Le Grand Parleur

Archive, juin 2008

Jeudi 26 juin 2008 | Mise en ligne à 15h04 | Commenter Commentaires (16)

TQS et les spectacles de guignols

Le ridicule ne tue pas, dit-on. Cela pourrait être le slogan du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. L’organisme, qui gère toutes les licences de diffusion télévisuelle et radiophonique au pays, a donné hier son imprimatur aux «idées» présentées par Remstar pour sauver TQS. Comme démonstration de son inutilité, le CRTC n’aurait pu faire mieux!

Bien que quelques habitués des travaux du CRTC avaient prédit que TQS conserverait sa licence, la décision est stupéfiante. D’abord parce que les nouveaux proprios de TQS, les frères Rémillard, ont passé pour de rustres lors de leur comparution devant les membres du CRTC. Mais surtout parce que les frangins ont été incapables de produire un plan d’affaires digne de ce nom, les états financiers de TQS ou des garanties financières prouvant qu’ils avaient les reins suffisamment solides pour se lancer dans cette aventure.

Leur présentation bâclée leur a valu d’être grondés par les membres du CRTC. Le président de l’organisme, Konrad von Finckenstein, a même joué à l’instituteur fâché en rappelant aux Rémillard les «responsabilités» et les «obligations» d’un diffuseur. Malheureusement, il n’a jamais sorti sa règle!

Tout ça n’était en fait qu’un spectacle de mauvais acteurs. Malgré que les Rémillard n’aient démontré aucune once de sérieux dans leur préparation, le CRTC les autorise tout de même à prendre le contrôle de TQS. Aussi bien dire qu’il est plus facile d’obtenir une licence de télédiffusion qu’un emploi chez McDonald!

Le feu vert du CRTC ouvre donc la voie aux Rémillard pour se débarrasser des salles de nouvelles de TQS — ce qu’ils ont déjà fait par ailleurs! Toutefois, désireux de rassurer TOUS les groupes et TOUTES les personnes qui ont manifesté leur opposition à la disparition des salles de nouvelles de TQS lors d’audiences publiques, les membres du CRTC imposent un condition à Remstar: la production de contenu d’information locale (de deux heures par semaine à Montréal et Québec et de 50 minutes en région) via des émissions de commentaires et d’analyses (voir reportage ici). La belle affaire!

Commenter et analyser l’information locale, donc. Et où tous les «commentateurs» et «analystes» de TQS s’abreuveront-ils, pensez-vous? Chez les concurrents que sont Radio-Canada, TVA et (surtout) dans les quotidiens et les hebdomadaires. Ceux-ci devraient se passer le mot et facturer TQS pour leurs services de collecte et de vérification de l’information.

Imaginez-vous un seul instant à quoi ressembleront ces émissions, en vous rappelant que Remstar a récemment embauché le Dr Pierre Mailloux et le maire de Huntingdon, Stéphane Gendron (remerciés par le passé de leurs services par TQS pour imbécillité extrême). À des spectacles de guignols!

Faudra aussi trouver des «commentateurs» et des «analystes» pour les émissions diffusées dans les marchés de Sherbrooke, Trois-Rivières, Québec et Saguenay. À ce compte, on suggère aux Rémillard de regarder du côté du CRTC; ils y trouveront une pépinière de «talents»!

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Mercredi 25 juin 2008 | Mise en ligne à 12h07 | Commenter Commentaires (4)

La plus grande invention de l’Homme

Quelle est selon vous la plus grande invention de l’Homme? La roue? La pénicilline? La radio? Le téléphone? L’ordinateur? Le MP3? Toutes vos réponses sont intéressantes. Mais hélas fausses. La plus grande invention de l’Homme est la case de stationnement? Si, si, vous avez bien lu! La case de stationnement.

Un argument massue milite en faveur de la case de stationnement: rien ne revêt autant de valeur pour l’homo sapiens. Vous voulez des preuves? Bon. Nommez une seule invention pour laquelle la société ne s’arrête à rien pour y faire place. (Petite musique de Jeopardy…) Et oui, la case de stationnement!

