Le Grand Parleur

Vendredi 12 mai 2017 | Mise en ligne à 17h51 | Commenter Commentaires (4)

Inondations et sagesse

Les inondations qui frappent les régions de Montréal, des Laurentides, de l’Outaouais et de la Mauricie sont un dur rappel qu’on ne contrôle pas la nature. Parfois, une météo capricieuse lui servant de catalyseur, elle provoque le débordement de lacs et de rivières, forçant des milliers de riverains à fuir leur maison pour être en sécurité. Les dommages causés aux propriétés atteignent des dizaines de milliers de dollars, des montants que le gouvernement québécois paie en grande partie à travers son programme de dédommagements.

On ne peut prévenir les inondations. Elles surviennent depuis des millions d’années. Ce qui est nouveau, ce sont les effets provoqués par les changements climatiques. Les scientifiques confirment que la fonte des glaciers occasionnera la montée du niveau des océans menaçant leurs populations riveraines partout sur la planète. Ils formulent aussi l’hypothèse que le réchauffement climatique pourrait modifier la fréquence, la durée et l’intensité des pluies. Des recherches sont en cours à ce sujet. Chose certaine, même si on habite loin à l’intérieur des terres, on a tout intérêt à en prendre conscience.

Devant l’incroyable puissance de la nature, la seule chose possible est de se prémunir de ses sauts d’humeur. Ça implique de réfléchir à l’aménagement de nos territoires.
Construit-on trop près de cours d’eau ? A-t-on trop de superficies imperméables ? Nuit-on à la nature en asséchant des milieux humides ? A-t-on trop modifié les formes des rivières ? Élimine-t-on trop de végétation au nom du développement ? Bref, accentuons-nous nos problèmes environnementaux ?

Ces questions ont maintes fois été posées et décortiquées dans le monde municipal. Le développement urbain et agricole a sans conteste des impacts sur l’environnement, conclut-on. Cette constatation n’a cependant pas mené à de grands changements de philosophie de développement dans les municipalités. Rarement refusent-elles des projets ou interviennent-elles pour corriger des problèmes flagrants.

Il est difficile, doit-on reconnaître, pour les municipalités de s’opposer aux propositions des promoteurs. Le problème de fond est qu’elles dépendent à près de 100 % de l’impôt foncier pour fonctionner. Ajouter des maisons, des commerces et des industries sur leur territoire équivaut donc à mettre plus d’argent dans leur coffre. Les taxes municipales générées sont souvent l’argument massue élus lorsqu’il est temps de défendre des projets. Prisonniers d’un système de revenus archaïque, les conseils municipaux peuvent difficilement considérer le long terme dans leurs décisions liées au développement.

Il faut se l’avouer : la protection de l’environnement n’est pas une priorité pour les municipalités. Les plans de développement durable qu’elles adoptent sont des énoncés de grands principes, mais peu de gestes marquants sont posés pour améliorer leur bilan. Les programmes de subventions pour acheter des couches réutilisables, des barils de pluie, des toilettes à faible débit et des arbres sont de belles initiatives, mais elles existent d’abord pour donner une image vertueuse aux municipalités. Celles-ci n’ont aucun véritable plan pour protéger l’environnement.

Ça ne s’arrête pas là. Les MRC, qui regroupent les municipalités, rechignent à mettre de l’ordre dans les pratiques agricoles. Des programmes sont en place pour accompagner les agriculteurs désireux de réduire leurs empreintes écologiques. Plusieurs choisissent quand même de ne rien changer. La réalité est que les gains pour améliorer la qualité de l’eau des rivières sont minces. On avance à pas de tortues. Pendant ce temps, les études continuent de montrer du doigt les activités agricoles comme principales sources de pollution de nos cours d’eau.

Les municipalités doivent aller au-delà des symboles. Elles doivent se doter de politique de protection du couvert forestier et de qualité de l’eau de leurs lacs et rivières en plus de politique de conservation des milieux humides.

Elles doivent également mieux appuyer financièrement les organisations environnementales sur leur territoire. Le travail abattu par ces groupes est immense quand on considère les peccadilles obtenues des municipalités pour honorer leurs responsabilités en leur nom.

Ces efforts n’empêcheront évidemment pas la nature de se déchaîner à nouveau. D’autres catastrophes naturelles figurent dans son programme, dont des inondations. Toutefois, les municipalités sont en mesure d’atténuer leurs conséquences. Il est temps pour elles de changer de cap et d’aménager leur territoire avec plus de sagesse.

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Jeudi 4 mai 2017 | Mise en ligne à 18h17 | Commenter Commentaires (2)

Canard et ludification

Dommage. Vraiment dommage le ton qu’a pris toute l’affaire du canard géant de 155 000 $ sur le lac Boivin. Certains sont si prompts à dénoncer toutes les initiatives du conseil de la Ville de Granby qu’ils évitent d’analyser sur le fond le projet d’image de marque de la municipalité ou, comme le dit le maire Pascal Bonin, de son branding.

