
Les militants de l’ADQ adorent parler du privé. Ils martèlent sans arrêt que Québec doit céder du terrain aux entreprises privées, mieux outillées et organisées pour offrir des services à la population. Le discours est clair. Certains arguments de la formation politique sont même très bons.
Mais la politique étant ce qu’elle est, les députés adéquistes perdent, comme ceux des «vieux partis» comme ils aiment les étiqueter, tout sens critique quand les lois de la libre concurrence font qu’ils se retrouvent du côté des perdants. François Bonnardel, nous offre une belle démonstration de ce populisme. Le député de Shefford ne peut se faire à l’idée qu’Hydro-Québec achètera 3,8 millions de compteurs d’une entreprise étrangère au lieu de compteurs Made in Quebec. Il est en «joual vert» contre la société d’État, s’est-il confié hier à ma collègue Marie-France Létourneau.
Vous aurez compris que la compagnie québécoise qui perd ce beau contrat de 350 millions de dollars, Trilliant Network, est installée dans la circonscription de M. Bonnardel.
Bien entendu, on aurait préféré qu’Hydro Québec choisisse l’entreprise de Granby. Des retombées économiques majeures et de nouveaux emplois auraient découlé de ce contrat. Malheureusement, c’est la compagnie suisse Landis + Gyr qui a remporté l’appel d’offres. Sa soumission répond à toutes les exigences d’HQ et le prix demandé semble aussi faire son affaire. Que dire de plus?
M. Bonnardel a beau s’interroger sur la qualité du produit offert par le concurrent européen, il a beau vanter la technologie mise au point par les gens de Trilliant Network — excellente à n’en point douter —, un fait demeure: Landis + Gyr a remporté honnêtement ce concours.
En politique, on ne peut parler des deux côtés de la bouche. On ne peut vanter les mérites de la libre concurrence, puis remettre en question les résultats d’un appel d’offres parce que son poulain est arrivé deuxième. L’appel d’offres est l’un des seuls outils pour assurer justement que les entreprises rivalisent entre elles lors de l’octroi de contrats publics. Ce processus les oblige à bien aiguiser leur crayon et à produire une soumission collée sur les vrais coûts du contrat. Le système n’est pas parfait, bien sûr, mais c’est le meilleur que nous ayons.
Il n’y a pas de mal à ce que nos sociétés d’État encouragent nos entreprises. Hydro Québec le fait en les mettant en relation avec ses chercheurs pour les aider à développer certains de leurs produits. Cela dit, le fait d’opérer à partir du Québec ne doit pas être considéré par nos entreprises comme une voie rapide et automatique pour décrocher des contrats publics. Elles doivent suivre le même parcours que toutes les entreprises, autant de leurs concurrentes québécoise que celles installées ailleurs dans le monde, intéressées à faire affaire avec l’État et ses organismes.
Demander des privilèges au nom du fait que telle ou telle entreprise est québécoise, comme le fait le député Bonnadel, ne garantirait pas que les contribuables en auront pour leur argent. Bien dépenser l’argent des Québécois, n’est-ce pas là un des leitmotivs fétiches de l’ADQ?
N’a-t-on rien appris du fiasco du remplacement des rames de métro de Montréal? Un appel d’offres ouvert à toutes les entreprises, sans égard de leur provenance, vaudra toujours mieux qu’un système de discrimination envers des boîtes du Québec.
Que dirait M. Bonnardel si une société d’État à l’étranger, au terme d’un appel d’offres international, favorisait une de ses entreprises au détriment d’une compagnie québécoise? Sûrement plaiderait-il pour que le processus de la libre entreprise fasse son œuvre. Il serait alors conséquent avec ce que son parti prêche.