Rencontré Guillaume ce matin chez mon garagiste (problème de batterie). Les cheveux noirs un peu en bataille, vêtu d’un jeans noir et d’un parka également noir, le jeune de 16 ans était en stage exploratoire de trois jours. Il veut devenir mécanicien.
Allumé le petit gars. Il apporte les outils à mon mécanicien avant même que celui-ci se retourne pour aller les chercher lui-même. Pendant que le patron de la place travaille sous le capot de mon automobile, Guillaume se tient occupé. Il passe le balai, range des outils et des pièces qui traînent, accueille les clients d’un beau «bonjour», ouvre les portes de garage pour faire entrer d’autres automobiles. Il jette de temps à autre des coups d’œil intéressés au moteur de ma bagnole.
En juin 2010, Guillaume graduera de son école secondaire. Il ne partira pas avec un diplôme en tant que tel, mais plutôt avec ce que le milieu de l’éducation appelle une «formation à un métier semi-spécialisé». Ça s’apparente à un secondaire 2, peut-être 3, de niveau général. Qu’à cela ne tienne, il mise sur son grand intérêt pour la mécanique pour percer le marché du travail.
Son plan de match est déjà tout dessiné: il sera embauché dans un garage en tant qu’aide-mécanicien. Sur place, les mécaniciens lui apprendront les rudiments du métier. Les patrons investiront dans sa formation. Bref il apprendra sur le tas, comme on dit.
Guillaume a un autre rêve, celui d’emménager avec sa copine. Il prévoit le faire à ses 18 ans. «On a hâte», me dit-il le sourire espiègle.
C’est de cette façon que Guillaume entrevoit son avenir.
Soyons franc: l’avenir de Guillaume m’inquiète.
Il entrera dans le monde des adultes alors que nous sortirons d’une récession — et là on parle du meilleur des scénarios possibles. On doute que les garages soient en mode recrutement à ce moment. Surtout pour des travailleurs non spécialisés. Habituellement, on fait signe à ceux qui justement ont une spécialisation. Ensuite, on embauche la main-d’œuvre de soutien, la première à partir lorsque l’économie hoquette.
Disons, pour les fins de cette réflexion, que Guillaume réussisse à dénicher un emploi d’aide-mécanicien. Quelles tâches lui attribuera-t-on? Lui confiera-t-on la pose des pneus? Les changements d’huile? Le passage du balai? Toutes ces réponses?
Ce n’est pas l’apprentissage envisagé par notre jeune ami. Le jour où il sera promu mécanicien pourrait être très loin. Son rêve pourrait aussi ne jamais se réaliser.
J’ai demandé à Guillaume pourquoi il ne s’inscrirait pas à un cours à l’éducation aux adultes en mécanique automobile. Comme ça, à peine une année plus tard, il pourrait se présenter devant des employeurs en exhibant un diplôme attestant de ses connaissances.
Sa grimace m’a tout expliqué. L’école, très peu pour lui.
Ça me désole de la dire, mais nous avons trop de Guillaume au Québec.
Comment en sommes-nous arrivés là? À qui la faute? À Guillaume lui-même? Ça me semble trop facile. Et si le blâme devait plutôt être partagé entre ses parents, l’école, la commission scolaire, les employeurs, la société. Et bien sûr Guillaume!