On se doutait bien que l’éternelle guerre linguistique opposant les deux solitudes ferait surface durant les Jeux olympiques de Vancouver. Depuis deux ans, le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, agite un drapeau rouge, servant des mises en garde au comité organisateur des jeux (le COVAN) de faire une vraie place au français dans l’organisation de l’événement. Clairement, le COVAN a échoué.
On ne reviendra pas sur le flop «culturo-linguistique» des cérémonies d’ouverture des jeux. Les gros mots et les accusations fusent déjà du Québec sur toutes les tribunes médiatiques pour dénoncer ce qu’on perçoit comme étant un affront à la nation québécoise. Mais tout est question de perception, semble-t-il. Nos compatriotes du Canada anglais, eux, estiment au contraire que le COVAN a fait une bonne job. Et que les Québécois sont des enfants gâtés. D’où leurs répliques, aussi parsemées de gros mots, dans leurs propres tribunes. La roue qui tourne.
On peut comprendre nos amis des autres provinces d’en avoir assez de nos jérémiades sur la place du français dans le «plus meilleur pays» au monde, comme le décrivait Jean Chrétien. Disons qu’on ne rate pas une occasion d’imaginer qu’ils conspirent pour nous marginaliser. C’est vrai lors d’événements internationaux (place du Québec à l’UNESCO, rencontre sur la reconstruction d’Haïti), dans l’octroi de subventions du fédéral (l’industrie automobile de l’Ontario versus l’industrie forestière du Québec). Ca va même à la timidité des équipes de la Ligue nationale de hockey de repêcher des joueurs issus de la Ligue de hockey junior majeur du Québec…
Quoi qu’elle fasse, la majorité anglophone n’en fera jamais assez pour la minorité francophone au Canada. Nos attentes sont tout simplement trop élevées. Toute leur bonne volonté — et oui, elle existe! — ne suffit pas à la tâche. Elle ne suffira jamais.
Majorité versus minorité, les Québécois sont durs à suivre sur cette question. Il est pour le moins ironique d’entendre des nationalistes québécois gronder les organisateurs des Jeux pour leurs manquements eu égard du fait français alors que certains d’entre eux sont prompts à lever leur bouclier dès que leurs compatriotes des communautés culturelles formulent une demande.