Le Grand Parleur

Mardi 21 février 2017 | Mise en ligne à 18h14 | Commenter Commentaires (2)

Fusionner la Ferme

La fusion de la FHM avec le CINLB permettrait de dégager des économies d'échelle pour les deux organismes. photo Christophe Boisseau-Dion

La fusion de la FHM avec le CINLB permettrait de dégager des économies d'échelle pour les deux organismes. photo Christophe Boisseau-Dion

L’avenir de la Ferme Héritage­ Miner pourrait passer par une fusion administrative avec le Centre d’interprétation de la nature du lac Boivin. La suggestion est celle d’un homme d’affaires de Granby qui m’en a parlé la semaine dernière. L’idée mérite d’être explorée­. Pour plusieurs­ raisons.

D’abord, pour les économies d’échelle possibles. La fusion des deux entités dégagerait une marge de manœuvre financière sur leurs coûts administratifs. Quand on œuvre dans le monde des organismes sans but lucratif, chaque sou compte.

La mise en commun des deux organisations a également ceci d’intéressant qu’elles font non seulement face à des défis similaires de financement, mais partagent aussi des vocations d’éducation et de conservation de milieux naturels. Le CINLB voit à la protection d’un territoire de 450,8 hectares alors que la FHM, au nom de la Ville de Granby, fait de même avec les 135 hectares des Boisés Miner. Un mariage des deux organismes semble naturel.

Le fait que la FHM est fermée depuis quelques semaines en raison d’un manque de revenus représente une belle occasion pour ses administrateurs de repenser l’ensemble de son mode de fonctionnement. En fusionnant avec le CINLB, la Ferme hériterait d’une direction générale expérimentée qui, depuis plus d’une trentaine d’années, tire son épingle du jeu.

Le CINLB est doté d’un budget de 780 000 $, dont 186 000 $ proviennent de la Ville de Granby­. L’organisme compte quatre employés à temps plein et est passé maître dans l’obtention de subventions de réinsertion de gens en milieu de travail et d’emplois étudiants. Ces travailleurs assurent l’entretien du vaste parc. Ils pourraient s’occuper en plus des tâches à la Ferme.

L’idée d’une fusion circule parmi les administrateurs des deux organisations, m’a-t-on confirmé. De part et d’autre, des réticences existent, toutefois. Comme dans tout groupe, personne n’est entiché à l’idée de céder du pouvoir ou de s’écarter, et ce, même si la résultante est la sauvegarde de son organisation. Il ne faudrait pas qu’une lutte d’égos empêche une réflexion de fond sur les différentes façons de sauver la FHM.

***

La Ville de Granby vient de placer la barre haut en organisant une consultation publique sur la modernisation de son centre-ville. L’exercice auquel elle convie la population pour imaginer de quoi devrait avoir l’air la rue Principale­ est sans précédent.

Les administrations municipales invitent souvent leurs citoyens à se prononcer sur des projets lors de consultations publiques. Hélas, ces rencontres cachent souvent des opérations de relations publiques plutôt que de vrais appels à la discussion et à la réflexion sur un sujet ou thème précis. Tout est ficelé à l’avance et le but des rencontres, qui sont davantage des soirées d’information, est de valider les décisions prises.

Preuve que les consultations publiques n’ont pas le caractère sérieux dont elles se réclament, la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme n’oblige pas les municipalités à produire un compte rendu de celles-ci… Comment savoir si les idées, suggestions et commentaires des citoyens ont été entendus par l’appareil municipal et que la version finale des projets discutés les reflète ? En ne produisant pas de comptes rendus, les administrations laissent filer de précieuses informations et nourrissent le cynisme de leurs citoyens.

L’initiative de la Ville de Granby est encourageante parce qu’elle se traduit par une main tendue aux citoyens. Écouter les gens, c’est la base même de la démocratie.

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Mardi 14 février 2017 | Mise en ligne à 9h23 | Commenter Commentaires (8)

Le choix de Justin

Renier un engagement sur le scrutin électoral, une question de principe, c’est se mentir à soi-même. On pourrait conclure que la promesse de M. Trudeau était électoraliste, donc bidon! photo Alain Dion

Renier un engagement sur le scrutin électoral, une question de principe, c’est se mentir à soi-même. On pourrait conclure que la promesse de M. Trudeau était électoraliste, donc bidon! photo Alain Dion

Les Canadiens n’auront pas un nouveau système électoral. Ils conserveront le scrutin uninominal à un tour, a décidé Justin Trudeau. Le premier ministre abjure un des principaux engagements de son parti faits aux électeurs lors de la campagne électorale de l’automne 2015.

Il n’y a pas de consensus au sein de la population, soutient M. Trudeau, pour procéder à une réforme de la façon dont on élit nos députés fédéraux. Peut-être. Mais des options existent. Et elles n’ont pas été présentées aux citoyens. Organiser une consultation en ligne dans tout le pays, comme le gouvernement l’a fait avant les Fêtes, était une bonne idée. Mais il fallait enchaîner avec une forme de réflexion menant à des propositions concrètes sur le mode de scrutin avec lequel les Canadiens sentiraient que leur vote compte. Ça ne s’est pas fait.

