Le Grand Parleur

Mardi 30 septembre 2014 | Mise en ligne à 18h37 | Commenter Commentaires (3)

Valider le «système»

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C’est aujourd’hui qu’Yvan Tremblay allait être «relocalisé» dans un autre établissement sous la juridiction du Centre de santé et des services sociaux de la Haute-Yamaska. On devrait plutôt écrire «devait» être relocalisé puisqu’il s’est suicidé le 12 septembre. Une geste désespéré qu’on peut attribuer à l’insensibilité du «système».

Depuis 17 ans, M. Tremblay était confiné à une chaise roulante suite à un accident de travail, nous racontait récemment ma collègue Isabel Authier. Quadraplégique, il a toutefois surmonté d’incroyables obstacles pour se reconstruire une vie. Il occupait depuis neuf ans un petit appartement adapté du Domaine Vittie Desjardins à Granby. Il avait sa cuisine, son ordinateur et se rendait de lui-même sur les pistes cyclables pour prendre l’air. Malgré un lourd handicap, l’homme de 67 ans était très actif.

La direction du CSSSHY avait cependant d’autres plans pour lui. En raison de nouvelles directives de sécurité en cas d’incendie — adoptées suite à l’incendie meurtrier d’un centre pour personnes âgées de l’Isle-Verte —, elle a annoncé à M. Tremblay qu’il devait quitter son appartement. On allait le relocaliser dans un autre établissement. Dans une chambre en fait.

Pour M. Tremblay, il n’en était pas question. En dépit de ses efforts, notamment en signant une lettre de dégagement de responsabilités de la CSSSHY en cas d’incendie, on lui a dit non. Il devait absolument quitter son appartement. Désemparé devant une telle perspective, il a choisi de mettre fin à sa vie.

En entrevue à La Voix de l’Est, des amis de M. Tremblay ont dénoncé l’intransigeance de la direction du CSSSHY. «Yvan n’avait pas une qualité de vie extraordinaire, mais ici, il avait trouvé un semblant de vie. Et ils ont soufflé la petite bougie qui restait», a imagé Jean Royer.

Dans sa lettre d’adieu, M. Tremblay se montre cinglant envers les «hauts placés qui prennent des décisions sans vouloir connaître les conséquences»: «(…) On met les données sur informatique et l’ordinateur décide de ton avenir. Je ne suis pas encore prêt à vivre avec un système informatique comme décideur.»

Des normes doivent exister pour assurer la sécurité des résidants dans des établissements de santé, entre autres choses leur évacuation en cas d’incencie. Le cas de M. Tremblay est en revanche troublant. Il habitait un petit établissement construit au début des années 2000, avec des gicleurs et des murs et portes coupe-feu. Pas de bois nulle part. Les risques d’incendie sont faibles.

Est-ce que la vie de M. Tremblay aurait été moins menacée en cas d’incendie dans un CHSLD de quatre étages avec une quarantaine de bénéficiaires à évacuer? Rien n’est moins sûr.

Pendant ce temps, des milliers de centres privés pour personnes âgées construits dans les années 50, 60 et 70, sans aucun gicleur et où des matériaux inflammables se trouvent partout, continuent d’opérer et d’encaisser les chèques de loyer de leurs clients. Dix mois après la tragédie de L’Isle-verte, le gouvernement n’a encore rien annoncé de concret pour améliorer la sécurité dans ces centres.

En contrepartie, Québec a été prompt à revoir les normes de sécurité dans ses établissements pour personnes âgées. Son approche du mur à mur, sans discernement ou possibilité d’alternatives, a malheureusement poussé un de ses bénéficiaires au suicide. Ce drame illustre l’insensibilité d’un système façonné et cultivé par des fonctionnaires trop loin et désintéressés des réalités des plus faibles.

«C’est le système et on ne peut pas l’ignorer», affirmait Joan Beauchamp, porte-parole du CSSSHY, pour dissocier son organisation du geste fatal de M. Tremblay.

