Excellente entrevue publiée ce mois-ci dans le magazine L’actualité. Le recteur de l’Université Laval, Denis Brière, y va de sa suggestion pour assurer un meilleur financement de nos établissements de haut savoir. Son idée est fort simple: faire contribuer les entreprises (entrevue ici) aux budgets des universités.
Bien entendu, l’idée déplait aux gens d’affaires, le Conseil du patronat en tête. Ils s’opposent à une telle chose. Les entreprises font déjà leur part en offrant des emplois et en payant des impôts et des taxes, plaident-ils. On ne peut leur demander en plus d’aider les universités à boucler leur budget.
Le grand patron de l’Université Laval démantèle adroitement cette argumentation. Les entreprises ont tout intérêt à participer au financement des universités, soutient-il, puisqu’elles pourraient en profiter directement en s’assurant que les universités forment des travailleurs susceptibles de les aider dans leurs champs d’activités. Elles pourraient verser des contributions à des facultés ou dans les budgets de certains programmes, envisage M. Brière.
De plus, poursuit M. Brière, l’effort financier exigé des entreprises ne serait pas aussi élevé qu’elles pourraient le croire. Une grande partie de l’argent nécessaire pour permettre aux universités de mieux respirer est déjà disponible. Il se trouve dans le Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre (en français, c’est le fameux fonds sur la formation de la main-d’oeuvre auquel les entreprises doivent participer à la hauteur de 1 % de leur masse salariale).
Le gouvernement québécois laisse beaucoup de latitude aux entreprises pour décider comment elles utiliseront leur budget pour former leurs employés. Il leur suffit que les cours, colloques et formations choisis soient reconnus par le ministère du Travail pour que les exigences en terme d’investissement dans la formation soient comptabilisés. Mais voilà, fait remarquer M. Brière, pour diverses raisons plusieurs entreprises n’ont pas le temps de s’occuper de la formation de leurs employés. Elles préfèrent verser leur contribution dans le Fonds de développement et laisser l’État mettre sur pied des programmes de formation. Cet argent, pense M. Brière, servirait bien les universités. Il y voit un fonds de formation de la relève.
L’an dernier, signale M. Brière, le Fonds disposait de 96 millions de dollars non utilisés. Ça ne comble pas le manque à gagner des neuf universités québécoises — estimé à 600 millions de dollars par année —, mais ça pourrait être le début d’une solution, laisse-t-il entendre. Il propose d’utiliser la moitié des 700 millions de dollars dépensés annuellement par les entreprises en formation (pour respecter le 1 %) pour donner aux universités le coup de pouce tant attendu.
L’approche du recteur Brière est très rafraîchissante. Elle nous change du discours sclérosé véhiculé justement par le monde des affaires qu’il faut augmenter les droits de scolarité des étudiants. Il faut être équitable. On ne peut demander aux étudiants de payer plus sans pour autant s’interroger à savoir si d’autres sources de revenus seraient possibles pour les universités. Le fardeau du financement de nos universités ne peut être porté que par les jeunes. Bénéficiaire direct du travail de nos universités, le monde des affaires à une responsabilité à leur égard.
Cela dit, on ne peut nier que les droits exigés des étudiants québécois sont trop bas. Ils se situent environ à 1500 $ par session pour le premier cycle (baccalauréat). C’est nettement moins que les 3000 $ par session chargés ailleurs au Canada. Les étudiants québécois devraient payer davantage compte-tenu de tout ce qu’ils reçoivent en guise d’éducation. S’ils persévèrent dans leurs études, ça leur sera rendu au centuple lorsqu’ils entreront sur le marché du travail. Financièrement et intellectuellement.
Tags: éducation










northernbud
4 novembre 2010
16h03
Le gros risque là dedans c’est de voir les universités se transformer en gros “instituts techniques” servant juste à former la main d’oeuvre spécialisée dont les entreprises ont besoin au détriment des sciences humaines et de la recherche fondamentale.
Pour ce qui est de l’argument du conseil du patronat quand aux impôts payés, il faut avoir une certaine audace quand on voit à quel point les grandes entreprises du Québec se nourrissent au “corporate welfare” et utilisent systématiquement toutes les échappatoires fiscales (souvent illégales) imaginables pour mettre leurs capitaux et profits à l’abri du fisc (boîtes postales aux Antilles et autres paradis fiscaux).
Pierre Denis
cannibalcupcake
4 novembre 2010
16h40
En tant qu’étudiante au premier cycle, 1500$ c’est déjà beaaaucoup d’argent, sans compter les passes de métro, le matériel pour les cours (parce que 1500$ couvre les frais scolaires, pas les manuels, brochures, etc.)…
Pas que j’me plaint, c’est tout d’même pas cher, mais le gouvernement, disons-le, s’arrange en maudit pour que plus personne étudient, en augmentant les frais comme ca.
