Le Grand Parleur

Jeudi 16 mars 2017 | Mise en ligne à 14h56 | Commenter Commentaires (5)

Le mirage du MTQ

Quel aurait été le bilan si la nuit avait été glaciale? C’est un miracle qu’on ne rapporte aucun mort ou blessé. photo La Presse

Quel aurait été le bilan si la nuit avait été glaciale? C’est un miracle qu’on ne rapporte aucun mort ou blessé. photo La Presse

Le fait que le Québec ait reçu autant de neige à la mi-mars n’a rien d’étonnant. Ça peut se produire quand on vit dans un pays nordique. Ce qui surprend, c’est la désorganisation d’organismes responsables de se préparer en conséquence en déployant les ressources humaines et matérielles pour y faire face.

Montréal est passé bien près d’une véritable catastrophe dans la nuit de mardi à mercredi quand les conducteurs et passagers de quelque 300 véhicules sont restés bloqués toute la nuit sur l’autoroute 13. Certains y sont demeurés pendant 13 heures. On imagine leur état d’esprit (et de panique) alors qu’aucune information ne leur était communiquée sur la situation par les autorités.

Quel aurait été le bilan si la nuit avait été glaciale? Les risques d’intoxication au monoxyde de carbone et d’engelures auraient explosé. C’est un miracle qu’on ne rapporte aucun mort ou blessé.

L’avalanche de témoignages et de reportages qui déferlent depuis mardi dans les médias sur les nombreux ratés du ministère des Transports à gérer cette tempête a forcé le premier ministre lui-même, Philippe Couillard, à présenter des excuses aux Québécois. Il a annoncé l’ouverture d’une enquête pour déterminer ce qui s’est passé. Dans la foulée de cette décision, une sous-ministre responsable des mesures d’urgences a été suspendue.

Les patrons du ministère des Transports, officiellement connu comme celui des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des Transports, analyseront aussi cette nuit de chaos dans leurs rangs. Comme c’est le cas quand quelqu’un échappe le ballon dans l’appareil étatique, ils produiront un beau rapport à leur patron, Laurent Lessard, tenteront de justifier le dérapage opérationnel en montrant du doigt d’autres organisations et proposeront des recommandations pour éviter qu’on revive une telle situation.

Bref, ils chercheront à tourner la page en espérant que l’actualité génèrera une crise ailleurs pour détourner l’attention de la population et des médias de ce dysfonctionnement organisationnel. Le rapport sera discrètement déposé et passé sous silence.

Retenons trois choses de ce cafouillage. D’abord, la responsabilité de gérer et d’entretenir les autoroutes relève du MTQ. Ils prennent toutes les décisions relatives à ce qui se passe sur celles-ci. Les informations vérifiées sont à l’effet que le MTQ a tardé à demander l’aide de la Ville de Montréal et de ses pompiers pour prêter assistance aux automobilistes et camionneurs pris sur la 13. Est-ce par jalousie de protéger sa juridiction ou par gêne d’avoir perdu le contrôle de la situation ? Incompétence?

La deuxième chose, encore ici les faits sont validés, personne au MTQ n’a pensé alimenter les stations de radio montréalaise avec des informations destinées aux gens qui passaient la nuit sur la 13. Toutes ces stations ont des animateurs en ondes la nuit, dont le AM 730 spécialisé en circulation. On peut présumer que beaucoup de gens étaient à l’écoute. Le fil Twitter du MTQ n’annonçait rien de pertinent non plus pour ces gens.

En cette ère de communication, où l’éventail d’outils disponibles pour diffuser des informations est vaste, où presque tout le monde a accès à des réseaux sociaux même pognés dans son automobile sur la 13, comment expliquer ce silence du MTQ?

Troisièmement, difficile de ne pas se rappeler en analysant cette situation que small is beautiful. Beaucoup de ressources, beaucoup de moyens et la dilution de plusieurs responsabilités entre beaucoup de patrons ne se traduisent pas nécessairement par de l’efficacité sur le terrain.

Le MTQ devrait prendre en exemple les municipalités. Ces petites organisations opèrent avec une chaîne de commandement simplifiée, ont des ententes d’entraide avec leurs voisines, font une utilisation optimale de leurs équipements et connaissent bien leur territoire. Elles font même appel à des groupes de citoyens pour les assister lors d’événements exceptionnels.

