Les Québécois pourront magasiner le 2 janvier prochain. Sans faire de bruit, Québec a donné récemment le feu vert aux commerces au détail pour ouvrir le lendemain du jour de l’An. Les grands commerces applaudissent cette décision cependant que les petits la maudissent.
Voilà un beau cadeau de Noël qu’offre le ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, Raymond Bachand, aux grands du commerce au détail, les Wal-Mart, Canadian Tire, Sears et Zellers de ce monde. Qui a dit que le lobbyisme ne rapportait pas?
Le ministre Bachand assure avoir pris en considération l’opinion des entreprises et des gens concernés. On voudrait bien le croire, sauf que… Voici ce que le communiqué émanant de son bureau disait (les caractères gras sont de moi):
«Afin de répondre notamment aux préoccupations exprimées par le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) et certains grands détaillants, le gouvernement a choisi de permettre à tous les commerçants d’ouvrir désormais sans restriction le 2 janvier, durant les heures légales d’ouverture, si ceux-ci le souhaitent. Ce qui signifie que les employés de ce secteur pourront bénéficier d’une journée additionnelle de travail alors qu’aujourd’hui, il s’agit d’une journée chômée mais non payée. Rappelons que dans les autres provinces du Canada, les commerces sont autorisés à ouvrir sans aucune restriction le 2 janvier.»
Beaucoup d’informations dans ce paragraphe. Beaucoup de poudre aux yeux aussi.
Lorsque le communiqué mentionne que les commerces pourront ou non se prévaloir d’heures d’ouverture plus libérales, c’est tomber dans l’angélisme. La vérité est que les commerçants, surtout ceux dans les centres commerciaux ou qui se trouvent dans des quartiers commerciaux (du genre 10/30 et autres Carrefour Champêtre qui essaiment un peu partout), n’auront d’autres choix que d’ouvrir leurs portes. De un, ils voudront profiter de l’achalandage des consommateurs; de deux, ils ne voudront pas payer d’amendes aux propriétaires de leurs locaux (les baux prévoient de telles amendes, histoire de faire pression sur les commerçants pour qu’ils garantissent une offre aux clients).
D’un point de vue strictement économique, cette décision est à classer dans la filière des stupides idées pour mousser l’économie. Aucune, mais vraiment aucune étude sérieuse ne prouve que les consommateurs dépensent plus d’argent lorsque les périodes d’ouverture des commerces sont libéralisées. Le résultat est que les consommateurs ne font qu’étaler leurs dépenses.
Nous avons eu réponse à toutes ces questions il y a quelques années suite à l’ouverture des commerces le dimanche. Si les consommateurs disposent depuis d’une septième journée pour effectuer leurs emplettes, on peut affirmer que cette mesure a surtout eu des conséquences malheureuses sur la qualité de vie de milliers de travailleurs. Et pendant ce temps, nos dirigeants politiques trouvent toujours le moyen de glisser dans leurs discours l’importance de concilier travail et famille. Belle hypocrisie!
Augmenter les heures d’ouverture des commerces ne sert la cause que des magasins à grande surface. Ceux-ci disposent du personnel pour occuper ces heures dont personne ne veut. Ce n’est pas le cas des petits commerces qui ne comptent souvent que quelques employés. Pris au piège, ils doivent travailler à contre-coeur.
Heureusement, il existe un baume pour ces travailleurs, selon la logique du ministre Bachand: ils «pourront bénéficier d’une journée additionnelle de travail» (comprendre payée). Avez-vous remarqué? On ne leur demande pas s’ils préfèreraient être en compagnie des leurs.
Quant à l’argument que les commerces ouvrent le 2 janvier ailleurs Canada… Big deal! Depuis quand base-t-on nos décisions au Québec sur ce que fait le Canada anglais?
Au fait, M. Bachand, serez-vous au travail le 2 janvier?