Le Grand Parleur

Mercredi 3 août 2016 | Mise en ligne à 15h43 | Commenter Un commentaire

Bâtir sur ses échecs

La Ville de Bromont doit continuer d’investir dans ce créneau, pense Pauline Quinlan, malgré le fiasco – elle n’aime pas le mot – des JEM 2018. «Ça n’a pas fonctionné. On doit regarder en avant et organiser d’autres événements.» photo Catherine Trudeau

La perte des Jeux équestres mondiaux n’hypothèque pas l’avenir du site olympique de Bromont, assure Pauline Quinlan. L’endroit demeure un des piliers sur lequel la Ville poursuivra son développement touristique et économique, soutient la mairesse.

On n’est pas habitué à l’échec à Bromont. Quand on le fait remarquer à Mme Quinlan, elle hésite, réfléchit quelques secondes puis répond que ce n’est pas vrai. Le projet de ville branchée s’est soldé par un échec, m’a-t-elle dit. Ça m’a surpris. J’ai toujours cru au contraire que l’ambitieuse idée de déployer un réseau à travers la ville de Bromont pour que les citoyens, commerçants et industriels aient un accès Internet s’était avérée un vif succès au début du siècle, alors que cet outil commençait à susciter de la curiosité. Certes, on peut parler de réussite, m’a-t-elle expliqué en entrevue la semaine dernière, mais le projet a bien failli ne jamais se matérialiser.

À l’époque, Bromont avait vu la candidature de Shawinigan — alors dans la cour du député fédéral et premier ministre Jean Chrétien… — être retenue par Industrie Canada afin de développer un modèle à suivre pour doter le monde municipal d’Internet. La déception était vive à l’hôtel de ville, se rappelle Mme Quinlan. Investir autant de temps et d’efforts pour se retrouver les mains vides, c’est frustrant, dit-elle. Mais pas décourageant, a-t-elle ajouté d’emblée. Le projet était à ce point novateur et bien pensé qu’il ne pouvait être simplement abandonné. Suffisait de trouver une autre avenue.

Le gouvernement québécois commençait à s’intéresser au phénomène de l’Internet. Forte de ses contacts, la mairesse a obtenu un rendez-vous avec Bernard Landry, alors ministre des Finances. Quelques heures après avoir expliqué les objectifs et paramètres de la ville branchée et ses maintes retombées économiques au ministre péquiste, Mme Quinlan a reçu confirmation que l’État investirait dans le projet.

L’important au terme d’un échec, c’est de rebondir, selon Mme Quinlan. Elle utilise l’histoire du projet de ville branchée comme analogie avec la situation dans laquelle se trouve le site équestre olympique. L’idée de faire venir la planète équestre à Bromont en 2018 était bonne, affirme-t-elle. Ça se jasait depuis 2006 dans le milieu bromontois. En 2009, le projet apparaissait dans son programme électoral. « Nous avons tout pour réussir », insiste-t-elle alors qu’elle me faisait faire le tour du vaste parc équestre de la rue de Gaspé. L’International Bromont battait son plein. On y a croisé des gens de la Floride, de la Virginie-Occidentale, de l’État de New York, de l’Ontario. Tous encensaient l’organisation, les installations, le site. « J’adore la Fête du chocolat, mais elle attire une clientèle québécoise. Les compétitions équestres, c’est de l’argent qui arrive d’ailleurs et qui entre dans notre région », souligne-t-elle.

Investir dans ce créneau

La Ville doit continuer d’investir dans ce créneau, pense Mme Quinlan, malgré le fiasco — elle n’aime pas le mot — des JEM 2018. « Ça n’a pas fonctionné. On doit regarder en avant et organiser d’autres événements. »

Que s’est-il passé dans les coulisses du petit monde équestre de Bromont pour que la Ville perde cette prestigieuse compétition ? La mairesse tente d’éluder la question. Lorsqu’on insiste, soulignant la tension entre le comité organisateur des JEM et la Société d’agriculture du comté de Shefford, qui gère le site, elle ouvre timidement son jeu. « La relation était difficile. On l’a vu », dit-elle. « Il y a eu des manquements, c’est certain », a-t-elle ajouté sans les nommer.

Bien qu’elle aurait aimé intervenir pour redresser le tout, ce n’était pas son rôle, ni celui du conseil. « Notre travail était d’accompagner les organisateurs pour qu’on obtienne les Jeux. On les a obtenus. On s’est engagés à faire notre part financièrement (2 millions de dollars ont été promis), mais notre responsabilité s’arrêtait là. »

La mairesse refuse de parler de conflit entre les deux organismes. Pas question non plus de jeter le blâme sur quiconque. Elle conteste cependant les critiques, dont les miennes, dirigées vers son conseil pour son suivi des activités de la SACS que la Ville subventionne à coups de 150 000 $ par année depuis 2011. Jamais de deniers publics n’ont été versés sans une sérieuse analyse de pièces justificatives, insiste-t-elle.

Jeudi dernier, Mme Quinlan soutenait que la Ville ne romprait pas ses liens avec la SACS. Ses dirigeants ont à cœur le sport équestre et font une belle promotion pour Bromont, a-t-elle expliqué. La situation financière de l’organisme, qui supporte des hypothèques de 2,5 millions de dollars en plus de faire face à des hypothèques légales de 472 000 $, ne l’inquiète pas. « Oui, ils ont des dettes. Mais les actifs sont très importants », signale-t-elle, faisant référence aux 8,5 hectares appartenant à la SACS et à ses installations pour les chevaux.