Des moutons, ca se contrôle pas mal mieux quand c’est pas éduqués…
ricardo_martin
4 novembre 2010
17h23
Gérald Tremblay veut taxer les automobilistes pour financer le transport en commun et les pistes cyclables.
Denis Brière veut taxer les entreprises pour financer les universités.
Le concept d’utilisateur-payeur a malheureusement encore du chemin à faire au Québec…
@northernbud: Le gros risque là dedans, c’est de voir les universités avoir les moyens de leurs ambitions, c’est une augmentation de la qualité de l’enseignement.
@cannibalcupcake: Entre-temps, ce sont MES impôts qui paient TES études…. @$3000.00 par session, il va y avoir autant d’étudiants… et beaucoup moins d’échecs.
pmarchi
4 novembre 2010
17h48
Bonjour M. Laliberté,
Suite à la publication de votre billet, j’aimerais apporter quelques éclaircissements:
- Le surplus de 96 M$ disponible au Fonds est un surplus accumulé, et non un surplus annuel. Si on veut parler de la marge de manoeuvre disponible pour donner des subventions récurrentes aux universités, on devrait se référer au surplus annuel du fonds, qui a été d’environ 13 M$ en 2009. Ce qui devient beaucoup moins intéressant…
- De plus, les employeurs ne versent pas 700 M$ en cotisations au Fonds. Ce montant semble être davantage le montant global que les employeurs doivent consacrer à des dépenses de formations (1% de la masse salariale globale). Les employeurs qui n’atteignent pas ce 1% versent un peu moins de 28 M$ par année au Fonds. (Source des données: Rapport annuel du Fonds, p. 36, http://emploiquebec.net/publications/pdf/00_ADMIN_Rapport_Activite_FDRCMO.pdf)
Finalement, si on veut aller chercher un montant substantiel, cela voudrait dire retirer des ressources de la formation de la main-d’oeuvre en général pour les concentrer vers le financement des institutions universitaires… est-ce là une solution socialement acceptable?
Bref, on peut vouloir faire la promotion d’un projet, mais il faut le faire avec des données justes et pertinentes!
Bonsoir,
Vous avez raison, c’est bien un surplus accumulé. Quant aux 700 millions annuellement, ce sont les dépenses en formation que les entreprises doivent faire. Mon texte me semble clair sur ce point.
Merci pour vos commentaires.
Grand parleur
cannibalcupcake
4 novembre 2010
19h41
@ricardo_martin:
Sous votre respect, c’est MON porte-feuille qui paie MES études.
demchris
4 novembre 2010
19h51
J’en ai marre de toujours entendre les étudiants se plaindre que c’est cher, et tout, et tout, merde quand est-ce vont-il comprendre que c’est un investissement pour leur avenir…ben non, il préfère prendre l’argent des prêts et bourses et d’aller dans le sud avec…ensuite ça se plein lorsque l’on parle simplement d’augmenter selon la réalité.
De plus, si le gèle des frais demeurent, et bien c’est la qualité de l’enseignement qui va s’en ressentir, qu’est-ce qui est mieux, avoir tout plein d’étudiant dans les universités pour des programmes qui ne seront pas reconnue dans le monde ou bien moins d’étudiant avec un vrai diplôme qui a une vrai valeur.
On a qu’à voir ou ce situe le classement de nos universités, mise à part McGill…c’est pas très fort.
Dernier point, ce n’est pas vrai que le fait d’augmenter les frais va réduire le nombre d’étudiant, les frais sont beaucoup plus élevé dans l’ensemble des pays industrialisés et ça n’empêche pas ces pays d’avoir une bonne relève, bien au contraire. Et si le fait d’augmenter les frais, élimine les parasites qui traîne durant des années à l’école et prennent la place de gens sérieux…et bien allons-y !
ricardo_martin
4 novembre 2010
21h01
@ Cannibalcupcake
Ben oui.
Pis ca coute juste $7.00 par jour garder un enfant dans un CPE…
Continue à étudier, tu en as grand besoin.
ymagloe
5 novembre 2010
10h04
@cannibalcupcake
Bien oui, et combien te coût ton cellulaire, ta tournée des bars, et dans le cas échéant, ton Yaris …
En tant que payeur de taxes, qui a investi 32000$ dans ces études (en Ontario) et qui gagne très bien sa vie, ça me tue de voir les parkings des universités et des cégeps remplient de voitures neuves (probablement loué)
Une indexation des frais s’imposent. Peut-on y aller graduellement et viser entre 2000$ et 3500$ selon les programmes (exemple: médecine à 3500$ et enseignement à 2000$).
