Le Grand Parleur

Archive, février 2009

Mercredi 25 février 2009 | Mise en ligne à 14h44 | Commenter Commentaires (16)

La Caisse et l’avidité de l’État, son client

Les pertes à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDP) s’élèvent à 39,8 milliards. C’est une abysse dans le bas de laine des Québécois. Un trou noir. Un profond cratère. Mais est-ce aussi grave qu’on le dit? En finance plus que partout ailleurs, tout est question de perspective.

Tiens, en voici une (qu’on souligne très peu dans les médias). Les pertes de la CDP représentent 25 % de son actif. C’est colossal. Mais ce recul n’efface pas ses gains réalisés au cours des cinq dernières années. En considérant cette période, l’actif de la Caisse est en hausse de 3,1 %. Des pacotilles, bien entendu, mais des gains tout de même.

On semble l’oublier, mais c’est à long terme qu’on doit considérer ses placements. C’est le mantra des professionnels de l’industrie des REÉR — entre vous et moi, sûrement ont-ils jugé que les dirigeants de la CDP avaient choisi un bien mauvais moment (la toute fin de la lucrative saison des REÉR) pour dévoiler leur bilan…

Cela dit, on comprend les gens d’être en beau fusil. L’idée de devoir payer davantage pour nos immatriculations, pour l’assurance parentale, la Régie des rentes et tutti quanti n’est guère réjouissante. On comprend aussi les politiciens de l’opposition de crier à l’incompétence de la ministre des Finances et du gouvernement libéral et d’exiger que la lumière soit faite sur les décisions des gestionnaires de la Caisse.

Nos représentants de l’opposition pèchent par opportunisme politique, vous l’aurez deviné, mais l’équipe de Jean Charest n’a que ce qu’elle mérite. Rappelez-vous, la dernière élection a été lancée sous le faux prétexte de remettre l’économie sur les rails. M. Charest et sa bande ne le diront jamais, mais ils se doutaient bien que les chiffres de la CDP allaient être catastrophiques. Rien de bien réjouissant lorsqu’on est en situation de minorité à l’Assemblée nationale…

Oui la Caisse a foiré. Elle a pris trop de risques pour faire fructifier ses avoirs. Des risques autorisés par son seul client, le gouvernement du Québec, faut-il le mentionner. Si les chiffres dévoilés ce matin étaient écrits en noir, personne ne trouverait rien à redire. Sûrement même qu’on applaudirait fort dans les officines à Québec.

Quand vous vous pointez à la banque pour acheter des REÉR, on tente de cerner quel genre d’investisseur vous êtes. La loi sur les valeurs mobilières l’exige pour éviter que l’on vous vende n’importe quoi. Pour y arriver, on vous donne un petit questionnaire pour mesurer votre tolérance au risque. Ça va de la tolérance zéro à très, mais très tolérant. L’institution financière utilise cette information pour cibler le type de REÉR qui vous convient. Ça va des investissements sûrs — mais qui rapportent peu — aux investissements risqués — qui peuvent rapporter gros. Tous les investisseurs sont avisés.

Si ce questionnaire existait pour l’État québécois, à quel genre d’investisseur aurions-nous affaire? Ça semble évident: à un investisseur aveuglé par l’avidité.

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Lundi 23 février 2009 | Mise en ligne à 12h04 | Commenter Commentaires (9)

Mettre les compagnies en boîte

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Regardez bien cette boîte. Elle contenait une machine expresso. Au bas de la boîte, cette inscription: «recyclable & ecological packing». On voit ce genre d’information sur de plus en plus de produits. Y’a pas à dire, la sauvegarde de l’environnement est devenu un argument populaire pour vendre toutes sortes de biens de consommation. Le hic: souvent, les compagnies nous mentent effrontément. C’est le cas ici.

Hormis la boîte de carton, le contenant n’a rien de recyclable. Ni d’écologique. Mon fils de 6 ans sait que le polystyrène (styrofoam) n’est pas recyclable. (On notera au passage l’absence de traduction française sur la boîte, un autre affront aux consommateurs québécois, mais bon concentrons-nous sur un sujet à la fois).

Non seulement ce produit inventé en 1954 par Dow Chemical (on est loin d’une multinationale avec un souci environnemental) n’est pas recyclable, il n’est pas biodégradable — à côté de ça, le sac de plastique passe pour un produit vert. Sa seule utilité une fois consommé, c’est d’y piquer des fleurs séchées pour en faire un centre de table.

