Le Grand Parleur

Archive du 14 janvier 2009

Mercredi 14 janvier 2009 | Mise en ligne à 12h03 | Commenter Commentaires (15)

Les confidences du soldat Pelletier

Le comité du Non a-t-il violé la loi électorale du Québec lors du référendum de 1995 en dépensant plus que le plafond autorisé? Ottawa a-t-il engagé illégalement des dépenses?

Si vous avez encore des doutes, allez lire l’entrevue accordée par Jean Pelletier au chroniqueur politique du Soleil Gilbert Lavoie. L’ancien chef de cabinet de Jean Chrétien confirme ce que plusieurs suspectaient: l’argent n’était pas un obstacle dans le camp du Non. Surtout pas pour les acteurs fédéraux.

Dans cette longue entrevue, réalisée quelques semaines avant son décès, M. Pelletier reconnaît que les fédéralistes, à dix jours du vote, se dirigeaient vers une défaite certaine. Un sondage commandé par le bureau du premier ministre Chrétien faisait état d’une avance de 7 points pour le comité du Oui. C’est à ce moment que le premier ministre Chrétien a lancé ses troupes à l’attaque, prenant le contrôle de la campagne, écartant de facto le chef du comité du Non, Daniel Johnson. Seule la victoire comptait, soutient M. Pelletier.

Voici un des passages les plus forts de l’entrevue:

Jean Pelletier
(…) Là, Chrétien a dit : «On embarque, on demande plus de permission à personne.» On s’est fiché très franchement du comité du Non. Les ministres anglophones grondaient, ils voyaient ça aller. Brian Tobin et les autres ont organisé le fameux rendez-vous du vendredi à Montréal. Ils n’ont pas demandé de permission. Ils ont fonctionné. L’assemblée de Verdun le mardi soir, l’allocution à la nation, le rendez-vous de Montréal,  l’entrevue d’une heure avec Mongrain à la télévision, puis Chrétien le dimanche soir à Hull. On a embrayé pour que ça fonctionne.

Gilbert Lavoie
À ce moment-là, aux activités comme le grand love-in à Montréal, vous êtes-vous posé des questions sur le financement?

Jean Pelletier
Je ne m’en souviens pas. Dans la guerre, on ne se demande pas si les munitions sont payées, on les tire.

Gilbert Lavoie
Je veux dire le financement par rapport à la Loi référendaire.

Jean Pelletier
Non. Il y en a peut-être qui se sont posé ces questions-là, mais pas moi. Des ordres de marche, puis salut! Quand on est en guerre, on va-tu perdre le pays à cause d’une virgule dans la loi?»

«Une virgule dans la loi.» Comme c’est intéressant de constater que des hommes politiques ne se formalisent pas de badiner avec la loi électorale.

Les Québécois étaient conviés à un grand exercice démocratique. Ils étaient appelés à choisir entre rester au Canada ou vivre dans un Québec indépendant. Peu de peuples ont cette occasion de se prononcer sur leur avenir d’une manière aussi ouverte. Dommage que l’exercice ait été vicié de cette façon.

On salut M. Pelletier pour sa candeur. Cela dit, sa participation à cette forme d’escroquerie (c’est le meilleur mot que j’ai trouvé) ternit son image d’homme politique. Peut-être cherchait-il par cette entrevue à se donner bonne conscience. Si tel est le cas, nombreux sont les autres acteurs de ce triste épisode de notre vie démocratique qui devraient faire de même.

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