Le Québec à vélo

Archive du 12 août 2010

Jeudi 12 août 2010 | Mise en ligne à 20h04 | Commenter Commentaires (57)

Idée géniale: des vélos pour aveugles

Vous avez bien lu: des vélos pour personnes aveugles. On non voyantes, si l’on préfère utiliser le terme politiquement correct.

Évidemment, les personnes aveugles ne conduiront pas les vélos seules! Ce sont des vélos biplace adaptés, qui permettent à ces personnes d’être accompagnées par un un ami voyant. On en parle ici dans le Montréal Express. Ils ressemblent plutôt à de gros tricycles, où les utilisateurs sont assis côte à côte et pédalent en même temps. C’est l’Association des sports pour aveugles de Montréal qui a eu l’idée, en collaboration avec Pôle des Rapides. Vous risquez donc d’en voir sur la piste cyclable du Canal Lachine, où l’on vient d’inaugurer un nouveau point de service.

C’est une bonne idée, parce que cela ne doit pas être évident de faire du sport quand on n’y voit pas. Avec ces vélos, des personnes aveugles pourront faire de l’exercice, prendre l’air et le soleil, se balader avec un ami, sentir la brise, se mêler aux gens, bref, avoir du fun.

J’ai connu plusieurs personnes handicapées dans ma vie et je salue toute initiative ou invention qui vise à leur permettre de vivre normalement et de s’intégrer en faisant des activités comme tout le monde.

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Jeudi 12 août 2010 | Mise en ligne à 11h58 | Commenter Commentaires (82)

Histoire de rage

Vous souvenez-vous de Michael Bryant?

C’est cet ancien procureur général de l’Ontario qui,  au cours d’une altercation avec un type à vélo nommé Sheppard, a causé la mort de ce dernier après l’avoir traîné tandis que le cycliste s’accrochait à la voiture. Différentes versions de l’histoire ont été racontées. La séquence des événements est assez nébuleuse dans cette dispute qui n’aurait duré que 28 secondes, et divers témoins des événements avaient des versions contradictoires.

En résumé, Sheppard se serait placé devant l’auto à un feu de signalisation. La voiture de Bryant, une Saab, aurait alors “étouffé”, et le procureur, en la faisant redémarrer, aurait heurté Sheppard alors que la voiture faisait un petit bond en avant. Cette version concorde avec la vidéo des caméras de surveillance. Ensuite, Sheppard invective le conducteur, s’accroche à l’auto, Bryant repart, traîne le type sur plusieurs mètres et celui-ci fait une chute mortelle.

Bryant avait d’abord été accusé en août 2009 de conduite dangereuse ayant entraîné la mort. Il clamait cependant son innocence. Puis, en mai dernier, les accusations ont été abandonnées. Le procureur chargé de l’affaire a estimé que Bryant avait été aux prises avec un homme enragé (le cycliste) et complètement saoul. Ce qui était au départ considéré comme un cas de rage au volant s’est transformé en cas de rage au guidon. Et un cas de cycliste-victime s’est transformé en cas de légitime défense, comme l’explique Yves Boisvert dans cette chronique du mois de septembre, évoquant au passage les similitudes entre cette histoire et celle du roman Le Bûcher des Vanités, de Tom Wolfe.

L’abandon des accusations a soulevé la grogne de la communauté cycliste torontoise, car plusieurs ont pensé que Bryant avait reçu un traitement de faveur. Mais le but de ma chronique n’est pas de discuter de cela. La justice a fait son travail et à mon avis, c’est une affaire réglée.

C’est la tournure des événements dans la vie de Bryant qui est intéressante. Le magazine Toronto Life de septembre 2010 se fend d’un article légèrement complaisant de huit pages sur la nouvelle vie du procureur, un homme qui se dit “transformé” par cette histoire. Dépeint comme flamboyant et plutôt arrogant dans sa jeunesse, le fait de se retrouver sur le banc des accusés lui aurait donné une leçon d’humilité. On peut en lire un résumé ici dans le National Post.

Après la mort de Sheppard, il n’avait plus le droit de conduire pendant les premiers mois. L’une des premières choses qu’il a faites a été de prendre le transport en commun pour se rendre dans une boutique de vélos pour s’en acheter un, au grand étonnement des vendeurs et des autres clients. Était-ce une manoeuvre destinée à redorer son image ou un geste sincère? Lui seul le sait.

Ce que je conclus de cette histoire mais aussi de mon expérience sur la route, c’est ceci: vous ne savez jamais à qui vous avez affaire, dans l’autre véhicule, sur le trottoir, sur la piste cyclable. À cause de la rage, toujours imprévisible, un minuscule événement, un doigt d’honneur, un mot de trop peut se transformer en crise. C’est pourquoi, quand je suis sur la route, je ne réplique pas aux provocations, aux gestes stupides, aux manoeuvres maladroites ou dangereuses des autres. Vous ne savez jamais si vous n’avez pas en face de vous un enragé qui pourrait vous blesser, voire vous tuer. Je me dis que j’aime mieux marcher sur mon orgueil que de recevoir un coup.

Avec les enragés potentiels au volant ou au guidon, le mieux, c’est de les ignorer. Montrons-nous plus intelligents que ceux qui veulent nous provoquer. Comme le disait je ne sais plus qui, l’indifférence est la forme suprême du mépris.

Et vous, comment faites-vous pour composer avec les tarés en tout genre qui se comportent en voyous sur la route?

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