Le Grand Parleur

Mardi 14 octobre 2014 | Mise en ligne à 17h09 | Commenter Commentaires (9)

Duo de négligents

Combien d'accidents du genre se produiront avant que la Ville de Granby et le MTQ aménagent un carrefour giratoire à l'intersection du boulevard Pierre-Laporte et de la rue Robitaille? Photo Alain Dion

Combien d'accidents du genre se produiront avant que la Ville de Granby et le MTQ aménagent un carrefour giratoire à l'intersection du boulevard Pierre-Laporte et de la rue Robitaille? Photo Alain Dion

On l’a déjà dit et on le répète: des accidents graves, mortels même, se produiront tôt ou tard à l’intersection du boulevard Pierre-Laporte et de la rue Robitaille à Granby. Des drames semblent inévitables.

La conception de l’intersection est dépassée. Elle ne permet pas, et ce depuis une quinzaine d’années, une circulation sécuritaire. Et la situation va aller en empirant dans les semaines et mois à venir puisque des quartiers des deux côtés du boulevard poussent comme des champignons. L’intersection verra son achalandage s’accroître à une vitesse exponentielle. On comptera encore plus d’automobiles tentant de s’élancer sur le boulevard Pierre-Laporte à partir de la rue Robitaille et, parmi celles-ci, des autobus scolaire en direction et en partance de l’école Eurêka située sur le coin de l’intersection.

Une solution existe: l’aménagement d’un carrefour giratoire. La Ville estime les travaux à 6 millions de dollars (approches et tunnel pour piétons et cyclistes inclut). Ça semble exagéré à première vue. Mais le débat, pour l’heure, est ailleurs et se résume encore et toujours à qui va payer. La Ville est prête à assumer sa part. Pas le ministère des Transports pourtant «propriétaire» du boulevard Pierre-Laporte (prolongement de la route 241). La Ville s’est montrée incapable de le convaincre de s’impliquer financièrement dans le projet.

Alors c’est l’impasse. Rien ne bouge. En fait, alors que politiciens et fonctionnaires bavardent de ce dossier, un seule chose progresse: les probabilités d’accidents.

Au MTQ, on est d’accord avec l’aménagement d’un carrefour giratoire. On donne même le feu vert à la Ville. Pas question cependant d’y injecter des sous. «L’intervention vise à permettre un important développement immobilier. Pour cette raison, les frais de cet aménagement devront être assumés par la Ville de Granby», a expliqué Stéphanie Langelier, du MTQ, à ma collègue Marie-Ève Martel samedi.

L’argumentaire du MTQ est étrange. En 2009, à moins de deux kilomètres au sud du boulevard Pierre-Laporte, Transports Québec a investi 644 000 $, le même montant que la Ville de Granby, pour aménager un carrefour giratoire à l’intersection de la rue Bruce. Il était périlleux alors de traverser à cette intersection. Beaucoup moins, cela dit, qu’aujourd’hui à l’intersection de la rue Robitaille…

Le maire Pascal Bonin et le député de Granby François Bonnardel ont raison de refuser que le MTQ se désiste de ses responsabilités. Ils promettent de se battre, de faire pression, de faire de gros yeux. Ça fait partie de leur travail. Tout comme d’assurer la sécurité de leurs commettants.

Ne nous racontons pas d’histoire; advenant que le MTQ cède aux pressions et sorte des millions de dollars pour payer une partie des coûts du carrefour giratoire Pierre-Laporte/Robitaille, ça ne se fera pas avant un ou deux ans. Ça repousse les travaux loin dans le temps. Des travaux qui auraient dû être complétés lors de l’ouverture de l’école Eurêka en 2010…

La Ville de Granby demande depuis 1997 que le MTQ modifie cette intersection. Est-ce qu’elle a joué d’imprudence en planifiant le développement résidentiel du secteur avant d’avoir un engagement ferme que Québec paierait sa part pour rendre plus sécuritaire l’intersection? Connaissant la culture du MTQ à pelleter ses dossiers de demandes de subventions en avant, il appert que oui.

