Le Québec à vélo

Archive du 30 juillet 2010

Vendredi 30 juillet 2010 | Mise en ligne à 19h32 | Commenter Commentaires (54)

Attaque au suçon et autres niaiseries

Je m’en voudrais de ne pas revenir sur cette histoire abracadabrante survenue cette semaine à Laval: une altercation entre un chauffeur d’autobus et deux cyclistes, dont le coureur Martin Rooseboom, qui a dégénéré en cas de rage au volant et en blessures.

Une histoire à la fois ridicule et triste dont il sera difficile de savoir la vérité du commencement et de la fin, comme dans le classique: “Hey! C’est lui qui a commencé!” des enfants qui se chicanent.

Qui a “commencé”? Les deux versions sont très contradictoires. ”Les cyclistes soutiennent que le chauffeur d’autobus de la Société de transport de Laval a volontairement foncé sur eux, mais ils reconnaissent qu’ils lui ont d’abord livré le fond de leur pensée, deux fois plutôt qu’une“, peut-on lire dans le Journal de Québec.

Ok. Disons qu’ils l’ont engueulé et insulté. Ça ne justifie pas que le chauffeur fonce sur eux et les blesse!

Il est très stressant, quand on est chauffeur (à ceux qui ne sont pas encore au courant, j’ai été chauffeur d’autobus urbain pendant sept ans), de se faire quotidiennement agresser verbalement. Mais quand on est professionnel, on doit apprendre à se faire une carapace et à ignorer les insultes. Et c’est loin d’être facile.

Toutefois, il arrive que certains ne soient pas capables de composer avec tous les irritants du métier et qu’à force d’accumuler de la frustration, ils perdent les pédales et posent des gestes stupides et dangereux.  C’est ce qui semble s’être produit à Laval. Le chauffeur a vu rouge, il a pété les plombs. Je ne l’excuse pas, je constate les faits, du moins, ce que l’on en sait à la lumière des articles.

J’en ai vu des cas de chauffeurs qui pètent les plombs, mais pas aussi fort que ça! Moi-même ça m’est arrivé à la fin d’un quart de travail, à deux heures du matin.  J’ai alors lancé une pile de dépliants à deux ados…mon action la plus violente en sept ans de carrière! Mais comme je me sentais coupable, je suis ensuite allée les reconduire presque à la porte de chez eux avec l’autobus avant de rentrer au garage, vous voyez le genre…on a jasé pendant le trajet.

Quant à cette histoire de menace de plainte contre le cycliste pour “agression armée avec un suçon”, c’est le boutte du boutte parmi toutes les niaiseries de chauffeurs d’autobus que j’ai entendues, et croyez-moi, j’en ai entendu beaucoup!

Je peux vous dire qu’il est vrai que certains d’entre eux, tout comme les automobilistes, n’aiment pas les vélos. Voici pourquoi: tu le dépasses, tu arrêtes à un arrêt pour faire monter des passagers, il te redépasse, tu le re-redépasses, il te re-re-redépasse…c’est sans fin! Une guerre des nerfs!

PETIT SONDAGE AUCUNEMENT SCIENTIFIQUE

Cyclistes, comment composez-vous avec un autobus qui circule sur la même artère que vous et dans la même direction?

A) je le dépasse à chaque fois qu’il s’arrête, il me redépasse et nous jouons à ce petit jeu pendant de longues minutes

B) je reste en arrière, je le suis de près et je respire ses douces émanations de diesel

C) j’attends un peu et je lui laisse prendre de l’avance pour ne plus être dérangé par lui

D) je change de rue et j’emprunte une voie parallèle.

E) J’engueule le chauffeur ou je fais tout pour le faire suer, ce sont des maudits syndiqués gâtés pourris et je paye leur salaire avec mes taxes!

F) Je roule sur le trottoir, accrochant au passage les usagers qui descendent aux arrêts en leur disant: tasse-toi matante!

F) Aucune de ces réponses. Précisez.

Ma réponse à moi? C ou D, selon les possibilités. Je n’aime pas rouler trop près d’un autobus.

AVERTISSEMENT: CETTE CONCLUSION NE PARLE PAS DE VÉLO (HON!)

Enfin, je pourrais vous en parler pendant des heures mais j’aimerais conclure avec une réflexion qui sort du sujet du vélo et des autobus pour se diriger vers l’importance d’avoir une carrière qu’on aime dans la vie. Il y a des emplois qui sont des cages dorées. Bien payés, syndiqués, avantages sociaux et tout le tralala. Des gens qui ne sont pas vraiment faits pour pratiquer ces métiers difficiles se laissent prendre au piège et entreprennent des carrières qui ne sont pas faites pour eux.

