Le Grand Parleur

Archive du 10 janvier 2012

Mardi 10 janvier 2012 | Mise en ligne à 12h58 | Commenter Commentaires (14)

La peur de la science

Image 2

Nos gouvernements ont peur de la science. Dès qu’il en est question, ils tombent dans le déni. Ça les amène à réfuter des données validées par des experts. Ce dogmatisme fait que les gouvernements du Canada et du Québec, à contre-courant de l’appel de leurs propres scientifiques, continuent d’encourager l’exploitation des mines d’amiante chrysotile sur leur territoire et de favoriser l’exportation de leurs produits dans des pays du Tiers-Monde où ils sont utilisés dans la construction de bâtiments et de maisons.

L’amiante chrysotile est une merde, une source de cancers, une menace à la santé publique. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) le dit d’une façon plus polie, mais tout aussi percutante:

«(…) L’état des connaissances à ce jour permet de conclure que l’amiante chrysotile est un cancérigène pour l’humain et de ce fait toutes les mesures de prévention et de protection de la santé des travailleurs et de la population doivent être appliquées. Cependant, l’expérience du Québec démontre qu’il existe d’importantes difficultés à appliquer les mesures d’utilisation sécuritaire préconisées.»

Les études de l’INSPQ donnent froid dans le dos. Des 10 918 travailleurs des mines et des usines d’amiante au Québec et qui sont décédés avant 1992, 38 sont morts du mésothéliome (cancer qui s’attaque aux revêtements des poumons). Entre 1988 et 2003, 59 cas de mésothéliome de la plèvre (autre type de cancer qui s’attaque aux poumons) ont été diagnostiqués chez les travailleurs de cette industrie. De ces gens malades, 43 sont décédés. Finalement, entre 1988 et 2003, 198 travailleurs de cette industrie ont découvert qu’ils avaient une amiantose et 203 ont appris qu’ils avaient un cancer du poumon.

Conclusion des chercheurs de l’INSPQ:

«Il est donc difficile d’écarter le fait que l’amiante chrysotile du Québec, cause des amiantoses, des cancers du poumon et des mésothéliomes de la plèvre».

Ça ne peut être plus clair.

Plusieurs pays européens ont pris acte de ces données; ils ont banni sur leur territoire l’utilisation de produits renfermant ce minerai. Qu’ont fait le Québec et le Canada? Ils ont cherché de nouveaux marchés pour ces produits… Et ils les ont trouvés au Tiers-Monde. Leur argument: il est possible d’utiliser les produits de l’amiante de façon sécuritaire.

Réfléchissez à ceci: si on peine à faire respecter chez nous les «mesures d’utilisation sécuritaires préconisées» alors qu’on a des inspecteurs de la CSST et de la Régie du bâtiment pour veiller au grain, peut-on conclure sans vraiment tomber dans la démagogie qu’appliquer des «mesures d’utilisation sécuritaires préconisées» dans des pays pauvres relève de l’utopie?

On se plaint souvent des nombreuses règles et des normes sévères exigées par les autorités aux entreprises d’ici. Pensez–vous sérieusement qu’une telle surveillance existe dans des pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil?

Quand on vend nos produits de l’amiante à de tels pays, peut-on dire que ça fait de nous des exportateurs de produits hautement cancérigènes? Y’a de quoi se sentir honteux! Le Canada pourrait-il un jour faire face à des poursuites de la part de travailleurs de ces pays pour cause de négligence?

Malgré toutes ces preuves, nos gouvernements continuent de croire dans l’amiante. Le minerai est au cœur de l’économie de la région d’Asbestos, la région des ministres conservateur Christian Paradis et libéral Laurent Lessard. Des centaines d’emplois en dépendent.

Ce cas illustre parfaitement l’incapacité — ou le manque de courage — de nos gouvernements à prendre des décisions difficiles. Au lieu de travailler à diversifier l’économie des régions où l’amiante occupe une place importante, ils ont préféré ignorer les signes que cette industrie est sur le respirateur artificiel. Ils ont créé de faux espoirs en promettant d’aider les entreprises concernées, notamment en garantissant des prêts pour financer leurs activités d’exploitation.

Entre des scientifiques qui peuvent étayer leurs conclusions et des politiciens qui veulent rester en poste et qui prennent des décisions en conséquence, à qui peut-on faire confiance?

Lire les commentaires (14)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

  • Calendrier

    décembre 2011
    L Ma Me J V S D
    « nov   jan »
     1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    262728293031  
  • Archives

  • publicité