Le conseil municipal s’est conduit dans un cul-de-sac. Bien qu’il répugne aux élus de voir la Ville assumer seule la responsabilité d’assurer la sécurité à cette intersection, ils doivent se faire une raison et inclure le projet de carrefour giratoire dans le budget 2015 de la Ville. Le retarder tant que le MTQ n’y participera pas financièrement équivaut à de l’insouciance. Les usagers de Pierre-Laporte et les citoyens du secteur en paient le prix.

Heureusement pour la Ville et le MTQ, les futures victimes d’accidents ne pourront les poursuivre devant les tribunaux pour négligence. Notre système d’assurance automobile est basé sur le no-fault (sans égard de la faute). Les coupables sont pourtant bien identifiés!

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Mardi 30 septembre 2014 | Mise en ligne à 18h37 | Commenter Commentaires (4)

Valider le «système»

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C’est aujourd’hui qu’Yvan Tremblay allait être «relocalisé» dans un autre établissement sous la juridiction du Centre de santé et des services sociaux de la Haute-Yamaska. On devrait plutôt écrire «devait» être relocalisé puisqu’il s’est suicidé le 12 septembre. Une geste désespéré qu’on peut attribuer à l’insensibilité du «système».

Depuis 17 ans, M. Tremblay était confiné à une chaise roulante suite à un accident de travail, nous racontait récemment ma collègue Isabel Authier. Quadraplégique, il a toutefois surmonté d’incroyables obstacles pour se reconstruire une vie. Il occupait depuis neuf ans un petit appartement adapté du Domaine Vittie Desjardins à Granby. Il avait sa cuisine, son ordinateur et se rendait de lui-même sur les pistes cyclables pour prendre l’air. Malgré un lourd handicap, l’homme de 67 ans était très actif.

La direction du CSSSHY avait cependant d’autres plans pour lui. En raison de nouvelles directives de sécurité en cas d’incendie — adoptées suite à l’incendie meurtrier d’un centre pour personnes âgées de l’Isle-Verte —, elle a annoncé à M. Tremblay qu’il devait quitter son appartement. On allait le relocaliser dans un autre établissement. Dans une chambre en fait.

Pour M. Tremblay, il n’en était pas question. En dépit de ses efforts, notamment en signant une lettre de dégagement de responsabilités de la CSSSHY en cas d’incendie, on lui a dit non. Il devait absolument quitter son appartement. Désemparé devant une telle perspective, il a choisi de mettre fin à sa vie.

En entrevue à La Voix de l’Est, des amis de M. Tremblay ont dénoncé l’intransigeance de la direction du CSSSHY. «Yvan n’avait pas une qualité de vie extraordinaire, mais ici, il avait trouvé un semblant de vie. Et ils ont soufflé la petite bougie qui restait», a imagé Jean Royer.

Dans sa lettre d’adieu, M. Tremblay se montre cinglant envers les «hauts placés qui prennent des décisions sans vouloir connaître les conséquences»: «(…) On met les données sur informatique et l’ordinateur décide de ton avenir. Je ne suis pas encore prêt à vivre avec un système informatique comme décideur.»

Des normes doivent exister pour assurer la sécurité des résidants dans des établissements de santé, entre autres choses leur évacuation en cas d’incencie. Le cas de M. Tremblay est en revanche troublant. Il habitait un petit établissement construit au début des années 2000, avec des gicleurs et des murs et portes coupe-feu. Pas de bois nulle part. Les risques d’incendie sont faibles.

Est-ce que la vie de M. Tremblay aurait été moins menacée en cas d’incendie dans un CHSLD de quatre étages avec une quarantaine de bénéficiaires à évacuer? Rien n’est moins sûr.

Pendant ce temps, des milliers de centres privés pour personnes âgées construits dans les années 50, 60 et 70, sans aucun gicleur et où des matériaux inflammables se trouvent partout, continuent d’opérer et d’encaisser les chèques de loyer de leurs clients. Dix mois après la tragédie de L’Isle-verte, le gouvernement n’a encore rien annoncé de concret pour améliorer la sécurité dans ces centres.

En contrepartie, Québec a été prompt à revoir les normes de sécurité dans ses établissements pour personnes âgées. Son approche du mur à mur, sans discernement ou possibilité d’alternatives, a malheureusement poussé un de ses bénéficiaires au suicide. Ce drame illustre l’insensibilité d’un système façonné et cultivé par des fonctionnaires trop loin et désintéressés des réalités des plus faibles.