Dans toute cette affaire, Mme Quinlan déplore plus que tout le négativisme des opposants à la tenue des JEM 2018 à Bromont. « Nous sommes capables de grandes choses. Dommage qu’on ait vu seulement les problèmes et pas les solutions. Nous venons de vivre un échec ; nous n’aurons pas les jeux. Mais il faut s’en servir comme tremplin et continuer de développer notre site équestre. »

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Mercredi 27 juillet 2016 | Mise en ligne à 13h52 | Commenter Un commentaire

Oeillères bromontoise, précision

Dans mon blogue mis en ligne mardi, j’ai affirmé que la Ville de Bromont n’a pas assuré le suivi nécessaire auprès de la Société d’agriculture du comté de Shefford (SACS) pour s’assurer que le site équestre olympique était bien géré. S’il est vrai que la Ville n’a jamais reçu d’états financiers vérifiés de la SACS, elle assure avoir obtenu des «avis au lecteur». Ces documents financiers, qui précisons-le ne sont pas validés par un comptable agréé, démontraient que le site était bien géré, soutiennent la mairesse Pauline Quinlan et le directeur général de la Ville, Jean Langevin. Je ne peux donc prétendre, disent-ils, que la Ville a donné aveuglément des subventions à la SACS sans s’informer de ses activités.

Un commentaire: l’entente notarié entre la SACS et la Ville pour que cette dernière lui verse annuellement une subvention de gestion pour le site stipule que des états financiers vérifiés devaient être déposés.

Deux questions: les conseillers municipaux qui siègent ou qui ont déjà siégé ont-ils eu accès aux «avis au lecteur» de la SACS avant de lui octroyer ses subventions annuelles? Connaissaient-ils le niveau d’endettement de la SACS?

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Mardi 26 juillet 2016 | Mise en ligne à 16h25 | Commenter Un commentaire

Oeillères bromontoises

La Ville de Bromont a été une contributrice de premier plan dans cet échec en abdiquant ses responsabilités de bon gestionnaire de biens publics. photo Catherine Trudeau La Voix de l'Est

La Ville de Bromont a été une contributrice de premier plan dans cet échec en abdiquant ses responsabilités de bon gestionnaire de biens publics. photo Catherine Trudeau La Voix de l'Est

On retiendra plusieurs choses du rêve avorté de tenir les Jeux équestres mondiaux à Bromont en 2018. Tant de choses ont contribué à transformer le projet en fiasco. Un fiasco annoncé.

D’abord l’absence d’une adhésion de la population pour l’événement. Comme l’écrivait avec justesse le collègue Michel Tassé samedi, le manque d’intérêt de la part des citoyens a compliqué à la puissance 10 le travail des organisateurs. Difficile, dans un tel contexte, de convaincre les commanditaires d’allonger des dollars pour financer ce rendez-vous international.

Des tensions et des rivalités dans le petit monde équestre de la région ont aussi limité la capacité des organisateurs des JEM 2018 à bien faire leur travail. La Société d’agriculture du comté de Shefford (SACS), qui depuis 2005 gère le site équestre olympique où les JEM 2018 devaient se dérouler, n’a pas su (ou voulu) passer à temps le flambeau au Comité organisateur des Jeux équestres mondiaux (COJEM) pour lancer les préparatifs en vue de l’événement en août 2018. Cette relation déjà pénible se complexifiait dès que les discussions portaient sur les rôles de l’un et de l’autre pour la construction du manège intérieur.

Était-ce de la jalousie, une réaction de chasse gardée, un contrôle maladif, de la méfiance, des égos brusqués, une culture du secret ? Le fait demeure que le courant n’a jamais passé entre les dirigeants de la SACS et ceux COJEM. Les premiers s’assoyaient sur la légitimité de leurs années de services à gérer le site, les seconds sur leur mandat d’organiser les jeux. Ce souque à la corde politique n’est pas passé inaperçu dans le petit univers équestre et les officines gouvernementales. Résultat : le financement public attendu d’Ottawa n’est jamais venu et les grandes compagnies traditionnellement associées aux JEM n’ont pas mis de chèques dans la poste à destination de Bromont.

Il ne faudrait pas oublier le rôle de la Ville de Bromont dans ce cafouillage. Elle a été une contributrice de premier plan à cet échec en abdiquant ses responsabilités de bon gestionnaire de biens publics.

Entre 2006, au moment où la Ville a confié la gestion du site équestre à la SACS, et 2015, le conseil n’a pas cru bon s’intéresser de près aux activités de cet organisme même si 76 % du site appartient à la municipalité. Les élus ont continué de verser chaque année des subventions de dizaines de milliers de dollars à la SACS sans lui demander de reddition de comptes. On sait maintenant que ses finances sont instables et qu’elle supporte de grosses hypothèques.

La lecture des états financiers de la SACS ou des rapports annuels de ses activités aurait permis au conseil de constater une situation financière précaire. Mais la SACS n’a jamais déposé de tels documents à la Ville, même si l’entente de 2006 les liant le stipulait.

Plusieurs municipalités versent des subventions aux organismes communautaires sur leur territoire. Elles exigent souvent en retour de subsides de quelques milliers de dollars des rapports financiers. Dans le cas de la SACS, même si les subventions de Bromont ont totalisé 997 180,74 $ depuis 2006, elle n’a rien eu à produire… C’est là qu’a débuté le déraillement des JEM 2018!

Non seulement le conseil municipal de Bromont s’est dédouané de ses responsabilités en confiant la gestion d’un bien public à une organisation privée sans assurer de suivi, mais il a fait preuve de cette inertie pendant près de 10 ans. Des vérifications de base des états financiers de la SACS auraient pu mener à la mise en place de mesures correctrices en plus d’assurer un minimum de transparence dans la gestion de la SACS.

Un conseil plus vigilant, libéré de ses énormes œillères, aurait-il mené à la tenue des Jeux équestres mondiaux en 2018 à Bromont ? Impossible de le dire. Le projet ne serait cependant pas mort-né.

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