Avec les années, ils deviennent usés, amers, et ne savent plus quoi faire pour s’en sortir parce qu’ils ont des obligations: une famille, une hypothèque, des dettes à payer. Que faire? Et en plus, s’ils osent dire qu’ils sont tannés, il se font écoeurer par des envieux qui leur disent au moins une fois par jour: ben de quoi tu te plains? T’es rien qu’un maudit bébé gâté syndiqué gras-dur qui fait tout le temps la grève et bla-bla-blaaaaa…..

Par contre, je lis dans l’article que le chauffeur concerné fait ce travail depuis seulement dix-huit mois. Comme on dit, il n’est pas sorti du bois! Je pense qu’il serait mieux de se réorienter pendant qu’il en est encore temps! De toute façon, il sera peut-être suspendu…

Quel que soit votre métier, j’aimerais juste vous dire que même si c’est très difficile, c’est possible de changer de carrière.

N’attendez pas de péter les plombs.

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Vendredi 30 juillet 2010 | Mise en ligne à 14h39 | Commenter Commentaires (31)

Les jeunes chrétiens à vélo sont en ville!

Vous avez bien lu: les jeunes chrétiens à vélo. Si vous vous promeniez au centre-ville hier et que vous avez vu un groupe de jeunes avec des t-shirts rouges, il y a fort à parier que c’était eux.

Je les ai trouvés par hasard, à la station de métro Berri. Voyant un petit logo de vélo sur leur chandail, je n’ai pas pu résister à la tentation de leur demandant qui ils étaient. Le temps d’un court trajet de quatre stations, Gary Rice, le responsable du groupe, m’a expliqué.

Le groupe porte le nom de 10th Gear Christian Youth Cyclists. Ils sont chrétiens mais appartiennent à des Églises variées(catholique, baptiste, anglicane ou autre) et ce n’est pas une secte. À chaque été, depuis 1998, ils font un voyage de vélo de plusieurs centaines de kilomètres. Cette année, ils sont venus ici en autobus, et ils partent de Montréal pour retourner au Massachusetts à vélo, en passant par le Vermont et le New Hampshire, en un peu plus d’une semaine. Le jour, ils pédalent ou font des visites touristiques. Le soir, ils font des prières. Ils sont âgés de 14 à 17 ans. Une douzaine d’ados, accompagnés de six adultes.

Ils dorment dans les églises qui acceptent de les accueillir ou dans des campings. À Montréal, ils m’ont dit résider dans une auberge de jeunesse.

Avez-vous jamais entendu parler d’un groupe de ce genre au Québec? Vélo et religion? Spécial, non?

(Plus ou moins) petite parenthèse: je ne suis pas particulièrement religieuse, mais j’aime bien l’idée d’un groupe de jeunes qui fait du cyclotourisme ou tout autre sport pendant une période où ils quittent la maison. C’est un beau défi et c’est mieux que de jouer au Playstation. Quand mon fils était enfant et ado, je l’ai envoyé systématiquement dans un camp de canot-kayak à chaque été de six à seize ans (pas tout l’été bien sûr!), le merveilleux Camp Kéno, dans Portneuf, sur le bord du Lac Long. Un site exceptionnel. Et un endroit que je recommande à toutes les familles si vous voulez que vos enfants apprennent à être débrouillards, autonomes et même courageux. Là-bas, pas de petits caprices de bébé gâté. Il faut vivre en groupe dans une cabane, manger ce qu’il y a, participer aux activités, et personne (du moins c’était le cas dans le temps) ne peut téléphoner à la maison parce qu’il s’ennuie de sa maman. Ça déniaise!

Je voulais que mon fils joue dehors, soit dans la nature et fasse de l’activité physique. Qu’il apprenne à aimer le plein air et quelques principes de base de la vie en forêt. C’est primordial, et je plains beaucoup les enfants qui n’ont jamais la chance de sortir de la ville pendant les vacances. Ne pas avoir accès à la campagne et à la nature, pendant l’enfance, à mon avis, c’est aussi grave que de ne pas avoir accès à la culture. Et ce n’est pas obligatoire d’être à l’aise financièrement pour envoyer son enfant dans un camp, car plusieurs d’entre eux offrent des bourses et de l’aide financière pour les défavorisés. Il suffit de demander. Fin de la parenthèse.

Quant aux jeunes chrétiens à vélo, s’ils veulent prier en plus de pédaler, et s’ils croient que Jésus les aide à compléter leurs derniers kilomètres à la fin de la journée, eh bien, c’est leur affaire! Sans être religieuse, je ne suis pas, comme bien des Québécois, anti-religion.

Comme je le dis à chaque fois que j’en ai l’occasion: chacun son trip.

Sur ces mots, bonne fin de semaine!

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Vendredi 30 juillet 2010 | Mise en ligne à 7h22 | Commenter Commentaires (68)

Signalez-vous vos intentions?

Un autre accident mortel est survenu cette semaine à St-Joachim, sur la Côte-de-Beaupré. C’est un coin que je connais bien, puisque je viens du village voisin. Un cycliste américain a été frappé par un véhicule récréatif.