Ce n’est pas la première fois qu’un politicien n’honore pas un engagement. Ça ne sera certainement pas la dernière. La décision de M. Trudeau dérange parce qu’elle renie ce qu’on croyait être un de ses principes : la juste représentativité des partis à la Chambre des communes.

Cette promesse brisée est énorme. Un leader politique, voyant que le fonctionnement de l’État pourrait être perturbé, peut changer d’avis sur une promesse de baisser les impôts. Renier un engagement sur le scrutin électoral, une question de principe, c’est se mentir à soi-même. On pourrait conclure que la promesse de M. Trudeau était électoraliste, donc bidon !

Le scrutin uninominal à un tour déforme les résultats électoraux en exagérant le poids de la formation politique qui remporte le plus de circonscriptions. Lors de l’élection d’octobre 2015, le Parti libéral a raflé 184 sièges avec une récolte de 39,47 % des votes exprimés. C’est 54,44 % des 338 postes de députés.

Tous les autres partis sortent perdants de ce mode de scrutin, les petits partis davantage. Le Parti Vert a récolté 602 933 votes (3,43 %), mais n’a fait élire que sa chef, Elizabeth May…

L’impact du scrutin uninominal à un tour est colossal sur la démocratie puisque notre système parlementaire accorde les pleins pouvoirs au parti qui est majoritaire en Chambre. Cela encourage un esprit d’intransigeance et de fermeture chez les députés majoritaires au détriment de discussions avec les autres parlementaires pour la recherche de compromis.

Il existe une variété de modes de scrutin. Celui qui assure une juste représentativité des choix des électeurs est le système proportionnel. Comme son nom l’indique, il accorde aux partis le nombre de sièges en fonction du pourcentage de votes reçus. À titre d’exemple, les libéraux de M. Trudeau se seraient vu attribuer 133 sièges en 2015, les conservateurs 107 (au lieu de 99), les néo-démocrates 66 (au lieu de 44). Et le Parti Vert aurait eu 11 députés (au lieu de 1) !

Le Canada rate une belle occasion d’insuffler de la crédibilité dans son système politique, de ramener des électeurs désabusés au bercail et d’intéresser les jeunes au débat public. La réalité est que les idées, opinions et philosophies d’un grand nombre d’électeurs sont absentes ou marginalisées dans l’enceinte où les politiques guidant notre pays se discutent et se décident.

Le fait que le fédéral se rebiffe sur cette question refroidira l’intérêt naissant des provinces de migrer vers un scrutin électoral digne de notre époque. On le voit avec la controverse entourant la disparition de la carte électorale de la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques à Montréal. La commission de représentation électorale a beau être apolitique, elle subit la pression de groupes bien organisés pour influencer les tracés des circonscriptions.

Un système proportionnel réglerait ce problème. Tout comme il garantirait que chaque vote, peu importe où les électeurs se trouvent au pays, compte. Que vaut le vote d’un partisan du Parti conservateur dans le château fort de Saint-Laurent où les libéraux rallient plus de 70 % des voix ? À l’échelle du pays, il ne vaut rien.

M. Trudeau, qui se réclame d’être de son temps, nous rappelle que le but premier d’un politicien est d’être réélu. Il a choisi de ne pas abandonner un système qui lui a justement permis d’être porté au pouvoir… On est (pourtant) en 2017 !

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Vendredi 3 février 2017 | Mise en ligne à 8h31 | Commenter Commentaires (2)

Problème de scénarios

Malgré les erreurs et l’excès de réalisme de ses dirigeants, la Ferme Héritage Miner demeure un endroit exceptionnel. La Ville de Granby doit aider les citoyens à relancer les activités qui s’y tenaient. — photo Julie Catudal

Malgré les erreurs et l’excès de réalisme de ses dirigeants, la Ferme Héritage Miner demeure un endroit exceptionnel. La Ville de Granby doit aider les citoyens à relancer les activités qui s’y tenaient. — photo Julie Catudal

Que réserve l’avenir pour la Ferme Héritage Miner? Difficile à dire. Un groupe de citoyens dévoués se rencontrera la semaine prochaine pour réfléchir aux différents moyens pour relancer ce site historique de Granby.

Tous les espoirs sont permis. Quand des citoyens s’engagent dans une cause, ça débouche habituellement sur quelque chose de positif. Cette démarche citoyenne fait que la Ville ne peut rester sur les lignes de côté comme le souhaite une majorité de membres du conseil municipal. Elle doit jouer un rôle important, financier ou autre, dans la réussite de la FHM.

S’il faut sauver cet endroit exceptionnel, il faut également admettre que l’administration municipale précédente a cédé aux charmes de marchands de rêve. Une comparaison du plan d’affaires du projet, lancé en 2009, et des états financiers de 2014 démontre que certaines personnes croyaient à l’existence de licornes.

