Le Grand Parleur

Mercredi 27 août 2014 | Mise en ligne à 16h08 | Commenter Commentaires (5)

Le livre cache le scandale

photo La Presse

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On a le sens de l’indignation sensible au Québec. Particulièrement quand ça touche n’importe quoi relié à la culture. Le ministre de l’Éducation Yves Bolduc s’en est rendu compte après avoir affirmé au Devoir la semaine dernière qu’il n’y aurait pas péril en la demeure si les commissions scolaires sabraient dans leurs budgets d’achat de livres pour les bibliothèques de leurs écoles pour atteindre les compressions de 150 millions de dollars exigées par son gouvernement. Après le tollé suscité par ses commentaires, il s’est excusé mardi les qualifiant de «très malhabiles», appelant même les commissions scolaires à ne pas toucher à ces budgets.

Le ministre n’est pas seulement un gaffeur, il est aussi un fabulateur. Comment peut-on demander des compressions aussi importantes aux commissions scolaires tout en les invitant à ne pas toucher à l’ensemble de leur budget, les enveloppes budgétaires dédiées à l’achat de livres incluses? M. Bolduc cherche à tout prix à se distancier des choix douloureux qui attendent les commissions scolaires. Poltron en plus.

Et puis ça pose la question de l’autonomie des commissions scolaires. Leur en reste-t-elle? Québec leur impose des compressions, mais leur dit en même temps où ne pas les effectuer. Tant qu’à faire, pourquoi s’arrêter en chemin; que le Ministère fasse sauter ces structures intermédiaires et gère lui-même les écoles. Il faudra un jour faire un sérieux débat là-dessus.

L’exercice de repentance du ministre Bolduc, surtout son mot d’ordre de ne pas toucher aux budgets pour l’achat de livres, nous fait oublier l’essentiel de ce qui se passe: l’ensemble du réseau scolaire verra 150 millions de dollars disparaître — ça portera les compressions à 800 millions de dollars en cinq ans dans le réseau. On s’est tellement offusqués du mini-drame des livres pour les bibliothèques scolaires qu’on a perdu de vue que le vrai scandale se trouve là.

Comment une société peut-elle enlever autant d’argent dans son système scolaire et ne pas en payer un lourd tribut à très court terme? L’éducation est la colonne vertébrale d’une société moderne. Une solide économie se construit sur une société instruite. De nombreuses études confirment ces deux faits.

Réduire collectivement les budgets des commissions scolaires de 150 millions de dollars aura inévitablement un impact sur la qualité et la quantité de services offerts aux élèves. On comptera moins de psychoéducatrices et d’orthopédagogues, c’est écrit dans le ciel. Déjà, les commissions scolaires n’investissent pas suffisamment dans ces services.

Mon garçon commence sa sixième année cette semaine. Depuis son entrée dans le monde scolaire en 2008, sept psychoéducatrices ont défilé dans les corridors de son école. Sept! Ces professionnelles aident, entre autres choses, les élèves aux prises avec différents problèmes d’apprentissage et de comportement. Leur présence est essentielle. Elles donnent des outils aux enfants pour les aider à connaître du succès, à bâtir leur estime de soi. Plus elles interviennent tôt auprès d’eux, plus leurs chances de succès scolaire augmentent. Quand les interventions avec les jeunes ne commencent qu’au secondaire, il est souvent trop tard et le décrochage scolaire guette. Et on sait tous que le décrochage provoque des coûts sociaux énormes.

Qu’est ce qui explique ce roulement de psychoéducatrices à l’école de mon garçon? La commission scolaire Val-des-Cerfs détermine chaque année quel sera son budget pour les services spécialisés. Bref, on n’embauche pas, on offre seulement des contrats.

Aucune organisation, qu’elle soit publique ou privée, ne peut espérer garder des travailleuses spécialisées en leur offrant des contrats. L’inévitable finit pas se produire; elles quittent pour des postes permanents ailleurs. Puis on demande aux enfants de faire confiance à une nouvelle psychoéducatrice. Il est déjà difficile pour des jeunes d’établir une relation avec une étrangère. Imaginez quand ils doivent le faire tous les ans…

Les finances de l’État sont très mal en point, nous dit le gouvernement. Sabrer autant dans notre système d’éducation ne risque-t-il pas de les empirer encore plus?

Pourquoi s’indigne-t-on pour des livres et non pas aussi contre cette attaque sur notre avenir collectif?

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Mercredi 27 août 2014 | Mise en ligne à 10h35 | Commenter Commentaires (3)

Stationnez à vos risques

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Remarquable travail de synthèse de la municipalité de Culver City, en banlieue de Los-Angeles, pour expliquer aux automobilistes les restrictions de stationnement près d’une école élémentaire.

Le temps de les lire et vous vous retrouvez avec deux contraventions!

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Lundi 4 août 2014 | Mise en ligne à 14h54 | Commenter Commentaires (2)

L’agonie de la presse écrite

Deadline est un photo-reportage du photographe Will Steacy sur l’agonie du vénérable Philadelphia Enquirer.

Image 6

À méditer.

Merci au collègue Maxime Massé de me l’avoir signalé.

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