Le Grand Parleur

Archive du 4 février 2011

Vendredi 4 février 2011 | Mise en ligne à 15h05 | Commenter Commentaires (17)

Le simplisme des chambres de commerce

Biblio

Mon professeur de microéconomie à l’université ne blairait pas les chambres de commerce. Leurs analyses économiques l’horripilaient. Ridiculement simplistes, disait-il. Par exemple, il n’a jamais compris qu’elles puissent vanter les vertus de l’achat local. De la fumisterie, selon lui, de laisser croire aux consommateurs qu’encourager les commerçants locaux les avantageait. Seule une saine concurrence peut les assurer de payer le juste prix pour des biens et des services, nous rappelait-il.

Longue entrée en matière pour vous parler des chambres de commerce qui se mêlent du débat sur le sous-financement des universités québécoises. Elles ont participé en décembre à une commission parlementaire sur le sujet. En gros, les députés invitaient les différents participants à proposer des solutions pour dénicher les 620 millions de dollars annuels manquants à nos universités pour remplir leurs missions éducatives et de recherche.

On vous épargne les contorsions argumentaires des représentants des chambres de commerce pour vous dévoiler leur solution innovatrice: augmenter les droits de scolarité.

Simpliste, dirait mon professeur.

Il est vrai que les étudiants universitaires québécois paient les plus bas droits de scolarité au Canada. Il est également réaliste de dire qu’on pourrait les doubler sans vraiment menacer l’accès aux études supérieures. Après tout, investir dans ses études, c’est le meilleur investissement qu’on peut faire pour soi, n’est-ce pas?

Mais doit-on faire porter toute la nouvelle charge financière pour sauver nos universités uniquement sur les épaules des jeunes? Espérons que non. Ils ne sont pas les seuls à retirer des avantages considérables de fréquenter ces maisons d’enseignement. Les entreprises aussi en profitent. Pleinement.

Pourtant, dans leurs explications, les chambres de commerce ne parlent pas de la responsabilité des entreprises eu égard des universités. En fait un tout petit peu: elles contribuent à hauteur de 9 % aux dépenses des projets de recherche et de développement des universités, écrivait cette semaine dans notre édition papier la directrice de la chambre de commerce de la Haute-Yamaska et région, Céline Gagnon.

Les entreprises font aussi leur part en embauchant les diplômés, en leur offrant «des emplois de qualité et des salaires compétitifs», soutenait pour sa part la chambre de commerce du Montréal métropolitain dans une publicité pleine page de La Presse le 18 décembre dernier.

Exiger une plus grande participation financière des entreprises, par l’entremise d’impôts plus élevés ou par une taxe spéciale, insiste l’industrie des chambres de commerce, nuirait à leur compétitivité et entrainerait une baisse des salaires. Bref, elles en font déjà assez.

Simpliste, dirait mon professeur.

Les entreprises n’investissent pas leur argent dans les universités par élan de philanthropie. Elles le font pour développer de nouveaux produits et services ou pour en améliorer d’autres. Leur argent sert à financer des projets de recherche dans des créneaux (porteurs de profits) très précis. Vous remarquerez qu’elles ne financent rien, ou presque rien, en rapport avec les sciences sociales (histoire, géographie, sociologie, philosophie). Raison: bien que ces champs d’études cultivent l’esprit et nous en apprennent beaucoup sur nous mêmes, ils ne rapportent ($$$) pas grand chose.

Le fait que les entreprises font le plein de bacheliers milite aussi en faveur d’une participation accrue de leur part dans le financement des universités. Si un jeune doit payer l’université pour recevoir une formation, pourquoi l’entreprise qui l’embauchera — et qui tirera profit de son savoir et de son travail — ne paierait-elle pas également?

Tiens, une idée comme ça: les chambres de commerce devraient prélever une partie des frais d’adhésion de leurs membres et l’acheminer aux universités.

photo Janick Marois

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