En passant, il y avait plus de 35000 étudiants à mon université même si les frais était à plus de 3000$ par semestre. Donc, l’argument de l’accessibilité ne tient pas!
ricardo_martin
5 novembre 2010
10h20
@ Cannibalcupcake
Ah oui, je paie aussi, via mes impôts et mon permis de conduire, une partie de ta passe de métro.
northernbud
5 novembre 2010
10h21
Et c’est reparti pour un tour ! Nos bons amis “drettistes” et leurs propos habituels sur les “parasites” et l’obligatoire “utilisateur – payeur”. Aucune considération pour les moins favorisés, aucune vision pour le futur, la recherche fondamentale et les sciences humaines ça donne rien ! Mes impôts, mes taxes !!! Moi, Moi, Moi ! Que les autres aillent au diable ! Beau projet de société. C’est drôle pareil que les pays scandinaves avec leur accès aux études pour tous nous battent côté qualité de vie malgré leurs impôts “horrifiants”. À ce que je sache la plupart des scandinaves ne se bousculent pourtant pas aux frontières pour quitter cet “enfer socialiste”.
Bande d’égoïstes, va ! Allez donc au plus vite passer votre hiver dans votre belle Floride qui vient de voter Tea Party, vous allez vous sentir tellement bien chez vous ! Jusqu’à ce que vous “pétiez” une crise cardiaque… Vous allez en faire une autre en voyant la facture de l’hôpital !
phoenix_33
5 novembre 2010
16h14
Le problème du financement des institutions de savoir par les entreprises est pourtant fort simple, tel que mentionné par un autre blogueur avant moi: le moral hasard, ou le fait de distortionner le contenu académique et les programmes d’études au profit d’une caste Corporative et Élitiste.
L’impartialité des institutions de savoir est une condition primordiale à leur crédibilité. Elles se retrouvent pourtant déjà devant des problèmes de copinage politique, par l’intermédiaire des syndicats, pour qui le ministère de l’éducation et ses ramification est une véritable vache à lait. Désirons-nous vraiment un système d’éducation à l’Américaine? Poser la question, c’est y répondre…
Les pays affichant les plus grands taux de scolarisation jouissent pourtant de programme Étatique. Là n’est pas le problème.
Le panier percé d’un État corrompu jusqu’au trognon, l’aveuglement volontaire (ou l’ignorance crasse…?) des bénéficiaires des services publics, et le monopole syndical de l’État, c’est ÇA le débat…
phoenix_33
5 novembre 2010
16h39
@ cannibalcupcake
Je peux vous confirmer, hors de tous doutes, que le prix de l’éducation au Québec est une vraie farce. Effectivement, je comprend que 1500$ par session peuvent représenter une charge importante, en plus des livres et des autres frais afférents. Cependant, ce que vous semblez ignorer, c’est que le coût réel d’une session universitaire au Québec est possiblement de 2 à 3 fois ce que vous payez…
Comment le gouvernement fait-il alors pour combler le manque à gagner…?
En pigeant dans les poches de tout le monde, via nos impots…
En haussant les taxes formelles sans arrêt, et en créant de nouvelles…
En haussant les taxes foncières…
En faisant chier le peuple avec des taxes indirectes de plus en plus présentes partout…! Vous savez, les trappes à ticket, les photos radars, etc… ne visent pas “vraiment” la sécurité routière, mais le financement de l’appareil de l’État…
etc, etc, etc, etc, ….
Moi même universitaire, je peux vous garantir qu’une hausse des frais de scolarité aurait des effets plus que souhaitables sur le taux de décrochage et sur les finances publiques, en plus d’avoir des institutions de savoir NON BIAISÉES… Vous trouvez normal que les universités soient forcées de se prostituer, en laissant entrer n’importe qui, n’importe quand, dans n’importe quel programme professionnel…?
Pourquoi?
Pour faire du fric sur votre dos, en s’assurant ensuite que 75% des étudiants échouent, car le marché n’en a pas besoin d’autant!!!
Que c’est édifiant…!!
Alors dites moi, vos frais scolaires, vous préférez les payer ouvertement au registrariat de votre Université, ou par l’intermédiaire de magouilles obscures à gauche et à droite, qui vident vos poches de toute façon…??
Et pour ce qui est de l’argument de la connaissance, svp…
Je n’ai jamais vu autant d’ignares et de cancres réchauffer les bancs d’école qu’aujourd’hui… Pendant ce temps, les écoles professionnelles et de métiers ne savent plus sur quel pied danser pour recruter des candidats, alors que ceux-ci auraient fort possiblement un niveau de vie plus élevé que 80% des candidats issus de programmes universitaires!!
