Le Grand Parleur

Archive, novembre 2007

Mercredi 28 novembre 2007 | Mise en ligne à 11h59 | Commenter Commentaires (15)

Sacrifier des ressources humaines

Un diplôme obtenu à l’étranger a-t-il la même valeur qu’une formation donnée dans nos maisons d’enseignement? On se pose la question depuis nombre d’années au Québec. Malgré ça, on cherche encore des réponses.

Aucun sujet touchant l’immigration n’est simple. C’est d’autant plus vrai pour la reconnaissance des diplômes étrangers. C’est un sujet délicat. Et complexe. Délicat parce qu’il concerne des gens, complexe parce qu’il concerne des associations de professionnels. Et pas parmi les plus empressées à faire de la place à des professionnels arrivant de l’étranger: le Collège des médecins et l’Ordre des ingénieurs.

Pourquoi une médecin formée dans une université libanaise ne peut-elle pratiquer dans les hôpitaux québécois? Pourquoi un ingénieur diplômé d’une école de génie en Turquie ne peut-il concevoir des ponts au Québec?

Cette situation à ceci de paradoxal que nous sommes en grave pénurie de travailleurs spécialisés. Combien de nos nouveaux compatriotes, 500, 2000, 7000, 15 000, occupent un emploi en-dessous de leurs qualifications? Difficile à dire. On entend parler de cas ici et là — du physicien russe qui bosse comme concierge, de la pharmacienne malienne qui est commis dans un grand magasin. Quel gaspillage de talents, quelle perte pour la société québécoise.

Le gouvernement québécois tente de corriger la situation. L’État est toutefois gêné dans ses actions par certains ordres professionnels. On comprend que leur rôle est de protéger le public, mais on a parfois l’impression que des ordres souffrent d’une sorte de snobisme à l’égard des diplômes étrangers. Agissent-ils toujours dans l’intérêt de la population ou dans le leur?

Les formations professionnelles sont différentes d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre. C’est bien vrai. Nos nouveaux compatriotes ne s’opposent pas à suivre une formation complémentaire pour concilier leurs pratiques aux nôtres. On ne peut cependant leur demander de retourner sur les bancs d’école pour réapprendre ce qu’ils savent déjà. C’est une demande exagérée. Déjà qu’ils arrivent chez-nous peu fortunés et souvent avec une famille à supporter.

En leur exigeant d’importants sacrifices, les ordres professionnels ne réussissent qu’à sacrifier de riches ressources humaines.

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Lundi 26 novembre 2007 | Mise en ligne à 12h19 | Commenter Commentaires (7)

Des solutions rose bonbon

Quelqu’un peut-il expliquer à Stephen Harper qu’il est minuit moins une? Parce que notre premier ministre s’entête à proposer des solutions rose bonbon pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Des solutions qui ne permettent pas de combattre efficacement le fléau.

On comprend que le PM est un gars de l’ouest. De l’Arabie Saoudite canadienne qu’est l’Alberta, pour être précis. Député de Calgary-Sud-Ouest, là où les sièges sociaux d’entreprises qui profitent de la manne des sables bitumineux se trouvent, pour être encore plus précis. On comprend également qu’il doit veiller aux intérêts des grandes sociétés qui puisent du pétrole dans le sous-sol albertain — les opérations d’extraction produisent des milliers de kilos de GES. On comprend tout ça. Ça ne veut pas dire qu’on doit l’accepter.

En Ouganda ce week-end, M. Harper a tordu les bras de ses homologues des autres pays du Commonwealth pour adopter une proposition appelant à des cibles non contraignantes de réduction des GES. Selon ce système, chaque pays se donnera des cibles à atteindre.

Les mots clés ici sont CIBLES NON CONTRAIGNANTES. Ça veut dire que les pays signataires n’auront aucune obligation de résultat. Ça veut dire qu’aucune pénalité ne sera imposée aux entreprises qui se traînent les pieds pour changer leurs façons de faire. Ça veut dire qu’on va continuer de tourner en rond. Ça veut dire que pendant qu’on se regarde le nombril, les conséquences des GES vont s’accentuer. Ça veut dire que le point de non retour avance à vitesse exponentielle.