Il est vrai qu’il est plus facile d’ignorer le bien-être d’un vieil handicapé que de combattre en son nom. En ce sens, la direction du CSSSHY a choisi de valider le «système».

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Mardi 16 septembre 2014 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (8)

La clarté écossaise

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Les Écossais ne sont pas seulement reconnus pour produire les meilleurs whiskys au monde ; ils sont champions des questions courtes et claires.

Jeudi, lorsque les Écossais se rendront aux urnes pour décider de l’avenir de leur nation au sein du Royaume-Uni, ils devront répondre à la question suivante : « Should Scotland be an independant country? » (L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant ?).

Seulement six mots. Une phrase qui va quand même droit au but.

On est loin de la question-fleuve posée aux Québécois en 1980 par le Parti québécois lors du premier référendum sur notre appartenance au Canada : « Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples ; cette entente permettrait au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie ; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum ; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada ? »

Un total de 122 mots (l’auteur de la question était probablement payé au mot…). Il fallait être politologue, constitutionnaliste et linguiste pour saisir toutes les nuances (et conséquences) de la question. Ça explique peut-être pourquoi le camp du Oui n’a rallié que 40 % des voix.

Les péquistes se sont quand même améliorés, remarquez bien, en 1995, lors du deuxième référendum sur l’indépendance-souveraineté-séparation du Québec du Canada : « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente signée le 12 juin 1995 ? »

Quarante mots. Mais trop encore. Les fédéralistes, comme en 1980, ont accusé le PQ de tourner autour du pot sur la question. Subtils comme toujours, elle portait réellement sur la séparation, affirmaient-ils.

Les partisans du Oui sont passés à quelque cinquante mille votes d’un nouveau pays. Une question plus courte et moins tordue leur aurait-elle permis de réaliser leur rêve ? On ne le saura jamais.

On doit de réjouir que le référendum écossais intéresse autant les ténors du PQ. Non seulement en tireront-ils des leçons, ils pourraient finalement être convaincus que les Québécois méritent de la clarté lorsqu’ils leur parlent de leur projet de faire du Québec un pays.

Peu importe qu’on soit pour ou contre l’indépendance du Québec, c’est un projet trop important pour accepter que le PQ laisse planer le doute sur quand et comment il entend organiser un prochain référendum et quelle sera la question. Les calculs politiques sur l’échéancier et la question référendaire minent depuis longtemps la crédibilité du parti.

« Le peuple nous regarde, mais ne nous écoute plus », a affirmé le député péquiste de Jonquière Sylvain Gaudreault, en entrevue avec le collègue Marc St-Hilaire du Quotidien. « Tout le monde sait bien que le PQ veut faire un pays ! Mais nous n’y arriverons pas sans d’abord redevenir l’alternative au gouvernement libéral. »

M. Gaudreault croit que les Québécois sont « en ce moment bien loin du débat sur le meilleur moment de tenir le prochain référendum ! » Vrai. Ça n’empêche pas les futurs candidats au poste de chef du PQ de se positionner sur la question.

Les gens sont en droit de savoir qui propose quoi afin qu’ils puissent voter à la prochaine élection en toute connaissance de cause.

•••

En politique, la sémantique fait foi de tout.

Remarquez les médias du Canada anglais quand ils traitent du référendum en Écosse ; ils parlent des « indépendantistes » écossais.

Durant la dernière campagne électorale au Québec, les médias du ROC ont utilisé à outrance le terme « séparatiste » pour parler des péquistes et de leurs partisans. Le même terme est maintenant utilisé pour décrire les militants pro-russes en Ukraine. Oui, oui, les mêmes qui ont pris les armes et qui sont soupçonnés d’avoir abattu un avion de la Malaysia Airlines tuant ses 298 passagers et membres d’équipage.

