photo Alain Dion, La Voix de l’Est
Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs aura la gâchette moins rapide lorsque ses inspecteurs apercevront des algues bleues dans nos cours d’eau. Avant de lancer une mise en garde concernant la pratique de sports nautiques (natation, ski, canot, kayak, etc.), ils effectueront d’abord des tests pour savoir si l’eau contient des toxines. Le gros bon sens, vous vous dites sûrement. Nous aussi!
Cette nouvelle façon de faire rassurera les usagers de nos cours d’eau. Il doit être assez frustrant merci de se voir interdire l’accès à une plage pour la seule raison que des fleurs d’eau y ont été observées. Si les autorités doivent faire preuve de prudence, et on les en remercie, elles doivent par ailleurs être certaines de leur coup avant de lancer une mise en garde ou de littéralement fermer un lac. Cela veut dire pousser leur inspection plus loin.
La présence de cyanobactéries n’est pas automatiquement synonyme de danger. Il en existe des centaines de types, dont la moitié ne libère aucune toxine nuisible à la santé humaine. D’où la pertinence d’obtenir plus de données, et ce rapidement, avant de prendre une décision qui nuira à la réputation d’un lac ainsi qu’à l’image d’une région.
L’éclosion d’algues a sérieusement ébranlé l’industrie touristique des Cantons-de-l’Est ces dernières années. Les propriétaires de campings, de plages, ceux qui louent des embarcations, des chalets, tous ont subi des pertes importantes. Aucun de nos lacs n’a été épargné: Waterloo, Brome, Bromont, Gale, Roxton, Davignon, Selby, le réservoir Choinière, tous ont fait l’objet de mises en garde ou de restrictions d’usages.
On ne veut pas partir de chicane, mais il est difficile de ne pas noter que les autorités gouvernementales semblent stigmatiser les Cantons-de-l’Est. Jusqu’à l’an dernier, les algues bleues n’étaient un fléau que dans notre région. Excès de zèle des fonctionnaires du MDDEP en poste chez nous ou manque d’intérêt de leurs collègues ailleurs au Québec pour les détecter? Parions sur la deuxième explication.
Frustrées de la mauvaise presse reçue, les politiques de la région ont fait pression pour que les mêmes normes et surtout les mêmes efforts soient déployés partout au Québec pour détecter les cyanobactéries. Leur message a passé: l’an dernier, plus de 200 lacs à travers la province ont fait l’objet d’une mise en garde ou d’une interdiction d’y pratiquer une activité nautique.
Cela accompli, il reste maintenant au MDDEP à se doter d’un véritable plan d’attaque contre les cyanobactéries. Le nombre de tests d’eau doit être accru (leurs résultats connus à l’intérieur de 48 heures), le phosphore doit être banni de tous les produits domestiques, les agriculteurs doivent respecter les bandes riveraines. Bien entendu, l’argent devra être au rendez-vous pour réaliser tout ça!
Et au lieu de demander aux organismes de bassins versants, à deux semaines d’avis, d’organiser la distribution de dizaines de milliers d’arbres — une désolante opération de relations publiques le printemps dernier qui visait à masquer son incurie —, Québec devrait leur garantir un financement raisonnable et récurrent.
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