Tout ça pour vous dire qu’on a bien hâte de voir si les ministères de l’environnement au Canada sont sérieux lorsqu’ils affirment qu’ils forceront les compagnies à s’occuper des emballages de leurs produits (voir reportage ici).

Commencez-vous à en avoir ras le pompon de toutes ces entreprises qui font fi de leurs responsabilités sociales? Aux Fêtes, vous êtes-vous offusquer de voir autant de suremballage dans les cadeaux des enfants? Que faire de tous ces petits morceaux de plastique? De ces petites broches servant à fixer les jouets dans l’emballage? Rien. Il n’y a rien à faire sauf les balancer dans la poubelle et ultimement au dépotoir. Tout ça est indécent.

Il est grand temps que nous nous interrogions sur les produits que nous consommons. Que se passe-t-il lorsqu’ils atteignent leur fin de vie? Comment en disposons-nous? Quels sont les coûts que la société assume pour en disposer? Quels sont les impacts sur l’environnement? On l’ignore précisément. On sait toutefois qu’il sera lourd.

En Europe, une philosophie qui gagne du terrain est celle de la responsabilité des fabricants. Il n’est pas loin le jour où les entreprises sur le vieux continent devront prévoir l’étape de la disposition de leurs produits. Le prix de vente des ces produits reflétera ces coûts.

Aurons-nous le courage — et le bon sens — au Canada de suivre cette voie?

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Jeudi 19 février 2009 | Mise en ligne à 12h34 | Commenter Commentaires (58)

Le poltron des plaines d’Abraham

Il serait tellement agréable, de temps en temps, de pouvoir insuffler un peu de courage politique à Jean Charest. Ça lui aurait permis de ne pas passer pour un poltron dans cette pitoyable affaire de la commémoration de la Bataille des plaines d’Abraham.

Au lieu de s’en laver les mains en disant qu’il n’assisterait pas à l’événement, M. Charest aurait dû faire pression sur les responsables de cette reconstitution historique de la célèbre bataille pour qu’ils abandonnent leur projet. Non seulement M. Charest s’est tenu à distance de l’affaire, probablement pour ne pas déplaire à ses alliés fédéralistes, mais voilà qu’il accuse le Parti québécois d’entretenir des liens avec des groupes et des personnes qui prônent la violence pour faire obstacle à cette commémoration. Un beau cheap shot.

Une majorité de Québécois francophones s’attendaient à plus de leur premier ministre. Ils s’attendaient à ce que le chef libéral dise clairement aux dirigeants de la Commission des champs de batailles nationaux que cette idée n’était pas leur meilleure. Il aurait dû leur dire qu’elle ne servirait qu’à provoquer les nationalistes. Il aurait dû les prévenir que la reconstitution à grande échelle de la bataille du 13 septembre 1759 raviverait une colère latente parmi les francophones. Il aurait dû leur rappeler — leur expliquer s’il le fallait — que la défaite des troupes de Montcalm marquait la fin du rêve de la Nouvelle-France et le début de temps difficiles pour les francophones dans l’Empire britannique.

Ce n’est pas verser dans la nostalgie que de réagir lorsque cette défaite est évoquée. Elle fut un événement marquant dans l’Histoire du Québec. Ça ne veut pas dire non plus qu’on vit dans le passé. Ou que nous sommes frustrés, incapables de regarder vers l’avant. Ça veut seulement dire que cette bataille a façonné qui nous sommes aujourd’hui  en tant que peuple, une nation consciente qu’elle doit poursuivre maintes luttes politiques pour continuer de prospérer en tant que société francophone moderne et ouverte sur le monde.

Les critiques et quolibets à l’endroit des Québécois fusent du Canada anglais depuis l’annonce de l’abandon du projet de reconstitution de la bataille. Une question pour nos compatriotes du Rest of Canada: si les gagnants avaient été les Français, auriez-vous aimé que l’on se rende chez-vous pour célébrer votre défaite?

Revenons à M. Charest. Au lieu de faire preuve de courage en s’opposant à cette mascarade politico-historique, notre commandant en chef est resté loin derrière les lignes du front. Comme un pleutre!

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