C’est drôle comment le vocabulaire des médias canadiens-anglais change selon la distance du centre géographique de la nouvelle.

L’intention derrière le choix de ce mot, dans leur cas, est claire… Le discrédit.

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Vendredi 5 septembre 2014 | Mise en ligne à 13h57 | Commenter Commentaires (9)

Malbouffe et saine administration

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Devrait-on permettre à des restaurants servant de la malbouffe de s’installer près d’écoles secondaires?

Duh! Évidemment, non, répondrez-vous. La réponse va de soi. À moins que vous ne soyez conseiller municipal de la Ville de Granby…

Dans une décision mardi, le conseil municipal a mis en marche un processus de modification de zonage sur la rue Denison Ouest pour autoriser les commerces de restauration. Le tout doit passer avec succès l’étape du registre (ouvert le 18 septembre, de 9h à 19h à l’hôtel de ville), mais le danger est bien réel.

Trois conseillers se sont opposés à la décision du conseil, exprimant leur crainte qu’un restaurant de type fast-food s’installe et soit fréquenté par des jeunes. C’est également l’opinion des dirigeants de la commission scolaire Val-des-Cerfs et du Centre de la santé et des services sociaux de la Haute-Yamaska. Les deux organismes ont plaidé leurs appréhensions auprès du conseil. Vainement.

On ne se contera pas d’histoire; chaque fois qu’un changement de zonage est demandé à une municipalité, un projet bien précis est dans les cartons. On peut parier un Big Mac dans ce cas-ci que ce n’est pas un restaurant de fine cuisine française ou de sushis. Ce secteur de la ville ne s’y prête pas; il est trop loin du bourdonnement d’activités du centre-ville.

Quel est le potentiel de clientèle du secteur alors? Les adolescents.

Le secteur visé se trouve à environ 900 mètres de l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc. L’établissement accueille 1252 élèves. Tout juste à côté de la polyvalente, on retrouve le Centre régional intégré de formation (CRIF) et ses quelques 700 étudiants en formation professionnelle.

On connaît tous l’attrait qu’exerce la malbouffe sur les jeunes. Les propriétaires du futur restaurant sur Denison Ouest le savent aussi.

Cette affaire est symptomatique d’une méconnaissance des conseillers de leur rôle et responsabilités. Il y a des limites à ce qu’ils fassent preuve d’autant de largesse pour encourager le commerce. C’est d’autant plus invraisemblable quand on sait que la ville adhère depuis quelques années déjà à une politique d’offre d’aliments sains dans ses bâtisses, dont l’aréna, un lieu souvent champion de la malbouffe dans le monde municipal.

Comment le conseil peut-il d’un côté interdire la malbouffe dans sa cour et en même temps essayer de changer un zonage pour favoriser l’ouverture d’un restaurant en servant près d’une école secondaire? Il faut être conséquent. À moins d’abolir sa propre réglementation sur la malbouffe. C’est possible, remarquez bien, pour ce conseil qui vient de répudier un règlement sur le bruit adopté par la précédente administration et qui faisait consensus.

Le conseil municipal perd de vu qu’il est le gardien du plan d’urbanisme de la Ville. Ce document, l’architecture de l’utilisation du territoire, est le guide du «vivre ensemble». Il identifie quelles activités sont permises et où elles peuvent l’être. Il est le fruit de réflexion d’experts en urbanisme et de consultations publiques.

Ce n’est pas un hasard si les activités de restauration dans ce secteur de la rue Denison Ouest sont interdites. L’incompatibilité du quartier et de tels commerces saute aux yeux.

Le conseiller Joël Desmarais, en faveur de la modification de zonage, assure que le conseil est malgré tout en faveur d’une saine alimentation. Étrange affirmation, mais bravo quand même. Sauf que les citoyens méritent une saine administration, pas des conseillers aussi faiblards en argumentaire.

Leur décision nous amène à soupçonner qu’il manque d’oméga-3 dans leur alimentation…

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