D’abord, le canard ne coûtera pas 155 000 $, mais bien 3000 $. Les 155 000 $ seront utilisés pour plusieurs choses : on parle de jeux géants au centre sportif Léonard-Grondin et au parc Terry-Fox et de sculptures d’animaux géants. D’autres infrastructures et activités seront proposées.

Dans un monde concurrentiel, même les villes doivent se soucier de leur image. C’est vrai pour Granby, et cela même si ses indicateurs économiques sont très bons. Il est risqué, irresponsable même, de s’asseoir sur ses lauriers, même quand on compte sur son territoire un attrait aussi populaire que le Zoo de Granby. La Ville doit continuer à travailler pour se démarquer, notamment en modernisant son image. Le faire en se collant sur l’incroyable attrait qu’est le jardin zoologique — un TGV touristique — est un bon pari pour encourager les visiteurs à explorer davantage la Ville.

Faire de Granby une ville ludique, comme le propose la Corporation de développement commercial et touristique de Granby et région, est une idée pour le moins intéressante. Quelques villes dans le monde ont adopté cette approche pour développer « l’enjeu social du mieux vivre ensemble », peut-on lire dans le document préparé par l’organisme paramunicipal pour les membres du conseil.

La CDCTGR explique son approche dans le même document : «La ludification est l’application des mécaniques du jeu à divers domaines pour inciter de façon ludique les utilisateurs à adopter un comportement souhaité. L’objectif est de permettre, de favoriser des rencontres et des échanges entre citadins, tout en améliorant les services publics offerts.»

Bon. C’est un peu ésotérique comme explication et tiré par les cheveux de parler d’amélioration de services publics offerts, mais on comprend la philosophie qui sous-tend le projet. On cherche à faire sourire les gens, nourrir leur sentiment d’appartenance et les inciter à se côtoyer, à échanger. Bref, à vivre pleinement leur ville.

On pourrait discourir longtemps sur le rôle et les responsabilités des municipalités à l’égard de leur population. Dans le projet proposé, on doit y voir une façon de capitaliser sur la signature unique de Granby en tant que ville où se trouve un zoo. Investir 155 000 $ annuellement pendant trois ans pour augmenter cette visibilité n’est certainement pas du gaspillage de fonds public. La Ville de Granby et ses citoyens peuvent se permettre cet investissement.

Si le projet est ludique, la façon dont le conseil, le maire au premier chef, l’a communiqué aux citoyens relève d’une stratégie dépassée en affaires publiques. Plusieurs gestes posés démontrent que l’administration en place n’a rien compris de ses erreurs passées. Elle assure avoir retenu des leçons de la saga des pistes cyclables. Il n’en est rien.

D’abord, pourquoi le conseil a-t-il autorisé ce projet lors d’une assemblée extraordinaire ? Aucun citoyen n’assiste à ces rencontres parce qu’elles sont appelées à la dernière minute. Ces assemblées non prévues servent habituellement à régler des dossiers urgents. Il n’y avait aucun sentiment d’urgence dans ce cas-ci.

Puis, pourquoi M. Bonin a-t-il dit aux citoyens qu’ils allaient découvrir au fur et à mesure les infrastructures prévues ? On n’est pas à une fête d’enfants où les surprises font partie du scénario. Une dépense de 155 000 $ a été autorisée par les élus. Le tout doit être expliqué. Les journalistes ont pu savoir de quoi il s’agissait parce que les documents destinés aux élus leur ont été remis par erreur…

Être élu ne donne pas droit à un chèque en blanc pour faire à sa tête. Il faut expliquer les objectifs de ses décisions et donner les détails des gestes à poser. Entourer le tout d’un mystère complet, comme le souhaite le maire, ne sert qu’à créer de l’opposition au projet.

M. Bonin, du temps qu’il était conseiller, n’aurait jamais accepté une telle façon de faire. Le pouvoir a cette fâcheuse conséquence de pousser nos dirigeants à vouloir tout contrôler.
Et tant qu’à discuter de branding, pourquoi opter pour un canard ? L’oiseau est déjà l’emblème de la ville de Lac-Brome, comme le mentionnait un citoyen bromois dans nos pages cette semaine.
Le choix du canard pour représenter Granby parait aussi étrange compte tenu des efforts de la Ville pour chasser cette espèce du parc Daniel-Johnson en raison des fientes qu’elle laisse un peu partout.

Une immense salamandre, emblème du parc national de la Yamaska, serait un meilleur choix.

