Le Grand Parleur

Vendredi 16 septembre 2016 | Mise en ligne à 14h52 | Commenter Commentaires (2)

Communiquer vs informer

Les membres des conseils municipaux prennent des décisions derrière des portes closes sans que les citoyens puissent entendre leurs arguments ou voir les documents ayant guidé leurs réflexions. photo alain dion archives La Voix de l’Est

Les membres des conseils municipaux prennent des décisions derrière des portes closes sans que les citoyens puissent entendre leurs arguments ou voir les documents ayant guidé leurs réflexions. photo alain dion archives La Voix de l’Est

Les municipalités québécoises, dans l’ensemble, ont fait des pas de géants ces dernières années pour aider leurs citoyens à comprendre les affaires en cours. Elles prennent toutes sortes de moyen pour y arriver, de la publication de bulletins municipaux, à la diffusion sur internet des assemblées de conseil, au recours à des écrans géants lors de ces mêmes assemblées pour afficher des présentations comme le budget.

Leurs efforts sont louables, mais incomplets parce que les administrations municipales confondent communiquer avec informer. On communique une décision aux gens alors qu’on les informe des raisons de celle-ci.

Dans les salles du conseil, là où les élus se réunissent devant public une fois par mois pour prendre des décisions, l’absence de débats est sidérant. Les éléments figurant à l’ordre du jour sont lus un à la fois, une résolution est proposée, puis secondée et enfin adoptée. Rares sont les votes. Encore plus rarissime les explications sur ce qui vient d’être décidé.

Dans certaines salles de conseil, les assemblées, dont l’ordre du jour compte une trentaine de points, durent parfois une vingtaine de minutes… Tout cela est possible parce qu’avant même que ne débutent les assemblées, tout a déjà été discuté et décidé derrière des portes closes. Pas de veine pour les citoyens présents qui se sont déplacés espérant entendre les délibérations des élus et peut-être comprendre le bien fondé de leurs décisions.

Denny O’Breham pense que cette façon de fonctionner est illégale. Les séances préparatoires, soutient l’ancien candidat à la mairie de Granby, ne peuvent se substituer aux assemblées publiques du conseil. Les élus, dit-il, doivent délibérer publiquement des dossiers et projets importants, ce qui sous-entend qu’ils doivent débattre. Il entend saisir le ministère des Affaires municipales de la question, mais il ne se fait pas d’espoir que Québec intervienne pour que cette pratique cesse.

La démarche de M. O’Breham est inutile, pense Me Jean Hétu, un spécialiste du droit municipal. Les conseils peuvent tenir de telles rencontres préparatoires, assure-t-il, la Loi sur les cités et villes le permettant.

C’est donc permis. Mais est-ce une bonne chose? Ce que permettent les lois, malheureusement, n’est pas toujours empreint de logique ou au bénéfice de la population. Débattre de projets importants en l’absence des gens concernés puis leur annoncer leurs décisions sans qu’ils aient entendu les arguments ou vu les documents utilisés par les élus, est-ce une bonne façon d’obtenir l’adhésion des citoyens? Mieux veut croire au père Noël.

M. O’Breham n’est pas un hurluberlu, comme le disent des élus passés et présents. Il est doué d’une grande intelligence et pose de bonnes questions sur la gestion des affaires publiques. Il nous propose une réflexion profonde sur les raisons pour lesquelles les élus doivent délibérer publiquement.

Tout le monde s’en portera mieux, quand on y pense. D’abord, les citoyens, qui comprendront comment les membres du conseil en sont venus à prendre l’option A au lieu de l’option B, ce qui les amènera à l’accepter. Ensuite, les élus, qui n’auront plus l’air d’automates qui approuvent les résolutions les unes à la suite des autres. Ils ont des idées, des opinions, des choses à dire pour faire progresser leur ville. Qu’attendent-ils pour en faire part publiquement?

Les maires et conseillers ont été élus pour décider, entend-t-on souvent dire dans les hôtels de ville dès que des gens s’opposent à certaines décisions. Ils ont en effet toute la légitimité voulue pour s’acquitter de cette tâche. Ça ne les empêche pas de mieux informer leurs citoyens des raisons qui ont guidé leurs décisions.

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Mercredi 31 août 2016 | Mise en ligne à 14h52 | Commenter Commentaires (5)

Immigration et délicate question

La CAQ n'est pas le Front national, loin s’en faut, mais parfois, pour des raisons électoralistes, tend à s’en inspirer sur les questions identitaires. photo La Presse

La CAQ n'est pas le Front national, loin s’en faut, mais parfois, pour des raisons électoralistes, tend à s’en inspirer sur les questions identitaires. photo La Presse

Le Québec est-il capable d’accueillir 50 000 immigrants tous les ans ? Délicate question que pose François Legault. Le chef de la Coalition avenir Québec croit que non. Il faut réduire ce seuil de 20 %, dit-il, pour l’amener à 40 000. Il en va de la protection du français au Québec, soutient-il, ouvrant le couvercle d’une chaude marmite.

