Le Grand Parleur

Archive du 15 juin 2009

Lundi 15 juin 2009 | Mise en ligne à 17h50 | Commenter Commentaires (82)

Les maudits anglais

Les ultra-nationalistes québécois ont ce don pour se tirer dans le pied. Ils déplorent depuis des années le peu d’enthousiasme manifesté par les membres des communautés culturelles pour la souveraineté du Québec, mais en même temps ils font tout pour les décourager de les joindre dans leur projet de faire du Québec un pays.

Cette controverse sur la présence de deux groupes musicaux anglophones à une fête dans le quartier Rosemont à Montréal pour la St-Jean-Baptiste illustre parfaitement un des problèmes qui mine le projet souverainiste: pour maints de ses partisans, le «nous» utilisé pour identifier qui est Québécois n’inclut que les francophones. Avec une telle attitude de fermeture (et de mépris) vis-à-vis de l’autre, doit-on s’étonner que leur rêve leur échappe? Et est-ce un pays où l’exclusion est tolérée qu’ils proposent de créer?

La génétique des ultra-nationalistes les pousse à détester tout ce qui est anglophone. Ils cherchent les bibittes à s’en rendre malades.

En quoi le fait que deux groupes anglais se produisant sur scène lors de la St-Jean-Baptiste est-il inacceptable? Entendu ce midi à Maisonneuve En direct à Radio-Canada un auditeur plaider qu’il s’agit de la fête des Québécois francophones et qu’en ce sens elle doit se dérouler en français. Plusieurs ont abondé dans le même sens. Décourageant!

En entrevue lors de la même émission, le président de la Société St-Jean-Baptiste, Mario Beaulieu, s’est défendu de mettre les anglophones à l’écart de l’événement, soulignant que les organisateurs de la Fête nationale faisaient une place au multiculturalisme. Des membres des communautés culturelles font souvent partis de la programmation musicale, a-t-il dit. «On n’est pas contre qu’il y ait des clins d’œil à d’autres cultures», a-t-il expliqué.

Toutefois, l’essentiel de la fête est de célébrer le fait français au Québec, a soutenu le président de la SSJB. «Le Québec ce n’est pas un État bilingue. C’est le français qui est la langue officielle. Ce n’est pas pour exclure personne. C’est la condition, je pense, pour inclure tous les Québécois, y compris les Québécois anglophones. Je pense que si on a un espace public, si on a une langue commune, c’est là qu’on peut se comprendre.»

Donc on invite des membres de communautés culturelles à danser dans leurs costumes traditionnels et à chanter quelques chansons dans leur langue puis on se félicite de faire preuve d’autant d’ouverture.  Mais on refuse la même chose aux Québécois anglophones, eux qui pourtant ont emménagé au Québec seulement quelques années après nous…

Deux prestations en anglais de 25 minutes chacune sur six heures de spectacle musical, est-ce ça une programmation bilingue? Et comment peut-on d’une part parler d’inclure «tous les Québécois» et d’autre part refuser qu’ils expriment leurs talents dans leur langue maternelle? Et avant de se «comprendre», peut-on commencer par accepter nos différences?

Il est indéniable que la fête de la St-Jean-Baptiste, le saint patron des francophones du Québec, est avant tout un événement à caractère français. Ça n’empêche pas d’inviter à la fête des compatriotes qui proviennent d’autres souches linguistiques. Les anglophones du Québec, par exemple. Ça tombe plutôt bien parce que les membres de Bloodshot Bill et Lake of Stew, les deux groupes par qui la controverse se passe, sont tout autant Québécois que les Tremblay au Lac-St-Jean.

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