Le Québec à vélo

Archive, août 2010

Mardi 31 août 2010 | Mise en ligne à 9h51 | Commenter Commentaires (41)

Cyclo-martyrs et confessions

Wow. Il y a tellement de choses intéressantes à lire sur le vélo aujourd’hui dans l’actualité que c’est difficile de choisir.

Vous vous souvenez peut-être du jour où nous avons parlé de la rage au guidon, de l’ex-procureur Michael Bryant et de sa confrontation qui a mal tourné avec Darcy Allan Shepard, le courrier à vélo ivre qui a trouvé la mort au cours de cet incident?

C’est le triste anniversaire de son décès et une cérémonie commémorative a eu lieu dimanche, alors qu’une cinquantaine de courriers à vélo se sont déplacés pour l’événement. Lorsque Bryant a été libéré des accusations qui pesaient contre lui, plusieurs ont énoncé des théories de conspiration à l’effet qu’il aurait eu droit à un traitement de faveur à cause de son rang social.

Les médias ontariens ont parlé en long et en large de l’événement au cours des derniers jours, mais un éditorial du National Post dénonce l’élévation de Sheppard au rang de “cyclo-martyr” et le culte de la victime qui a été créé autour de son histoire. Une chanson  a été composée en sa mémoire et la vidéo a été montrée dans les rues pour promouvoir l’idée que Bryant, l’homme qui l’a frappé, s’en est tiré parce qu’il était riche.

Mais pour l’auteur de l’édito, Jonathan Kay, la vraie leçon à tirer de cette histoire est que l’on ne devrait pas aller sur la route après avoir bu. Il reconnaît qu’il y a beaucoup de dangers dans les rues de Toronto pour les cyclistes, mais dénonce en même temps l’attitude de certains cyclistes, et en particulier celle des courriers à vélo. Ayant été lui-même courrier à vélo à l’époque où ceux-ci étaient plus nombreux (avant l’invention du fax et du courriel) il dit:

“Then, and now, there was a tendency among bike courriers to regard themselves as road warriors locked in tribalistic battle with hated motorists. But the attitude was hypocritical: the motorists weren’t running red lights, terrorizing pedestrians, and flipping back and forth from sidewalks to asphalt – we were”.

Un texte à lire, si vous lisez l’anglais.

***

Parlant de martyrs: tragique, l’horrible histoire de cette petite fille de dix ans gravement blessée en Grande-Bretagne alors qu’elle roulait paisiblement à bicyclette dans un quartier résidentiel et qu’elle a sauvagement été attaquée par deux chiens Rottweilers sous les yeux horrifiés de sa grand-mère, qui n’a pas pu intervenir à temps.

L’un des molosses l’a saisie par la jambe tandis que l’autre l’attaquait plus haut, passant à un cheveu de lui trancher la veine jugulaire et lui cassant la mâchoire. Selon le témoignage de sa mère, ils lui ont pris des “bouchées” dans la jambe et les bras de la taille d’une boule de crème glacée. C’est elle la vraie martyre du jour.

Nous avons parlé des chiens pas attachés qui poursuivent (et parfois mordent) les passants à vélo il y a quelques temps sur ce blogue, pour avoir droit à des réaction du genre “ben voyons, ça n’arrive pas” et même, je cite: ”vous avez juste à pédaler plus vite”.

Ben non, ça n’arrive pas, hein?

J’espère que les propriétaires de ces chiens seront poursuivis pour une somme astronomique, mais ça ne redonnera pas à cette petite fille innocente les morceaux qu’elle a perdus.

Et épargnez-nous le chapitre sur la psychologie canine.

***

Pour poursuivre sur le thème de l’attitude sur la route, les confessions d’une journaliste qui se dit ex-combattante à vélo, “Confessions of an ex warrior-cyclist“, dans le Toronto Star, sont aussi à lire. L’auteure, qui pédale maintenant sur un vélo de ville à la Mary Poppins avec panier et garde-chaîne, s’est convertie aux vertus du slow bike. Mais elle se souvient très bien de l’époque où, sur son vieux vélo en piteux état, elle se sentait (et agissait, semble-t-il) comme une combattante sur la route.

