
Qu’est-ce qui est le plus décourageant : que le nouvel entraîneur-chef du Canadien ne parle pas un traître mot français ou bien que des Québécois ne semblent pas indisposés par la chose ?
Voici quelques commentaires recueillis dimanche par mon collègue Maxime Massé lors d’une vox populi sur la nomination de Randy Cunneyworth à la tête du Canadien :
« Ça n’a pas d’importance pour moi. S’il est capable de faire gagner l’équipe et d’aller chercher des victoires, les fans vont être contents. »
« Qu’il parle français ou anglais, ça ne me dérange pas. »
« Je m’en fous en autant que l’équipe fournisse des performances adéquates sur la glace. »
« (…) C’est certain qu’il faut qu’il s’adapte, ce serait important qu’il apprenne le français, mais ça ne me dérange pas en soi. Anglophone ou francophone, tant qu’il fait bien marcher les joueurs sur la glace, c’est ma première préoccupation. »
En résumé, la seule chose qui compte, c’est que le club gagne.
C’est là tout le problème avec ce énième débat linguistique : se faire respecter en tant que peuple francophone, ça ne semble pas important pour une grande partie de la population. Pire, telle une bande de colonisés, elle s’en contrebalance.
Cet état d’esprit fait que des patrons d’entreprise, les dirigeants de l’une de nos plus importantes sociétés d’État et le gouvernement canadien ont les coudées franches pour offrir des emplois et confier des mandats à des unilingues anglophones sans se soucier de la spécificité du Québec, de son fait français, base de sa culture et de son identité.
Oublions un instant The Montreal Canadians et regardons ailleurs chez nous. Comment peut-on accepter que la langue de travail ne soit pas le français à la Banque Nationale et chez Bombardier ? Comment peut-on accepter que de gros bonnets d’une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec ne puissent s’exprimer en français ? Comment peut-on accepter les nominations par le gouvernement fédéral d’un vérificateur général unilingue, de deux juges à la Cour suprême qui ne sont pas bilingues, et du responsable des communications du premier ministre Stephen Harper qui ne parle pas français ?
Le directeur général des Montreal Canadians, Pierre Gauthier, ulcéré des questions des médias portant sur l’unilinguisme de son nouvel entraîneur-chef, a eu cette sidérante réponse : « une langue, ça s’apprend ».
Apprendre le français ! On a aussi entendu ce vœu pieux de tous ces unilingues anglophones embauchés par la Banque Nationale et la Caisse de dépôt et placement. Apprendre le français, c’est exactement ce qu’ont promis de faire les deux nouveaux magistrats de la Cour suprême et le vérificateur général du Canada. L’entraîneur-chef Cunneyworth s’est aussi engagé à s’y mettre…
Tiens, une suggestion : on devrait donner une amende à tous ces unilingues anglophones qui une fois en poste disent qu’ils vont apprendre le français.
Soyons réalistes ! Il est trop tard pour eux ! S’ils avaient vraiment de l’intérêt pour le français, pour faire progresser leur carrière, ils auraient pris des cours bien avant.
Randy Cunneyworth a été embauché en juin 2010 par The Montreal Canadians pour diriger son équipe-école de la Ligue américaine à Hamilton. Pourquoi ne s’est-il pas alors familiarisé avec la langue française ? Ce ne sont pas seulement les joueurs qui sont rappelés des mineures pour se joindre au grand club ; les entraîneurs aussi graduent parfois. Autant se préparer tout de suite, aurait dû se dire Cunneyworth. Il ne l’a pas fait. Parce que comme bon nombre de Québécois, s’est-il sûrement dit, ce n’est pas important.
Cet autre épisode linguistique déchaîne les anti-Québécois ailleurs au Canada. Ils nous salissent à la radio, sur internet, dans les blogues, les médias sociaux. Tout ça parce que des Québécois se tiennent debout en exigeant que le porte-parole d’une institution comme le Canadien soit capable de leur parler dans leur langue.
Est-ce trop demander, en 2011, que les Canadiens ailleurs au pays comprennent notre attachement pour notre langue ? Peuvent-ils accepter que nous voulions la conserver à tout prix ? Comment réagiraient-ils s’ils étaient dans nos souliers ?
On dit que gagner, ce n’est pas tout. Mais se faire respecter en tant que francophone, ça devrait être au cœur des préoccupations de tous les Québécois. Sinon, c’est la reddition des colonisés.