Le Grand Parleur

Archive, octobre 2010

Vendredi 22 octobre 2010 | Mise en ligne à 15h43 | Commenter Commentaires (6)

Les mauvais perdants

C’est frustrant de manquer le bateau. Pour des hommes d’affaires, c’est pire. De réaliser après coup que l’occasion d’affaires qu’on a laissé passer aurait permis d’engranger beaucoup de dollars, c’est dur pour l’égo. Et que font souvent les égos blessés? Ils cherchent des excuses. Comme les mauvais perdants.

Disons-le tout de suite: la vente par la Ville de Granby de 81 hectares (200 acres) des terres Miner au montant de 10,9 millions de dollars à un quatuor d’investisseurs du coin est une bonne affaire. La Ville atteint les deux objectifs qu’elle s’était fixés: elle récupère ses 7,5 millions de dollars investis lors de l’achat des 213 hectares (525 acres) des terres Miner en 2007 et aura un droit de regard sur comment les futurs quartiers résidentiels seront construits.

Ce dernier élément peut sembler anodin. Il est pourtant d’une importance capitale. L’entente conclue prévoit en effet que plusieurs types d’habitation (jumelés, duplex, multifamiliaux) seront construits dans cette partie de la ville, pas seulement de cossues maisons comme c’est souvent le cas. Il faut féliciter la Ville d’ouvrir ainsi ce nouveau secteur aux familles des classes moyennes et moins nanties. Cela s’inscrit parfaitement avec le mouvement populaire et spontané des citoyens qui a permis à la Ville de remporter haut la main (65 % quand même) son référendum sur l’acquisition des terres Miner.

Une bonne entente donc. Et ce même si des éléments du contrat font sourciller. On doit cependant se rappeler que ce dossier, depuis ses tout débuts dans les années 80, n’a jamais été simple.

Ce n’est pas l’avis de quelques entrepreneurs. Ils critiquent — certains sous le courageux couvert de l’anonymat — vivement la transaction, affirmant que les taux d’intérêt consentis par la Ville sont plus bas que ceux du marché. Ils se sentent dupés, parce que, disent-ils, avoir su que la Ville financerait la transaction et ce sur une période aussi longue (15 ans), certainement auraient-ils présenté une soumission lors de l’appel de propositions.

Le problème est là: contrairement aux trois seuls soumissionnaires, ils ont passé leur tour. Comment peuvent-ils dénoncer l’entente finale alors qu’ils n’étaient même pas dans la course pour l’achat des terres? Ce n’était pas un appel de propositions sur invitation; ils avaient tous la chance de rafler ce contrat. On ne peut rejouer la partie après que son dénouement soit connu.

Ces critiques font perdre de vue un des aspects essentiels de cette affaire: la protection à perpétuité de 60 % des terres Miner, dont le fameux boisé qui borde le terrain de golf (le reste est composé de la Ferme Miner et de milieux humides). Depuis transformé en parc pédestre (avec zonage pour officialiser le tout), cet oasis s’avère un héritage exceptionnel que le conseil municipal, le maire Richard Goulet en tête, lègue à la population.

Il faut saluer ici la vision et l’audace de M. Goulet. Il a convaincu ses collègues conseillers de la nécessité de se lancer dans la course pour l’acquisition des terres Miner. L’enjeu, jugeait-il alors, était trop important.

Il aurait été plus facile pour le conseil de rester immobile et laisser un promoteur acheter les convoités lots et les développer à sa guise. Mais que serait-il advenu du boisé peuplé d’arbres centenaires? Se serait-on contenté d’un maigre 10 % de superficie pour créer un parc? Pire, aurions-nous imité les chiches administrations précédentes en exigeant un montant équivalent à 10 %?

Aucune entente n’est parfaite. Oui certaines conditions sortent de l’ordinaire. Mais il est faux d’affirmer que la Ville s’est montrée trop généreuses avec les nouveaux propriétaires. Il est plus juste de dire que ceux-ci ont flairé une bonne affaire et ont pris les moyens pour conclure la transaction. Et tout ça a commencé par une soumission…

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Jeudi 21 octobre 2010 | Mise en ligne à 10h49 | Commenter Commentaires (5)

Vin: croire en ses produits locaux

La Société des alcools du Québec investit de modestes efforts pour promouvoir les vins québécois (nous avons déjà abordé le sujet ici). Et elle semble le faire plus par obligation que par conviction. On me l’a encore prouvé la semaine dernière lors d’une visite dans une succursale de la SAQ à Montréal alors que le commis s’est gratté la tête quelques instants pour se rappeler où les bouteilles des vignobles du Québec se trouvaient (dans le fond de la boutique, sous un petit écriteau Vins du Canada). Pas fort!