La comparaison n’est pas sans ironie. Des ministères québécois, au premier rang le MTQ, ne cessent de dicter des règles et des façons de faire aux municipalités. On leur demande de produire toutes sortes de rapports, de compléter de nombreux formulaires, de constamment se justifier dès qu’elles veulent intervenir sur leur réseau routier. Les fonctionnaires municipaux passent une grande partie de leur temps à répondre à ces demandes. En bout de ligne pour rien alors que leurs projets sont souvent jetés aux poubelles par le Ministère ou enterrés sous une pile de projets.

Devant un tel paternalisme, on devrait conclure qu’on sait de quoi on parle au MTQ, qu’on a de l’expertise, qu’on sait comment opérer une organisation publique. Le mirage est parfait!

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Mardi 21 février 2017 | Mise en ligne à 18h14 | Commenter Commentaires (2)

Fusionner la Ferme

La fusion de la FHM avec le CINLB permettrait de dégager des économies d'échelle pour les deux organismes. photo Christophe Boisseau-Dion

La fusion de la FHM avec le CINLB permettrait de dégager des économies d'échelle pour les deux organismes. photo Christophe Boisseau-Dion

L’avenir de la Ferme Héritage­ Miner pourrait passer par une fusion administrative avec le Centre d’interprétation de la nature du lac Boivin. La suggestion est celle d’un homme d’affaires de Granby qui m’en a parlé la semaine dernière. L’idée mérite d’être explorée­. Pour plusieurs­ raisons.

D’abord, pour les économies d’échelle possibles. La fusion des deux entités dégagerait une marge de manœuvre financière sur leurs coûts administratifs. Quand on œuvre dans le monde des organismes sans but lucratif, chaque sou compte.

La mise en commun des deux organisations a également ceci d’intéressant qu’elles font non seulement face à des défis similaires de financement, mais partagent aussi des vocations d’éducation et de conservation de milieux naturels. Le CINLB voit à la protection d’un territoire de 450,8 hectares alors que la FHM, au nom de la Ville de Granby, fait de même avec les 135 hectares des Boisés Miner. Un mariage des deux organismes semble naturel.

Le fait que la FHM est fermée depuis quelques semaines en raison d’un manque de revenus représente une belle occasion pour ses administrateurs de repenser l’ensemble de son mode de fonctionnement. En fusionnant avec le CINLB, la Ferme hériterait d’une direction générale expérimentée qui, depuis plus d’une trentaine d’années, tire son épingle du jeu.

Le CINLB est doté d’un budget de 780 000 $, dont 186 000 $ proviennent de la Ville de Granby­. L’organisme compte quatre employés à temps plein et est passé maître dans l’obtention de subventions de réinsertion de gens en milieu de travail et d’emplois étudiants. Ces travailleurs assurent l’entretien du vaste parc. Ils pourraient s’occuper en plus des tâches à la Ferme.

L’idée d’une fusion circule parmi les administrateurs des deux organisations, m’a-t-on confirmé. De part et d’autre, des réticences existent, toutefois. Comme dans tout groupe, personne n’est entiché à l’idée de céder du pouvoir ou de s’écarter, et ce, même si la résultante est la sauvegarde de son organisation. Il ne faudrait pas qu’une lutte d’égos empêche une réflexion de fond sur les différentes façons de sauver la FHM.

***

La Ville de Granby vient de placer la barre haut en organisant une consultation publique sur la modernisation de son centre-ville. L’exercice auquel elle convie la population pour imaginer de quoi devrait avoir l’air la rue Principale­ est sans précédent.

Les administrations municipales invitent souvent leurs citoyens à se prononcer sur des projets lors de consultations publiques. Hélas, ces rencontres cachent souvent des opérations de relations publiques plutôt que de vrais appels à la discussion et à la réflexion sur un sujet ou thème précis. Tout est ficelé à l’avance et le but des rencontres, qui sont davantage des soirées d’information, est de valider les décisions prises.

Preuve que les consultations publiques n’ont pas le caractère sérieux dont elles se réclament, la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme n’oblige pas les municipalités à produire un compte rendu de celles-ci… Comment savoir si les idées, suggestions et commentaires des citoyens ont été entendus par l’appareil municipal et que la version finale des projets discutés les reflète ? En ne produisant pas de comptes rendus, les administrations laissent filer de précieuses informations et nourrissent le cynisme de leurs citoyens.

L’initiative de la Ville de Granby est encourageante parce qu’elle se traduit par une main tendue aux citoyens. Écouter les gens, c’est la base même de la démocratie.