M. Harper ne cesse de pourfendre le protocole de Kyoto. Si l’entente n’est pas parfaite, elle a le mérite d’être ambitieuse. Elle a aussi le mérite de reconnaître que les sociétés occidentales, les premières à s’être lancées au 18e siècle dans l’ère de l’industrialisation (et de la pollution), sont responsables de l’état actuel des choses. C’est pourquoi elles doivent intervenir dès maintenant pour réduire les GES produits sur leur territoire.

Les économies émergentes comme la Chine et l’Inde n’ont pas été oubliées par Kyoto, et ce même si le protocole ne prévoit aucun objectif à court terme pour ces grosses pollueuses. Les signataires de Kyoto en 1997 ont sagement décidé de leur laisser le temps de se bâtir de solides bases économiques avant de s’attaquer aux GES. Il s’agit là d’une solution équitable parce que l’Europe et l’Amérique du Nord ont pollué impunément pendant 200 ans en spoliant les ressources partout sur la planète. Ils ont amplement eu le temps de rectifier le tir.

Notre premier ministre espère maintenant convaincre les leaders des autres pays d’adopter son approche. Il les retrouvera la semaine prochaine à Bali lors de la rencontre sur les suites à donner à Kyoto. Espérons que les chefs d’État européens lui bloqueront la voie. Et qu’ils lui pollueront (un peu) l’existence.

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Jeudi 22 novembre 2007 | Mise en ligne à 16h49 | Commenter Commentaires (4)

Rigoler de l’impuissance de l’État

L’équipe ministérielle de Jean Charest table beaucoup ces temps-ci sur les mesures populaires pour séduire la population. Après le serrage de vis aux jeunes conducteurs, les libéraux s’en prennent aux pétrolières. La cible est très bien choisie.

Personne chez Monsieur et Madame tout le monde n’aime les compagnies de pétrole. Des voleuses de grand chemin, selon eux. Personne non plus ne prendra leur défense. De toute manière, elles s’en contrefichent — leurs bénéfices, année après année, sont dans la stratosphère. Ça fait d’elles des punching bag parfaits pour un gouvernement qui se cherche un thème porteur. C’est comme bûcher sur l’administration Bush; personne ne vous blâmera de le faire.

Le ministre des Ressources naturelles Claude Béchard propose donc une loi obligeant les stations-services à expliquer à la Régie de l’énergie toute hausse du prix à la pompe, et ce avant même qu’elles ne les changent. De cette façon, croit-on au Ministère, on pourra déterminer quelles stations initient les hausses de prix. Et du coup prévenir des hausses, les détaillants ne voulant pas porter l’odieux d’être identifiés comme des instigateurs aux yeux de leurs clients.

On doit féliciter le ministre Béchard — ou un de ses sous-ministre — pour son imagination. Un tel système embarrasserait sans aucun doute les propriétaires de stations-services. Malheureusement, ça ne résoudrait absolument pas le problème. La demande pour les produits à la pompe est en croissance. Les prix suivront donc la même tangente. Et les consommateurs (consentants) continueront de faire le plein en rechignant!

En plus, l’Institut canadien des produits pétroliers craint que le système du ministre n’exige la création d’un monstre administratif. Bien qu’on déteste l’organisme, on doit lui donner raison sur ce point.

Derrière ses airs offusqués par le projet de loi, le porte-parole de l’Institut, Carol Montreuil, doit bien rire en coulisses. Il rigole parce que l’opposition adéquiste et péquiste ne suivront pas le ministre sur ce terrain. Mais il rigole surtout devant l’impuissance de l’État (pas seulement ici au Québec, mais partout sur la planète) à mettre les gens qui paient son salaire au pas.

Mettez-vous dans ses souliers; vous rigoleriez également!

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