Le Grand Parleur

Archive, mars 2011

Jeudi 24 mars 2011 | Mise en ligne à 11h38 | Commenter Commentaires (17)

Et la sécurité des automobilistes, bordel?

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Bien drôle de débat que celui sur le remplacement du pont Champlain. Avez-vous remarqué que les arguments économiques occupent tout l’espace médiatique? Deux études de firmes d’ingénieurs concluent que des sections du pont peuvent s’effondrer, mais les élus ne semblent craindre que les impacts sur l’économie d’une telle catastrophe: les conséquences seraient lourdes pour le transport des marchandises, pour le transport en commun utilisé par leurs commettants, répètent-ils inlassablement.

Un passage de la lettre que 12 maires de la Montérégie ont fait parvenir mardi au ministre fédéral de Transports, Chuck Strahl, démontre que la sacro-sainte économie aveugle les élus municipaux. Dans celle-ci, ils affirment ne pas être rassurés par les 158 millions de dollars annoncés par le fédéral pour rénover le pont et exhortent Ottawa de poser «le seul geste qui puisse démontrer aux citoyens la volonté du gouvernement fédéral d’assurer les conditions essentielles au maintien de toutes les activités économiques liées aux transports entre les deux rives du Saint-Laurent», soit la construction d’un nouveau pont.

Et le soporifique ministre québécois des Transports, Sam Hamad, ne croit pas non plus qu’il y a urgence à prendre une décision (les caractères gras sont de moi). «C’est sûr que la solution la plus facile ou la plus faisable, c’est un pont neuf. Mais avant de prendre la décision définitive, il faut vraiment s’assurer d’avoir tous les éléments sur la table, surtout les éléments techniques», a-t-il affirmé aux médias hier. Du grand leadership!

Comme des dizaines de milliers d’automobilistes, je suis un utilisateur du pont Champlain. Moi, ce qui me préoccupe quand j’emprunte cette structure, et ce depuis les révélations fracassantes de La Presse sur sa solidité, c’est de me rendre de l’autre côté sans y laisser ma vie. À bien y penser, je pense qu’il serait préférable d’adopter le pont Jacques-Cartier dans mon itinéraire. On n’est jamais trop prudent!

On s’amuse souvent à casser du sucre sur le dos d’ingénieurs. Cyniques, on a toujours un doute quand ils essaient de nous rassurer de la solidité de leurs oeuvres. Mais voilà que des experts en structures appellent au remplacement d’un pont parce que celui-ci n’est pas sécuritaire. Ça n’a rien d’un conte de peurs; c’est très, très sérieux.

On a tous en mémoire les deux viaducs qui se sont écroulés à Laval. Depuis, on soupçonne des automobilistes d’accélérer en passant sous un viaduc. Évidemment, ça ne donne rien, sauf peut-être théoriquement une micro-seconde de plus pour passer avant que le béton ne cède. Mais bon. Quand on se trouve sur un pont considéré à risque, les manoeuvres pour éviter le pire sont pas mal plus limitées.

L’état du pont Champlain et le peu d’empressement du gouvernement fédéral à agir concrètement pour remédier à la situation pour rassurer les automobilistes et (aussi) les promoteurs de l’économie a ceci de bon: les usagers du pont pourraient découvrir ou redécouvrir, c’est selon, la foi. On les imagine déjà prier en traversant la structure, très éveillés aux moindres sons ou vibrations inhabituels. Sueurs froides garanties!

Peut-être des politiciens retrouveront-ils la raison et s’intéresseront à la sécurité de leurs concitoyens. Souvent, les élus renouent contact avec la réalité lorsqu’ils sont en campagne électorale. Ça adonne bien, comme dirait mon père, on en a une qui pointe justement au fédéral. Eh ben! On aura trouvé au moins une bonne raison d’en déclencher une!


photo Ivanoh Demers, La Presse

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Mercredi 23 mars 2011 | Mise en ligne à 16h03 | Commenter Commentaires (7)

Prendre la mesure de chefs d’État

Quelle est la différence entre Sarkozy, Netanyahou et Obama?

