Le Grand Parleur

Archive du 24 novembre 2009

Mardi 24 novembre 2009 | Mise en ligne à 15h26 | Commenter Commentaires (11)

Les compagnies d’assurance = spécialistes du harcèlement

Pour les compagnies d’assurances, souvent les personnes qui touchent des prestations de maladie sont soient de potentiels fraudeurs, soient des comédiens qui exagèrent leurs maux pour vivre à leur crochet. Et parce que leur raison d’être est de faire des sous, elles ne reculent devant rien pour limiter les prestations qu’elles versent à leurs clients. Cette philosophie leur permet d’engranger des millions de dollars de profit chaque année.

Elles ont même recours à des techniques d’espionnage pour tenter de prendre leurs clients en défaut. On sait depuis longtemps, par exemple, qu’elles filment à leur insu certains assurés pour prouver qu’ils devraient retourner au travail. Voilà qu’elles raffinent leurs méthodes en explorant le web à la recherche d’indices pour coincer leurs clients. Et Facebook est un véritable filon pour elles.

Compte tenu de la place qu’occupe maintenant internet dans nos vies, il est assez étonnant que le cas de Nathalie Blanchard ait pris autant de gens par surprise. Cette employée d’IBM est en arrêt de travail depuis près de 10 mois pour cause de dépression. Mais, selon la Granbyenne, sa compagnie d’assurance a cessé dernièrement de lui envoyer des prestations jugeant qu’elle était apte à reprendre le boulot. Ses photos sur son compte Facebook où on la voit s’amuser auraient convaincu la compagnie Manuvie de fermer le robinet des prestations.

Bien entendu, Manuvie nie avoir pris cette décision sur ce seul motif. La décision repose sur une nouvelle analyse du dossier, explique-t-elle. Mais la compagnie reconnaît qu’elle est au courant de ce que contient le compte Facebook de Mme Blanchard.

Plusieurs questions se posent. Comment Manuvie a-t-elle pu avoir accès au compte de Mme Blanchard? A-t-elle le droit de le faire sans son autorisation? A-t-elle le droit de tenir compte des informations obtenues sur Facebook dans son processus menant à la décision de verser ou non des prestations à Mme Blanchard? Et où est le droit à la vie privée dans tout ça? Et l’éthique de la compagnie?

Le compte Facebook de Mme Blanchard n’est pas public. Autrement dit, seuls les internautes qu’elle a identifiés comme «amis» peuvent y avoir accès. Mais il appert que Mme Blanchard a quelque 500 «amis» sur son compte. Ça fait beaucoup d’amis. On peut penser que quelques-uns sont des compagnons de travail, des gens pas nécessairement très proches d’elle. La «fuite» d’information provient probablement de là. L’un de ses collègues, qui remet peut-être en question la dépression dont souffre Mme Blanchard, a vraisemblablement informé Manuvie du contenu de son compte Facebook en fournissant des pages imprimées de celui-ci. Le but est évidemment de lui occasionner des problèmes. Par jalousie. Par envie. Par méchanceté. Ce ressentiment s’explique par le fait que toutes les prestations de maladie sont financées à partir des primes payées par l’ensemble des employés de la boîte.

L’avocat de Mme Blanchard conteste la décision de Manuvie devant la Cour supérieure. Bravo! Parfois, l’attitude de matamore des compagnies d’assurance intimide à ce point les personnes qui touchent des prestations qu’elles n’opposent aucune résistance et se plient à la décision en réintégrant le travail. En ce sens, les assureurs sont des spécialistes du harcèlement.

Espérons que la juge ordonnera à Manuvie de justifier sa décision. Pas besoin d’être psychologue pour comprendre qu’une personne qui sourit ou qui s’amuse n’est pas nécessairement guérie de sa dépression.

Revenons à Facebook. C’est un bel outil de socialisation. Malheureusement, plusieurs de ses adeptes font preuve d’une inquiétante naïveté en y mettant des informations trop personnelles. Déjà, les entreprises de tout acabit font des pieds et des mains pour recueillir toutes sortes d’informations nous concernant. Les imprudences commises sur Facebook ne font que leur faciliter le travail.

Ce n’est pas parce qu’on autorise des internautes à consulter le contenu de sa page qu’on contrôle sa diffusion. Mme Blanchard l’a appris à ses dépends. Vous pouvez parier que d’autres personnes se feront piéger ainsi.

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