Le conflit chez Postes Canada prouve que les syndicats canadiens de la fonction publique sont dus pour un grand virage côté stratégique. Les moyens de pression radicaux ne fonctionnent tout simplement plus. On ne peut priver les gens d’un service public comme la livraison du courrier et espérer rallier l’opinion publique. Les gens sont soit trop jaloux des salaires et avantages sociaux des syndiqués, soit trop frustrés de ne pas obtenir les services pour se ranger derrière eux.
Attention, direz-vous. Il s’agissait d’un lock-out et non pas d’une grève. Oui, c’est vrai. Mais en lançant des grèves tournantes dans les grandes villes du pays, il était assez clair que la direction de Postes Canada allait d’un jour à l’autre réagir et envoyer ses employés sur les trottoirs. En ce sens, les dirigeants syndicaux se doutaient bien que leur stratégie provoquerait un lock-out. Ils pourraient alors accuser l’entreprise de priver la population d’un service essentiel…
Peu importe les demandes des syndicats, tout moyen de pression qui pénalise les clients qui traitent avec leur entreprise est contre-productif. Comment peut-on croire du côté syndical que les citoyens et les gens d’affaires qui utilisent les services de Postes Canada se montreront sympathiques à leur cause s’ils sont pénalisés par un ou des moyens de pression ? Ce conflit a causé des pertes économiques à des milliers d’entreprises, les forçant à trouver des façons de livrer leurs produits, colis et lettres à leurs clients — dans le privé, on n’a pas le luxe de perdre de la clientèle !
Il n’est pas question ici de remettre en question les demandes syndicales des employés de Postes Canada. Sûrement étaient-elles légitimes. Le problème, ce sont les moyens utilisés pour faire pression sur leur employeur.
Dans le milieu des relations de travail, un rapport de force doit être établi entre les syndicats et leurs employeurs pour que des négociations franches aient lieu. Toutefois, c’est devenu très sensible dans le secteur public. La crise des finances de l’État, la qualité des services offerts et la méfiance de la population à l’égard de la fonction publique et des élus font que monsieur et madame Tout-le-Monde se braquent contre les syndicats dès que ceux-ci leur rendent la vie un peu plus compliquée.
La décision du syndicat de Postes Canada de perturber la livraison du courrier est d’autant plus étonnante que les clients de la société d’État ont d’autres options pour envoyer des lettres et des colis. Nous ne sommes plus dans les années 70 où Postes Canada régnait seul dans ce secteur. Et la popularité des courriels fait que le nombre de lettres confiées à Postes Canada a dramatiquement chuté au cours des dernières années.
Tout ça pour dire qu’il est périlleux de faire suer ses clients et croire qu’ils auront tous recours à nouveau à ses services une fois le conflit terminé. Le danger de les perdre définitivement est bien réel. La diminution du chiffre d’affaires de Postes Canada n’aidera en rien la cause des gens qui y travaillent.
Et là, on ne parle même pas de la loi spéciale qui vient régler la convention collective chez Postes Canada. C’est une loi ignoble parce qu’elle est moins généreuse que les dernières offres de la direction de Postes Canada. L’État qui intervient pour régler un lock-out, c’est du jamais vu. Mais connaissant l’aversion des conservateurs envers les syndicats, comment les dirigeants syndicaux n’ont-ils pas pu entrevoir que le gouvernement s’en mêlerait d’une façon ou d’une autre, et ce, à leurs dépens ?
Une sérieuse réflexion est de mise chez ces syndiqués.
photo Robert Skinner, La Presse
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