Le Grand Parleur

Vendredi 27 mai 2016 | Mise en ligne à 8h28 | Commenter Un commentaire

Pistes multifonctionnelles, planification dysfonctionnelle

Il serait intéressant que les membres du conseil municipal de Granby nous expliquent leur définition de bien public. Parce qu’exiger des citoyens riverains d’une future piste cyclable qu’ils en paient 50 % des coûts de construction met à mal le principe d’équité entre les contribuables.

Le conseil veut que des résidants des rues Saint-Hubert Nord et Léger défraient la moitié de la facture pour construire des segments de pistes multifonctionnelles, la nouvelle appellation pour parler de routes accueillant tout ce qui roule et court. Le tout s’inscrit dans la volonté de la Ville de créer un réseau local de telles pistes pour améliorer la « mobilité active », autre terme à la mode pour parler du déplacement quotidien des gens autrement qu’en automobile.

C’est un projet extraordinaire, disons-le d’emblée. Inciter les gens à se déplacer à vélo, en patins à roues alignées, en planche à roulettes ou encore à la course aura un effet bénéfique multiplicateur sur leur santé, mais réduira du coup également la pollution automobile. Il était plus que temps que la Ville arrive au 21e siècle en s’activant pour développer un tel réseau. Il est plutôt gênant de constater en regardant une carte de la Ville de n’y voir aucun lien cycliste au nord de la rivière Yamaska Nord, hormis un petit bout le long de la rue Drummond vers le Centre d’interprétation de la nature du lac Boivin. C’est d’autant plus inexplicable quand on réalise que plus de 75 % de la population se trouve au nord de la rivière…

Cela dit, comment peut-on sérieusement proposer de facturer les propriétaires où passeront les différents segments de ces pistes ? En quoi est-ce une politique équitable à l’égard des autres citoyens ? C’est comme demander aux usagers de la bibliothèque de payer seuls les travaux d’agrandissement prévus. Ou encore de dire aux usagers de l’aréna de financer l’ensemble des coûts d’opération de l’aréna. C’est l’équivalent d’exiger des utilisateurs du futur complexe aquatique d’ouvrir leur gousset pour défrayer les coûts de construction.

Tous ces exemples ont en commun une chose : ce sont tous des biens municipaux. Des biens publics. Des infrastructures accessibles à l’ensemble des citoyens, nonobstant la rue où ils vivent. En empruntant la philosophie de ce conseil, enverra-t-on une facture aux propriétaires qui habitent la rue Léon-Harmel du seul fait que le futur complexe aquatique sera érigé sur l’artère où ils résident ?

On le répète : construire un réseau local de pistes multifonctionnelles est un projet génial, digne d’une ville qui se veut progressiste. Toutefois, faire payer une partie de la facture par une poignée de résidants est une erreur tactique et politique majeure. Une telle approche provoquera une levée de boucliers, comme on l’a vu avec des résidants de la rue Saint-Hubert Nord fâchés (avec raison) d’apprendre qu’ils devront débourser de leurs poches pour une infrastructure collective.

Le danger est qu’une telle contestation citoyenne retarde le projet, ou pire, le fasse déraper sur la question financière, reléguant au second plan les nombreux bienfaits de ces pistes.
Un des arguments entendus de la part de l’administration municipale est que les propriétaires dans les nouveaux développements résidentiels paient 100 % des coûts de l’aménagement des trottoirs dans leurs rues. C’est faible comme justification. Une piste multifonctionnelle n’a pas la portée limitée d’un trottoir ; elle est une voie appelée à jouer un grand rôle dans les déplacements quotidiens d’un grand nombre de citoyens.

Et puisque la Ville parle des nouveaux quartiers, pourquoi n’y a-t-elle pas prévu des pistes multifonctionnelles ? À trop réfléchir à savoir comment refiler la facture aux citoyens, le conseil oublie de se projeter dans le futur… Ça fait dysfonctionnel, pour faire une rime avec notre sujet.

