Le Grand Parleur

Lundi 1 février 2016 | Mise en ligne à 9h43 | Commenter Un commentaire

Capital forestier

Au nom du développement résidentiel, des coupes à blanc sont permises dans les municipalités. Un autre déboisement a débuté dans les anciennes terres Miner à Granby. Il est temps que les municipalités assurent la protection de leur couvert forestier. — photo Janick Marois La Voix de l'Est

Au nom du développement résidentiel, des coupes à blanc sont permises dans les municipalités. Un autre déboisement a débuté dans les anciennes terres Miner à Granby. Il est temps que les municipalités assurent la protection de leur couvert forestier. — photo Janick Marois La Voix de l'Est

Les municipalités proposent toutes sortes de programmes pour protéger l’environnement. Elles offrent une aide financière aux parents qui optent pour des couches de coton, remboursent une partie des coûts aux citoyens qui changent leur toilette pour une à faible débit et vendent à bon prix des barils d’eau et des bacs de compostage.

Rares sont celles toutefois qui ont des mesures réglementaires protégeant directement l’environnement. On ne retrouve à peu près rien qui encadre l’utilisation de l’eau potable. Très peu de choses sur la qualité de l’air. Peu de lignes également concernant l’intégrité du couvert forestier. Clairement, les municipalités se donnent bonne conscience en distribuant des bonbons verts au lieu de poser de véritables gestes de protection de l’environnement.

Pour l’eau potable, peut-être est-ce en raison de son abondance que nos élus ne semblent pas s’y intéresser. Pour la qualité de l’air, on tient trop à nos services à l’auto. Pour le couvert forestier, leur inaction est plus difficile à comprendre. L’absence de balises et de règles offre une carte blanche aux promoteurs immobiliers. Ceux-ci donnent allégrement dans les tronçonneuses lorsque des forêts ou des boisés urbains se trouvent au travers de leur chemin. Malheureusement, les cas de dérive sont nombreux. Au nom du développement résidentiel — et des taxes foncières —, les coupes à blanc sont permises dans nos municipalités. Ces dernières années, seulement à Granby, des dizaines d’hectares de forêt ont été éliminés pour y construire plain-pieds, cottages, jumelés et maisons de ville. Rares sont les arbres matures ayant survécu.

Le développement des terres Martel, au sud de la ville, nous démontre le manque d’imagination des promoteurs pour conserver quelques arbres matures. Ils ont tous disparu, sauf en fond de terrain. On ne semble connaître dans l’industrie qu’une seule technique de développement : tout raser… puis planter des fouets pour encore là se donner bonne conscience.

La même philosophie de développement aura préséance dans les autres projets projetés sur les anciennes terres Miner. Des travaux préparatoires de déboisement ont d’ailleurs commencé dans la forêt au sud de la rue Robitaille. Des amoncellements d’arbres matures abattus sont visibles du boulevard Pierre-Laporte.

Lors des travaux initiaux de la première phase du projet Les Jardins Quévillon, en plein cœur de la ville, presque aucun arbre n’est resté debout après le passage des bûcherons. La petite forêt sacrifiée pour faire place aux constructions était composée d’érables, de pins et de pruches matures.

La deuxième phase s’annonce aussi désastreuse. La Ville tente de rassurer les citoyens du secteur en établissant des bandes de protection du « couvert boisé » allant jusqu’à 20 mètres au fond des terrains. La sémantique utilisée est exagérée, pour ne pas dire mensongère. Un couvert est un peuplement d’arbres. Ce que propose la Ville est plutôt une rangée d’arbres…

Un citoyen du quartier 2, Richard Dubé, proposait récemment au conseil de doter la Ville d’une « politique pour favoriser les arbres ». Voilà une excellente suggestion. Une telle politique pourrait établir un pourcentage de déboisement selon la superficie des terrains. Elle pourrait aussi exiger des promoteurs de tenir compte de peuplements d’arbres matures dans leurs plans.

Bien sûr, de telles balises compliqueront le travail des promoteurs et des entrepreneurs. Le conseil ne doit pas se laisser distraire par leurs récriminations. Une politique des arbres augmenterait la valeur des terrains, générant des revenus de taxes foncières, réduirait les îlots de chaleur et assurerait une diversité florale et faunique en zone urbaine.

Comment une pratique comme la coupe à blanc peut-elle être interdite dans le fin fond des forêts québécoises, mais être autorisée dans nos boisés urbains ? C’est du délire !
C’est une belle occasion pour le conseil d’intervenir pour assurer une qualité de vie aux citoyens. Le développement durable, ce n’est pas empêcher le développement à tout prix, c’est d’en dresser les limites.

