C’est frustrant de manquer le bateau. Pour des hommes d’affaires, c’est pire. De réaliser après coup que l’occasion d’affaires qu’on a laissé passer aurait permis d’engranger beaucoup de dollars, c’est dur pour l’égo. Et que font souvent les égos blessés? Ils cherchent des excuses. Comme les mauvais perdants.
Disons-le tout de suite: la vente par la Ville de Granby de 81 hectares (200 acres) des terres Miner au montant de 10,9 millions de dollars à un quatuor d’investisseurs du coin est une bonne affaire. La Ville atteint les deux objectifs qu’elle s’était fixés: elle récupère ses 7,5 millions de dollars investis lors de l’achat des 213 hectares (525 acres) des terres Miner en 2007 et aura un droit de regard sur comment les futurs quartiers résidentiels seront construits.
Ce dernier élément peut sembler anodin. Il est pourtant d’une importance capitale. L’entente conclue prévoit en effet que plusieurs types d’habitation (jumelés, duplex, multifamiliaux) seront construits dans cette partie de la ville, pas seulement de cossues maisons comme c’est souvent le cas. Il faut féliciter la Ville d’ouvrir ainsi ce nouveau secteur aux familles des classes moyennes et moins nanties. Cela s’inscrit parfaitement avec le mouvement populaire et spontané des citoyens qui a permis à la Ville de remporter haut la main (65 % quand même) son référendum sur l’acquisition des terres Miner.
Une bonne entente donc. Et ce même si des éléments du contrat font sourciller. On doit cependant se rappeler que ce dossier, depuis ses tout débuts dans les années 80, n’a jamais été simple.
Ce n’est pas l’avis de quelques entrepreneurs. Ils critiquent — certains sous le courageux couvert de l’anonymat — vivement la transaction, affirmant que les taux d’intérêt consentis par la Ville sont plus bas que ceux du marché. Ils se sentent dupés, parce que, disent-ils, avoir su que la Ville financerait la transaction et ce sur une période aussi longue (15 ans), certainement auraient-ils présenté une soumission lors de l’appel de propositions.
Le problème est là: contrairement aux trois seuls soumissionnaires, ils ont passé leur tour. Comment peuvent-ils dénoncer l’entente finale alors qu’ils n’étaient même pas dans la course pour l’achat des terres? Ce n’était pas un appel de propositions sur invitation; ils avaient tous la chance de rafler ce contrat. On ne peut rejouer la partie après que son dénouement soit connu.
Ces critiques font perdre de vue un des aspects essentiels de cette affaire: la protection à perpétuité de 60 % des terres Miner, dont le fameux boisé qui borde le terrain de golf (le reste est composé de la Ferme Miner et de milieux humides). Depuis transformé en parc pédestre (avec zonage pour officialiser le tout), cet oasis s’avère un héritage exceptionnel que le conseil municipal, le maire Richard Goulet en tête, lègue à la population.
Il faut saluer ici la vision et l’audace de M. Goulet. Il a convaincu ses collègues conseillers de la nécessité de se lancer dans la course pour l’acquisition des terres Miner. L’enjeu, jugeait-il alors, était trop important.
Il aurait été plus facile pour le conseil de rester immobile et laisser un promoteur acheter les convoités lots et les développer à sa guise. Mais que serait-il advenu du boisé peuplé d’arbres centenaires? Se serait-on contenté d’un maigre 10 % de superficie pour créer un parc? Pire, aurions-nous imité les chiches administrations précédentes en exigeant un montant équivalent à 10 %?
Aucune entente n’est parfaite. Oui certaines conditions sortent de l’ordinaire. Mais il est faux d’affirmer que la Ville s’est montrée trop généreuses avec les nouveaux propriétaires. Il est plus juste de dire que ceux-ci ont flairé une bonne affaire et ont pris les moyens pour conclure la transaction. Et tout ça a commencé par une soumission…
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