Le Grand Parleur

Archive du 7 janvier 2010

Jeudi 7 janvier 2010 | Mise en ligne à 12h14 | Commenter Commentaires (18)

L’impossible commande afghane


Peut-on éradiquer les bases du terrorisme en Afghanistan, ramener l’ordre et la sécurité, protéger et garantir des droits aux femmes, combattre la corruption gouvernementale et instaurer une démocratie? C’est là l’incroyable commande passée à nos soldats et à ceux de la coalition internationale. Une commande impossible à livrer.

Le temps passe si vite qu’on oublie que les Forces canadiennes sont en Afghanistan depuis 2002. On voudrait croire aux progrès accomplis grâce à leur travail là-bas. Mais dès que la nouvelle nous arrive qu’un d’eux a trouvé la mort, on se remet à douter de la pertinence de leur présence dans cette lointaine contrée, à se demander ce qu’ils peuvent bien accomplir dans un pays dont on peine encore à saisir les nuances et les subtilités politiques, religieuses et culturelles qui le façonnent.

 

La paix en Afghanistan est-elle vraiment possible? Et au prix de quels sacrifices humains réussira-t-on à jeter les bases d’une démocratie durable?

 

Déjà, le tribut payé est trop lourd. Depuis notre arrivée en Afghanistan, 142 Canadiens y ont laissé leur vie: 138 militaires, 2 travailleuses humanitaires, 1 journaliste et 1 diplomate.

 

Ce n’est pas une guerre classique avec des tactiques classiques. L’ennemi est invisible. Les insurgés afghans préfèrent les gestes lâches aux confrontations directes avec les soldats canadiens. En date du 7 septembre, 39 des 42 militaires canadiens tués l’ont été par des «bombes artisanales» ou des «engins explosifs improvisés» placés sur des routes empruntées par des blindés transportant nos troupes. Depuis le tout début de cette guerre, 82 de nos soldats sont décédés de cette façon.

 

(Petite note ici: pourquoi les Forces canadiennes utilisent-elles les termes «artisanales» et «improvisés» pour parler de ces bombes meurtrières? «Artisanales» et «improvisés» donnent plutôt l’impression qu’il s’agit de trucs presqu’innofensifs et qu’on a affaire à des amateurs. Est-ce ça la propagande militaire?)

 

Chaque fois qu’un soldat tombe, les dirigeants militaires rappellent que le défunt croyait à la cause et que son travail aiderait à procurer aux Afghans un meilleur environnement. Ils affirment progresser dans leurs différentes missions, notamment celle de préparer l’armée afghane à prendre le relais des soldats de la coalition. Mais ce discours pour préserver le moral des troupes ne convainc plus l’opinion publique. On refuse d’y penser, mais intérieurement on sait que d’autres soldats tomberont. Et lorsque nos soldats quitteront finalement ce pays déchiré — en février 2011, semble-t-il —, il sombrera à nouveau dans le chaos.

 

Pardonnez le pessimisme, mais comment croire à une autre issue?

 

Le site internet de Radio-Canada propose une page dédiée aux soldats canadiens qui ont perdu la vie en Afghanistan. Voir leurs visages défilés à l’écran nous plonge dans la dure réalité de la guerre. À donner froid dans le dos.

 

Nous sommes allés en Afghanistan pour les bonnes raisons, pour combattre le terrorisme à sa base (rappelez-vous: le pays servait de camps d’entraînement pour Al Qaida). Mais sans réel plan réaliste pour y parvenir. En fait, existe-t-il des moyens?

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