? Nos élus n’en parlent pas.
C’est une vision des choses passéiste. Qui fait bien l’affaire du gouvernement. Elle lui permet de considérer les revenus des parents avant de verser un prêt et une bourse à leurs enfants. Ça fausse tout. Si vous avez un revenu familial de 54 000 $ (avant impôt), les responsables du ministère calculent que vous devez contribuer à hauteur de 6840 $ chaque année au financement des études de votre jeune inscrit à temps plein à l’université. C’est 12,6 % de vos revenus. Avant impôt, rappelons-le. Quels parents peuvent vraiment contribuer pour de tels montants ? Nos élus n’en parlent pas.
Il y a un autre irritant concernant les prêts étudiants : la période maximale de remboursement. Celle-ci est toujours de dix ans. Depuis plusieurs années déjà, on suggère de l’allonger. Un système de proportionnalité, sur la base des revenus versus la dette étudiante, pourrait également être étudié. Nos élus n’en parlent pas.
Difficile de nier que nos universités vivent des problèmes financiers. Mais comment peut-on exiger que les étudiants paient plus alors que les universités dépensent des millions de dollars pour construire des pavillons un peu partout pour se livrer une concurrence ? Tout ça alors qu’elles versent des salaires, des primes et des indemnités de départ indécents à leurs recteurs et autres hauts cadres. Ça non plus, nos élus n’en parlent pas.
Vous voulez vraiment aider nos universités, Mme la ministre ? Refaites vos devoirs !
photo Cyberpresse
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