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Mardi 14 février 2017 | Mise en ligne à 9h23 | Commenter Commentaires (8)

Le choix de Justin

Renier un engagement sur le scrutin électoral, une question de principe, c’est se mentir à soi-même. On pourrait conclure que la promesse de M. Trudeau était électoraliste, donc bidon! photo Alain Dion

Renier un engagement sur le scrutin électoral, une question de principe, c’est se mentir à soi-même. On pourrait conclure que la promesse de M. Trudeau était électoraliste, donc bidon! photo Alain Dion

Les Canadiens n’auront pas un nouveau système électoral. Ils conserveront le scrutin uninominal à un tour, a décidé Justin Trudeau. Le premier ministre abjure un des principaux engagements de son parti faits aux électeurs lors de la campagne électorale de l’automne 2015.

Il n’y a pas de consensus au sein de la population, soutient M. Trudeau, pour procéder à une réforme de la façon dont on élit nos députés fédéraux. Peut-être. Mais des options existent. Et elles n’ont pas été présentées aux citoyens. Organiser une consultation en ligne dans tout le pays, comme le gouvernement l’a fait avant les Fêtes, était une bonne idée. Mais il fallait enchaîner avec une forme de réflexion menant à des propositions concrètes sur le mode de scrutin avec lequel les Canadiens sentiraient que leur vote compte. Ça ne s’est pas fait.

Ce n’est pas la première fois qu’un politicien n’honore pas un engagement. Ça ne sera certainement pas la dernière. La décision de M. Trudeau dérange parce qu’elle renie ce qu’on croyait être un de ses principes : la juste représentativité des partis à la Chambre des communes.

Cette promesse brisée est énorme. Un leader politique, voyant que le fonctionnement de l’État pourrait être perturbé, peut changer d’avis sur une promesse de baisser les impôts. Renier un engagement sur le scrutin électoral, une question de principe, c’est se mentir à soi-même. On pourrait conclure que la promesse de M. Trudeau était électoraliste, donc bidon !

Le scrutin uninominal à un tour déforme les résultats électoraux en exagérant le poids de la formation politique qui remporte le plus de circonscriptions. Lors de l’élection d’octobre 2015, le Parti libéral a raflé 184 sièges avec une récolte de 39,47 % des votes exprimés. C’est 54,44 % des 338 postes de députés.

Tous les autres partis sortent perdants de ce mode de scrutin, les petits partis davantage. Le Parti Vert a récolté 602 933 votes (3,43 %), mais n’a fait élire que sa chef, Elizabeth May…

L’impact du scrutin uninominal à un tour est colossal sur la démocratie puisque notre système parlementaire accorde les pleins pouvoirs au parti qui est majoritaire en Chambre. Cela encourage un esprit d’intransigeance et de fermeture chez les députés majoritaires au détriment de discussions avec les autres parlementaires pour la recherche de compromis.

Il existe une variété de modes de scrutin. Celui qui assure une juste représentativité des choix des électeurs est le système proportionnel. Comme son nom l’indique, il accorde aux partis le nombre de sièges en fonction du pourcentage de votes reçus. À titre d’exemple, les libéraux de M. Trudeau se seraient vu attribuer 133 sièges en 2015, les conservateurs 107 (au lieu de 99), les néo-démocrates 66 (au lieu de 44). Et le Parti Vert aurait eu 11 députés (au lieu de 1) !

Le Canada rate une belle occasion d’insuffler de la crédibilité dans son système politique, de ramener des électeurs désabusés au bercail et d’intéresser les jeunes au débat public. La réalité est que les idées, opinions et philosophies d’un grand nombre d’électeurs sont absentes ou marginalisées dans l’enceinte où les politiques guidant notre pays se discutent et se décident.

Le fait que le fédéral se rebiffe sur cette question refroidira l’intérêt naissant des provinces de migrer vers un scrutin électoral digne de notre époque. On le voit avec la controverse entourant la disparition de la carte électorale de la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques à Montréal. La commission de représentation électorale a beau être apolitique, elle subit la pression de groupes bien organisés pour influencer les tracés des circonscriptions.

Un système proportionnel réglerait ce problème. Tout comme il garantirait que chaque vote, peu importe où les électeurs se trouvent au pays, compte. Que vaut le vote d’un partisan du Parti conservateur dans le château fort de Saint-Laurent où les libéraux rallient plus de 70 % des voix ? À l’échelle du pays, il ne vaut rien.

M. Trudeau, qui se réclame d’être de son temps, nous rappelle que le but premier d’un politicien est d’être réélu. Il a choisi de ne pas abandonner un système qui lui a justement permis d’être porté au pouvoir… On est (pourtant) en 2017 !

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