La Ville de Granby doit se doter de pistes multifonctionnelles. Ça doit être un investissement public payé à 100 % par la Ville au nom de l’ensemble de sa population.

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Lundi 2 mai 2016 | Mise en ligne à 17h28 | Commenter Commentaires (5)

L’enfer, c’est eux autres

photo Julie Catudal archives La Voix de l'Est

photo Julie Catudal archives La Voix de l'Est

Ainsi part un autre chef du Parti québécois. La formation politique change de chef comme le gouvernement libéral change de ministre de l’Éducation. Et chaque fois pour la même raison : l’incompatibilité de la personne avec la tâche qui l’attend.

Un collègue me lançait le pari à pareille date l’an dernier que M. Péladeau, à peine élu chef du PQ, ne se rendrait même pas à la prochaine élection générale. Il ne réussirait pas à séduire les Québécois, selon lui. « Le gars a mis tous ses employés en lock-out quand il était chez Quebecor. Là, il se ramasse à la tête d’un parti social-démocrate qui veut faire l’indépendance, qui parle d’équité et de justice sociale. Les gens ne sont pas caves », m’expliquait-il de son bel accent saguenéen.

Pas facile d’arriver dans un parti et de faire rapidement sa place. C’est surtout vrai au PQ où on n’hésite pas à brasser la cabane en critiquant sévèrement et parfois publiquement son chef. Une telle culture, totalement inconnue dans l’univers de M. Péladeau, davantage reconnu pour un style de gestion autoritaire et sans contestation de son entourage, peut en désorienter plus d’un. Même un dur comme M. Péladeau. L’enfer, c’est gérer une patente comme le PQ.

Jamais un homme d’affaires avec une réputation de casseur de syndicats n’aurait pu se faire élire comme chef péquiste dans les années 80 ou 90. Mais quand on a perdu deux référendums sur l’indépendance, on devient soudainement moins difficile devant les choix possibles comme chef. On se rappelle l’article 1 du programme du parti et on évalue qui peut nous amener à la terre promise.

Quand M. Péladeau a été élu chef le 15 mai 2015 avec 57,6 % des appuis au premier tour, plusieurs militants se sont pincé le nez en votant. L’important n’était plus le chemin emprunté, mais bien d’atteindre l’objectif. Personne ne s’est demandé si la population suivrait. Les derniers sondages confirment que les électeurs ne sont pas à la porte du PQ.

Un sondage Léger fait pour Le Devoir et Le Journal de Montréal fin mars concluait que le PQ pouvait battre les libéraux, mais seulement en se coalisant avec Québec Solidaire. Une telle coalition centre-gauche rapporterait 38 % des voix contre 35 % pour le PLQ. Mais comment le PQ peut-il convaincre QS de le joindre dans une alliance avec M. Péladeau comme chef ? Il a déjà tendu la main par le passé à une telle éventualité. « Jamais un député solidaire ne s’assoira à côté de Pierre Karl Péladeau du côté des banquettes des députés », avait rétorqué Françoise David.

C’est en effet impensable. Les deux chefs viennent de deux mondes totalement différents. Un autre chef, provenant de l’aile progressiste du parti, pourrait faire mieux.

Il n’existe pas de raccourci pour réaliser un projet de société. Les péquistes l’apprendront-ils ou décideront-ils de jouer à nouveau au Banquier ?

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Vendredi 29 avril 2016 | Mise en ligne à 19h26 | Commenter Commentaires (3)

Mater le monstre

Le système de santé du Québec est un monstre bureaucratique et corporatif que les différents ministres de la Santé ont été incapables de mater.

Le système de santé du Québec est un monstre bureaucratique et corporatif que les différents ministres de la Santé ont été incapables de mater.

Pas facile de s’y retrouver dans notre système de santé. Il est d’une complexité abyssale. On y compte tant d’intervenants, de patrons, de cadres, de conseillers, de consultants, de syndiqués, de lobbyistes, tellement de joueurs aux desseins souvent opposés. Il existe une kyrielle d’établissements, d’organisations et de réseaux dont on peine à suivre l’évolution des acronymes à la suite des fréquentes restructurations. Le tout ressemble à l’hydre de Lerne, ce monstre à plusieurs têtes de la mythologie grecque.