«C’est le système et on ne peut pas l’ignorer», affirmait Joan Beauchamp, porte-parole du CSSSHY, pour dissocier son organisation du geste fatal de M. Tremblay.

Il est vrai qu’il est plus facile d’ignorer le bien-être d’un vieil handicapé que de combattre en son nom. En ce sens, la direction du CSSSHY a choisi de valider le «système».

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Mardi 16 septembre 2014 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (8)

La clarté écossaise

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Les Écossais ne sont pas seulement reconnus pour produire les meilleurs whiskys au monde ; ils sont champions des questions courtes et claires.

Jeudi, lorsque les Écossais se rendront aux urnes pour décider de l’avenir de leur nation au sein du Royaume-Uni, ils devront répondre à la question suivante : « Should Scotland be an independant country? » (L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant ?).

Seulement six mots. Une phrase qui va quand même droit au but.

On est loin de la question-fleuve posée aux Québécois en 1980 par le Parti québécois lors du premier référendum sur notre appartenance au Canada : « Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples ; cette entente permettrait au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie ; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum ; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada ? »

Un total de 122 mots (l’auteur de la question était probablement payé au mot…). Il fallait être politologue, constitutionnaliste et linguiste pour saisir toutes les nuances (et conséquences) de la question. Ça explique peut-être pourquoi le camp du Oui n’a rallié que 40 % des voix.

Les péquistes se sont quand même améliorés, remarquez bien, en 1995, lors du deuxième référendum sur l’indépendance-souveraineté-séparation du Québec du Canada : « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente signée le 12 juin 1995 ? »

Quarante mots. Mais trop encore. Les fédéralistes, comme en 1980, ont accusé le PQ de tourner autour du pot sur la question. Subtils comme toujours, elle portait réellement sur la séparation, affirmaient-ils.

Les partisans du Oui sont passés à quelque cinquante mille votes d’un nouveau pays. Une question plus courte et moins tordue leur aurait-elle permis de réaliser leur rêve ? On ne le saura jamais.

On doit de réjouir que le référendum écossais intéresse autant les ténors du PQ. Non seulement en tireront-ils des leçons, ils pourraient finalement être convaincus que les Québécois méritent de la clarté lorsqu’ils leur parlent de leur projet de faire du Québec un pays.

Peu importe qu’on soit pour ou contre l’indépendance du Québec, c’est un projet trop important pour accepter que le PQ laisse planer le doute sur quand et comment il entend organiser un prochain référendum et quelle sera la question. Les calculs politiques sur l’échéancier et la question référendaire minent depuis longtemps la crédibilité du parti.

« Le peuple nous regarde, mais ne nous écoute plus », a affirmé le député péquiste de Jonquière Sylvain Gaudreault, en entrevue avec le collègue Marc St-Hilaire du Quotidien. « Tout le monde sait bien que le PQ veut faire un pays ! Mais nous n’y arriverons pas sans d’abord redevenir l’alternative au gouvernement libéral. »

M. Gaudreault croit que les Québécois sont « en ce moment bien loin du débat sur le meilleur moment de tenir le prochain référendum ! » Vrai. Ça n’empêche pas les futurs candidats au poste de chef du PQ de se positionner sur la question.

Les gens sont en droit de savoir qui propose quoi afin qu’ils puissent voter à la prochaine élection en toute connaissance de cause.

•••

En politique, la sémantique fait foi de tout.

Remarquez les médias du Canada anglais quand ils traitent du référendum en Écosse ; ils parlent des « indépendantistes » écossais.

Durant la dernière campagne électorale au Québec, les médias du ROC ont utilisé à outrance le terme « séparatiste » pour parler des péquistes et de leurs partisans. Le même terme est maintenant utilisé pour décrire les militants pro-russes en Ukraine. Oui, oui, les mêmes qui ont pris les armes et qui sont soupçonnés d’avoir abattu un avion de la Malaysia Airlines tuant ses 298 passagers et membres d’équipage.

C’est drôle comment le vocabulaire des médias canadiens-anglais change selon la distance du centre géographique de la nouvelle.

L’intention derrière le choix de ce mot, dans leur cas, est claire… Le discrédit.

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