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Merci à Patricia pour ces… tuyaux.

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Jeudi 17 mars 2011 | Mise en ligne à 15h36 | Commenter Commentaires (15)

Un État de mendiant

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Les clubs sociaux et les municipalités devraient-ils faire des dons monétaires à l’État? C’est la question que pose aujourd’hui ma collègue Chantal Vallée dans un très intéressant papier. Dans l’optique que ces organismes génèrent des revenus auprès du public lors d’activités de financement ou en les taxant, est-il éthiquement responsable qu’ils se tournent de bord et les donnent au gouvernement pour dispenser des services ou acheter des équipements? Vaste question.

La Fondation du centre hospitalier de Granby a reçu des milliers de dollars en dons ces quatre dernières années des clubs Richelieu, Kiwanis et Optimiste, de clubs de l’âge d’or de la région, de la colonie de vacances de Granby, d’opération Enfants-Soleil.

Les villes de Granby, Bromont, St-Alphonse-de-Granby, St-Paul-d’Abbotsford, le Canton de Shefford ont aussi versé, entre 2006 et 2010, des milliers de dollars dans les coffres de la Fondation. L’argent a servi à acheter des équipements médicaux et à offrir des services de santé et des services sociaux à la population desservie par l’hôpital et les autres centres de santé de la région granbyenne.

Trois observations:

1. Les clubs sociaux et autres organismes sans but lucratif mentionnés ci-dessus sont financés par leurs membres et par la population qui participent à leurs activités de financement. Ils défendent tous des causes louables, que ce soit la jeunesse, la langue française, les sports, etc. Quand les citoyens leur versent de l’argent, leur compréhension est que les fonds serviront à ces causes. En donnant ne serait-ce qu’une partie de cet argent à un autre organisme, les clubs sociaux ne trompent-ils pas leurs donateurs?

2. Quant aux municipalités, le même questionnement s’applique. Les responsabilités municipales étant bien déterminées (en gros: sécurité publique, voirie, parcs et loisirs), doit-on conclure qu’utiliser l’argent des contribuables pour financer un organisme rattaché à un hôpital relève d’une incursion dans une juridiction où elles n’ont pas d’affaires?

3. En contribuant de la sorte à la Fondation, les clubs sociaux et les municipalités ne légitiment-ils pas le désengagement graduel du gouvernement québécois dans le financement des services médicaux à la population? C’est un jeu dangereux. Plus ils contribueront à de telles fondations, plus l’État aura beau jeu de réduire ou à tout le moins geler les budgets accordés à son réseau de la santé.

Le pire est que cette contribution de clubs sociaux et de municipalités au financement des services de santé ne leur confère aucun droit de regard ou décisionnel sur l’utilisation de ces fonds. Et compte tenu des méandres de la «machine gouvernementale» à l’efficacité douteuse, comment être certain que l’argent est utilisé à bon escient?

Les dirigeants des clubs sociaux devraient débattre de cette question avec leurs membres. Il est souhaitable qu’il continue de contribuer à la Fondation, mais peut-être devraient-ils le faire en organisant des activités bien identifiées à cette fin.

Pour les municipalités, c’est plus complexe. Elles ont déjà de grandes responsabilités. Subventionner des organismes communautaires libres de toute attache avec l’État passe, mais donner de l’argent ou des services à un organisme étroitement lié à une entité publique tombe dans une zone grise.

Si on comprend les élus municipaux de vouloir s’impliquer pour pallier le manque d’organisation, le manque de vision, le manque de courage — mettre ici le qualificatif de votre choix — des décideurs gouvernementaux, leur intervention risque de s’avérer en bout de ligne contre-productive. C’est se mettre le doigt dans l’engrenage sans fin de la mendicité étatique.

Petit mot en terminant sur la Société zoologique de Granby: comment un organisme subventionné à coup de plusieurs millions de dollars pour bâtir de nouveaux pavillons ces dernières années peut-il verser quelques milliers de dollars à la Fondation du centre hospitalier?

sculpture: le mendiant d’Alfred Laliberté

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