Le plan d’affaires de la FHM prévoyait en 2014, à sa cinquième année complète d’activités, des revenus de 281 233 $, selon le «scénario réaliste». Le «scénario conservateur» prévoyait des revenus 231 252 $.

Les vrais revenus se sont plutôt chiffrés à 173 303 $. C’est 107 930 $ (scénario réaliste) et 57 949 $ (scénario conservateur) de moins que prévus.

Dans ces revenus, le plan d’affaires, préparé par Marie-Andrée Delisle Tourisme-Conseil, proposait un «scénario réaliste» où la billetterie de la FHM en 2014 encaisserait 98 067 $. Le «scénario conservateur» évoquait des revenus de 65 378 $.

La réalité : la billetterie n’a rien généré en 2014…

Bien que d’entrée de jeu le plan d’affaires dit reposer sur une «approche conservatrice», ses projections de rentabilité baignent dans l’irréalisme. En fait, le «scénario réaliste» prévoyait des profits dès 2012 de 42 110 $ ou encore, selon un «scénario conservateur», des profits de 5 662 $ en 2014.

Les vrais chiffres sont moins roses : en date du 31 août 2015, la perte d’exploitation se chiffrait à 208 475 $ (avant les subventions provenant de toutes parts), selon la lettre remise par la présidente de l’époque Manon St-Louis au conseil municipal l’automne dernier. La perte était de 124 568 $ (avant subvention) en date du 31 août 2016.

On ne sait pas grand chose des états financiers 2016. Ils sont en préparation, m’a dit mardi Céline Gauthier. La femme d’affaires a pris la direction de l’OSBL aux Fêtes alors que tout s’écroulait. Elle tente de susciter l’intérêt des citoyens autour de la sauvegarde de la Ferme. Difficile alors qu’elle doit aussi opérer son propre commerce.

Mme Gauthier est confiante que des solutions émergeront. Des gens d’expérience, dit-elle, ont levé la main pour s’assurer que la FHM ne soit pas laissée à l’abandon.
Les plans d’affaires ont leurs limites. Leurs auteurs diront que tout doit être respecté pour atteindre les projections. C’est vrai. Pour la FHM, on peut affirmer que la Ville a honoré ses engagements. Elle a allongé 581 662 $ pour rénover la maison, la grange et la laiterie et ses employés ont travaillé pour une valeur de 127 124 $ depuis 2010 pour exécuter des travaux d’entretien sur le site et dispenser différents services.

Dès le début, il était clair que la Ville n’allait pas subventionner les opérations courantes de la Ferme. Le contrat liant les deux entités jusqu’en 2020 le stipule. Ça n’inquiétait pas les dirigeants de l’époque; la Ferme allait être rentable sans aide de la municipalité à ce niveau, disaient-ils. Ils ont bien vendu leur salade.

Que faire maintenant? Abandonner le site ou bâtir sur ce qui reste?

Malgré les erreurs et le manque de réalisme de ses dirigeants, l’endroit demeure exceptionnel. Le défi est de le rendre accessible à toutes les classes de citoyens, de continuer à développer des activités éducatives (ferme, jardin, nature), d’en faire une vitrine des produits du terroir et artistiques. C’est ce à quoi le groupe de citoyens travaillera.

La direction de la FHM demande à la Ville 250 000 $ pour les deux prochaines années le temps qu’elle développe ses activités pour augmenter ses revenus. C’est risqué, mais quelle est l’alternative de la Ville? Combien lui coûterait l’administration du site?

La Ville doit être conséquente dans ses décisions. Elle ne peut injecter 581 662 $ pour rénover un site historique puis six ans plus tard refuser de mettre la main à la pâte pour que ses citoyens profitent de son investissement.

Mais sera-ce rentable un jour? Il est probable que non. Il faut donc considérer la plus-value ajoutée à la qualité de vie des citoyens. Comme on le fait avec le CINLB où la Ville injecte environ 125 000 $ par année.

L’administration du maire Bonin peut exiger d’être remboursée lorsque (et si) la FHM vient qu’à dégager des profits.

Il faudrait par ailleurs que M. Bonin cesse d’attaquer les réalisations de son prédécesseur, Richard Goulet, grand promoteur de la FHM. Difficile de ne pas voir dans l’attitude du maire un relent de cette rivalité malsaine.

***

La Ville n’a pas entièrement honoré ses engagements envers la FHM. Le contrat stipule que la Ville s’occupait de payer les coûts pour indiquer la présence de la FHM sur les panneaux de couleur bleu le long des autoroutes et routes provinciales. L’Alliance de l’industrie touristique du Québec nous a confirmé n’avoir jamais reçu de demande de la Ville pour que la FHM se retrouve sur cette signalisation touristique.

Les coûts sont très abordables: il en coûte 1889,33 $ par année pour deux panneaux le long d’une autoroute et un panneau dans la bretelle (contrat de trois ans).

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