Les données sur l’immigration ont de quoi faire réfléchir. M. Legault en a cité plusieurs mardi pour exiger que le gouvernement libéral abaisse le nombre d’immigrants qui arrivent chaque année. Difficile de toutes les vérifier, mais en voici deux basées sur le recensement de Statistique Canada de 2015. À Montréal, le taux de chômage des immigrants était de 11,1 % alors que celui des Québécois d’origine était de 7,5 %. Pour les immigrants arrivés depuis 2011, la situation était pire : 18,4 % d’entre eux, considérés comme faisant partie de la population active, étaient sans emploi.

Comment expliquer cette dure réalité ? Les immigrants provenant de pays non francophones peinent-ils à apprendre notre langue ? Y a-t-il une réticence des employeurs à leur offrir des emplois ? L’intégration à leur nouvelle société d’accueil nuit-elle à leurs démarches pour trouver un boulot ? Toutes ces choses ? Impossible de le dire avec exactitude.

Il est certain, cela dit, que l’État doit continuer de donner un coup de main à nos nouveaux compatriotes. Des programmes de francisation, d’employabilité et de formation de la main-d’œuvre demeurent névralgiques pour les guider vers des emplois. L’apprentissage du français, pierre angulaire de la société québécoise, doit rester une priorité incontournable. Une intégration réussie ne peut emprunter un autre chemin.

Il est toujours délicat de parler d’immigration. Les risques de tomber dans l’intolérance, dans les lieux communs, dans le racisme, sont bien là. On devrait féliciter M. Legault d’aborder la question du seuil d’immigration. Mais on ne le fera pas. Son timing, comme disent les Anglais, suinte le populisme. Pas plus tard que la semaine dernière, le chef caquiste s’offusquait du port du burkini par des femmes musulmanes. Et lundi, il proposait que les nouveaux arrivants passent une sorte de questionnaire sur l’égalité entre les hommes et les femmes avant d’obtenir le droit d’entrer au Québec.
On s’attend à de meilleures idées d’un homme de sa trempe. La CAQ n’est pas le Front national, loin de là, mais parfois, pour des raisons électoralistes, elle tend à s’en inspirer sur les questions identitaires.

Notre réalité linguistique et démographique fait que les questions portant sur l’immigration touchent l’ensemble de la société québécoise. Toute décision politique liée à ces questions doit être fondée sur de sérieuses réflexions, appuyée par des études et des faits et libre de toute partisanerie. Pour s’en assurer, c’est à se demander si on ne devrait pas retirer cette responsabilité des politiques.

Sur les ondes de Radio-Canada mercredi matin, Marie Grégoire a lancé l’idée que le vérificateur général du Québec pourrait être responsable de fixer le seuil d’immigrants que le Québec accueille. Le haut fonctionnaire, qui répond directement de l’Assemblée nationale, est bien placé pour analyser les programmes destinés aux immigrants ainsi que les budgets que les différents ministères consacrent à leur intégration, a-t-elle dit. Il aurait alors les informations en mains, a-t-elle expliqué, pour déterminer combien de nouveaux arrivants la province est raisonnablement capable d’accueillir selon les ressources terrains et financières disponibles.

Le mérite de faire intervenir le vérificateur général dans ce débat est double. D’abord, on aurait une bonne évaluation de l’efficacité des programmes d’intégration (francisation et formation), ce qui permettrait des ajustements rapides. Deuxièmement, le seuil d’immigration ne serait plus basé sur des décisions arbitraires du parti au pouvoir.

Mme Grégoire, une ancienne de l’Action démocratique du Québec, l’ancêtre de la CAQ, aborde ce débat avec nuances. Son idée mérite réflexion.

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Mercredi 3 août 2016 | Mise en ligne à 15h43 | Commenter Un commentaire

Bâtir sur ses échecs

La Ville de Bromont doit continuer d’investir dans ce créneau, pense Pauline Quinlan, malgré le fiasco – elle n’aime pas le mot – des JEM 2018. «Ça n’a pas fonctionné. On doit regarder en avant et organiser d’autres événements.» photo Catherine Trudeau

La perte des Jeux équestres mondiaux n’hypothèque pas l’avenir du site olympique de Bromont, assure Pauline Quinlan. L’endroit demeure un des piliers sur lequel la Ville poursuivra son développement touristique et économique, soutient la mairesse.

On n’est pas habitué à l’échec à Bromont. Quand on le fait remarquer à Mme Quinlan, elle hésite, réfléchit quelques secondes puis répond que ce n’est pas vrai. Le projet de ville branchée s’est soldé par un échec, m’a-t-elle dit. Ça m’a surpris. J’ai toujours cru au contraire que l’ambitieuse idée de déployer un réseau à travers la ville de Bromont pour que les citoyens, commerçants et industriels aient un accès Internet s’était avérée un vif succès au début du siècle, alors que cet outil commençait à susciter de la curiosité. Certes, on peut parler de réussite, m’a-t-elle expliqué en entrevue la semaine dernière, mais le projet a bien failli ne jamais se matérialiser.