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Jeudi 16 mars 2017 | Mise en ligne à 14h56 | Commenter Commentaires (5)

Le mirage du MTQ

Quel aurait été le bilan si la nuit avait été glaciale? C’est un miracle qu’on ne rapporte aucun mort ou blessé. photo La Presse

Quel aurait été le bilan si la nuit avait été glaciale? C’est un miracle qu’on ne rapporte aucun mort ou blessé. photo La Presse

Le fait que le Québec ait reçu autant de neige à la mi-mars n’a rien d’étonnant. Ça peut se produire quand on vit dans un pays nordique. Ce qui surprend, c’est la désorganisation d’organismes responsables de se préparer en conséquence en déployant les ressources humaines et matérielles pour y faire face.

Montréal est passé bien près d’une véritable catastrophe dans la nuit de mardi à mercredi quand les conducteurs et passagers de quelque 300 véhicules sont restés bloqués toute la nuit sur l’autoroute 13. Certains y sont demeurés pendant 13 heures. On imagine leur état d’esprit (et de panique) alors qu’aucune information ne leur était communiquée sur la situation par les autorités.

Quel aurait été le bilan si la nuit avait été glaciale? Les risques d’intoxication au monoxyde de carbone et d’engelures auraient explosé. C’est un miracle qu’on ne rapporte aucun mort ou blessé.

L’avalanche de témoignages et de reportages qui déferlent depuis mardi dans les médias sur les nombreux ratés du ministère des Transports à gérer cette tempête a forcé le premier ministre lui-même, Philippe Couillard, à présenter des excuses aux Québécois. Il a annoncé l’ouverture d’une enquête pour déterminer ce qui s’est passé. Dans la foulée de cette décision, une sous-ministre responsable des mesures d’urgences a été suspendue.

Les patrons du ministère des Transports, officiellement connu comme celui des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des Transports, analyseront aussi cette nuit de chaos dans leurs rangs. Comme c’est le cas quand quelqu’un échappe le ballon dans l’appareil étatique, ils produiront un beau rapport à leur patron, Laurent Lessard, tenteront de justifier le dérapage opérationnel en montrant du doigt d’autres organisations et proposeront des recommandations pour éviter qu’on revive une telle situation.

Bref, ils chercheront à tourner la page en espérant que l’actualité génèrera une crise ailleurs pour détourner l’attention de la population et des médias de ce dysfonctionnement organisationnel. Le rapport sera discrètement déposé et passé sous silence.

Retenons trois choses de ce cafouillage. D’abord, la responsabilité de gérer et d’entretenir les autoroutes relève du MTQ. Ils prennent toutes les décisions relatives à ce qui se passe sur celles-ci. Les informations vérifiées sont à l’effet que le MTQ a tardé à demander l’aide de la Ville de Montréal et de ses pompiers pour prêter assistance aux automobilistes et camionneurs pris sur la 13. Est-ce par jalousie de protéger sa juridiction ou par gêne d’avoir perdu le contrôle de la situation ? Incompétence?

La deuxième chose, encore ici les faits sont validés, personne au MTQ n’a pensé alimenter les stations de radio montréalaise avec des informations destinées aux gens qui passaient la nuit sur la 13. Toutes ces stations ont des animateurs en ondes la nuit, dont le AM 730 spécialisé en circulation. On peut présumer que beaucoup de gens étaient à l’écoute. Le fil Twitter du MTQ n’annonçait rien de pertinent non plus pour ces gens.

En cette ère de communication, où l’éventail d’outils disponibles pour diffuser des informations est vaste, où presque tout le monde a accès à des réseaux sociaux même pognés dans son automobile sur la 13, comment expliquer ce silence du MTQ?

Troisièmement, difficile de ne pas se rappeler en analysant cette situation que small is beautiful. Beaucoup de ressources, beaucoup de moyens et la dilution de plusieurs responsabilités entre beaucoup de patrons ne se traduisent pas nécessairement par de l’efficacité sur le terrain.

Le MTQ devrait prendre en exemple les municipalités. Ces petites organisations opèrent avec une chaîne de commandement simplifiée, ont des ententes d’entraide avec leurs voisines, font une utilisation optimale de leurs équipements et connaissent bien leur territoire. Elles font même appel à des groupes de citoyens pour les assister lors d’événements exceptionnels.

La comparaison n’est pas sans ironie. Des ministères québécois, au premier rang le MTQ, ne cessent de dicter des règles et des façons de faire aux municipalités. On leur demande de produire toutes sortes de rapports, de compléter de nombreux formulaires, de constamment se justifier dès qu’elles veulent intervenir sur leur réseau routier. Les fonctionnaires municipaux passent une grande partie de leur temps à répondre à ces demandes. En bout de ligne pour rien alors que leurs projets sont souvent jetés aux poubelles par le Ministère ou enterrés sous une pile de projets.

Devant un tel paternalisme, on devrait conclure qu’on sait de quoi on parle au MTQ, qu’on a de l’expertise, qu’on sait comment opérer une organisation publique. Le mirage est parfait!

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