Le Grand Parleur

Archive du 25 août 2010

Mercredi 25 août 2010 | Mise en ligne à 20h16 | Commenter Commentaires (7)

Passifs, les automobilistes

Les pétrolières sont-elles des voleuses? En tout cas, on trouvera peu d’automobilistes au Québec pour affirmer le contraire. Leur voracité pour nous prendre nos dollars nous étonnera toujours.

Dans la région de Granby, la démonstration cette semaine de leur appétit démesurée est éloquente: les stations-services ont vendu le litre d’essence ordinaire 10,9 ¢ plus cher qu’elles ne le paient à leur fournisseur. Dit autrement, elles se sont mises 10,9 ¢ dans les poches pour chaque litre vendu. Un ratio de profit indécent, selon Christian Dubreuil, concepteur d’essencequebec.com, un site internet qui répertorie les prix de l’essence au Québec.

Hormis la Baie James (1,244 $ le litre), aucun autre client des pétrolières au Québec n’a payé son carburant plus cher qu’à Granby et dans les municipalités en périphérie de la ville-centre en début de semaine. C’est le genre de première place dont personne ne veut. À moins, bien sûr, que vous ne soyez un dirigeant d’une société pétrolière.

Les porte-parole de ces grandes multinationales nous expliqueraient sûrement qu’on fait fausse route, que les prix affichés dans leurs stations-services reflètent le marché, que la concurrence est présente dans notre marché, qu’elle est saine et patati et patata. On voudrait bien les écouter, mais encore faut-il qu’ils veuillent bien nous accorder des entrevues. Lundi et mardi, ni Ultramar, ni Impériale, qui opère sous la bannière Esso au Québec, n’ont daigné répondre à nos questions sur le sujet.

On comprend leurs relationnistes de faire la sourde d’oreille à nos demandes. Comment pourraient-ils justifier un écart de 10,9 ¢ entre le prix qu’ils paient le litre d’essence et le prix qu’ils le revendent aux consommateurs? Comment expliquer que les stations-services dans les autres grandes villes de la Montérégie vendent leur carburant moins cher, et ce même si elles l’ont acheté au même prix que celles à Granby? Gros travail de relations publiques en perspective! Dans de tels cas, il est préférable d’ignorer les appels des médias.

Rien ne justifie que les automobilistes de Granby et des environs paient leur essence plus cher qu’ailleurs. Rien. En regardant de plus près les données de la Régie de l’énergie du Québec, on en vient à déduire que la collusion est évidente entre les pétrolières; elles contrôlent artificiellement les prix, au détriment bien entendu des consommateurs. Comment conclure autrement en réalisant que les stations-services de Granby sont dispensées de facturer leurs clients 3 ¢ le litre d’essence en taxes spéciales pour financer les services de transport en commun dans la grande région de Montréal?

Le grand Montréal ratisse large. Il englobe St-Hyacinthe et St-Jean-sur-Richelieu, deux de nos villes voisines. Les automobilistes de ces deux villes paient donc 3 ¢ de plus leur litre. Malgré cette (autre) taxe, leur litre d’essence coûte moins cher qu’à Granby. Ça défie toute logique.

Que peut faire le consommateur? M. Dubreuil et son équipe tentent depuis des années d’organiser un mouvement de boycott des pétrolières. L’idée est de les ébranler sur le plancher des vaches. La stratégie: cibler une bannière et inciter les automobilistes à l’éviter en faisant le plein d’essence ailleurs. Cette pression, croient les gens d’essencequebec.com, forcerait les stations-services visées à réduire leur prix pour récupérer leur clientèle, initiant un début de concurrence. Le manège se poursuivrait ainsi d’une semaine à l’autre en changeant de cible.

Malheureusement, ces opérations de boycottage ont toutes échoué, regrette M. Dubreuil. «Les gens ne sont pas assez disciplinés. Ils ne sont pas non plus solidaires. C’est difficile de lutter quand les gens n’embarquent pas», me racontait-il lundi.

Cette passivité des automobilistes détonne avec leur promptitude à décrier les pétrolières chaque fois que le prix de l’essence monte. Il est dommage de constater qu’ils ne sont pas prêts, malgré des signes évidents qu’ils se font arnaquer, à manifester concrètement leur mécontentement.

Faut croire que le réservoir de détermination des automobilistes est à sec!

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