En Ontario, on n’est pas gêné des vins du terroir produits dans la province. Voici le premier présentoir que les consommateurs qui entrent dans une succursale de la Liquor Control Board of Ontario, le pendant ontarien de la SAQ, aperçoivent:

LCBO

Est-ce trop demander à la SAQ de donner un (vrai) petit coup de main marketing à nos vignobles d’ici?

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Mercredi 13 octobre 2010 | Mise en ligne à 14h38 | Commenter Commentaires (4)

Milieu défavorisé, élus déconnectés

On ne peut qu’admirer les efforts du maire de Waterloo, Pascal Russell, pour défendre sa ville. C’est son travail. Et il le fait avec sincérité et conviction. Parfois, cependant, il en fait trop. Notamment quand il refuse de reconnaître un fait indéniable: sa municipalité vit une réalité socio-économique qui en fait un milieu défavorisé. Tous les indicateurs liés aux revenus et au niveau de scolarité des Waterlois le confirment.

M. Russell s’est insurgé la semaine dernière que la commission scolaire du Val-des-Cerfs fasse un lien entre les troubles de comportement chez certains élèves de l’école primaire de sa municipalité et les faibles revenus de leurs parents. Le député de Shefford, l’adéquiste François Bonnardel, en a également fait des boutons. La crise a éclaté lorsque La Voix de l’Est a révélé la politique de silence imposée aux élèves de l’école Notre-Dame lors de la période du dîner. L’histoire (ici) a fait le tour du Québec.

Voici la déclaration de la responsable des communications de la commission scolaire qui a mis le feu au poudre: «Waterloo est un milieu moins nanti. Pour des élèves qui ont des troubles de comportement, le silence au dîner peut être une mesure bénéfique».

Réaction de M. Russell: «Je suis déçu. Depuis quand l’intelligence a un rapport avec le portefeuille», a-t-il affirmé hier à ma collègue Chantal Vallée (son reportage ici).

C’est une bonne question. Mais la mauvaise. Qui au juste a parlé d’intelligence? À ce jour, seuls MM. Russell et Bonnardel ont fait un lien entre l’argent et la matière grise.

L’explication de la commission scolaire pour appuyer la direction de l’école Notre-Dame dans sa stratégie sur le silence n’était pas la meilleure. Elle était quand même claire pour quiconque se creuse un peu le ciboulot.

Les spécialistes de l’éducation s’entendent pour dire qu’il existe une corrélation entre la réussite scolaire et le niveau de revenus des ménages ainsi que le niveau de scolarité des parents (surtout de la mère). Le ministère de l’Éducation se base même sur de telles données compilées par Statistique Canada pour donner des cotes aux écoles primaires. Il s’agit «d’indices de défavorisation». Toutes les écoles au Québec sont ainsi cotées entre 1 et 10. Le but de cette classification est d’accorder des ressources financières et professionnelles additionnelles aux écoles qui font face à une clientèle avec des besoins particuliers.

L’école Notre-Dame de Waterloo a une cote de 8. Même sa directrice parle «d’un milieu défavorisé». Sûrement est-elle plus apte à parler des réalités socio-économiques de son établissement que MM. Russell et Bonnardel.

Entendons-nous: toutes les écoles ont des élèves qui vivent des problèmes particuliers, dont des troubles de comportement. Et ces jeunes viennent tout autant de familles financièrement à l’aise que de familles moins fortunées. Toutefois, les familles plus riches ont les moyens de se payer des services spécialisés dans le privé. C’est plus difficile pour les familles dont les moyens financiers sont limités. D’où l’importance d’investir des ressources dans les écoles en milieu défavorisé. Ça ne veut pas dire que ces parents ne s’intéressent pas à la réussite de leurs enfants ou qu’ils sont incompétents. L’idée est que le réseau scolaire puisse aider leurs enfants.

Le maire Russell, qui est également préfet de la MRC de la Haute-Yamaska, a usé de son influence pour gronder la commission scolaire. Celle-ci s’est excusée «des propos malheureux» de sa responsable de communications — elle est depuis en congé de maladie — avec une grosse publicité dans notre édition d’aujourd’hui. Troublant que les dirigeants d’un organisme voué à l’éducation cèdent à un discours qui tronque les faits.

Cette affaire a pris un bien mauvais tournant. Pendant que nos dirigeants politiques font un débat de sémantique, ils évacuent le fond du problème, soit les ressources spécialisées dont nos jeunes ont besoin pour réussir à l’école. À ce compte, la commission scolaire démontre son manque d’aplomb pour expliquer ses faits et gestes, mais elle nous prouve surtout qu’elle manque de leadership en abdiquant devant les critiques puériles de certains élus.

Le député Bonnardel n’a pas tout faux. L’idée d’abolir les commissions scolaires, un des éléments clés du programme politique de l’ADQ, fait tranquillement son chemin dans la tête des gens.

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