Intéressant changement d’attitude et de philosophie qui pourrait s’avérer bénéfique pour certains…

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Lundi 30 août 2010 | Mise en ligne à 10h25 | Commenter Commentaires (51)

La montée du vélo: un phénomène mondial

Connaissez-vous Lester R. Brown? C’est un économiste et un environnementaliste de réputation mondiale, que le Washington Post a qualifié de “l’un des penseurs ayant le plus d’influence dans le monde”.

Il est le fondateur du Worldwatch Institute et le président-fondateur du Earth Policy Institute, un organisme de recherche indépendant à vocation environnementale dont on entend parler pas mal moins souvent que Greenpeace ou le Sierra Club, mais qui fait un travail très sérieux.

La semaine dernière, j’ai eu la chance de lui parler au téléphone pendant 30 minutes en prévision d’un article qui sera publié le 13 septembre prochain dans notre cahier spécial sur l’énergie, car M. Brown viendra prononcer une conférence devant les délégués du Congrès mondial de l’énergie qui aura lieu à Montréal du 12 au 16 septembre.

Avant de parler à M. Brown, qui, en passant, est l’auteur ou le co-auteur d’une cinquantaine de livres traduits en plus de 40 langues, j’ai lu son dernier livre, Plan B 4.0, que l’on peut télécharger gratuitement en pdf ici. Le plan B de M. Brown? Sauver la civilisation, et rien de moins! Si les enjeux environnementaux vous intéressent, c’est à lire. On peut aussi se le procurer en français en librairie.

Il ne s’agit pas d’un vague ouvrage rempli de bonnes intentions, de formules creuses et de propos irréalistes, mais bien d’un état des lieux et d’une liste de ce qu’il est possible de faire, (et de ce qui est en train de se faire), pour en arriver progressivement à une économie mondiale plus viable pour la planète.

Or, dans son livre, M. Brown consacre trois pages au vélo! Le chapitre porte le titre réjouissant de “The Return of Bicycles”.

Voici quelques chiffres et des faits intéressants, mais je vous invite à lire les pages 151 à 153 pour un portrait passionnant du retour du vélo partout dans le monde. Les deux phrases à retenir:

“Les ventes de vélos connaissent une hausse alors que les gouvernements lancent une myriade d’incitatifs dans le but de réduire la pollution de l’air et la congestion routière”.

“Peu de méthodes sont aussi efficaces pour réduire les émissions de carbone que de remplacer la voiture par un vélo pour de courts trajets”.

De plus, on y apprend que :

* La production mondiale de bicyclettes, qui était de 94 millions en moyenne de 1990 à 2002, est montée à 130 millions en 2007.

* En Chine, il y a 430 millions de vélos, ce qui en fait la plus grande “flotte” au monde.

* Aux États-Unis, près de 75% des départements de police desservant des villes de plus de 50 000 habitants ont maintenant des patrouilleurs à vélo.

* Le vélo électrique ou à assistance électrique connaît également une croissance fulgurante. En Chine, les ventes de vélos électriques sont passées de 40 000 en 1998 à 21 millions en 2008.

Parlant des ventes de vélos, cet article de Bike Europe indique que selon un récent sondage, l’industrie du vélo occupe maintenant la première place sur le marché mondial des articles de sport au chapitre des revenus. Il occupait 14% du marché en 2009, devant tous les autres sports. Ces chiffres incluent les ventes de vélo destinés au transport quotidien.

Je pense que tous ces chiffres sont un bon indicateur que le vélo a de l’avenir, et qu’il aura à jouer un rôle de plus en plus important dans nos vies et dans nos villes.

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Dimanche 29 août 2010 | Mise en ligne à 10h16 | Commenter Commentaires (30)

Des effets pervers du Bixi et autres nouvelles

Puisque l’on parle du Bixi depuis quelques jours, je vous signale un reportage très intéressant de Radio-Canada qui parle des effets pervers de l’arrivée du Bixi sur les marchands et locateurs de vélos locaux.

Certains ont perdu des ventes du côté des vélos d’entrée de gamme et des vélos de ville, d’autres ont tout simplement abandonné leurs activités de location. “Quand ton principal concurrent a 5000 vélos dans le secteur et qu’il est à tous les deux coins de rue, ça ne vaut pas la peine de continuer, ce n’est pas rentable”, souligne un marchand de vélos dans le reportage. Il a décidé de ne plus offrir de location à sa boutique.