À l’époque, Bromont avait vu la candidature de Shawinigan — alors dans la cour du député fédéral et premier ministre Jean Chrétien… — être retenue par Industrie Canada afin de développer un modèle à suivre pour doter le monde municipal d’Internet. La déception était vive à l’hôtel de ville, se rappelle Mme Quinlan. Investir autant de temps et d’efforts pour se retrouver les mains vides, c’est frustrant, dit-elle. Mais pas décourageant, a-t-elle ajouté d’emblée. Le projet était à ce point novateur et bien pensé qu’il ne pouvait être simplement abandonné. Suffisait de trouver une autre avenue.

Le gouvernement québécois commençait à s’intéresser au phénomène de l’Internet. Forte de ses contacts, la mairesse a obtenu un rendez-vous avec Bernard Landry, alors ministre des Finances. Quelques heures après avoir expliqué les objectifs et paramètres de la ville branchée et ses maintes retombées économiques au ministre péquiste, Mme Quinlan a reçu confirmation que l’État investirait dans le projet.

L’important au terme d’un échec, c’est de rebondir, selon Mme Quinlan. Elle utilise l’histoire du projet de ville branchée comme analogie avec la situation dans laquelle se trouve le site équestre olympique. L’idée de faire venir la planète équestre à Bromont en 2018 était bonne, affirme-t-elle. Ça se jasait depuis 2006 dans le milieu bromontois. En 2009, le projet apparaissait dans son programme électoral. « Nous avons tout pour réussir », insiste-t-elle alors qu’elle me faisait faire le tour du vaste parc équestre de la rue de Gaspé. L’International Bromont battait son plein. On y a croisé des gens de la Floride, de la Virginie-Occidentale, de l’État de New York, de l’Ontario. Tous encensaient l’organisation, les installations, le site. « J’adore la Fête du chocolat, mais elle attire une clientèle québécoise. Les compétitions équestres, c’est de l’argent qui arrive d’ailleurs et qui entre dans notre région », souligne-t-elle.

Investir dans ce créneau

La Ville doit continuer d’investir dans ce créneau, pense Mme Quinlan, malgré le fiasco — elle n’aime pas le mot — des JEM 2018. « Ça n’a pas fonctionné. On doit regarder en avant et organiser d’autres événements. »

Que s’est-il passé dans les coulisses du petit monde équestre de Bromont pour que la Ville perde cette prestigieuse compétition ? La mairesse tente d’éluder la question. Lorsqu’on insiste, soulignant la tension entre le comité organisateur des JEM et la Société d’agriculture du comté de Shefford, qui gère le site, elle ouvre timidement son jeu. « La relation était difficile. On l’a vu », dit-elle. « Il y a eu des manquements, c’est certain », a-t-elle ajouté sans les nommer.

Bien qu’elle aurait aimé intervenir pour redresser le tout, ce n’était pas son rôle, ni celui du conseil. « Notre travail était d’accompagner les organisateurs pour qu’on obtienne les Jeux. On les a obtenus. On s’est engagés à faire notre part financièrement (2 millions de dollars ont été promis), mais notre responsabilité s’arrêtait là. »

La mairesse refuse de parler de conflit entre les deux organismes. Pas question non plus de jeter le blâme sur quiconque. Elle conteste cependant les critiques, dont les miennes, dirigées vers son conseil pour son suivi des activités de la SACS que la Ville subventionne à coups de 150 000 $ par année depuis 2011. Jamais de deniers publics n’ont été versés sans une sérieuse analyse de pièces justificatives, insiste-t-elle.

Jeudi dernier, Mme Quinlan soutenait que la Ville ne romprait pas ses liens avec la SACS. Ses dirigeants ont à cœur le sport équestre et font une belle promotion pour Bromont, a-t-elle expliqué. La situation financière de l’organisme, qui supporte des hypothèques de 2,5 millions de dollars en plus de faire face à des hypothèques légales de 472 000 $, ne l’inquiète pas. « Oui, ils ont des dettes. Mais les actifs sont très importants », signale-t-elle, faisant référence aux 8,5 hectares appartenant à la SACS et à ses installations pour les chevaux.

Dans toute cette affaire, Mme Quinlan déplore plus que tout le négativisme des opposants à la tenue des JEM 2018 à Bromont. « Nous sommes capables de grandes choses. Dommage qu’on ait vu seulement les problèmes et pas les solutions. Nous venons de vivre un échec ; nous n’aurons pas les jeux. Mais il faut s’en servir comme tremplin et continuer de développer notre site équestre. »

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