
Des municipalités québécoises, qui cherchent par tous les moyens d’économiser de sous, songent à fermer leur service de police et faire appel à la Sûreté du Québec. La proposition est alléchante: Québec défrayera 43 % des coûts de la SQ.
La police coûte cher: les salaires des policiers et de leurs patrons, leurs avantages sociaux, leurs équipements, les véhicules, les postes de police, etc. D’où l’intérêt des municipalités d’abandonner les uniformes bleus au profit du kaki de la SQ.
Une nouvelle loi québécoise à l’étude, le projet de loi 31, donnerait la possibilité aux villes de 50 000 habitants et plus de recourir aux services de la SQ.
Une loi similaire, adoptée en 2001, offrait le même choix aux villes de 50 000 et moins. Il faut cependant dire que le gouvernement leur avait forcé la main. Ou bien elles investissaient beaucoup d’argent pour doter entre autres choses leur corps de police de services d’enquête et d’équipements très dispendieux, ou bien elles mettaient la clé sous la porte de tout ça et passaient un appel aux gens de la SQ.
C’est ce que plusieurs municipalités, après de savants calculs, ont fait. De 109 corps de police municipaux en 2002, il n’en reste plus que 33, selon les données du ministère de la Sécurité publique.
Plusieurs municipalités regrettent aujourd’hui d’avoir sauté dans le bateau de la SQ. Suffit de se rendre à n’importe quelle assemblée municipale, dans n’importe quelle municipalité qui jadis avait son corps de police, pour se rendre compte que les citoyens, et les élus, ne sont pas satisfaits des services rendus par la SQ. Vraiment pas satisfaits.
Dans cette mer de critiques, les gens ne remettent pas en question la compétence des policiers de la SQ. Non. Ils se demandent simplement où ils sont. Bonne question.
On sait cependant où se trouvent les policiers de la Ville de Bromont. Partout. Malgré sa petite taille (7396 résidants), Bromont demeure une des seules «petites» municipalités qui a conservé son service de police. La mairesse Pauline Quinlan s’en félicite chaque jour. «On a fait un choix et on a fait le bon choix», m’expliquait-elle hier soir en marge de l’assemblée des maires de la MRC de Brome-Missisquoi.
Difficile d’imaginer que Mme Quinlan puisse regretter son choix. Son travail l’amène à travailler avec ses 20 autres collègues de la MRC dont les municipalités sont toutes desservies par la SQ. Ils pestent souvent contre la SQ. On peut parier un petit 2 $ qu’ils envient tous la mairesse de ne pas avoir cédé.
En 2010, le service de police de Bromont, qui compte 19 policiers, a coûté 2,9 millions de dollars à la Ville. Ça en vaut la peine, assure Mme Quinlan. Pour une foule de raisons: visibilité des policiers, rapidité d’intervention, respect des limites de vitesse — c’est sûrement l’un des endroits dans tout le Québec où les automobilistes sont les plus disciplinés. On comprend les gens de faire gaffe: l’an dernier, les policiers bromontois ont distribué pour 400 000 $ de contraventions. Disons que leur vigilance permet d’amortir ce qu’ils coûtent à la Ville.
Pendant ce temps-là, la Ville de Lac-Brome est nostalgique. Elle a abandonné son corps de police en 2001, trop cher à maintenir.
Bonne décision? Voyons voir. Coûts en 2010 de Lac-Brome pour les services de la SQ (qui ne garantit aucunement qu’une auto-patrouille soit sur son territoire en tout temps): 1 948 000 $.
C’est une facture indécente pour une municipalité, aussi riche soit-elle, avec une population de 5686 habitants.
Un dernier point. Québec financera-t-il toujours 43 % des coûts de la SQ, s’interroge Mme Quinlan.
Excellente question. Surtout que la loi interdit aux municipalités insatisfaites de remercier la SQ et de repartir leur service de police ou d’être desservies par des services municipaux de police limitrophes. Appelons ça des clients… captifs.
Si on ne parlait pas de la SQ, tout ça ressemblerait à une forme d’escroquerie!