Vous aimez les exemples? En voici deux très récents (avec photos à l’appui):

44114_racine_histoire1.jpg

1. La Ville de Granby a autorisé la démolition du bâtiment de la Montreal & Southern Counties Railway. Fait de briques rouges, l’endroit servait à l’entretien des wagons de l’entreprise qui a assuré un service de tramway électrique entre Granby et Montréal de 1916 à 1956. Il s’agit du dernier vestige de ce service. En lieu et place, le propriétaire, les Aliments Ultima, une division de la coopérative laitière Agropur, y aménagera des cases de stationnement.

49619_arbres_coupe_hopital.jpg

2. Le Centre hospitalier de Granby a fait couper la semaine dernière une vingtaine de pins et d’érables, dont plusieurs étaient âgés de 75 ans, dans le petit parc situé derrière ses installations. Cette coupe permettra de récupérer des cases de stationnement perdues en raison de l’agrandissement en cours de l’établissement.

Dans sa décision, le conseil municipal de la Ville de Granby a indiqué qu’il serait très (comprendre trop) coûteux de réparer la bâtisse. D’accord. Mais pourquoi diantre la municipalité a-t-elle pendant plusieurs décennies regarder la bâtisse se désagréger sans intervenir auprès de son propriétaire? Deux raisons: elle n’a pas de règlements sur la protection du patrimoine, ni sur sa préservation. Mais attendez, parce qu’il y a pire; elle n’entend pas s’en doter.

Probablement pour éviter de se faire accuser d’être insensible au patrimoine, la Ville de Granby a exigé que les Aliments Ultima construisent sur place un espèce de monument (avec les briques recyclées) rappelant la petite histoire du tramway à Granby. Reste à espérer que les véhicules dans le futur stationnement ne seront pas trop massifs. Sinon, le monument risque de passer inaperçu.

Quant au Centre hospitalier de Granby, la direction a assuré qu’elle plantera une quinzaine d’arbres une fois les travaux terminés. Remarquez, c’est là le réflexe premier de toutes les entreprises et institutions placées dans des situations embarrassantes: elles promettent de réparer les dégâts. Dans ce cas-ci de planter des arbres. On les félicite. Sauf que les arbres sacrifiés au nom de la plus grande invention de l’Homme étaient matures. Leur diamètre n’était pas de 10 centimètres comme ceux appelés à compenser leur absence.

Plusieurs l’ont dit avant nous: on n’arrête pas le progrès. Surtout pas s’il s’agit de cases de stationnement.

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Lundi 23 juin 2008 | Mise en ligne à 13h41 | Commenter Commentaires (2)

La (dangereuse) curiosité de Big Brother

L’État a-t-il le droit de fouiller dans la vie privée des gens? La réponse peut paraître évidente. Mais si c’est pour lui permettre d’économiser de l’argent sur les salaires versés aux juges fédéraux, est-ce pour autant une bonne raison? Et, surtout, est-ce légal?

Bien entendu, les quelque 2000 juges concernés répondent non. Aussi sont-ils sidérés que le gouvernement Harper a donné le mandat à Revenu Canada de scruter le passé fiscal de près de 500 d’entre eux. Big Brother pense que les données recueillis lui permettront de contrecarrer les arguments des magistrats à l’effet qu’ils ne sont pas assez bien rémunérés (voir reportage ici) et qu’ils gagneraient plus d’argent s’ils étaient restés avocats dans le privé.

En droit, il est légitime de vérifier les prétentions de ses adversaires. En autant que les façons de le faire demeurent légales. Dans le cas présent, Revenu Canada assure que les données communiquées aux avocats du fédéral ne permettent pas d’identifier un ou des juges. C’est probablement vrai. Ceci dit, le Ministère ne peut le garantir.

Des dangers subsistent. Puisque les données existent, on peut conclure que des documents ayant servis à leur analyse existent également. Or ces documents incluent les noms de juges. Vous me voyez venir, n’est-ce pas? Donc pourquoi Big Brother se contenterait-il de données sans visage alors que des documents plus complets existent? L’occasion fait le larron, dit l’adage. Là réside le danger.

Le recoupage d’information entre ministère est une réalité. Les autorités l’utilisent pour combattre la fraude, le crime et le terrorisme. Toutefois, des balises sévères encadrent le processus.

Mais dans le cadre d’une négociation contractuelle? Voilà qui est dangereux. Si tel est le cas, quelle sera la prochaine demande de Big Brother?

Un juge — assez paradoxale, n’est-ce pas? — pourrait devoir trancher cette question.

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