La seule chose qu’on sait avec certitude de ce système est qu’il est malade. Il ne répond pas suffisamment aux besoins de la population, et n’offre pas un accès aux services et soins dans un délai raisonnable.

En 2014, selon le ministère de la Santé, près d’un million de citoyens n’avaient pas de médecin de famille. À l’époque, 273 000 personnes étaient inscrites sur une liste pour en obtenir un.

Cette donnée est importante. Elle explique en partie pourquoi nos urgences affichent des temps d’attente dignes de pays du tiers-monde. Une personne sans médecin de famille doit souvent se pointer à l’urgence lorsqu’elle éprouve des problèmes de santé. C’est son unique porte d’entrée dans le réseau, le seul endroit où obtenir le précieux billet pour rencontrer un médecin en dehors des murs de l’hôpital. Il faut se munir d’un chapelet et souhaiter qu’aucun cas grave n’atterrisse à l’urgence qui nous reléguerait loin sur la liste des patients. Ainsi est conçu notre système en 2016 dans une province membre d’un des pays les plus riches au monde.

Depuis une dizaine d’années, les ministres de la Santé ont fait la promesse de trouver un médecin de famille pour tous les Québécois souhaitant en avoir un. En mars 2014, le ministre péquiste Réjean Hébert estimait le tout possible à la fin de 2016… En 2015, le ministre libéral Gaétan Barrette assurait que c’est possible d’ici le 31 décembre 2017…

Ça n’arrivera probablement pas. Pourquoi est-ce impossible ?

On assure au gouvernement du Québec que l’argent investi suffit pour financer toute la machine. L’État consacrera 38,4 milliards de dollars cette année à ses services de santé. C’est de loin le plus important montant prélevé dans le budget de dépenses de 100,1 milliards de dollars. En comparaison, tous les autres ministères excluant l’Éducation (21,6 milliards de dollars) se partageront 29,7 milliards de dollars.

L’argent ne semble donc pas être le problème.

Le Québec comptait 18 483 médecins omnipraticiens et spécialistes dans son réseau public en 2014, selon les données du ministère de la Santé. Suffisant, pourrait-on croire, pour desservir l’ensemble de la population.

Le Québec fait très bonne figure dans l’ensemble du pays, soutenait en 2014 l’Institut canadien d’information sur la santé. Une analyse de l’organisme estimait que la Belle Province avait un ratio de 237 médecins pour 100 000 habitants. Ça lui conférait la troisième place, seules la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve affichant un meilleur ratio. La moyenne canadienne était de 220 médecins.

Pour l’année scolaire 2015-2016, d’après les chiffres du ministère de la Santé, 847 places étaient comblées dans les différentes facultés de médecine au Québec.
Le nombre de médecins semble donc suffisant et la relève se porte bien.

Compte tenu des ressources financières majeures injectées dans le système année après année, considérant la présence d’un grand nombre de médecins et l’arrivée de futurs médecins, pourquoi vit-on autant de problèmes ?

Les rivalités entre les ordres professionnels nuisent-elles au bon fonctionnement du système ? Les chasses gardées des médecins contrecarrent-elles les efforts pour maximiser les compétences d’autres intervenants, comme celles des infirmières ? Les syndicats empêchent-ils les réformes de réussir ? Les directions des établissements surfent-elles sur une culture d’immobilisme ? Les superstructures administratives imaginées par les fonctionnaires étouffent-elles toute initiative venant des régions ? Une paresse collective paralyse-t-elle trop de monde ?

Comme pour n’importe quel organisme politique, on a l’impression que le réseau de la santé cherche d’abord et avant tout à assurer sa croissance. Il est très efficace pour ça. Trop de politique, trop de réformes, trop de tiraillements, trop de chefs et aucune imputabilité ont mené à la création de ce monstre sous nos yeux.

Comment peut-on le mater ? Vaste défi.

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