En effet c’est dommage pour ces PME de perdre des ventes, mais je m’interroge tout de même sur le véritable impact de cette concurrence du Bixi. Il y a eu deux millions de déplacements avec le Bixi cette année. Est-ce que toutes ces personnes auraient loué des vélos dans une boutique si le Bixi n’avait pas existé? J’en doute.

Évidemment, je ne dispose pas de chiffres à cet égard, mais j’ai l’impression que quand on se donne la peine de louer un vélo dans une boutique, c’est pour de plus longues périodes, comme un demi-journée ou une journée complète, alors que la période d’utilisation gratuite du Bixi est de 30 minutes et que la majorité des déplacements sont assez courts.

Mais il faudrait disposer de données plus précises sur les habitudes d’utilisation du Bixi pour mieux analyser la situation. Combien de temps un utilisateur de Bixi garde-t-il le vélo avec lui, en moyenne? Quelle proportion de ces deux millions de déplacements l’ont été par des gens qui auraient effectivement loué un vélo ailleurs s’il n’avait pas été là? Il faudrait effectuer un sondage auprès des utilisateurs pour avoir la réponse à cette question.

À mon avis, le Bixi est davantage en compétition avec le transport collectif et avec les taxis qu’avec les vélos en location. Si on veut effectuer un court trajet en ville et qu’il s’agit d’une décision spontanée, on ne se dit pas nécessairement “je vais aller dans telle boutique située à quinze minutes d’ici me louer un vélo” puisque le déplacement vers la boutique en question est parfois aussi long que le trajet prévu. On se dit “je vais y aller à pied”, ou bien “je prends l’autobus ou le taxi?”. Maintenant, il y a une quatrième option: le Bixi. Parce qu’il existe, des gens décident de pédaler du point A au point B. Des gens qui n’auraient pas nécessairement envisagé cette option auparavant.

C’est certain que le Bixi doit faire mal aux marchands de vélos, mais je pense que ces pertes pourront être compensées, du moins en partie, après une période d’ajustement. Comme le mentionne un autre intervenant dans le reportage, la pratique du Bixi va obliger les marchands à reconsidérer leurs façons de faire, par exemple en offrant des services qui viennent compléter l’offre au lieu d’être en concurrence directe avec le Bixi. Au final, j’ai l’impression que les plus débrouillards et les plus créatifs sauront s’ajuster à sa présence.

La présence d’une concurrence a toujours su stimuler l’imagination des entrepreneurs et les pousser à s’améliorer et à développer des produits et des services auxquels ils n’auraient pas pensé si les affaires avaient été plus faciles. Mais dans le cas du Bixi, il faut admettre que la concurrence est disproportionnée si on est propriétaire d’un petit service de location de vélos.

De plus, je suis 100% d’accord avec certains points soulevés par les marchands dans le reportage: si l’on veut inciter plus de gens à prendre leur vélo pour aller au travail, il faut faire plus d’efforts pour régler la question des vols, et investir pour créer davantage d’espaces de stationnement sécuritaires pour les vélos en ville.

Enfin, je vous invite à lire ce reportage et à nous faire part de votre opinion.

***

Pont Jacques-Cartier

On a annoncé vendredi que des travaux auraient lieu sur le pont Jacques-Cartier pour reconfigurer et élargir la piste cyclable à l’approche de Longueuil.

Ces travaux devraient débuter prochainement et durer environ trois mois et demi. Durant cette période, les cyclistes pourront emprunter la piste cyclable sur le pont, mais devront utiliser un chemin de détour qui sera en place afin de rejoindre la rue St-Charles et le boulevard Lafayette, indique le communiqué, qui se poursuit ainsi:

“Ces travaux consistent à l’aménagement d’une piste cyclable sur remblai pour remplacer l’accès existant à l’approche de Longueuil du pont Jacques-Cartier. L’aménagement de la piste cyclable sera effectué par la démolition du trottoir de béton existant et de son revêtement bitumineux, puis des travaux de fondation pour la construction d’une nouvelle piste cyclable de béton, des travaux de drainage et de marquage, et finalement l’installation de clôtures. Cette nouvelle piste sera d’une largeur d’environ 3 à 4 mètres.”

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