À lire l’article du Soleil, on constate que le cycliste aurait tourné à gauche et que cela aurait surpris le conducteur. Il avait pourtant signalé son intention par le geste du bras approprié. Mais il faut se rappeler que beaucoup de gens, surtout à la campagne, ne sont pas habitués à ces signaux et que certains n’en connaissent même pas la signification. Il faut dire qu’ils ont rarement la chance de l’apprendre, car très peu de cyclistes signalent leurs intentions.

Il ne faut donc jamais prendre pour acquis, même si vous signalez, que les conducteurs qui vous entourent vous ont vu, et qu’ils ont compris vos intentions. Personnellement, sur ce genre de route où les poids lourds sont rois, je préfère attendre que tous les véhicules soient passés avant de traverser ou de tourner à gauche. Je ne suis pas pressée.

Contrairement à un autre accident survenu en juin où je venais à la défense de la victime, dans le cas de St-Joachim, j’ai une opinion plus partagée. Dans l’accident dont on parle, il est difficile de dire si le cycliste a été vraiment imprudent ou si c’est le conducteur qui n’était pas suffisamment attentif. La faute à qui? Nous n’étions pas là! Mais en vous écrivant, je visualise très bien la route. Je suis passée là en auto des centaines de fois.

L’article ne mentionne pas non plus si le conducteur allait vite, ni à quelle distance il était du groupe au moment où le cycliste a décidé de tourner à gauche. Il nous manque beaucoup trop d’éléments pour analyser la situation. Il serait pourtant légitime de croire qu’ils roulaient plutôt vite que lentement, autant le véhicule que les vélos, car en allant vers Beaupré, ça descend sans arrêt.

Mais j’ai tendance à laisser le bénéfice du doute au conducteur, parce que je connais le secteur et que je suis sidérée d’apprendre que quelqu’un ait pu tenter une manoeuvre de ce genre à vélo à cet endroit. Est-ce que j’oserais traverser la 138 dans le coin de la Miche en me fiant à un simple signal du bras pour me sentir en sécurité? Jamais!

Est-ce que j’oserais rouler sur la 138 dans ce secteur? OUI, mais je ferais très attention.

Est-ce que c’est un endroit agréable pour rouler à vélo? Vraiment pas!

Mais que l’on ne vienne pas me dire: il n’avait pas d’affaire là, comme on l’a fait récemment pour l’accident de Valcartier.   C’est la seule route pour aller du point A au point B dans le coin, à moins de faire un grand détour par St-Ferréol-les-neiges, et il ne nous appartient pas de juger du choix d’itinéraire de ces gens. Ils venaient de la Californie. Peut-être qu’ils ne connaissaient pas l’autre route, peut-être qu’ils n’avaient pas le temps de faire ce long détour.

Mais moi je vous le dis: si vous décidez, un jour, de rouler de Baie-Saint-Paul jusqu’à Sainte-Anne-de-Beaupré, de grâce, à cette hauteur, passez par St-Ferréol! De toute façon, c’est bien plus beau que la 138, son accotement minable et ses poids lourds! Pour vous y rendre (si vous roulez en direction ouest), prenez le premier embranchement de l’avenue Royale à St-Tite-des-Caps, à droite. C’est pas mal plus hospitalier, et ça, quelqu’un aurait dû leur dire!

Quoiqu’il en soit, une campagne de sensibilisation s’impose, et vite! Autant pour les automobilistes que pour les cyclistes. Faire réaliser aux premiers qu’il y a maintenant beaucoup plus de vélos qu’autrefois sur les routes du Québec, et qu’ils doivent en tenir compte. Et faire réaliser aux deuxièmes qu’ils doivent être plus prudents et plus respectueux du code de la route.

Il faudrait, entre autres choses, que tout le monde apprenne à reconnaître les signaux. Mais ça ne règlerait pas tous les problèmes, loin de là. Je pense que signaler est surtout utile en ville, à basse vitesse, quand les gens ont le temps de vous voir.  Signaler sur une route provinciale et penser que ça va être efficace, à la vitesse où roulent les véhicules, ce n’est pas très réaliste.

De plus, certains cyclistes, sous prétexte qu’ils ont signalé, se donneraient peut-être une légitimité de faire des manoeuvres imprudentes. Je ne parle pas ici du pauvre monsieur victime de l’accident de St-Joachim, qui ne connaissait pas le secteur, mais d’hurluberlus en général qui se croient tout permis sur leur bécane. Encore hier, j’en ai vu un passer sur la rouge à toute vitesse en plein trafic.

Soyons francs. Autant cela peut me révolter de constater que l’on a tendance à tout mettre sur le dos des victimes quand il y a un accident, autant je suis étonnée qu’il n’y en ait pas davantage, surtout en ville, à voir la façon dont certains se comportent.

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