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Lundi 25 janvier 2016 | Mise en ligne à 18h04 | Commenter Un commentaire

Vol d’idées, perte d’identité

photo Alain Dion La Voix de l'Est

photo Alain Dion La Voix de l'Est

La propriété intellectuelle n’existe pas en politique. Si tel était le cas, les coffres de la Coalition avenir Québec seraient pleins de dollars provenant du Parti libéral. Mais dans cette sphère, le plagiat n’est pas prohibé. Il est même encouragé. Quand le parti au pouvoir flaire une bonne idée dans la cour de ses adversaires, il ne fait ni un ni deux et se l’accapare.

Rares sont les bonnes idées qui naissent du côté gouvernemental. Elles émergent plutôt dans l’opposition, là où les élus et les militants de leurs partis ont le temps de réfléchir sur ce qui ne tourne pas rond autour d’eux, et qui possèdent les coudées franches pour imaginer des moyens de redresser la situation. Fut une époque où le Parti québécois proposait des idées novatrices à pleine pelle. C’est maintenant la carte de visite de la CAQ d’être un pourvoyeur d’idées. Le PLQ, lui, fidèle à son style, garde l’œil ouvert pour faire sien tout projet, idée ou suggestion susceptible de l’aider à rester aux commandes.

François Legault dit accepter cette dure réalité. Depuis 2014, le chef de la CAQ a vu les libéraux s’approprier deux des idées maîtresses de sa formation : son plan maritime et sa refonte du système scolaire réduisant le rôle des commissions scolaires en donnant plus de latitude aux écoles et aux parents.

La CAQ lance une nouvelle idée : que Québec investisse 1 milliard par année sur cinq ans pour aider les entreprises manufacturières à moderniser leurs équipements et à améliorer leur productivité. La mesure stimulerait l’économie, créerait des emplois et assurerait des entrées d’argent au gouvernement pour payer les services à la population. Il faut que les Québécois s’enrichissent, soutient M. Legault. Car ils en ont bien besoin, insiste-t-il.

Il s’agit d’un programme étatique de capital de risques, mais qui se ferait à coût nul pour le gouvernement, calcule M. Legault. C’est donc dire que le remboursement des prêts additionnés aux bienfaits économiques feraient que Québec récupèrerait ses investissements. «Des Québécois plus riches, c’est ce que la CAQ va proposer», a-t-il indiqué aux journalistes.

M. Legault, qui se dit « très inquiet de la situation économique » et de l’absence de stratégies du gouvernement libéral pour renverser la vapeur, invite le premier ministre Philippe Couillard à copier son idée. « Je vais l’applaudir », a-t-il lancé lundi aux journalistes, à Bromont, où son caucus est réuni pour préparer la rentrée parlementaire.

Les scribes ont fait peu de cas de sa proposition ; ils ne s’intéressaient qu’à ses réactions sur le recours par Québecor — et son ancien PDG, Pierre Karl Péladeau — aux paradis fiscaux. C’était certes la nouvelle politique du jour. Mais M. Legault n’avait pas grand-chose à dire sur le sujet, renvoyant les journalistes au chef péquiste. « C’est à lui de répondre », a-t-il répété à quelques reprises.

C’est toujours la même rengaine pour la CAQ : la formation est incapable de se faire entendre. L’avenir ne s’annonce guère meilleur. D’abord, notre système parlementaire confine les tiers partis à des rôles secondaires. Puis le système électoral les empêche d’avoir une députation proportionnelle aux votes obtenus. Un troisième obstacle nuit à la CAQ : sa tergiversation identitaire.

Le parti croit avoir choisi le bon cheval en réitérant son nationalisme vis-à-vis d’Ottawa. Reste à savoir comment se montrer exigeant envers le gouvernement fédéral quand on exclut l’indépendance. Où est le bâton pour être pris au sérieux ? Par la force du nombre, répond M. Legault, en entrevue à La Voix de l’Est. « Le bâton, on va l’avoir quand on va rassembler les nationalistes. Présentement, on est divisés. Ça profite aux gens qui font la promotion du statu quo. »

M. Legault est confiant d’arriver à créer une coalition de nationalistes. « On a réussi dans le passé », a-t-il dit citant l’obtention par le Québec de pouvoirs en matière d’immigration, de formation de la main-d’œuvre et des commissions scolaires linguistiques.

Rassembler les nationalistes, c’est l’idée du PQ. Au tour de François Legault de jouer au brigand !