Mais c’est tellement plus “hot” dans une conversation de famille à Nowell de plugger son gros papier galvanisé universitaire qui, de toute façon, ne vaut plus grand chose aujourd’hui puisque distribué à tort et à travers aux quatres vents…
kenny_jr
5 novembre 2010
18h24
Pres de 45% des travailleurs ne paient pas d’impots.
Pendant que d’autres paie pres de 50% d’impots.
Tu disais quoi a propos des considerations envers les moins favorises???
Payer 50%, c’est tout, sauf egoiste.
Au Quebec, avec le temps d’attente moyens dans les urgences, meme avec une assurance universelle, certains y petent quand meme une crise…
louwi
5 novembre 2010
19h46
Un des problèmes avec le patronat québécois, c’est la facheuse tendence au «BS» corporatif… Nombre d’entreprises sont toujours à quêter des subventions en R & D ou en projets d’expansion d’espace de production etc… mais quand on leur demande de contribuer au bien collectif, ils ont toujours quelques explications pour justifier leur pingrerie, entre autre le fait qu’ils crées ou maintiennent des emplois ou qu’ils paients des impots corporatifs (même s’ils font absolument tout pour en payer le moins possible). On le sait, le patronat québécois est carément alergique au mécénat et leur demander une contribution au financement des universités risque de provoquer une ou deux crises d’apoplexie chez certains chefs d’entreprise. Au Québec, le syndrôme généralisé de la main tendue envers l’état atteint également l’entreprise privée. Il est quelque peu naïf de croire qu’ils vont accepter de contribuer au financement universitaire…
saintvinasse
6 novembre 2010
17h36
et EN QUOI est-ce que la moyenne canadienne est une référence? Pourquoi ne pas prendre la moyenne américaine (avec des universités dans le top 10 mondial)? Ou encore la moyenne cubaine (ils sont les meilleurs en maths sur les tests internationaux après tout)?
Qu’est-ce qui justifie la comparaison à la moyenne canadienne?
saintvinasse
6 novembre 2010
17h56
@demchris c’est pas tant un investissement pour notre avenir qu’une garantie de payer votre retraite. Votre génération veut le beurre et l’argent du beurre. Vos études ont été financés à crédits par l’état, et votre retraite aussi. Et aujourd’hui vous voulez moins d’impôts car vous n’avez pas été foutu d’économiser assez pour votre retraite. La génération de mes parents a un gros problème de consommation et on me dit que c’est à moi, étudiant, de payer le plein prix alors que mes impôts ne paierons même pas ma retraite, mais la leur/votre.
Bin ça tombe bien, parce que je paie mes études à temps plein moi-même, mais c’est parce que je fais parti du 1% des étudiants à temps plein gagnant un salaire suffisant tout en étudiant.
Tout le monde n’a pas cette chance ou l’endurance nécessaire à vivre un emploi du temps pareil.
pcambron
7 novembre 2010
21h08
Moi je trouve que l’on manque totalement de vision. Il faut avoir les meilleures université au monde, et pour ce faire, il faut payer le plus cher possible. Parce que plus on mets de l’argent dans un système, plus il est bon. Donc il avoir au Québec des droits de scolarité plus haut qu’Havard, soit 50 000$ par session. C’est totalement logique.
Voilà dans quel jeu on embarque lorsque l’on commence le jeu des comparaisons.
L’OCDE (c’est sérieux l’OCDE, c’est pas comme un parti politique de droite avec une gang de has-been qui a pas de nom encore mais qui dit plein de niaiseries) a des chiffres qui montre clairement qu’une économie en santé dépend du nombre de travailleurs avec un diplôme universitaire et TOUTES les études sérieuses sur les frais de scolarité s’entendent pour dire qu’une hausse des droits se scolarité nuit à accessibilité aux études (même une étude par le conseil canadien des ministres). Donc en montant les frais les Québec se retrouverait avec moins de diplômés universitaire et donc un économie plus faible. Simple non?
phoenix_33
8 novembre 2010
01h06
@ pcambron, 21:08
Le Canada Anglais possède un taux de fréquentation universitaire plus haut que le notre, avec des frais par session deux fois plus élevés. Cet argument de moins cher = plus de monde à l’école n’est vrai que si la demande est très élastique en fonction des prix pour ce genre de service, et ce n’est pas le cas…
Personne ne parle d’augmenter les frais à 50000$ par session non plus, ce qui ne serait qu’un système pour l’Élite et par l’Élite…
Le réel problème de l’éducation au Québec commence bien avant l’université… Nous sommes dans une drôle de société, qui valorise les papiers prestigieux, mais pas les connaissances qui devraient en découler…