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Mardi 5 janvier 2016 | Mise en ligne à 17h08 | Commenter Commentaires (2)

Crédibilité recherchée

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La crédibilité d’administrations municipales et de santé sera sérieusement testée en 2016. Des conseils municipaux devront démontrer s’ils ont la capacité de reconnaitre leurs errements et la volonté d’y remédier. Et les administrateurs de nos services de santé devront trouver de vraies solutions au manque de médecins de famille.

Tour d’horizon de quelques enjeux qui attendent nos entités publiques.

De toutes les municipalités dans la région, la Ville de Bromont est celle qui a le plus de chemin à parcourir pour recouvrir un brin de crédibilité. En 2015, en grande partie grâce au travail du collègue Jean-François Guillet, on a appris que des documents névralgiques n’avaient pas été remis aux élus municipaux avant une prise de décision cruciale sur le projet résidentiel du Val 8. Puis on a su que ce même conseil, depuis 10 ans, verse des subventions à la Société d’agriculture du comté de Shefford, qui gère le centre équestre, sans que cet organisme ne soumette ses états financiers vérifiés au conseil.

Il est clair que des choses clochent à l’hôtel de ville. Est-ce la direction générale qui manque de transparence en informant mal les conseillers? Est-ce les élus qui ne sont pas outillés pour poser des questions ou exiger de voir des documents? Peut-être est-ce les deux!

Existe-t-il un lien entre ces problèmes et le passage en décembre de l’Unité permanente anti-corruption à Bromont?

Les citoyens de Bromont auraient intérêt à se montrer vigilants en 2016.

•••

En 2016, le conseil de la Ville de Granby doit trouver un moyen de mettre fin à la crise des allocations de transition. Elle est en train de miner le lien de confiance entre les élus et la population. Peu importe sous quel angle on l’analyse, l’allocation de transition, que la Ville verse à un élu qui quitte volontairement ou non son poste, est indéfendable. Il s’agit d’un salaire déguisé.

Lors de l’élection partielle dans le quartier 3, les six candidats au poste laissé vacant par Pierre Breton ont été maintes fois interpellés par des citoyens sur cette question. Ils ont tous dit que cette allocation devait être abolie. Devant le tollé, que pouvaient-ils répondre d’autre?

Il est assez paradoxal que des personnes non élues soient au front sur cette question alors que les élus évitent d’y aller… L’élection partielle dans le quartier 6, devenue nécessaire en raison du départ du conseiller Serges Ruel, tournera aussi autour du débat sur l’allocation de transition. Les quatre candidats en lice devront faire face au même mécontentement des citoyens. Et tous les quatre, prédisons-nous, s’afficheront contre l’allocation.

Espérons que les élus verront la lumière et aboliront ce cadeau qu’ils s’offrent.

•••

Dès mars, il ne sera plus possible pour une personne sans médecin de famille dans le grand Granby (plus de 80 000 personnes) de se présenter dans une clinique sans rendez-vous pour consulter un docteur. Le seul toubib qui offre encore ce «service, le Dr Luc Lasnier, passera au privé, laissant derrière lui 8000 patients.

Qui s’occupera de ses patients? Quels impacts cela aura-t-il sur l’urgence de l’hôpital de Granby? Sur le temps d’attente déjà inacceptable? Risque-t-on de boucher encore plus la seule porte d’entrée restante de ces gens dans le système de santé?

On n’en sait rien. Les patrons du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Estrie et Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, la nouvelle mégastructure institutionnelle créée pour gérer tous les établissements en Estrie et dans l’est de la Montérégie, se sont défilés de leurs responsabilités en refusant nos demandes d’entrevue.

D’un problème alarmant, ça devient un problème terrifiant. Déjà en septembre 2011, 4761 personnes dans la MRC de la Haute-Yamaska n’avaient pas de médecin de famille. En octobre dernier, on en comptait plus de 7000. Dès 2005, pourtant, les autorités promettaient de s’y attaquer…

Les seules réussites des dirigeants du ministère de la Santé concernent les fusions des organisations. Mais qu’a gagné la population de la MRC de la énième fusion dans le réseau de la santé? Rien jusqu’à présent. Le seul bénéficiaire de ce regroupement, qui a vu déguerpir à l’autre bout de l’autoroute 10 les dernières miettes de pouvoirs décisionnels que nos gestionnaires régionaux avaient, c’est le système lui-même. On fusionne, on restructure, on renomme, on éloigne Monsieur et Madame Tout-le-monde des responsables du système.

Leur stratégie de reconfigurer les structures permet d’étouffer les revendications des citoyens, de passer outre leurs droits, de regarder ailleurs quand un jalon s’écroule.

Souhaitons qu’ils proposent de vraies solutions en 2016.

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